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Ils étaient, au rapport de M. Rameau !, environ 18,000, en 1755, dans toute l’Acadie. Le gouverneur Wilmot, neuf ans plus tard, comme le témoigne un MÉMOIRE aux Lords 0; Trade, portant la date du 22 mars 1764, n'en trouve plus que 1762 !
Ce sont, pour la plupart, des femmes et des enfants, réduits à la dernière misère.
Quelques familles, cachées dans les forêts de l’île Saint-Jean et d’autres, sur les bords du détroit de Northumberland, dans le Nouveau-Brunswick, ne sont pas mentionnées dans le Méinoir de Wilinot. Illes croyait ou déportées ou péries. Le chifire exact de la population, en 1764, est plutôt celui du recense. ment dressé à la requête de la Société historique du Massa: chusetts, soit 2,600 ânies
Un recensement officiel, dressé en 1767, ne donne plus que 1265 Acadiens pour toutes les provinces maritimes, soit 106% à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, et 197 à l'ile Saint-Jean *, Cette diminution de plus de la moitié de h population totale, survenue après le traité de Pari: (1763) et l'établissement de la paix universelle, nonobstant le retour d’un certain nombre de proscrits, jette un jour hideux sur cette persécution sans fin ni trève.
Ainsi, en 1767, toute la race, sauf 1265 personnes, avait disparu : le paisible petit peuple acadien, victime de la guerre et victime de la paix, avait été mis au tombeau ; et, de cette manière, avaient été définitivement supprimés ceux que Lawrence, dans son rapport aux Lords of Trade, appelk the most inveterate enemies of our religion. Les spoliateurs pouvaient désormais dormir en paix: leur œuvre était terminée ; l'Acadie française dont tout, jusqu'aux archives nationales, avait été détruit, ou allait l'être, était bien morte finis Acadie.
1—Une Colonie féodale en Amérique, Chap. XIV et XVI.
2—M. Rameau dit qu’il était resté de 2,700 à 2,800 Acadiens, au Nouveau-Bruns wick et à la Nouvelle-Ecosse, et que 1500 vinrent de l'exil les rejoindre.
3—Aujourd’hui, île du Prince-Édounrd.
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Mais tirons le rideau sur ce tableau de “grande pitié.”
Mon dessein, en rappelant les événements de 1755, n'est nullement d'évoquer les souvenirs révoltants qui marquent notre disparition d'au milieu des peuples, et encore moins de réveiller à l'endroit de nos persécuteurs d'alors des sentiments de malveillance. M. Édouard Richard a entrepris de prouver,
c'est malheureusement la partie la moins documentée de son magistral travail, — que la déportation et le dépouillement des Acadiens se sont faits sans l’assentiment du cabinet britannique, que c'est l’œuvre personnel des gouverneurs d'Halifax et de leurs cupides créatures. Il vaut mieux qu'il en soit ainsi, et que nous puissions sans amertume tourner nos regards vers l’auguste couronne qui nous régit,
Les temps étaient autres : la fraternité des peuples, apportée par Jésus sur la terre, ne s'était pas, à cette époque, répandue sur le monde ; et l'intolérance religieuse était partout la loi les gouvernants. Les meilleurs n’y échappaient pas.
De tous nos ennemis, ceux qui nous voulurent et nous firent le plus de mal sont les puritains de la Nouvelle-Angleterre, les Bostonnais. Ils nous haïssaient de haine, par amour de Dieu, parce que nous étions catholiques, et par amour de l'Angleterre, parce que nous étions français.
La haine n’engendre généralement pas l'amour, excepté sur les hauteurs dit Calvaire et dans le cœur des saints. Les nôtres nainmaient pas, non plus, les Bostonnais “d'amour tendre.” Pourtant ces puritains, presque aussi calomniés chez nous que nous le fûmes chez eux, étaient une grande et forte race. Persécutés en Angleterre à cause de leurs pratiques religieuses,
Lils se tirent à leur tour, en Amérique, les persécuteurs de
ceux qui ne priaient pas à leur manière. Leur religion était
farouche, mais ils étaient profondément religieux. Selon la | lettre de l'Evangile, ils se croyaient obligés d'emporter le ciel
d'assaut. Leurs lois sont assurément draconiennes ; maïs, seules, les âmes fortement trempées étaient capables d’en promulguer le pareilles et surtout de les mettre rigoureusement en pratique. La Bible, dont aucune autorité compétente ne dégageait “ l'esprit qui vivifie,” devenait entre leurs mains un
instrument féroce. Certes, ils ne sont pas aimnbles ces P?/e. rins puritanisés, ni sympathiques ; ils sont même profondément ridicules avec leurs absurdes observances du “sabbat bleu et leurs croyances aux sorciers : mais la sincérité de leur foi était profonde; et il convient de s'incliner devant l'austérite de leur vie. [ls avaient, en outre, cette passion de la liberté à laquelle, depuis le commencement du monde, Dieu semble réserver de si magnifiques récompenses.
