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CHAPITRE III

Après la destruction de Saint-Acheul, Loriquet, désormais privé du droit d'enseigner, fut envoyé par ses supérieurs en résidence à Paris. C'était pour lui une vie toute nouvelle. Il ne s'en livra pas moins avec son entrain ordinaire aux humbles occupations du ministère sacerdotal (i), et l'on ne tarda guère à apprécier, comme il convenait, son zèle, sa prudence et sa piété. Les moments que la direction et le confessionnal lui laissaient, étaient principalement employés à la composition d'ouvrages de piété : Manuel du Catéchiste, La Dévotion à saint Joseph, Vie du

(i) « J'y trouve, écrivait-il, pour le moins autant de goût qu'à noircir du papier. » i3 février iSSa.

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B. P. Fourier, Nouvelle Vie de sainte Ulphe. C'était donc bien la retraite; on eût dit même qu'il cherchait avant tout à se faire oublier notamment des hommes du gouvernement. Il espérait sans doute que ses ennemis triomphants dédaigneraient un vaincu enfoui dans le silence, perdu dans l'obscurité, occupé à publier des livres de dévotion, à visiter des malades, à consoler des malheureux.

Il n'en fut pourtant rien : on le poursuivit jusque dans le désert où il s'était réfugié. En i832, le Recteur d'Académie d'Amiens lui consacrait la circulaire suivante :

Monsieur, disait le grave fonctionnaire en un bien curieux langage, j'ai reçu de M. le ministre de l'instraction publique l'ordre de prendre sur-le-champ les mesures nécessaires pour m'assurer si dans les écoles du ressort de l'académie on ne met pas entre les mains des élèves un Abrégé de l'histoire de France, marqué des initiales A. M. D. G., généralement attribué au chef d'une ancienne école tenue par les Jésuites ; et pour que dans le cas où une recherche exacte ferait découvrir qu'il existe des exemplaires de ce livre où l'esprit de parti a altéré à dessein la vérité historique et blessé tous les senti-

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ments français (i) et qui, d'ailleurs, ne figure point sur la liste des livres adoptés par l'Université, ils soient à l'instant retirés des mains des élèves. Cette mesure s'applique surtout aux établissements protégés ou entretenus par le gouvernement, mais elle doit être exécutée aussi à l'égard des maisons d'éducation particulières, et dans le cas où quelques-unes seraient connues pour faire usage du livre en question, je dois les signaler à l'autorité. Le gouvernement ne doit point ignorer ces tentatives de Tesprit de parti sur la jeunesse.

Je désire, Monsieur, avoir de vous une déclaration formelle et positive sur cet objet, je l'attends le plus tôt possible. MM. les inspecteurs seront chargés, dans leurs tournées, d'exercer à cet égard une surveillance scrupuleuse.

Agréez, etc.

Le recteur d'Académie, Durand (2).

On voit que si M. le recteur n'épargne aucune précaution pour éloigner le poison de la bouche des nourrissons de l'Université, il ne se prive pas davantage des imputations les

(1) Lesquels? Le fonctionnaire de l'Université oublie de le dire.

(2) Archives nationales, F" 63,247.

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plus graves contre un ouvrage dont il ne sait pas même donner le titre exact et qu'il laisse assez clairement entendre n'avoir jamais lu. Mais ce n'est pas le lieu de relever les exagérations du trop zélé fonctionnaire et de l'injuste critique r j'aurai l'occasion de le faire amplement dans la suite de ce chapitre.

On peut supposer que les ennemis de Loriquet le crurent définitivement écrasé par ce dernier coup de massue; ils parurent, du moins, l'oublier pendant plusieurs années. Ce fut après i84o seulement qu'ils se souvinrent de lui et rouvrirent les hostilités.

L'épisode le plus retentissant de la lutte, et à ce titre il n'est pas inutile de l'exposer d'abord, eut pour théâtre la Chambre des pairs. Le 29 avril i8/i4, un ancien ministre, Hippolyte Passy, du haut de la tribune, reproduisant une phrase de Portails, accusait le Jésuite

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d'avoir écrit que « Napoléon n'était qu'un marquis, lieutenant général au service de S. M. Louis XVIII, dont il conduirait à Vienne les armées ». Evidemment l'allégation était si totalement imprévue, si sottement déconcertante, que nul à droite ne fut en état de riposter : Passy triomphait et les adversaires des Jésuites avec lui.

