CHAPITRE ONZIÈME
Paroisse et missions, -- Quelques coutumes acaliennes, -— Polite:se, — Vûte-
ments, — Ne s'embrassent pas en public, — Particularité du parler acadien,
Les notables de Memrameook. [l'est nommé grand vicaire (in partibus)
de Mgr Connolly. — Tentative d'abolition de la langue française à la Nouvelle- Ecosse, —- Le serment du test. Vive Haliburton !
‘Un mot maintenant sur la paroisse confiée à ma sollicitule. Cette paroisse, indépendamment des missions qui s'y ittachent et qui actuellement sont au nombre de cinq !, comprend une étendue d'environ vingt-cinq milles de longueur sr quinze de largeur. Elle renferme six cent-vingt familles icadiennes-françnises et trente-trois familles irlandaises cntholiques, formant un total de 4,050 âmes, dont deux mille et cent communiants. En y comprenant les missions ou dessertes, ‘total général des familles est de mille quatre : le nombre dîmes, de six mille dix ; celui des communiants, de deux uille neuf cent soixante, plus les premières communions faites dans le cours de l'été 1869: ce qui peut porter le nombre ütal des communions à trois mille cinquante environ. Cette
jiopulation est disséminée sur une étendue d'à peu près
oixante milles. La paroisse de Memramcook, qui est le “entre principal de toutes les paroisses francaises des envibis, possède une jolie église en pierre de taille de cent dix leds sur soixante-cinq.….” ?
Uitait toute une petite province dont Mgr Sweeney avait confié la direction spirituelle au jeune aumônier de Saint- Aimé, Il n'en avait été ni troublé, ni enorgueilli : mais il s'était,
I-Scoudoue, Le Ruisseau-des-Renards, Irishtown, les Beaumont «t Dorchester, lombaient sous l'apanage curial de Memramceook,
— Petit Chronique. Murs 1870.
en arrivant, mis résolument à l'œuvre, prenant charge d’âmes. à Memramcook, dans le même esprit que nous l'avons vu faire le catéchisme aux petits enfants de Saint-Laurent. Il «e trouvait heureux dans les plus basses conditions ; il se sentait à l'aise dans les plus hautes. Militaire, il eût été, comme Napoléon Bonaparte, soudainement transféré d’une lieu. tenance à Paris, au commandement suprême de l’armée d'Italie, sans s'étonner plus que l’autre du subit changement de sa fortune. Son dépouillement d’ambition et son humilité de cœur lui faisaient trouver naturel d’habiter avec les humbles et les petits; ses grands talents le mettaient facilement à la hauteur des plus hautes charges.
Disons toute la vérité. Un homme, ici-bas, ne peut rien sans le concours des autres hommes. Le Sauveur lui-même, opérant au milieu d’une popuiation aveugle, égoiste et endurcie, ne sut, après trois.ans de prédication, de prières et de prodiges, rallier qu'une poignée de disciples à sa doctrine.
Les Acadiens comprirent tout d'abord la mission de cet envoyé de Dieu, que leur avait annoncé M. Lafrance ; ils l'admirèrent après l'avoir entendu ; ils l'aimèrent après l'avoir connu; et, quoique généralement pauvres et sans grande influence, ils le secondèrent de toute leur bonne voionté et dans la mesure de leurs ressources.
Sans doute ils étaient ignorants, en ce sens qu’un bien petit nombre seulement savaient lire, et que très peu savaient écrire. Muis l'ignorance des lettres est-elle la seule et la plus grande des ignorances ? Le paysan chrétien qui connaît un Dieu en trois personnes, en sait véritablement plus long qu'Aristote. et, s’il le sert et l'aime, il est meilleur philosophe que tous les sages de la Grèce et de Rome réunis.
