‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 40 sur 77 · Députd NO. En t brte somn ll présent lamille · texte numérisé non relu

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Toute cette philologie luissait, au surplus, le P. Lefebvre assez indifférent, L'intensité de ln foi chez les Acadiens l'avait bien autrement impressionné, Non pas que ln foi fût nécessairement plus vivante, à Memramcook, qu'à Saint- Philippe de Laprairie ; mais elle portait une physionomie, ou, comme aurait dit Montaigne, un visuige différent, Il trouvait aussi plus d'initiative chez nos cultivateurs. Amand Leblane, des la première année de l'ouverture des classes, lui fit don d'un lopin de terre attenant au collège et valant quatre cents dollars, ! Le P, Lefebvre l’acceptu de bonne grâce ; mais, avec la délicatesse qui le caractérisait, il ne tarda pas à rendre en éducation gratuite à son généreux paroissien au delà de la valeur du don reçu. Il en usait toujours ainsi, du reste, avec tout le monde,

I s'attacha d'amitié à quelques-uns des anciens de sa paroisse ; et ces liens du cœur l’affermirent et le fortifièrent aux jours des grandes épreuves. MM. Thaddée (Babé) Leblane, Béloni Gaudet, Maxime Gaudet, Thaddée Bourque, David Cornier, Thaddée Gaudet, François-Jean Belliveau, Tamnant Landry *, Joseph Belliveau, pour ne nommer que les morts, formaient son conseil ordinaire de consultation.

M. François Belliveau était un enthousiaste méridional, au ceur large, au parler franc, et d’un patriotisme intransigeant M Landry, vrai normand pour la finesse et l'esprit, était lhomme aux prudents conseils ; M. Joseph Belliveau, dans une

C'est sur ce terrain que se trouve aujourd’hui le couvent des révérendes sœurs de la Charité. Le P, Lefebvre en passa le titre à l'évêché de Saint- Jean.

2-Député à la législature provinciale du Nouveau-Brunswick, de 1846 à 0. En témoignage de sa fortitude politique (il avait refusé un jour une forte somme qu'on lui offrait pour influencer son vote), ses collègues anglais

ui présentèrent un pot en argent massif, religieusement conservé dans sa famille,

circonstance que le P. Lefebvre n'a pas voulu faire connaitre, mais vraisemblablement à la suite de “acte d'incorporation lui offrit en toute propriété sa maison avec les dépendances pour y transférer le collège. Cette maison, sise à quelques cents pas de l'église paroissiale, était de beaucoup la plus belle et la plus considérable de toute la paroisse Le P, Lefebvre refusa, ému jusqu'aux larmes de tant de grandeur d'âme. M. Belliveau, toujours réservé et digne, avait l'air d’un grand seiuneur retiré sur ses terres,

Ces amitiés, fortes et discrètes, ne se démentirent jamais dl part et d'autre, et, fait digne d'être noté, ne soulevérent ni Jalousie ni récrimination dans la paroisse.

Vers ce temps-là (1869), Mgr Connolly, archevéque d'Halifax, qui avait beaucoup entendu parler du P. Lefebvr et de son œuvre, eut la curiosité de passer par Memrameook en se rendant au concile œcuménique de Réine. La chétiv apparence du collège, modeste construction en bois, avec un chapelle sans prétention et simplement de bon goût, n'eut rie qui le frappat : et l'apparence des écoliers, la plupart habille

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d'étoffe tissée à la maison, ne dit rien à Sa Grandeur, trioua, d'abord, et finit par le troubler, IT lui faisait les hon neurs de sa maison avee une grâce parfaite, sans embarras n timidité, tout à fait à l'aise, comme S'il ne se fût pas trounv en présence d'un prince de l'Eglise. De l'étonnement Pareli vêque passa à ce sentiment pénible de gêne qu'éprouvent quelquefois les grands en présence d'un homme humble véritablement supérieur. Mor Connolly était un prélat dou de talents brillants, taillé pour li pourpre ou le sceptre son verain, devant qui tous les fronts se courbaient, à la volont duquel personne ne résistait,

L'humble religieux de Sainte-Croix semblait ne pas douter de tant de sujets d'éblouissement : il resta naturel. C fut l'archevéque qui subit l'ascendant de son hôte. [en deve

nait mal à l'aise. Il fallait sortir de cette situation ridicul

et rétablir les rôles. [se fit apporter du papier une plume tt À

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mon grand vicaire, avec juridiction limitée aux paroisses françaises de la baie de Sainte-Croix, dit-il au P. Lefebvre. Aussi bien, il y a parmi vos compatriotes de mon diocèse quelque mécontentement.

werez les choses.