Quand je vois ces colons, ayant à leur tête William Pepperell marchand de Kittery, partir pour Louisbourg avec autant d'enthousiasme religieux et aussi peu de discipline militaire que les croisés pour la Palestine ; et que je considère avec quelle facilité, contre toute vraisemblance, la grande forteresse française est tombée entre leurs mains, je reste pensif en songeant de quel côté, entre eux et Louis XV, dit le Bien. Aimé, s'était rangé le Dieu des armées.
L'existence de l’Acadie française, de 1755 à 1864, n'est ainsi que nous l'avons vu, qu'une agonie prolongée. Dan: notre sainte et belle religion catholique, le prêtre est le dernier et le plus grand consolateur du mourant. Nos prêtres, presque tous, s’en étaient allés. Les derniers à partir furent les Sulpiciens, emportés dans le cataclysme de 1755: les Sulpicien qui, après avoir sauvé le Canada des incursions sanguinaire des [roquois, nous auraient à notre tour sauvés des Anglais si le dévouement, la douceur, la sainteté, la prudence, avaient pu nous sauver. Leurs missionnaires sont restés à notre chevet tant qu'il leur x été humainement possible de le faire ; quan presque tous les autres prêtres catholiques ont, sur les ordre des gouverneurs d'Halifax, quitté le pays,'ils demeurent eu jusqu'à la fin, à Port-Royal, donnant une suprême absolutio à ceux qui partent pour ne plus revenir, recueillant le dernier
râle et le dernier soupir de tout un peuple qui se débat dans les affres de la mort.
En 1818, c'est l'évêque de Québec qui se retire de nou retraite volontaire celle-là. L’Acadie est loin du Canada : pi
de chemins, l'été : pas de communication, l'hiver. Les groupeh
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points des provinces maritimes, sont pauvres, isolés, disséninés sur une très grande supertficie : et puis, un courant d’immigration à amené d'Frlande et d’Ecosse un certain nombre de colons catholiques. Myr Plessis, évêque de Québec, incapable d'administrer la confirmation dans un diocèse presque aussi vaste que l'Europe, demande à Rome et obtient un évêque pour les provinces d'en bas. Mgr Edmond Burke, désigné pour être vicaire apostolique de la Nouvelle-Écosse, est consacré, à Québec, le 5 juillet 1818 : et bientôt après, le 12 janvier 1819, M. McEachern est fait suffragant et coadjuteur de l'évêque de Québec pour les provinces de l'île du Prince-Edouard et du Nouveau-Brunswick.
Dans l'établissement des nouvelles provinces ecclésiastiques,
quoiqu'il y eût toujours des prêtres d’origine française de mérite et de distinction en Acadie, et que les Acadiens euxmêmes fussent pour le moins aussi nombreux que les Irlandais ou les Écossais pris séparément, personne, ni à Halifax, ni à Charlottetown, ni à Québec, ne songea aux descendants des proscrits de 1755. Au point de vue de la nationalité, ce dernier coup devait leur être fatal. Sans état civil, on peut bien le dire, ils se voyaient également ignorés comme corps dans l'Eglise catholique. Ce dernier soutflet leur fut plus sensible, à eux qui avaient déjà passé par tous les déchirements de la flagellation, que la perte de leurs biens, que la déportation elle-même, Avec les Polonais désespérants, ils pouvaient Sécrier : “ Dieu est trop haut et la France trop loin !”