Les Acadiens avaient de la religion des notions très nettes transmises de pères en fils dans les familles, et maintenues par les missionnaires. Peu ou point de ces coutumes et superstitions, ivraie que l’on trouve, par exemple, étouffant le bon grain dans plusieurs des provinces du sud de l'Amérique ; partout là plus grande soumission à l'Eglise et un extrême respect i l'autorité de ses pasteurs, sans pour cela oublier leur propre
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dignité d'hommes devant d’autres hommes. Leur franche soumission n'était pas de la bassesse. Quoique les plus humbles dans la maison du Seigneur, ils se savaient les légitimes héritiers du royaume, et auraient cru manquer à Dieu en agissant vis-à-vis de ses créatures comme des mercenaires ou des esclaves. Aux pieds de l’orgueil se tient l’abjection, qui ne vaut pas mieux que l’orgueil, parce qu'elle en est la lâcheté. Le chrétien doit être humble, mais fort. Les Acadiens l’étaient généralement, ou s’efforçaient de l'être.
La misère, qui est, tout comme Ja mort, une niveleuse, avait rapproché nos gens plus près de leur égalité originelle. [n'y avait parini eux qu’un homme qui valût mieux que les autres homnies, le prêtre, à cause de son sacerdoce. A celui-ci ils disaient toujours : “ Monsieur.” Les autres répondaient à leur nom de baptême et les étrangers à leur nom de famille, non pas par manque d’égards, mais parce qu'ils les considéraient en tout leurs égaux, leur frères. Pourquoi ces distinctions cérémonieuses entre les enfants d’un père conmun, quand c'est le cœur qui parle? Les grands, qui exigent de leurs subordonnés des actes d’adulation idolâtrique, agissent entre eux avec beaucoup de simplicité,
L'empereur d'Allemagne, écrivant tout récemment à son ‘frère ” d'Italie, lui recommanduit de faire ses amitiés à “ Mar-querite.” Marguerite, c'est la reine.
Cependant, à la tête des paroisses, il y avait les vieillards, h plus ancienne des aristocraties connues parmi les hommes ; ion pas tous les vieillards, mais les plus éclairés et les plus vertueux. Ceux-ci étaient les guides naturels de leurs conatoyens ; ils présiduient aux conseils, frayaient les sentiers, ‘texerçaient la royauté de l'opinion. Quand les prêtres faiaient défaut, — ce qui arriva souvent durant la période qui précéda et suivit immédiatement l’expatriation de 1755, — on kur apportait les nouveau-nés pour les ondoyer, et les hariages se faisaient devant eux, sauf à être bénis, plus tard,
par ie ministre des autels. La parole de ces hommes n’était
jimais mise en doute, et l'exemple de leur vie se répandait ur la bourgade comme un parfum de bienfaisante odeur.
A l'arrivée du P. Lefebvre, cet état de choses s'était quelque peu modifié, à cause des missionnaires, dont le nombre était devenu suffisant pour la desserte de tout ce pauvre peuple Quelques-unes des anciennes coutumes tendaient à disparaitre. La jeune génération, par crainte du ridicule, aspirait à se vétir selon “la mode anglaise Le “soulier sauvage” (mocas. sin) nétait plus de mise que pour les travaux des champs. et le ecrisleu eédait le pas, les dimanches, aux bottes anglaises à jaumbieres : la veste courte” de France était délaissée pour la redinurote et Je pardessus (overcout) britannique … ]n * calotte brochée pour le chapeau de feutre et la casquette tandis que les “culottes à double elapet,” honnies des jeunes wens, restaient l'apanage des vieillards, dont elles avaient fait la joie aux jours ensoleillés de leur jeunesse.
Sauf au nord du Cap-Breton, à Mile du Prince-Edouard et dans une où deux paroisses de la Nouvelle-Écosse, les jeunes tilles avaient, de leur côté, adopté l'habillement de leurs saurs britanniques : mais leurs mères portaient toujours la cotte et le mantelet de laine, tissés à la maison et confectionnés de leurs mains.