Ce ne fut pas pour longtemps. Huit jours plus tard, Montalembert se leva ; il tenait à la main deux petits volumes : « J'ai l'honneur de déclarer, dit-il, que cette falsification stupide de l'histoire n'a jamais existé..., que le fait est complètement controuvé (i) « ; et présentant à l'imprudent dénonciateur « les deux éditions princeps », il le met au défi de montrer les mots cités par lui. « J'étais, écrit un témoin (2), à la séance où M. de Montalembert, répondant à M. Passy, lui porta, en son nom et en celui du P. Loriquet, le défi solennel de produire un exemplaire contenant le

(i) Moniteur, mai'i844. p. 1277- (a) M. de la Sicotière.

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fameux passage. Il ajouta, et je me rappelle encore la sensation extraordinaire que cette déclaration produisit dans la Chambre et dans le public, que si un pareil exemplaire était jamais découvert, il le déclarait d'avance falsifié par quelque ennemi des Jésuites » (i). Ce qui, d'ailleurs, continuait-il, ne saurait étonner ceux qui, comme lui, avaient vu de leurs propres yeux, en i8i4o, des lithographies représentant les Jésuites faisant l'exercice à feu dans les cours de Montrouge.

Ainsi mis en demeure d'appuyer son accusation, M. Passy se contenta piteusement d'affirmer de nouveau que « le livre existait », ou du moins qu'il avait existé. Quant à prouver cette allégation, il ne le tenta même pas.

Quelque temps après, Loriquet entrait luimême directement en scène. La Champagne Catholique (juillet-août i844), par exemple (2),

(i) Intermédiaire des Chercheurs, I, i84.

(2) Je pourrais rappeler aussi la vigoureuse lettre qu'il destina à M. Passy (Cf. Intermédiaire des Chercheurs, I, ia6) : « Vous avez osé, lui disait-il, soutenir cette sotte accusation, même en présence de toutes les éditions, lesquelles vous donnaient, permettez-moi l'expression,

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contenait une page de lui, qu'il résumait ainsi dans une lettre à son neveu, le i3 juillet 1844 : « En deux mots, défi par moi de

le démenti le plus formel. » — Dans les papiers de Loriquet qui nous ont été conservés, je trouve trois brouillons de cette lettre à M. Passy. Je cite seulement les lignes les plus importantes. On verra que la pensée du Jésuite ne varia jamais dans sa netteté et sa vigueur.

(i" version) « La vérité, je le déclare et je l'atteste, est qu'à aucune époque je n'ai rien écrit qui ait pu donner prétexte aux paroles de M. Passy. »

(2'= version) « La vérité est qu'à aucune époque je n'ai écrit un mot qui ressemble à cette absurde assertion. «

(3° version) « Jusqu'ici nous avions gardé le silence, nous sommes forcé de le rompre : Nous déclarons donc et nous protestons que jamais le ridicule nom de marquis de Baonaparte n'est entré dans l'Histoire de France qui nous est attribuée. . . , que personne en France, ami ou ennemi, ne l'a découvert dans aucune édition de cet ouvrage. »

Ces variantes me donnent une occasion toute naturelle de citer quelques lignes de sa copiste ordinaire, lignes qui révéleront un trait de caractère du digne religieux. Parfois, dit-elle, je me permettais de lui faire des critiques; alors « il écoutait, expliquait sa pensée... retournait sa phrase dans tous les sens jusqu'à ce qu'il me vît entièrement contente. Souvent même, deux ou trois jours après, il rapportait le passage refait de différentes manières, afin de choisir la correction, de concert avec moi. Il faisait tout cela avec tant de bonhomie et de gaîté, que j'étais parfaitement à l'aise avec lui «^ Archives privées.

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montrer un seul exemplaire, de quelque édition que ce soit, où se trouve la sotte phrase du marquis de Buonaparte; pour le cas où on la montrerait dans un exemplaire quelconque, engagement pris par moi de démontrer la falsification par l'insertion d'une page collée à la place d'une autre, par la différence du papier et des caractères. » M. Passy, cette fois encore, se déroba, conduite, au reste, que tout le monde imita.

La querelle semblait donc vidée : l'accusateur avait été mystifié (i). Il le reconnaissait lui-même implicitement, mais évidemment, quelques protestations gratuites qu'il multipliât pour en imposer aux crédules. La « sotte » légende (2) devait pourtant faire son chemin.