Que l'Angleterre, quand il s'agissait d'eux, n’eût tenu aucun compte des traités ni du droit des gens ; que leurs propriétés eussent été confisquées et leurs pères dispersés en exil, cela ne les étonnait pas outre mesure, venant de leurs ennemis héréditaires, les Anglais protestants. Mais ils ne pouvaient se résigner à voir l'Eglise aussi se détourner d'eux et donner à d'autres leurs places au banquet, ni concevoir qu'elle comptât pour rien le pays par eux civilisé, les tribus sauvages converties à la fui catholique, aussi bien que le sacrifice volontaire qu'ils avaient fait pour elle de leurs biens et de leur vie, puisque, eu effet, ils n'auraient eu qu'à répudier leur foi et à se séparer
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de leurs missionnaires pour obtenir les faveurs du gouverne
ment anglais. [ls avaient été en Amérique les “défenseurs de la foi!;” quinze mille d'entre eux avaient payé de leur patrie bien-aimée où de leur vie, leur fidélité à l'Eglise, et l'Église quand il s'agissait d'établir des provinces ecclésiastiques dans leur malheureux pays, ne se souvenait, ni ne se souciait plus d'eux. {ls avaient tout perdu ce qu'ils aimaient sur la terre, et s'y étaient résignés. Voici maintenant qu'on leur enlevait le ciel, représenté par l'amour de leur mère bien-aimée, l'Eglise catholique :
Sans doute les pasteurs qu'on leur donnait étaient dignes et dévoués:; Mgr Burke était un homme savant; Mer Mec- £achern, un zélé et saint évêque. Mais il faut se mettre à la place des Acadiens, considérer ce qu'étaient pour eux, alors la langue anglaise et tous ceux qui la parlaient, et examiner les droits légitimes qu'ils croyaient avoir à un évêque de leur nationalité,
Si l'on condamne chez eux ce sentiment, manifesté toute. fois par aucune plainte malsonnante, par aucun mouvement de révolte, que dira-t-on des paisibles et très religieuses villes d'Antigonish et d'Halifax, à la Nouv'lle - Ecosse, dont la première Ss'insurgen en entendant son évêque prêcher là parole de Dieu dans une langue qui n'était pas celle de George d'Angleterre, quoiqu'elle fût celle d'une grande partie de la population *, et la seconde brûla publiquement en effigie dans un accoutrement grotesque, un vicaire apostolique, un
évêque, que Rome lui envovait, tout simplement parce quil le voulait la ma-
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était écossais et non pas irlandais, comme jorité de la ville épiscopale. Puis elle lui règle, et ne lui donna de paix qu'il n'eût été village français, où lui, à son tour, ne voulut pas résider.
1—Smith, À Lost Chapter.
2— Antigonish ayant entendu Mgr Fraser prêcher aux Écossais la parole de Dieu en langue gaélique, ‘‘ s’alarma autant que Jérusalem quand les rois mages annoncèrent à Hérode la naissance d’un nouveau roi.” — Lettre de Mgr McEi-
chern à Mgr Plessis, 25 mars 1823. 6
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quoique ce fût son siège épiscopal, préférant aller terminer sa vie chez les siens, à Antigonish.
Je sais, pour l'avoir entendu dire bien des fois, que prêtres et évêques n'ont pas de nationalité ; que toutes leurs ounilles leur sont également et indifféremment chères. Mais, d'autre part, je vois aussi qu'en Amérique, au moins, les colonies irlandaises, italiennes, canadiennes, écossaises, allemandes, polonaises, sollicitent énergiquement et obtiennent presque tou- Il faut les en admirer, car cela est logique et propre à l'affermissement
jours de Rome des évêques selon leur nationalité.
et à la diffusion de la foi catholique parmi les intéressés.
Mais peut-être ce qui est légitime, louable même, chez les autres, est-il, en effet, répréhensible chez les Acadiens. Peutêtre aussi, espérons-le, du moins, Celui qui laissa son ami Lazure quatre jours duns le tombeau avant de le ressusciter, afin de montrer à la fois et sa grande amitié et sa toute-puissance, permit-il aux fils de ses “ confesseurs ” de descendre les derniers échelons de la mort nationale pour faire ensuite en leur faveur quelqu'éclatant miracle. Il a annoncé lui-même, dans le livre de la Sagesse, qu'il rappellera à la vie, quand il le voudra, les nations que l'on aura crues mortes".
D'autre part, il ne veut pas qu'aucune injustice soit faite aux races qui le servent, “La nation qui aura tenu mon peuple en servitude, c'est moi, dit-il, qui la jugerai ”*.
Ce profond déluissement, aggravé de mépris, dans lequel les Acadiens furent tenus si longtemps, faisait dire, dans son Pélerinage au pays d'Evangéline, au sympathique ami des Acadiens, M. l'abbé Casgrain : “Le plus grand malheur des Acadiens n'a pas été leur dispersion, mais l'abandon presque complet dans lequel ils ont été laissés durant près d'un siècle.”