Elle vécut chez elle et fila de la laine,
a dit un pote, faisant l'éloge de la matrone romaine. Sur leur tête, la céline, sorte de bavolet, pour l'usage de Ta maison et, les dimanches à l'église, là coiffe en dentelle ou à bégum recouverte du mouchoir de soie normand, noué sous le menton: leurs épaules et leur gorge étaient cachées sous un fichu blanc ou noir,ou quelquefois en couleurs eroisé bien modestement sur leur poitrine. Les jeunes personnes le croisaient avec un at tout féminin, Par-dessus le fichu, une petite croix d'argent massif et un cœur du même métal.
Ces us et coutumes avaient, dans le détail, échappé à l'observation du P. Lefebvre: d'autres usages intimes l'avaient
1—Espèce de chaussure faite de peau de bœuf non tannée, portant son poilen dehors.
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Quelque frappe davantage, Au Canada, Paunitié est vibrante et l'amour
Ha Gt démonstratif: non pas en Acadie. Deux amis s'aiment sans e peuple ja sparartre ait
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es l'avaient Une Acadienne de Rustico, en IN97,
EL die emoniales | dir en paroles emphatiques : et les tendres sentiments 1€ y S oil en Tes 0 > " N at 1 | | nt son poi és Jeunes gens, leur cœur fût-il un cratère ardent, s'expri t ardent, s'expri-
ment avec une timidité de vierge craintive. On ose à peine employer le mot amour, “— J'ai de l'amitié pour votre fille: voulez-vous me la donner pour femme?” dira à son futur beau-père le jeune prétendant, dans les angoisses de In “ grande demande” L'expression œmour est au-dessus de son courage, Cela fait vaguement songer à Lacédémone.
Même réserve dans les familles. Aucune manifestation publique plus démonstrative que la poignée de mains, l'un des époux se mit-il en route pour la Chine. Les sœurs, les frères ne s'embrassent pas entre eux ; et la mère n'a plus de baisers pour son enfant en âge de faire sa première communion.
Ces coutumes se retrouvent ailleurs qu'en Acadie. L’entourage de Napoléon I remarquuit sa froideur pour sa mère ct ses sœurs et disait: “Ils ne s'aiment pas entre eux.” Dex historiens lui en ont fait un criine. C’est que l’on ne se livre guère aux expansions du cœur, en Corse. “ Pour aimer d'une façon sévère, tacite, peu démonstrative, dit M. Joseph Turquan
et sans marques de tendresse, on ne s'en aime pas moins f
qu'ailleurs, et l'esprit de famille y est plus vivace que sur le continent.” Les mêmes usages se retrouvent dans la haut: 3retagne ; et j'ai lu quelque part qu’une femme de Rennes avait un fils, depuis de longues années parti en mer, qu'elle croyait perdu. Il arrive inopinément chez lui, un soir qu'il \ avait du monde. La pauvre mère contient sa joie. Mais, les vens partis, elle se jette au cou de son enfant, et expire de bonheur.
Certains autres usages sociaux et intimes, apportés par les aïeux, se conservent religieusement en Acadie, comme de précieux joyaux de famille. Les époux acadiens, comme cl se pratique dans une certaine classe de la société française, ne se tutoient pas entre eux : et les cadets portent toujour respect aux aînés. Vous, disaient et disent encore les plis jeunes à leurs frères et à leurs sœurs ; foi, répondent ceux-t Ces formules du respect se retrouvent dans d’autres parties du discours. Si, si fait, expressions exquises de politesse, sont ici, comme en France, les synonymes de oui, pour contredn une déclaration formulée dans la forme dubitative.
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- L'Angelus n'est pas encore sonné ?
- Si.
- Il n’est pas encore midi ?
- Si fait.
Quand l'affirmation où l'interrogation est positive, la réponse est oui où non :— [l est midi.
at-il sonné ? — Non.
- Oui. — L'Augelus
Le parler acadien diffère, sous plusieurs rapports, du parler canadien, Non pas qu'il existe de patois dans l’une ou l'autre province, Des voyageurs français à vol d'oiseau et des publicistes anglais de haute fantaisie l'ont affirmé contre toute vérité. La langue française qui se parle dans toute l'étendue du Canada est la langue d'oïl, puisée à ses sources primitives, telle qu'elle se parlait chez les paysans du centre et du nord de la France, au commencement du dix-septième siècle, et telle qu'elle s’y parle encore communément. Elle est normande, confinant à la Picardie, dans la province de Québec: elle est plus Ile-de-France, Maine, Anjou ou Aunis, en Acadie, avec quelques pointes de Basque, en certaines paroisses.
