‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 23 sur 77 · I-Le collè breux dons fl · texte numérisé non relu

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Cest un fait remarquable que les fondateurs et les bienfaiteurs de plusieurs collèges canadiens ont commencé par être [y a l'abbé Mignault, fondateur du collège de Chambly, qui passa plusieurs années à la Nouvelle-EKcosse : abbé Painchaud, qui fut missionnaire à la Buie-des-Chaleurs, de 1806 à IST4, avant de fonder le collèce de Sainte-Anne-de-La-Pocatière : abbé Girouard, autre inis-

des missionnaires en Acadie.

sonnaire à la Buie-des-Chaleurs, qui fonda, en IS41, le college de Saint-Hyacinthe.

Parmi les bienfuiteurs de collèges bas-canadiens, mentionnons encore M. Antoine Langevin, longtemps missionnaire à Madawaska, où il mourut en 1859, et qui fonda plusieurs bourses au collège Sainte-Anne-de-ln-Pocatière ;: M. Rioux, curé de Memramcook et de Bouctouche, dont lai suecession fut employée “en œuvres” dans une maison d'éducation de la province de Québec: M. Raby et M. Brodeur!, dont les noms sont inscrits en lettres d’or sur une tablette de marbre au collège Sainte-Anne, et le grand vicaire Paquei*

La nécessité d'avoir parmi les Acadiens quelques maisons

l'éducation n'échappa point aux évêques de Québec. Long-

L temps déjà avant l'expatriation de 1755,1ls avaient fait de

I-Le collège Sainte-Anne reçut de sa succession £1934-15-5%, à part de nombreux dons faits de son vivant,

2—Je transcris ici ce que me racontait, il y a quelques années, un vieillard

acadien dont l’âge n'a pas affaibli la torte intelligence, ‘Le grand vicaire Pa-

quet, me disuit-11, était un orateur remarquable et un savant, Maisil y avait de son temps parmi nous un autre prêtre canadien, non moins remarquable et rncore plus savant, disait-on, M. Gagnon, le fondateur du ‘‘collège” de Grandigue, et qui était alors curé de Shédiac et des environs. Quand il fut décidé, en 2, de nommer un évêque au Nouveau-Brunswick, les curés de la province se réunirent à Chatham pour faire la recommandation d’un titulaire, soit qu'ils le fissent de leur propr.e chef,ou qu'on le leur eût demandé. Le grand vicaire Paquet présidait l’assemblée. Les voix furent également partagées entre M. Gaenon et M, Dollard, vicaire général du diocèse de Charlottetown. Alors le président, étant appelé à décider, donna sa voix prépondérante à M. Dollard, br'éférablement à M. Gagnon, son compatriote et .on oncle, Il était, de plus, son bienfaiteur, l'ayant fait instruire, M. Paquet, ñajouta-t-il, est le dernier grand Yicaire français que nous ayons eu en Acadie.” Ÿ

sérieuses tentatives pour ouvrir un collège au milieu d'eux! Ils reprirent le projet au commencement du siècle avec Mgr Denaut qui, en 1802, offrit aux Jésuites, dont l’ordre venait d'être aboli par Clément XIV, mais qui continuaient d'exister dans les pays protestants et schismatiques sous le nom de “ Pères de la Foi,” le poste de Memramcook pour y fonder un petit séminaire. Mgr Plessis réitéra l'offre au P. Zocchi qui

cherchait à rétablir sa communauté au Canada, et mit à sa |

disposition l’île du Prince-Edouard. I refusa : l’Aëadie ne lui convenait pas.

Mgr Denaut, qui ne comprenait pas bien le motif de ce refus, revint plus tard à la charge et écrivit au P. Rozaven. général de l’ordre : “ Le poste de Memramcook, que j'offris au P. Zocchi, aurait pu devenir un centre de réunion pour plusieurs de ses confrères qui, peu à peu, se seraient mis en possession de toutes les missions d’alentour.”

Les missions d’alentour n’eurent pas de séductions pour les Jésuites.

L'abbé Antoine Gagnon entreprit, quelques années plus tard, de doter les Acadiens d’une maison d'éducation. Il avait

été longtemps missionnaire du Nouveau-Brunswick, depuis È

Miramichi jusqu'au Cap-Pélé, et était devenu un grand pro: priétaire terrien. Il choisit Grandigue, pour y fonder, en 183 son “collège,” qui consista en une bâtisse aux dimension d'une école ordinaire de campagne, et qui, réparée, servit longtemps de “maison publique”, c'est-à-dire de lieu où lé paroissiens se réunissent le dimanche. Pour personnel enseï gnant, il eut un ecclésiastique de Québec, M. Gosselin, qui nt tarda guère à quitter la soutane pour se marier, et ut M. Braidley, natif d'Irlande, qui fut ensuite ordonné prôtre à Charlottetown. En dehors des enfants de Grandigue, quelque Acadiens des paroisses environnantes, Augustin-Bernarl Johnson et Marcel Bariault, tous deux de Saint-Louis «

1— Voir à ce sujet le beau livre,les Sulpiciens et les Prètres des Missiont Etrangères en Acadie, que vient de publier M. l’abbé Casgrain, passim.