En vain, Martial Marcet de la Roche-Arnaud,

(i) Un érudit de nos jours affirmait tout récemment que cette pasquinade était le fait d'un journaliste en belle humeur. M. Passy s'était laissé prendre à cet appât grossier, inconsciemment, je pense. Voir pour ce détail Mémoire à consulter..., par M. Martial Marcet de La Roche-Arnaud, p. 4a.

(2) Loriquet parlait « d'assertion mensongère, de page maudite, de sotte phrase ».

l'ancien allié de Montlosier dans sa guerre contre la Compagnie de Jésus, protesta « que cette fable était aussi effrontée que ridicule » (1), on affecta de ne pas entendre celui qu'on tenait naguère pour un oracle ; en vain un bibliophile offrit 5oo francs à qui lui montrerait la phrase contestée (2); en vain la maison Poussielgue-Rusand promit 3o. 000 francs à qui présenterait un exemplaire, sorti de ses presses, contenant les expressions incriminées (3), nul ne releva ces défis. Et pourtant, plusieurs continuèrent de croire à l'imputation de M. Passy; du moins ils l'affirmaient! Une sorte de reculade s'opérait néanmoins parmi les plus hardis tenants de cette « farce stupide )). Comme les dernières éditions de Loriquet étaient entre les mains de tous et que la fameuse phrase ne s'y lisait point, on fut contraint de se rabattre sur les premières.

(i) Mémoire à consulter sur le rétablissement légal des Jésuites en France, i845, p. 4a-43, Paris, Jules Laisné. Voir aussi sa lettre à la Quotidienne, ai mai i844.

(a) Intermédiaire des Chercheurs, I, i84.

(3) Ibid., I, 339.

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D'après M. Cucheval-Clarigny, si elle se trouvait quelque part, c'était dans l'édition de 1816. Malheureusement, ajoutait-il, la chose est impossible à vérifier (i), car « cette édition est absolument introuvable (2) ». Était-elle

(i) M. Vapereau (Liberté de penser, p. 898) dit avoir vu cette édition de 18 16 et ajoute que la fameuse phrase ne s'y rencontrait pas.

(2) Cette édition reproduit la première, celle de i8i4: l'auteur s'est contenté d'y ajouter un supplément de 171 pages. — Ce supplément fut de plus tiré à part, probablement pour la commodité de ceux qui avaient acheté l'ouvrage précédemment. J'en ai en ce moment un exemplaire sous les yeux ; il est différent de celui que possédait M. Claretie, car le mien ne porte point les signes distinctifs qui se voyaient en celui de cet adversaire (p. 296, note). L'honorable académicien se trompe donc lorsqu'il redit, après M. Vapereau, qu'un exemplaire, « unique sans doute », avait échappé à la destruction que les Jésuites avaient tentée 1 — Ce n'est pas tout : au cours de ce même article, inséré dans la Liberté de penser (1, 898 et suiv,), M. Vapereau dit d'une part que ce supplément ne contenait pas la phrase de marquis de Bonaparte, de l'autre que les Jésuites n'avaient rien épargné pour en faire disparaître tous les exemplaires. 11 n'oublie qu'une chose, c'est de nous apprendre pourquoi ils avaient agi de la sorte. Comment M. Claretie (Cf. Le P. Loriquet et son « Histoire », dans la Révolution française, avril 1904, t. 46, p. 296) n'a-t-il pas remarqué qu'en acceptant sans réserve ces lignes de M. Vapereau il tombait dans la même inconséquence

vraiment introuvable en i848? Cela paraît bien extraordinaire. Du moins elle ne l'est plus actuellement : j'en ai vu deux exemplaires à la Bibliothèque nationale, et il y en a d'autres encore peut-être. Or, j'ai lu depuis la première ligne jusqu'à la dernière tout ce qui concerne Bonaparte, et je n'ai point trouvé 1 appréciation en question.

D'autres, qui vraisemblablement avaient fait la même constatation que moi, ne se sont pas laissé déconcerter pour si peu ; ils ont dit que l'édition qui recelait la perle tant cherchée était celle, non de i8i6, mais de i8i5. On a bien entendu, j'ai dit celle de i8i5. Mais, hélas ! voyez la guigne des intrépides chercheurs de la vérité. Cette édition précieuse, qui devait à jamais clore ce long débat, elle avait disparu, on ne sait à quelle époque, de quelle manière, sans laisser trace nulle part. Les con-

que lui et prêtait à son tour, contre toute vraisemblance et sans motif, aux confrères de Loriquet une conduite sotte et ridicule I En effet, à quoi bon détruire une édition qui ne contenait point le passage cause du litige?

frères de Loriquet — admirez leur bonheur! — l'avaient découverte dans chacune des bibliothèques du globe où on la cachait jusque-là, arrachée à toutes les mains qui la retenaient et enfin si complètement supprimée, anéantie avec un tel succès, que pas un exemplaire n'avait été sauvé.