C’est de ces dialectes, variant assez peu entre eux, que s’est formée la langue classique et académique de la France. Le P. Didon ou M. le comte de Mun, parlant devant un auditoire de paysans bas-canadiens ou acadiens, serait compris tout comme à Rouen et à Tours ; et eux-mêmes, entendant nos gens, croiraient, sauf les anglicismes, ouïr des paysans de Touraine ou des environs de Dinan.
La grammaire est plus correcte, chez les Canadiens ; la prononciation des mots est généralement meilleure, en Acadie, ks intonations plus flexibles, les finales moins monotones et moins traînantes.
Moë, toué, ma foué, diront les Canadiens, en fermant et rétrécissant les sons : les mêmes mots, en Acadie, donnent, au contraire, un son ouvert, se rapprochant du mot, tot, attribués aux Anglais de passage à Paris.
La conjugaison de nos verbes acadiens est surtout défectueuse : J'ai, tu as, il a, j'ons ou j'avons, vous avez, ils ont ou vont. J'aime, tu aimes, il aime, j'œimons, vous aimez, ils
«imont. Mais elle ne prend, en aucun cas, les proportions ln tastiques que leur donnent certains écrivains, des mieux inter tionnés d'ailleurs, M. Faucher de Saint-Maurice, dans son De tribord dl babord, fait ainsi purler une Acadienne de Richibouctou, “aux yeux noirs”
“Le homard, quand je le prenions étions malin, Je mn défions de ses mordants qui serrions fort. Ni voulions le man ver, je mettions un petit d'eau sur le feu, y glissions la bôt qui, du moment qu'elle touchions le chaudron, éprouvions choc qui l'y rougissions : puis y bouillions tranquillement jus qu'à ce que, si je le voulions, un autre le remplacions.”!
Autant parler negre avec des intinitifs. Pas une Acadienn eût-elle la prunelle plus noire que le fond de l'Erèbe, ne recon naitrait là su langue maternelle. Tant qu'à se livrer à la fan taisie de son imagination, j'aime encore mieux voir le spiritue écrivain faire de la science rétrospective : “Du temps des Indiens, dit-il ailleurs, on faisait déjà la pêche aux huitre (ô Darwin) et les tribus de l'Acadie en séchaient de grande. quantités pour leur provision d'hiver”?
Il s'en est fallu de peu que la conjugaison à la mode ac dienne ne prévalût à la cour de France, au seizième sièele, et ne devint la langue écrite du royaume. Quand Henri EV chan tait : “J'aimons les filles,” il parlait la langue de la majorité des personnes du centre et du nord de son royaume et un pet celle de sa cour. Mais, dans la bouche du roi, aussi bien qu dans celle de nos gentes paysannes, j'œtmons se traduit pa nous aimons, et non pas par j'aime.
Plusieurs mots ou acceptions de mots qui, de prime aborl paraissent insolites, sont, où des termes maritimes étendus aux choses de la terre, ou, le plus souvent, de belles vieilles expressions françaises, reproduisant la physionomie de li langue à ses origines. Rabelais seul, dans un triage que Ja fait de ses vieilles locutions gauloises, n'a donné plusieurs en:
1— De tribord à babord, p. 279.
2—Faucher de Saint-Maurice, Bulletin des recherches historiques. IL vivait encore quand j'ai écrit ce passage.
tuine tionr ln pi suet, To:
HECTEPA l'avai nécess Philip coniin aussi | des la d'un 1 dollars la délic éducat:
valeur tout le Il se l'oisse :
jours d
Béloni
mie, Landry lormaie
M. F1 cœur Jai
M. Lan
l'homm
l—C'est s sœurs de ] Jean.