‹ Le père Lefebvre et l'Acadie [microforme]Chapitre 46 sur 77 · MM · texte numérisé non relu

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Certaines municipalités s'insurgèrent en bloc. À Caraquet, grande paroisse française du comté de Gloucester, les agents du fise, rencontrant quelque résistance, firent feu sur un groupe d'Acadiens, dont lun, nommé Mailloux, fut tué, Ceux-ci ripostérent, et un “constable” resta mort sur le carreau.

La milice fut appelée, le village envahi, et vingt-quatre personnes furent appréhendées, dont sept furent envoyées aux assises, sous inculpation de meurtre où d'incitation au meurtre, Le premier à subir son proces, Joseph Chiasson, fut trouvé coupable au premier chef, et condamné à être pendu. Le même sort attendait les six autres !

Tout à coup la situation se détendit ; il n'en était que temps.

Mur Sweeney, au nom des catholiques de Saint-Jean, et lhonorable M. Boyd? au nom des protestants de li même ville, deux hommes de grande modération, se rencontrerent et terent les bases d’un compromis local,

Les députés catholiques”, s'autorisant de ce commencement detrève de Dieu, s'approchèrent du gouvernement avec des paroles de paix. Il en résulta un modus vivendi, accepté comme pis aller, et qui subsiste encore.

Les écoles sont communes dans toute la province ; le prélèvement des taxes est uniforme; les catholiques ont la même instruction scolaire non-confessionnelle que les protestants, les Français que les Anglais: maîtres et maîtresses sont astreints àun cours préparatoire d'école normale, où des brevets de apacité leur sont délivrés sur concours, après un examen qui ne reconnaît pas de classes privilégiées, c'est-à-dire inférieures : œrtains livres de lecture à l'usage des Acadiens sont en anglais

I-Il y eut appel, Les procédures furent déclarées nulles pour irrégularité de forme, et les sept prisonniers, y compris lé condamné à mort, furent finalement tlargis.

2-Sénateur. Nommé lieutenant gouverneur de la province, en septembre 1893, Mort subitement en décembre, même année.

3-MM. Johnson (grand patriote acadien avec un nom anglais), O'Leary, Blanhard, Burns et Thériault.

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avec traduction française en regard; tous les autres livres À

sont en anglais seulement. b Ce qui rend ces écoles parfaitement acceptables — dans la "s pratique — aux catholiques, c'est que chaque district scolaire dh se trouve placé sous le contrôle de trois syndics choisis par les de contribuables, et que ces syndics, ou la majorité d’entre eux, il

constituent un mperium in imperio, qu'ils engagent les inaîtres et les maîtresses — diplômés — qu'ils veulent, et Fe | stipulent les arrangements qui leur conviennent pour l’en- ie seignement du catéchisme, en dehors des heures réglemen- éta | taires. Aujourd'hui, la jeunesse catholique et française du | | Nouveau-Brunswick est sur le même pied d'instruction que h È jeunesse protestante ; le catéchisine est enseigné anx enfants Se à peu près comme si les écoles “séparées” existaient ; les Mai | religieuses, qui le veulent, enseignent sous la loi, sans incapa- tas | cité légale provenant de leur costume religieux, et celles qui Fe je ont justitié de leur aptitude pédagogiqre devant le bureau de de s | l'école normale ! reçoivent la subver ion ordinaire du gou- M ‘"!' vernement, oh Et une grande paix religieuse règne dans toute la province. Ad Mais la loi organique de 1871 n'a pas été modifiée d'un Hi te

iota, et, aujourd'ui encore, le pourrait difficilement être. | Seulement la lettre qui tue est vivifiée par l'esprit de bonne composition du Conseil, qui en surveille l'application. De la bonne volonté vaut mieux que de bonnes lois.

| C'est un fait historique, passablement bien établi, que les | querelles religieuses ont toujours eu, tout comme les autres querelles, leurs triburis, j'allais dire leurs exploiteurs.

L'apaisement des esprits et le compromis qui suivirent l crise aigüe de 1874,ne furent possibles, au Nouveau-Brunswick, que lorsque certain journal politico-religieux cessa, du côte des catholiques, d’invectiver ceux qu'il voulait convertir Celui qui tire l'épée périt par l'épée. A ces articles super

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1—Le conseil de l'Éducation accorda, en 1874, date du premier compromis, al religieuses le privilège de subir leurs examens d'aptitude dans ieur convel mêm”, les dispensant de suivre le cours, obligatoire pour tout autre, à l'écol normale de Frédéricton.