Cette trouvaille est de M. le baron de Ponnart, celui qui assurait dans le Phare de la Loire, k décembre i865, et cela en dit longsur son sérieux et sa science, qu'à la tribune « l'assertion de M. Passy n'avait été contredite par personne, pas même par M. de Montalembert » (i).

On est d'ores et déjà suffisamment édifié sur la valeur et le poids de ce témoin; un mot pourtant encore. L'auteur de la bouflonne explication qui nous occupe n'a-t-il pas trop oublié en la jetant à tous les vents que les Jésuites ne sentirent évidemment la nécessité de la disparition, signalée par lui, qu'en 1844, puisqu'à ce moment-là seulement

(i) Intermédiaire des Chercheurs, II, i/i8.

on s'avisa de leur faire grief du jugement de leur confrère ? Mais alors qu'il nous apprenne par quel tour de force, 29 ans après l'apparition d'un ouvrage, mis entre les mains de i5oo écoliers au moins, on serait parvenu à retrouver tous les exemplaires sans qu'un seul ait pu depuis être découvert, sans que même il soit resté trace d'une opération aussi délicate que compliquée. De bonne foi, n'est-ce pas impossible et la prudence ne conseille-t-elle pas de passer outre sans s'arrêter davantage? — Enfin, et je m'en tiendrai là, comment M. le baron de Ponnart n'a-t-il pas remarqué que la brochure de Kératry (i), sur l'interprétation hasardée de laquelle il s'appuie (2), ne relève même pas la phrase extravagante, laissant échapper de la sorte l'occasion la plus opportune d'ajouter une critique bien fondée à celles qu'il prodigue plus ou moins justement à Loriquet ? Si semblable sottise se fût rencontrée, précisément dans cette édition qu'il avait sous les yeux et qu'on n"a point

(i; Paris, Dentu, in-8 de 58 pages, 1820. (a) Intermédiaire des Chercheurs, II, aoS.

revue depuis, comme il se fût avidement précipité sur cette proie! Ici encore, nous sommes donc en présence d'une mystification. Aussi bien cette hypothèse est-elle communément abandonnée.

Il ne restait aux partisans de la légende qu'à se rejeter sur la première édition et à tirer de sa disparition un argument en faveur de leur thèse. De cette manière leur affirmation gardait quelque force ; du moins on ne pouvait prouver matériellement qu'ils se trompaient.

M. Claretie a-t-il fait ce petit calcul, et l'impossibilité de consulter cette édition « introuvable à la Bibliothèque nationale comme partout » (i) l'a-t-elle défavorablement impressionné? Si oui, je suis heureux d'être en mesure d'éclairer sa conscience d'historien et calmer ses scrupules et ses doutes.

Comme lui, j'ai constaté qu'en effet on n'a pas à la rue Richelieu l'édition désirée; par bonheur, on est ailleurs plus favorisé. Et

(i) Ces mots sont de M. Claretie.

comme, en ce moment, je l'ai sur mon bureau, j'en ferai une courte description, prêt à montrer l'ouvrage lui-même à qui voudra le voir et l'examiner.

Le travail de Loriquet forme deux petits volumes in-24, le premier, de x-36o pages, plus la table des matières ; le deuxième, de 2i3-xxxviii pages, sans la table. Le titre est le même pour l'un et pour l'autre : sur la première page, Cours d'histoire à l'usage de la jeunesse, tome (I ou II) de l'histoire de France, faisant le tome IV de la collection; sur la deuxième page. Histoire de France à Vusage de la jeunesse, avec cartes géographiques, par A.-M.-D.-G... — Tome premier, depuis le commencement de la monarchie jusqu'en 1589. — Tome second, depuis Henri IV jusqu'à la fin du xviir siècle. A Lyon, chez M. P. Rusand, imprimeur-libraire, et à Paris, à la Société typographique, place Saint-Sulpice, n° 6, 1810 (i).