Vous les irez visiter, et arran- Vous pourrez inéme fonder un collège «u nulieu deux, si, toutefois, vous pouvez vous entendre avec mon vrand vicaire.”

A défaut de sceau officiel, il scella le document du chaton de son anneau pastoral.

C'est avee bonheur que je note iei ce fait important, heu eux de trouver dans la vie de Mgr Connolly un acte qui puisse S'interpréter d'une manière sympathique aux Acadiens.

Nosant pas refuser, le P, Lefebvre accepta avec grâce et remerciements. À quelque temps de là, conformément à l'ordre du métropolitain, il s'en alla visiter les populations francauses du sud de la Nouvelle-Ecosse.

[trouva les choses allant mal, dans les comtés de Digby et de Yunmouth. La langue française y était décrétée d'aboition ; et les pauvres Acadiens, ne sachant plus à qui s'adres «er pour des conseils et des consolations, du côté du ciel aussi bien que de la terre (M. l'abbé Sigogne était mort en 1844). se sentaient poussés aux sombres extrémités du désespoir.

IS ne convenaient pas qu'il fût ridicule, ni honteux de aler français entre eux, le soir, au retour des champs, les enfants rangés autour de Fâtre: sur la haute mer, quand la houle est menaçante, où que le vent gémit sa mélopée plainüve: sur la grande place de l'église, le dimanche, où la baroisse se réunit, quitte à entendre, à l'intérieur, la parole de Dieu dans une langue étrangère que les femmes et les enfants ïe comprenaient pas et ne comprendraient Jamais. Is étaient S'doux à loreille les vieux cantiques de France ! Pourquoi ls proscrire ? Que chanteraient-ils jamais, sil ne leur était pas penis, non plus, de chanter les complaintes de Port-Royal et de Grand-Pré, qui les faisaient doucement pleurer ? Et le

bon Dieu ? Est-ce qu'on peut prier le bon Dieu autrement quen français, chez soi, ou en latin, à l’église !

Honteux de parler français, cela voulait dire honteux de l'être !

Leur sang, à cette idée, flagellait leur poitrine à la briser Leurs peres étaient morts dans le martyre et dans l'exil C'était mourir glorieusement. Eux, on voulait les tuer dans le mépris : et quels étaient, grand Dieu ! leurs persécuteurs !

J'ai entendu raconter ces choses, à mon premier voyage à la Baie-Sainte-Marie, et maintes fois, depuis: des voyageurs de distinction, témoins auriculaires, n'en ont confirmé la vérité Uni vieillard acadien du nom de Trahan, rapportant > quil avait entendu et vu, à l'église de Météghan, à ce sujet, plenrait Comme un enfant.

Le P. Lefebvre parcourut la plupart des établissements français de la Baie-Sainte-Marie et du Cap-Sable, répan sa parole come un baume d'une suavité infinie. I leur disait, après Jésus sur la montagne : Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.” [T leur recommande la résignation, ce vin qui abreuva leurs pères dans Pexil, et dit eux-mêmes, depuis plus d'un siècle, étaient repus.

— Ne rougissez pas de ce que vous êtes, ajoutait-il, car votre histoire est belle comme celle de tous les confesseurs et vous-mêmes, si vous aimez bien le bon Dieu, vous vale tout autant que ceux qui vous entourent: croyez-le sans vous enorgueilhr. Continuez, surtout, de parler français, de prier et d'apprendre à vos enfants à prier en français. Cette langue

est bien comprise en paradis, et, sur la terre, elle ne désho- à

nore personne, Quant à la France, la belle, la slorieuse France elle est toujours la fille aînée de l'Eglise. La grande fermeté des Acadiens de la Nouvelle- Ecosse et

du Cap-Breton l'avait frappé. I leur trouvuit plus de carat: |

tère qu'à leurs frères des autres provinces, et disait qu'ils s rapprochent davantage du type primitif d: leur race. I caressa longtemps le projet de fonder une maison d'éducation au milieu d'eux.

