‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 16 sur 62 · LL · texte numérisé non relu

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une basse classe dont il se dégouta. Ayant demandé d’en être dechargé, on jeta les yeux sur moi et on me promit les mêmes gages qu’il avoit. Le monsieur chez qui je demeurois y ayant consenti, je devins Regent. Dieu me fit la grace de ménager l'argent que je gagn:5: ct lorsque j’en eus une assez bonne somme, je la partageai entre les églises et les pauvres. Je tâchai même d’imiter du moins en quelque chose le grand St. Nicholas en jettant de nuit de l'argent dans une maison ou il y avoit une fille en nécessité. Notre Seigneur me récompensa bien de ces petites libéralités par la grande grace qu’il me fit de m'appeler fortement à la Religion. Un jour entre autres que dans l’église de la Compagnie de Jésus on faisoit la feste de St. François de Borgia , qui n’étoit encore que beatifié, je fus tellement touché du sermon qu’en fit un père Jésuite, que pour suivre , autant que je le pourrois l'exemple du Bienheureux, je fis vœu de quitter le monde et d’entrer en religion , soit chez les Jésuites s’ils vouloient me recevoir, soit, s’ils me jugeoient indigne de cette faveur , chez les Capucins, ou chez les Recollets. Ensuite je déclarai mon dessein à mon confesseur qui étoit de la Compagnie de Jésus. Il me dit de bien recommander à Dieu cette affaire ; qu’il le prieroit pour moi et qu’à l’arrivée du père Provincial, si je perseverois dans ma vocation, il me proposeroit entre ceux qui demandoient la même grace

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que moi. Comme il se passa beaucoup de temps jusqu’à la venue de ce père, le démon en prit occasion de me troubler par divers doutes. Tantôt il me suggéroit que je n’avois pas les qualités nécessaires à un Jésuite, et tantôt il m’alléguoit qu'ayant commis plusieurs péchés mesme d’impureté, je devois pour en faire pénitence choisir une religion plus austère que la Compagnie de Jésus. Dans ces peines je m’adressai d’abord à des Carmes déchaussés , ensuite à des Recollets, et enfin à des Capucins. Le gardien de ceux-ci me promit de me faire recevoir dans son ordre, après les festes de Pâques , que son provincial se rendroit à Terny. Cette parole ne me délivra pas de la crainte où j'étois de me tromper dans le choix dont il s’agissoit. Afin donc que Dieu me fit la grace d’embrasser l'institut auquel il m’avoit destiné, je lui présentai de longues et de fréquentes oraisons mentales et vocales ; jy ajoutai des disciplines, des aumosnes , des communions et des messes que j’entendois et que je faisois dire. J’ai cru depuis que le démon voulant me rendre incapable d’estre religieux, m’avoit porté à ce qu’il y a eu d’excès’et d'indiscrétion dans ces exercises de piété. Mais, par la miséricorde de Dieu, il n’a pas réussi dans son dessein. Notre-Seigneur même ne me laissa pas longtems dans une si grande perplexité : car enfin ayant fait reflexion sur ce que le Capucin

et le Jésuite m’avoient dit chacun séparément , que M. 4

leur Père Provincial viendroit après Pâques, je me resolus d'entrer dans la religion de celui des deux provinciaux qui après son arrivée, auroit le premier la bonté de me recevoir,

Cet expedient me parut propre à me tirer de peine, dans la persuasion où j'étois que le ciel me voudroit dans l’Ordre qui m’admetiroit le plutôt. Ainsi le Provincial de la Compagnie de Jésus etant venu avant l'autre, je lui fus présenté par les Pères du Collége de Terny : et sur les témoignages avantageux qu’ils eurent la bonté de rendre de moi, je fus reçu et envoyé avec de bonnes lettres au noviciat de St. André a Rome.

O quelle joie ! O quel bonheur pour moi de me voir entre cinquante novices tous jeunes hommes d’une naissance distinguée , d’un esprit et d’un naturel excellents, bien faits de corps et desquels je n’aurois été que le laquais ou le marmiton , si eux et moi étions demeurés dans le ‘siècle! Combien de fois me dis-je lors à moi-même : O que voila un état différent de tous les états ou j'ai été jusqu'ici! En vérité « qui est semblable au Seigneur Notre Dieu, qui étant si grand et si relevé daigne porter sa vue sur ce qu'il y a de plus bas, de plus vil et de plus peit, soit auciel ou en terre? Il cherche le pauvre jusque dans la poussière et il relève le misérable du milieu du fumier et de l’ordure pour le placer avec les

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‘dre princes et même avec les princes de son peuple. » (Ps. 112.) Grand Dieu ! qui l’auroit jamais imaginé qu'un pauvre malotru comme moi dût être admis dans une aussi sainte, aussi illustre Compagnie qu'est la Compagnie de Jésus, votre fils ! Pères du Collège de Terny , de grace, à quoi pensez-vous d’unir un membre si chétifet si difforme à un si noble et si beau corps ! Aviez vous oublié qu’à vos yeux j’avois mendié mon pain de porte en porte ? Aviez-vous oublié qu’à vos yeux j'avois exercé toutes les fonctions de pédagogue , de valet et de laquais? Assurément que Nostre-Seigneur vous ôta toutes ces vues afin de donner en moi un exemple vivant et sensible de ses grandes miséricordes.

J'avois vingt et un ans lorsque j’entrai au noviciat. C’étoit le 18 de Mai en 1632. Au commencement de mes premiers exercices spirituels je fus importuné d’imaginations et de pensées contraires à la pureté. Pour me délivrer de ces fantômes qui m’attaquoient surtout la nuit et durant mon sommeil je mis une discipline sous le chevet de mon lit , avec une resolution de m’en bien servir. Dieu, soit qu’il agréa ma volonté, soit qu’il vit ma foiblesse, me preserva de ces tentations tout le temps de mon noviciat.

Au sortir de ma retraite je tombai malade d’une grosse fièvre qui me dura jusqu’à la fête des apôtres St. Pierre et St. Paul. Le médecin, qui observait

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