(i) On sait que cette édition, parue en réalité à la fin de juin ou au commencement de juillet i8i4, fut antidatée par l'éditeur sans l'autorisation de l'auteur. C'est

Le premier volume est précédé d'une préface et se termine par un chapitre intitulé : Mœurs et coutumes des Français ; Etat des lettres, des sciences et des arts sous les Valois- Orléans (338-354). Enfin (355-36o) se trouve une Table alphabétique des lieux marqués dans les cartes géographiques (ces cartes sont au nombre de deux, une au commencement de chaque tome). Le second volume se termine ; 1° par quelques détails sur la destinée des augustes personnages qui partagèrent la captivité de Louis XVI (p. 170-174); 2° par un long chapitre (p. 175-213) sur les Mœurs et coutumes... sous les rois de la branche des Bourbons ; 3** enfin par une Table chronologique (i-xxxviii). Cette table se divise en deux sortes de tableaux synoptiques : sur le verso de chaque page, on lit : Époques et faits remarquables; sur le recto : Hommes célèbres dans la guerre, la politique, les lettres, les sciences, etc.

ce qu'indique une note de Loriquet, II, p. aoi : « Ceci, dit-il, s'écrivait en i8i3, un an avant le rétablissement de la monarchie. » Ainsi, qu'on veuille bien le remarquer, Loriquet n'était pas jésuite lorsqu'il publia son Histoire de France.

Elle s'arrête à l'année 1809 et Napoléon y est nommé six fois. Voici en quels termes; je cite intégralement (p. xxxv) : 1° Batailles de Lodi et d'Arcole, première invasion de l'Italie par Bonaparte (i), 1796; 2° Bataille de Rivoli, invasion du Tyrol et de l'Autriche par Bonaparte, 1797; 3° Invasion de l'Egypte par Bonaparte, 1798; 4° Journée du 18 brumaire (9 novembre), Bonaparte renverse l'autorité des conseils et établit le gouvernement consulaire, 1799; 5° Bataille de Marengo, troisième invasion de l'Italie par Bonaparte, premier consul, 1800; 6° (p. xxxvn) Bonaparte proclamé empereur sous le nom de Napoléon, puis sacré par Pie VII, i8o4.

Ainsi, plus d'hésitation possible, le marquis de Buonaparte ne se voit nulle part, ni dans les premières ni dans les dernières éditions. Des témoins nombreux, intègres et irrécusables, l'ont constaté de leurs yeux et affirmé depuis longtemps sur leur honneur (2).

(i) Loriquet imprime toujours Bonaparte et non Buonaparte, comme le font ses adversaires, sans doute pour donner plus de piquant à leurs attaques.

(3) M. Eugène Gérusez conclut simplement : Comme

Devant cette rigoureuse conclusion, les ennemis des Jésuites vont-ils s'avouer définitivement vaincus et déposer les armes? Non, pas encore.

Le 29 novembre i864, un M. Joseph Clermont rentrait en scène et recommençait sournoisement la lutte. Ses prédécesseurs dans la mêlée avaient eu la maladresse d'affirmer que les Jésuites avaient supprimé une édition tout entière de Loriquet et cela trente ans après la publication de l'ouvrage, ce qui semblait absolument indéfendable ; lui, fut plus avisé, du moins il crut l'être.

En avril i86/i, M. H. de Riancey, dans L'Union, avait vengé Loriquet des sottes attaques lancées contre lui. M. Joseph Clermont, dans une lettre adressée sept mois plus tard, non pas à Vauteur de l'article qu'il critique, mais à Monsieur L. (sic), aussi rédacteur à L'Union, s'inscrit en faux contre l'affirmation

le plaisant qui a mis cette facétie en circulation a dû « se divertir de la crédulité des gobe-mouches qui le croyaient sur parole » I Et maintenant encore on rencontre de ces naïfs gobe-mouches I

du vigoureux polémiste relativement au détail qui nous occupe.