À son retour au collège, il nous raconta les incidents 4 son voyage, ce qu'il avait observé, les mœurs et les coutumes de ces populations et quelques traits de leur histoire eonten

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poraine, retracée à grands coups de pinceau. Nous nous pressions autour de lui, à la récréation, pour l'entendre. C'était l'histoire de notre pays que nous apprenions avec un enthouthousiasme extrême.

Le récit de l'abolition du serment du test — de l'épreuve — eut surtout un auditoire haletant. Nous avions souvent entendu parler de ce serment comme d’une chose de l'enfer: mais personne d'entre nous ne savait au juste ce que c'était,

“C'est un M. d'Entremont de Pobomeou (Pubnico), vieilhard d'une grande distinction, nous dit-il, qui m'a raconté dans quelles circonstances cet odieux serment, le big oath, comme on l’appelait, fut finalement supprimé à la Nouvelle- Ecosse, C’étuit en 1837. Mais il faut savoir que l'institution de cette profession de foi, ou plutôt de cet anathème politique de notre religion, remonte plus haut, à 1673, en Angleterre, au règne de Charles IT.

“ Pour assurer au protestantisine une éternité d'existence dans les Iles-Britanniques, le parlement obligea ses membres, et tous les fonctionnaires publics, à le prêter. C'était fermer les communes anglaises, la chambre des lords, la magistrature et tous les emplois civils aux catholiques.

“Avec là conquête, ces institutions diaboliques passèrent au Canada.

“ La province de Québec fut la première à en obtenir le rappel, cela dès 1774, grâce à la révolution américaine qui Sannonçait menaçante, et de laquelle il importait à lAngleterre de détourner les Canadiens-Françuis.

“ [n'en fut pas ainsi des provinces maritimes, où vous ctiez noyés dans la majorité numérique des protestants. Les is de persécution furent maintenues contre vous, et les catholiques de toutes les nationalités se virent exclus des fonctions publiques.

“Le premier catholique qui siégea à ia législature d'Ha- Max fat un Irlandais, M. Kavanagh, qui obtint d'Anglewrre, par l'entremise du lieutenant gouverneur, l'autorisation

Mais la

de prendre SOII siège sans prêter “le grand serment.” 1 restait la même, C'était une faveur personnelle.

“ Quatre ans plus tard, en 1827, MM. Uniack et Haliburton firent voter une adresse par la chambre demandant à Sa Majesté l'abolition de l'odieux serment. C'est à cetté occasion qu'Haliburton tit son grand discours, le plus beau peut-être, qui ait Jamais été entendu en Amérique.

“Un acte d'émancipation fut enfin passé, en 1830, grace auquel les députés catholiques pouvaient être dispensés de la prestation du serment du test.

“Mais la mise en vigueur de cet acte semble avoir été de difficile application, puisqu'un comité fut chargé, six ans plus tard, en 1836, de faire un rapport sur la nature du serment d'Etat que les futurs députés seraient requis de prêter, et qu'un bill fut voté à cet effet par la chambre à la derniere session de ceparlement.,

“C'est sur ces entrefaites que deux Acadiens se firent nommer membres de la législature de 1837, à la Nouvelic-

Ecosse : M. Simon d'Entremont, du fownship d'Areyle, et M. Frédéric Robicheau, du comté d’Annapolis. Un ou deux autres représentants catholiques, de langue anglaise ceux-là avaient aussi été élus, je ne sais plus pour quelle circonscription électorale.

“Quand vint le moment de prendre son siège et de prêter le serment, Simon d'Entremont se tint sous le portique de la législature, en dehors de l'enceinte. Son ami, Frédéric Robi cheau, était retenu chez lui par la maladie: de plus, son élection était contestée.

“Ses collèvues le solliciterent d'entrer et de jurer allégeance au roi et fidélité aux lois du royaume.

“—Montrez-moi le serment qu'il faut prêter ? leur demanda-t-il

“Le greflier de la chambre lui en communiqua la vieille formule, qui se lisait comme suit: !

“Moi, A. B., solennellement et sincèrement, en présence de Dieu, fais profession, atteste et déclare que je crois qu'il ny à

1—I1 existe plusieurs formules du serment du test. Le fond est à peu près

le même pour chacune,

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