Dans cette méconnaissance des droits de la race acadienne, il convient de faire plus grande la part de la nécessité que celle de la mauvaise volonté. Peut-être même n’y eut-il aucune
1"! Sanabiles fecit nationes.'”' — Sap, 1-4
2-Discours de saint Etienne. — Acte des Apôtres, Chap. VrI—7.
mauvaise volonté, Québec avait ulors un domaine immense à desservir, et peu de prêtres. Les successeurs de Mgr de Laval, tout absorbés par les besoins religieux et parfois politiques des Canadiens, avaient peu de temps et peu d'hommes à consacrer aux Acadiens. Au reste, l'Acadie avait, de tout temps, constitué une province politique absolument distincte du Canada.
D'un autre côté, les Ecossais et surtout les Irlandais, arrivaient de ce côté-ci de l'Altantique dans des conditions à peu pres semblables à celles des puritains dans le Massachusetts. Per. sécutés, foulés aux pieds chez eux, ils n'étaient pas fâchés de se sentir enfin dans un pays libre et de tenir à leur tour le haut du pavé. Commander avec générosité, voire avec modération, demande des natures généreuses d’abord, puis un long apprentissage. Cet apprentissage, les nouveaux immigrés catholiques ne l'avaient certainement jamais fuit,
D'ailleurs, il serait peut-être injuste à des Français d'exiger d'autrui ce qui caractérise précisément leur race. La Franc, on le sait, a été de tous temps le chevalier errant des nations. Elle à toujours fut sienne la cause des faibles et des opprimés, et souvent aux dépens de ses propres enfants, qu’elle dépouillait pour vêtir ceux des autres. Elle n'avait pas de soldats pour défendre Port-Royal, mais elle en trouvait pour aider aux Ecossais à ressaisir leur dynastie. La déportation des Acadiens la touchait médiocrement, mais les malheurs de l'Irlande lui fendaient le cœur. Montcalm, en 1759, ne put obtenir de la cour de Versailles ni troupe ni flotte pour sauver Québec des Anglais; mais Franklin, dix-neuf ans plus tard. en obtenait des millions en or, Lafayette et Rochambeau avec une armée chacun, et le baron d'Estaing avec une escadre, pour chasser les mêmes Anglais de Boston.
À peine y eut-il quelques milliers d'immigrés catholiques de langue anglaise installés dans les provinces maritimes que les évêques de Québec, Nosseigneurs Hubert, Denaut et Plessis, ne se donnerent de repos qu'ils ne les eussent pourvus de missionnaires et, finalement, d'évêques de leur nationalité.
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Ces sortes de vertus font, de ceux qui les pratiquent sans réciprocité, unilatéralement, des dupes presque toujours et des victimes quelquefois.
Une discussion retentissante s'est élevée tout dernièrement à notre sujet, entre les sommités reliwieuses d'Halifax et un “comité de prêtres du diocèse de Québec.” IT s'agissait, en somme, de décider qui a fait le plus pour les Acadiens, Halifax où Québec. L'auteur de Bishop Burke avait écrit ceci : “The men who broke the fetters, throttled the persecuting bigots, asserted and enforced the rights of all catholics, and made the Acadians what they are to-duy, were ihe sons of Emn”"
Le “comité” répondit en renversant de fond en comble cette assertion positive, et en reportant sur les Canadiens et les Ecossais tout le mérite d'avoir ‘fait les Acadiens ce qu'ils sont aujourd'hui.”
Tant de services rendus à de quoi nous toucher: les Acadiens se sentent confus devant cet excès de sollicitude, Dans la perplexité où les plonge la crainte de ne pas décerner la pomme au plus méritant des trois, ils osent faire remarquer que peut-être entrent-ils eux-mêmes pour quelque chose dans là propagation de leur race et la conservation de leur foi ? N'auraient-ils fourni, en effet, au point de vue religieux, que dix-sept mille confesseurs et martyrs, sans un seul cas de défection, sur une population de dix-sept mille âmes, qu'ils étaient en 1755, avant l'arrivée des Irlandais et des Ecossais dans leur pays, que déjà cela ne serait pas tout à fait indigne de mention. Il y'a aussi le bon Dieu qui, d'après leur petit
catéchisme, les a créés et mis au monde, à qui ces messieurs pourraient, sans injustice, faire une légère part.
1—** Les hommes qui ont briséles entraves, saisi à la gorge les persécuteurs intolérants, revendiqué et mis en vigueur les droits de tous les catholiques, et fait Les
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