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bement écrits, mais d’une virulence extrême, les journaux anglais répondaient avec non moins d'acerbité, et, les reproduisant, faisaient facilement croire à leurs lecteurs que tous les catholiques écumaient de rage religieuse et couraient aux armes.

Les champions des différents cultes, sans courir eux-mêmes aucun danger sérieux pour leurs personnes, faisaient généralement leurs frais dans ces croisades saintes. D'abord, ils étaient élus députés aux diverses législatures.

Le champion catholique, — mais non pas celui des Acadiens —, l'honorable M. Anglin, attrapa pour sa part un siège aux communes fédérales. Il n'en fut d'abord que plus violent. Mais, en 1874, ayant été placé dans un fauteuil richement capitonné, ceci eut pour effet de ralentir momentanément son rèle religieux, ou, dans tous les cas, de diminuer l'aigreur de ses articles. Ce n'est que de ce moment-là que la bonne entente devint possible entre les partis.

J'ai entendu des hommes autorisés attribuer sérieusement ha détente, du côté des journalistes protestants, à l'incident grotesque que le lecteur me pardonnera de rapporter. C'est l'éternelle histoire du grain de sable de Pascal dérangeant la marche de l'univers; ou, dans l'espèce, c’est un esprit fort désarçonné par une ombre.

Les deux principaux journalistes protestants, sectaires des “écoles sans Dieu,” étaient M. Willis, éditeur du News de Saint-Jean et grand chef des orangistes, et M. Elder, rédacteur du Telegraph. Tous deux siégeaient à la Législature provinciale de Frédéricton. L'apaisement relatif du journal catholique, le Freeman, ne les avait pas encore désarmés, ct, soit conviction religieuse, soit bénéfice politique à en retirer, ils continuaient toujours à sabrer les écoles “ dénominationnelles,” quoique leurs articles, faute d’adversaire dans la lice, tombassent maintenant comme de grands coups d'épée dans l'eau, Des amis les avaient avertis qu'il pourrait bien leur arriver malheur, s'ils ne cessaient d'attaquer l'Eglise catholique, dont les persécuteurs font tous une mauvaise fin.

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Comme ils étaient l’un et l'autre des esprits forts, ils méprisèrent ces sages avertissements.

Willis était pompeux et solennel. Chaque fois qu'il entrait à la Chambre, ses collègues se retournaient pour le voir s'avancer tout d’une pièce, le corps droit, les coudes arrondis, bien persuadé de sa haute importance,

Quand il arriva, cette après-midi-là, le cabinet était saisi d'une interpellation, où la véracité d’un ancien article du News contre les prêtres était discutée.

Après avoir gravement déposé son chapeau haut de forme à son côté, et s'être pincé du pouce et de l'index les deux pointes de la moustache, il se leva, solennel.

—J'ai les preuves de ce que j'ai écrit contre les prêtres de Rouwe, dit-il.

— Vous n’en avez aucune, crièrent plusieurs voix.

—Je les ai toutes, ici, affirma-t-il, en frappant du poing le couvercle de son pupitre, qui retentit.

—Montrez-les à la Chambre, vociférèrent plusieurs députés, pendant que d’autres voix criaient : — Il n'en a pas!

Lui, prenant alors de ses deux mains tendues, selon sa manière ordinaire, le rebord de son pupitre, il l'ouvrit. Horreur! Il en sortit, avec un bruit assourdissant, quelque chose de noir et de vivant, ayant des ailes de bête de l Apocalose, qui brûla son visage en l’effleurant, alla s’abattre un instant sur la tête pelée d’Elder, et, de là, s'élançant du cûte de la galerie des dames, s’y jucha en chantant un cocorico éclatant.

C'était un coq noir, luisant, lustré, que deux de ses collèvues à la Législature ! s'étaient procuré dans les environs de la ville, et avaient enfermé dans son pupitre.

Willis était devenu pâle comme un suaire et tout prêtà perdre connaissance, tandis qu’Elder était sorti précipitan-

ment de l’enceinte.

1—M. Blanchard, aujourd’hui député au parlement fédéral, et M. Adam, aujourd'hui sénateur.