Après avoir assuré, on devine pourquoi, qu'il n'est point un ennemi des Jésuites, bien au contraire, puisqu'il va leur confier l'éducation de l'un de ses petits-fils, dont il ne donne malheureusement pas le nom, il écrit :

« Sur mùn honneur, et confidentiellement de vous à moi, Monsieur, je vous certifie que le passage incriminé... le marquis de Bonaparte, a existé en toutes lettres dans l'abrégé du P. Loriquet (i), préfet des études à Saint-Acheul; que j'y ai vu cette incomparable sottise ipsissimis ociilis, ayant été prié par l'imprimeur Rusand, avec lequel j'étais familier, de relire attentivement ces deux volumes avant le tirage définitif. J'affirme donc que tels quelsles cinq exemplaires voulus par la loi ont été déposés à la préfecture du Rhône par le prote. Il est donc bien facile aujourd'hui que, relevant le défi porté par M.deRiancey, quelqu'un de sa part {2) se trans-

(i) L'abrégé du P. Lorîquet\ mais un tel ouvrage n'a jamais existé. — Sans doute M. Jos. Clermont veut parler de VHistoire de France, à moins qu'il ne se soit laissé mystlQer par un farceur, en prenant pour un ouvrage de Loriquet ce qui ne l'était pas.

(2) C'est le contraire que l'auteur devrait écrire, sémite-t-il.

porte au dépôt général de la librairie à Paris, demande communication d'un seul exemplaire — années 1816, 1817, 1818 et même 1819 — et qu'au 2® volume in- 18, il surprenne (i) l'article, objet de tant de déclamations inutiles, si elles ne sont scandaleuses.

C'est par sommation du colonel Duchamp, officier à la demi-solde, que le lieutenant général de police, M. de Sainneville, se vit forcé de faire remplacer par un carton le passage en question, mais déjà la livraison du dépôt était faite à la préfecture (2).

Joseph Clermont, Croix-Rousse. Petite-rue des Gloriettes, 16, Lyon, a 9 novembre i864 (3).

Après avoir pris connaissance de cette lettre, tout lecteur attentif se demandera sans aucun doute entre autres choses comment il se fait que l'imprimeur Rusand, sans l'aveu de l'auteur, prie un étranger « de relire attentivement » une étude qu'il imprime, et sur les dires de cet étranger, toujours à l'insu de

(i) Tout cela manque de clarté. (a) Ainsi le dépôt légal eût été fait avant le tirage 1 Vraiment M. Clermont joue avec les invraisemblances ! (3) Archives privées.

l'intéressé, interrompe un travail commencé; pourquoi le « colonel Duchamp, officier à la demi-solde » , intervient en cette affaire : en vertu de quel droit « le lieutenant général de police M. de Sainneville »>, qu'on ne s'attendait guère à voir paraître « en cette galère », « fait remplacer par un carton » lepassage en question.

Ces ignorances ou ces invraisemblances dans le récit, toutes suggestives qu'elles semblent, le sont bien moins que les remarques qu'il me reste à formuler.

Nous avons entendu M. Clermont nous assurer que seuls les cinq volumes déposés contenaient la phrase contestée. Or, deux lignes plus bas, oubliant ce qu'il vient d'écrire, il nous invite à ouvrir au hasard « un exemplaire — années 1816, 1817, i8i8 et même 181 9 — », pour y trouver a au 2" volume in-i8 (i) » la phrase vainement cherchée jusqu'ici. Cette bévue ne suffît-elle pas à nous montrer que nous sommes en présence d'un mystificateur, mais d'un mystificateur maladroit?

(i) Non, in-3/i.

«8o LE PÈRE LORIQUET

J'ajoute néanmoins, pour achever d'édifier le lecteur, que cette vérification à laquelle M. Clermont nous convie, je l'ai faite à plusieurs reprises. D'abord j'ai vainement demandé communication de l'un des cinq exemplaires déposés, car personne ne les a jamais vus ; quant aux éditions 1816-1817, 1818, 1819, je les ai dépouillées et n'y ai point rencontré le marquis de Buonaparte.

Je dois avouer que je n'ai pas davantage rencontré M. Joseph Clermont.

Je m'explique.

Nous venons de voir que M. Clermont nous donne son adresse d'une façon bien précise : (29 novembre i86/i), Lyon, Croix-Rousse, Petite-Rue des Gloriettes, 16. Ne serait-ce là qu'une nouvelle mystification? On en jugera. Assurément, me dis-je en présence d'indications si minutieuses, un homme aussi consciencieux ne pouvait être qu'un bon Français, un parfait citoyen, et comme tel attentif à ne négliger aucun de ses devoirs. Son nom doit donc se trouver sur les listes électorales : ce qui seul le mettait en état de s'acquitter d'o-

bligations fort graves. En conséquence, j'écrivis à la mairie de Lyon en donnant tous les renseignements voulus et en priant de faire la petite vérification qui m'était précieuse. Quelques jours plus tard, je recevais la lettre suivante :

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