‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 38 sur 77 · I-Plut virent la · texte numérisé non relu

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sacré, ses Superstitions religieuses, ses dieux, ses démons, ses esprits, ses sorciers, pour embrasser une religion nouvelle ! Port-Royal n'était fondé que depuis six ans quand le grand sachem Membertou, alors âgé de près de cent ans, reçut, avec la plus notable partie de ses guerriers, l’eau du baptême, abjura ses faux dieux et se tit chrétien.

I faut chercher ailleurs et plus haut que dans les formules scientifiques l'explication de ce phénomène ethnologique. Saint Augustin dans /« Citéde Dieu, plusieurs autres Pères de l'Eglise, Bossuet dans son Discours sur l'histoire univer- «lle, enseignent que Dieu réserve des récompenses magnifiques, même aux vertus naturelles. Aux Romains, qui étaient austères, sobres et d'une grande frugalité ; chez qui les vertus domestiques, durant la période républicaine, paraissent admirubles !; qui furent, parmi les païens, le peuple le plus religieux de l'antiquité; dont l'ardeur pour la gloire, l'amour de la patrie, ln vaillance et le sentiment de l'honneur à la guerre, n'ont jainais été surpassés, il donna l'empire du monde. ‘Ni Dieu n'eût pas donné aux Romains la gloire passagère d'un empire florissant, les vertus qu'ils ont déployées afin de parvenir à cette gloire seraient restées sans récompense.” * Quelles récompenses alluit-il donner aux Abénaquis et aux Nouriquois, dont les vertus naturelles égalaient, sous plusieurs rapports, celles des Romains, et les surpassaient, sous quelques autres ? Examinons d'abord ces vertus.

I-Plutarque, dansunedeses Vies,rapporte que dansles premierssiècles qui suivirent la fondation de Rome, il n’y eut pas dans cette cité un seul cas de divorce,

2—Augustin,la Cité de Dieu, livre V, chap. XV.

3—-On ne saurait attribuer leur étonnante conversion au fait que déjà, à l’arrivée des Français, ils tenaient la croix en superstitieuse vénération. Ceci peut, tout au plus, faire supposer que des missionnaires catholiques avaient passé par là, à une date bien antérieure, probablement les Islandais, au temps des Vikings, Il est constant qu'aucune notion du christianisme ne subsistait parmi eux,en 1604,

Peut-être aussi faut-il remonter encore plus haut. Une croix, symbole du culte rendu au soleil, était adorée, au rapport de certains historiens, des Chaldéens, des Assyriens ot des Indous,

C'est contre toute vérité historique que le P. Rochemonteix, S. J,, dans son

ivrage sur Les Jésuites de la Nouvelle-France au XVIIe siècle, attribue ce tulte aux prédications des Pères de son ordre,

Un grand esprit de charité Fraternelle régnait parmi enx à telles enseignes qu'ils répartissaient également entre tous ceux d'une méme tribu, un peu à la manière des premiers chrétiens qui mettaient leurs biens en commun, le produit di leurs chasses et de leurs pêches.

Es étaient braves, surtout les Abénaquis, à légal des Frances et des Romains. Le courage à la vuerre leur tenait Heu di vertu. La guerre étant chez eux une nécessité pour existence ils SV préparaient comme au plus noble des arts 5 mais ils ni lui saeriliaient pas, comme les Spurtintes, ln pudeur de leurs tilles et la probité de leurs garcons,

Mer de Saint-Vallier, qui les visitait en 1686, dit, dans son rapport, qu'ils ont des qualités merveilleuses pour le christia nisme: que limpureté est en abomination chez eux 5 que les garçons sont retenus et réservés avec les filles au delà de c qu'on peut croire 57 et le tableau qu'a hussé d'eux Fabbé Fun ressemble, par ee qu'en rapporte le cran evéque de Quebec, il une idvlle écrite au temps des premiers chrétiens,

De son côte, Latour éerivait d'eux: “Ts sont extrômenment chastes et retenus, ce qui, parmi les sauvages, tient du pro dise. Le vice chez eux est en abomination, et les plus lésére hbertés, méme en paroles, leur sont inconnues.”

Ni le mensonge, ni le vol n'étaient en honneur parmi eux

Es aimaient les petits enfants, avaient le culte des morts et le respect de leurs divinités. Pas un mot dans leur langue n'exprime le blasphéme.

[ls étaient chastes,-Latouretles missionnaires ne sont pis les seuls contemporains à le constater. La chronique ne relat pas un seul cas où une femme blanche, tombée captive entr leurs mains, ait été insultée. On la brûlait quelquefois, mais on ne la souillait pas.

Is croyaient à limmortalité des esprits.

Quelles récompenses allaient-ils recevoir pour tant de vertus naturelles ? Mis en présence de peuples plus puissants et plus civilisés, ils ne pouvaient, comme les Romains, parvenir à li

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Encore une fois, quelle allait étre pour eux cette récompense que saint Augustin annonce au nom du Fout-Puissant ?

La plus magnifique de toutes: le don de ln foi. Pour mu part je ne m'explique pas autrement leur conversion étrange, extraordinaire.

Je ne vois dans lhistoire du christianisme que lTrlande, dont l’'évangélisation ressemble de près à celle des aborigènes de l'Acadie. Des vertus semblables ont amené une conversion pareillement surnaturelle, Cette île vierge, où jamais proconsul n'avait mis le pied, qui n'avait jamais connu ni les exactions de Rome, nises orgies était aussi le seul lieu du monde dont l'Évangile eût pris possession, pour ainsi dire, sans effusion de sang.” ?

À partir de leur conversion, ce fut entre ces sauvages et les Français une alliance à la vie, à ln mort: surtout à la mort, hélas !