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Ces deux champions des “ écoles sans Dieu ” ne purent plus adresser la parole à la Chambre pour le reste de la session. Quand ils se levaient, les huées couvraient leurs voix. Willis avoua qu'il avait cru voir le diable sortir de son pupitre. On remarqua que les attaques des deux journalistes contre les catholiques cessèrent de ce jour-là. C’est peu de mois après, que Mgr Sweeney et l'honorable M. Boyd posèrent les bases du compronis dont il a été fait mention plus hant.

Le P. Lefebvre fit à la “loi des écoles” toute l'opposition qu'il put, maïs sans éclat, sans ostentation, et surtout sans haine des personnes. Les $800 de subvention que son collège recevait du gouvernement furent supprimés, sur son refus formel de recevoir plus longtemps l'inspecteur désigné par le conseil de l'Education pour faire l'examen des classes. Car cest un fait, peu croyable en certains lieux, scandaleux même, qu'un visiteur laïque, protestant par surcroît, venait tous les ans faire l'inspection des classes, au collège Saint- Joseph, interroger les élèves sur le lutin et le grec, qu'il n'entendait guère, examiner le cours commercial, duns lequel il était mieux entendu que personne. Pas de contrôle, pas de subsides ! Telle est la séculaire et très logique devise du peuple anglais, qui se croit tenu en stricte justice de surveiller l’emploi des deniers publics. D'où un inspecteur pour le collège subventionné de Memramcook.

Au reste, la présence d’un inspecteur nommé par l'Etat pour visiter les collèges et les couvents subventionnés, n’a rien, en principe, que l’Église condamne; c’est la société civile, c'est César exerçant ses droits. Ce fait n’a rien, non plus, qui soit de nature à humilier l'institution assujétie à un examen officiel, excepté s’il arrivait que les professeurs manquassent de compétence et que l'instruction donnée ne fût pas à la hauteur requise.

L'opposition du P. Lefebvre à la loi scolaire dura toute sa vi. Ce nivellement religieux dans le champ des écoles publiques avait profondément froissé son âme de prêtre et ses sentiments de citoyen chrétiennement libéral. Il ne comprenait pas qu'on pût être, comme le professent les protestants,

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partisans de la liberté absolue des cultes, et capables, en méme temps, d'une pareille mesquinerie législative. Il ne pouvait souffrir la discussion sur ce sujet, Non seulement il ferma net la porte de son collège à l'inspecteur du gouvernement, mais il ne permit pas à la partie de sa paroisse, située dans le rayon d'un mille du collège, de s'ériger en district scolaire sous la loi.

Cependant, six mois avant sa mort, soit qu'il eût change de sentiment, —ce qui n’est guère probable, —soit qu'il erût devoir se “ rallier ” à un ordre de choses définitivement établi et, en somme, acceptable dans son application, il convoqua et présida une assemblée ayant pour objet l'établissement d'une école publique à la porte même de l'église paroissiale, dans une des salles du couvent des Sœurs de la Charité.

Depuis qu'il avait été désigné pour fonder, au Nouvean- Brunswick, une maison d'éducation, qu'il avait effectivement fondée, sans secours pécuniaire de la maison mère, et entourt d'obstacles quasi insurmontables, l'ancien catéchiste de Suint- Aimé avait grandi dans l'estimation de ses pairs et de ses supérieurs. On ne se souvenait plus qu'il n'avait pas fait de cours d'études classiques,et qu’il était, par conséquent, impropre aux fonctions de l’enseignement. L'écho des grandes choses qu'il opérait en Acadie arrivait au Canada, mêlé aux poétiques

mélodies du chantre d'Evangéline, et il se faisait comme une auréole autour de son nom. Ses devoirs d'administration

l'avaient mis en rapport avec les Pères de communauté, et son commerce avait contirmé les bruits de la renommée. On le trouvait tout à fait distingué. Le fait est que le P. Lefebvre imposait par son grand air, par son cœur plus grand encore. et par la supériorité de son esprit, aux personnes, laïques et ecclésiastiques, au contact desquelles il venait.

Sur ces entrefaites le T. R. P. Villandre tomba sérieusement malade, et donna sa démission de supérieur provincial du Canada. Au conseil qui s’ensuivit, la voix presque unanint des Pères désigna le supérieur de Memramcook pour lu

succéder (17 janvier 1871).

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