CHAPITRE QUATORZIÈME
Prions pour la France. —Abolition des écoles ‘* confessionnelles ” au Nouveaumunswick.-- meute à Caraquet. — Meurtre. — Procès. — Apaisement, — Journalistes politico-religieux. — Une apparition diabolique.— Inspection par l'Etat des collèges subventionnés. -- Le P, Lefebvre est nommé Provincial.--Ses résistances. —Un mystere, — Voyage en France. —Le collège Saint-Joseph dans l'angoisse. —Son retour. —Amour des Acadiens pour la France. — Auguste Renaud.—Sermon sur la France,
Si nous voulons demeurer Français, au Canada, prions pour que la France soit toujours glorieuse et forte. Son rayonnement est nécessaire à notre vie nationale, comme à nos poumons là chaleur qui vient du soleil. Nous pouvons sans ie devenir un peuple agricole, industriel où commercial : mais il nous faut longtemps encore sa littérature, ses beauxarts, l'assurance de sa force, sa langue, son génie, son prestige dans le monde, si nous voulons asseoir la Nouvelle-France d'Amérique sur des “bases éternelles.” Ne nous faisons pas d'illusions là-dessus,
Le contre-coup de la guerre franco-prussienne se fit péniblement sentir en Acadie, Avec la France terrassée, sanglante, agonisante, nous nous sentions diminués, et on nous le faisait sentir. L’Anglais est un adorateur de la force ; non pas par un esprit de crainte ou de pusillanimité, étant lui-même htrépide et fort, mais par teupérament.
Une période de trouble, occasionnée par une 1oi des écoles dites sans Dieu, suivit chez nous immédiatement, soit conséquence, soit coïncilence, l’abaissement de la France. Les
écoles “confessionnelles ” ou “ séparées” furent prohibées par
un acte de la législature du Nouveau-Brunswick, et l’enseignement primaire fut mis sous le contrôle immédiat de lexécutif. Il ne fut plus permis de par la loi d'enseigner aux
enfants la religion, aucune religion, dans les écoles publiques — la Bible fut jusqu'à un certain point tolérée, -— les croix «t autres emblèmes chrétiens furent proscrits, et défense légal fut faite aux maîtres et maîtresses de porter dans Pécole | costume d'aucun ordre religieux. C'était un coup droit dirige contre les congrégations enseignantes,
Les catholiques, le clergé à leur tête, se levérent contre ectti législation ; mais tout efort tenté à ln législature échoux fatanlement.
Appel fut interjeté au parlement fédéral.
Les deux partis politiques, à Ottawa, conservateurs et Tibé raux, se trouvérent successivement en grand péril adm nistratif, pour avoir essayé de faire du capital politico-reli gieux avec cette question de principes. Les déclaration étaient superbes : les actes furent nuls. Finalement, d'habiles manœuvres parlementaires, aidées d'une décision judiciair du Conseil privé de la reine, qui rejetuit le pourvoi de h minorité, donnérent raison au gouvernement du Nouvea- Brunswick ; et les catholiques restèrent seuls à seuls en face des protestants exaspérés et supérieurs en nombre et en puis. sance, avec cette question brûlante à régler. De part tt d'autre les esprits étaient montés à un haut degré de haine religieuse, (Que ce mot haine détonne, accouplé à religion institution d'amour !)
Sur ces entrefaites, le chef du cabinet, M. King, en appel au peuple. On vit alors le spectacle, renouvelé des guerres di moyen âge, de toute une population se rangeant, dans les choses de gouvernement, chaque citoyen sous sa bannière religieuse. Catholiques d’un côté, protestants de l'autre, st tenaient en phalanges serrées, prêts à s’entre-égorger pour là plus grande gloire de Dieu. Les protestants, numériquement les plus forts, balayèrent la province. Seuls, les comtés français de Kent, Gloucester et Madawaska élurent des députés de l'opposition.
L'administration se mit alors à prélever les taxes d'écoles Grand nombre de curés protestèrent, en refusant de payer leurs contributions, ce qui fit qu'à l'instar des martyrs de Rome
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