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Le “collège” ne fonctionna que deux ans. M. Gagnon changea alors d'avis et songea à le transférer à Barachois, où était sa maison curiale. Sur son commandement ses paroissiens sortirent de la forêt toute la charpente d’un édifice considérable, léquarrirent et la piquèrent. Mais M. Gagnon, occupé à ses nombreuses terres, n'eut pas de temps à donner à son collège; et, quand il mourut, le 2 juin 1S49, la charpente achevait de pourrir sur le bord du chemin, en face de l’église de Barachoiïs, où les paroissiens l'avaient mise en pile. Ses immeubles, vendus à l'enchère, se fondirent dans le paiement de réclamations venant de partout. Il ne resta pas un louis pour le collège. !

Les Acadiens eurent aussi quelques prêtres de leur race, et, comme la chose est bien naturelle, ceux-ci se dévouèrent tout particulièrement à leurs compatriotes, qui avaient tant besoin de secours et de consolations.

Le premier d'entre eux à recevoir l’onction sacerdotale fut Joseph - Mathurin Bourg

(prononcez Bourque), ordonné en 1772 par Mgr Briand, qui l'avait fait instruire en France. Il parcourut plusieurs fois toute l’Acadie, baptisant ceux qui avaient été ondoyés, communiant ceux qui depuis des années étaient privés du grand sacrement de l’amour, donnant la bénédiction de l'Eglise à ceux qui s'étaient mariés devant témoins, et affermissant les tribus sauvages dans leur foi en l’Église catholique et dans leur amitié pour les Acadiens. Il fut nommé grand vicaire de l'évêque de Québec avec des peuvoirs de dispense très étendus, et est le premier, croyons-nous, et le seul de s+ race, qui ait Jamais été élévé à cette dignité et ait exercé ces fonctions dans les provinces maritimes.

Son évêque l’estimait pour un saint. Devenu de bonne heure incapable de continuer sa vie de missions, il reçut en récom-

1-[1 possédait, à sa mort, plusieurs mille arpents de terre, Son trère était venu de Québec recueillir son dernier soupir. Il commença par faire charger dans une goélette tout le bien volant du défunt, et, comme le cortège funébre quittait l’église, la goélette appareillait par une belle brise du suroi.

pense de ses travaux la cure de Saint- Laurent (là où le P. Lefebvre devait plus tard prononcer ses vœux religieux) et mourut, le 20 août, 1797, âgé de 53 ans.

Un autre prêtre acadien, vénéré celui-là par toute Pile du Prince-Edouard, fut M. Sylvain-Ephrem Poirier, ordonné à Charlottetown, en 1827, par Mer McEachern. Pendant de longues années, il desservit seul toute la partie ouest de l'ile: mais il ne put rien par lui-même pour l'éducation des siens excepté d'en faire instruire quelques-uns à l'étranger. A «i mort, survenue en°1885, il fonda, avec le peu de biens quil possédait, une bourse au collège de Memramneook.

M. Hubert Giroir !, natif de Tracadie, à la Nouvelle-Ecosse et ordonné prêtre à Québec, en 1853, n'est pas le précurseur innmédiat du P. Lefebvre, mais il était digne de l'être. De tous les prêtres acadiens de la Nouvelle-Écosse, c'est lui qui fit les efforts les plus grands et les plus généreux, mais hélas infructueux, pour établir pariui les siens des maisons d'éducation. Homme de cœur et de beaucoup d'esprit, prêtre zélé, patriote convaineu, il avait fait de sa vie deux parts : lune mise au service des autels et des âmes, l’autre vouée à l'établissement d'écoles, d’'académies et de couvents où le français serait enseigné, Îlentreprenait là ce qui était alors fatalement irréalisable, à la Nouvelle-Ecosse, pour un curé français. Nuint-

Paul lui-même y eût échoué. Mais il vaut mieux ne pas évo quer des souvenirs contemporains pénibles à raconter. Wor est hic locus.

La renommée de ses travaux et de ses infortunes était parvenue jusqu'au Nouveau-Brunswick, où son père, le capitaine Joseph Giroir, avait des amis. J'allai moi-même, au sortir de mes classes, le visiter. Un profond découragement s'était emparé de Jui, il désespérait presque de la conservation de la nationalité française à la Nouvelle-Ecosse ; mais, apprenant le solide succès du collège du P. Lefebvre, il les bénit l’un et l'autre et prononça son Munce dimittis.

La dernière fois que je le vis, ce fut en 1882, à la distribu-

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