Les Abénaquis furent les premières victimes de l'hostilité anglaise: car, à cette époque, se constituer les amis des Francais en Amérique, c'était encourir la haine implacable des colons de la Nouvelle-Angleterre, Lu guerre leur fut déclarée, en 1635, et, en 1679, ils avaient été presque tous exterminés, Quelques funilles se réfugièrent au Canada, où leurs descendants se retrouvent aujourd'hui à Bécancour et à Saint-Fran- CIS,

Ce fut ensuite le tour des Souriquois. Plus éloignés des centres anglais et protégés par les Acadiens au sort desquels I avaient uni leurs destinées, il était plus difficile de les atteindre, Alors on mit leurs têtes à prix. Cornwallis, le londateur d'Halifax, otfrit une prime de dix louis sterling, hguelle fut, en 1750, portée à cinquante louis, pour chaque chevelure de sauvage, On donnait trente louis pour un homme pris vivant, et vingt-cinq louis pour une femme. Les pauvres

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Souriquois se retirèrent alors du côté des lignes françaises, sous la protection du fort Beauséjour.

La fidélité entre les alliés fut inaltérable de part et d'autre. Cependant, du côté des sauvages, il semblerait que la haine des Anglais eût plus d’intensité encore que l’amour pour les Acadiens. Quand ceux-ci, en 1754 et 1755, à cause de leur serment, ou prétendu serment d’allégeance, refusèrent de suivre l’abbé Le Loutre et de prendre les armes contre les Anglais, les sauvages se tournèrent contre eux et en massacrèrent un certain nombre, notaminent à Cobéguit et à Beaubassin.

Chevaleresques comme leurs aïeux de France, les Acadiens, de leur côté, refusèrent obstinément, même devant les menaces les plus terribles, de donner leur allégeance à la couronne d'Angleterre, à moins qu'il ne fût stipulé dans le serment qu'ils ne seraient Jamais requis de prendre les armes contre les Franqais et contre les sauvages. Ce refus réitéré fut une des causes les plus directes de leurs malheurs inouïs, et précipita le grand dérangement. Touchant et rare exemple d'une tidélité séculaire, plus forte que la mort !

Ce n’est que cinq ans après la dispersion de leurs amis, et lorsque Québec fut tombé entre les mains des Anglais, que les sauvages consentirent à enterrer la hache de guerre. La morne cérémonie se fit à Halifax, en 1760, en présence du Conseil de la chambre d'Assemblée et du gouverneur.

Les sauvages des provinces maritimes sont, aujourd'hui encore, distribués à peu près de la même manière qu'au temps de la première arrivée des Français, c’est-à dire que les Abénaquis, désignés sous le nom de Malécites, ou Amalécites par les Anglais, à cause de la Bible, occupaient la rivière Suint- Jean et ses tributaires, et les Micmacs ou Souriquois, le reste des trois provinces. Chose bien singulière, leur nombre na pas diminué, On compte aujourd'hui 2,164 Micmies à là Nouvelle-Écosse ; 287 à l’île du Prince-Edouard et 956 au Nouveatü-Brunswick. Les descendants des Abénaquis sont a nombre de 712 âmes. Tous ensemble ils pourraient armer autant de guerriers qu'au temps de Membertou,

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Autre fait remarquaële : quoique plusieurs d’entre eux soient, quelquefois, pendant des années entières privés de missionnaires, que certains groupes isolés vivent au milieu de populations exclusivement protestantes, comme dans les comtés

de King, de Queen et de Sunburv, an Nouveau-Brunswick, ‘ ils sont demeurés, jusqu'au dernier, attachés à la foi catholique. Aucun recensement n’a encore relevé au milieu d'eux un seul

cas d'apostasie religieuse.

Quand les missionnaires ne peuvent pas les visiter, ils viennent à de grandes distances, les trouver pour accomplir leurs devoirs de religion, surtout à l’occasion de la fête de la bonne sunte Anne.

Un prêtre distingué, grand missionnaire des Micmacs, me racontait d'eux, tout deraièrement, cette anecdote bien typique dans sa naïveté.

Il y a quelques années, les sauvages de Pictou, à la Nouvelle- Ecosse, se réunissaient pour l'élection de leur chef. Après plusieurs tentatives infructueuses, ne pouvant s'entendre, ils convinrent entre eux d'en remettre le choix au curé. Celuine délibéra pas longtemps. Il y avait parmi eux un homme remarquablement intelligent, sachant lire et écrire, possesseur de quelques biens et réputé très honnête. Le curé le désigna, tannonça son choix aux délégués de la tribu. Ceux-ci se etirèrent sans rien dire. À quelque temps de là, le plus anden d’entre eux revint trouver le curé de Pictou, et lui demanda de vouloir bien faire un autre choix.

— Pourquoi ? demanda | curé.

I ne savait pas très bien, mais la tribu désirait un autre chef, Le prêtre le renvoya pour délibérer de nouveau avec les siens, et lui dit de revenir dans une semaine. La semaine expirée, l “ancien ” revint, accompagné de plusieurs délégués, t annonça que la tribu persistait dans son opposition.

Mais pourquoi cela, leur demanda le curé, n'est-il pas | vable ?

Ah ! si fait. | — Manque-t-il d'honneur ! | — Non, mon Père.

__ C'est donc que ses mœurs sont mauvaises ?

Ses mœurs sont très bonnes.

__ Alors pourquoi ne voulez-vous pas de lui ?

[ls ne savaient pas trop, mais ils voulaient un autre chef. Intrigué et impatienté en même temps, le prêtre leur dit de

lui déclarer le motif pour lequel ils s’opposaient au choix de

Personne ne voulait rien dire. fl leur command

cet homme.

Alors l’‘“ancien,” s’avançant tout près, lui dit à

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