‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 18 sur 62 · PEN" VIS · texte numérisé non relu

PEN" VIS

Je ne sais si ces petites humiliations que Dieu m'inspira ne furent point la cause qu’il commença à me faire mieux gouter que jamais la douceur de ses consolations , non seulement dans l’oraison , mais même partout ailleurs jusque là qu’après m'être couché, je me sentois souvent caressé de Notre Seigneur, comme l'enfant l’est de sa mère, qui pour l’endormir plus doucement lui fait sucer le lait de son sein maternel.

Depuis ce temps-là jusqu'en 1688 que j'écris ceci, c’est-à-dire , depuis cinquante-cinq ans au moins , je n’ai expérimenté ni secheresse ni ennuis , ni dégout dans mes oraisons. La divine bonté en a agi toujours avec moi comme une pieuse et prudente dame, qui montre plus de tendresse au plus petit et au plus foiblede ses enfants qu'aux plus grands et aux plus forts. Ce n’est pas qu’elle l'aime plus qu'eux , c’est qu’elle connoit que sans ce secour dont les autres se peuvent bien passer il ne feroit que languir , si tant est même qu'il ne mourut pas.

Après quelques mois de séjour à Florence je tombai malade. Voici comment, un jour d’hyver qui faisoit fortrude, ayant été demander l’aumosne par les rues, je fus saisi du froid , qui me causa une pleurésie avec une fièvre qui tourmentoit plus mon esprit que mon corps ; parceque , dès que je fermois l’œil pour reposer , mon imagination me representa des lions , des

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See pes tigres et d’autres monstres horribles qui se ruaient sur moi pour me dévorer, ce qui me causoit de mortelles frayeurs. Je n’avois qu’un remède pour m'en garantir; c’étoit de jeter les yeux sur la lumière de la lampe qui bruloit devant le St. Sacrement et que je voyois de mon infirmerie par une fenetre vitrée. Hélas ! quand il n’y auroit point en enfer d’aures tourmens que la vue de semblables spectres au milieu des ténèbres qu'aucun rayon de clarté ne dissipe , il n’y a rien qu’on ne dût et faire et souffrir pour éviter un si grand mal. L’obéissance que je rendis à mons. Recteur me guérit sans saignée et sans médecine. Il m’ordonna d’enfoncer par plusieurs fois dans mon gosier une plume qu’il trempoit dans une huile puante et vilaine. À chaque fois que je la mettois à ma gorge, je l’en retirois pleine de flegmes qui s’v attachoient. Ensuite les douleurs de costé cessérent , la fièvre me quitta, les fantômes disparurent et des le lendemain je me vis en parfaite santé.

Vers la fin de mes deux années de noviciat, on fut fort en peine si l’on me permettroit de faire les vœux, à cause d’une violente douleur de tête que j’endurois habituellement. Ce futalors que mon maitre des novices me découvrit la crainte qu’il avoit lui-méine que je ve fusse renvoyé de la Compagnie. La première per sée qui me vint après cet avis fut de con-

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après Dieu, de m'être favorable. Mais Notre-Seigneur m'inspira un bien meilleur expédient : ce fut de recourir au grand St. Joseph , époux vierge de la Vierge Mère, puisque personne ne pouvoit mieux que ce chef de la famille de Jésus me faire admettre pour toujours dans la Compagnie de Jésus. Je ne fus pas trompé dans mon attente : parce que nos Pères ne pouvant se résoudre ni à me recevoir, ni à me renvoyer appelèrent le médecin de la maison pour prendre son avis sur mon mal. Lui, commençant par faire le Directeur, m’interrogea en présence de la consulte où je fus apr « : « Comment se passoient mes méditations, et st: ouvois m'y appliquer, ayant un si grand mal de >? » Je lui repondis ingenument, qu'à la vérité, au commencement de mes oraisons, je sentois bien mon mal, qu’un peu après , aussitot que j'étois en train je ne sentois plus de douleur. « Il n’en fallut pas davantage pour faire prononcer à M. le medecin cette favorable sentence » « Mespères, qui étant novice, faitbien une bonnecontemplation, pourra bien étant régent, faire une bonne lecon. » Là-dessus, on me dit de me retirer dans ma chambre , où pendant que je recommendois encore mon aflaire à mon puissant avocat St. Joseph , mon Recteur tout joyeux vint m'apporter la bonne nouvelle de ma reception , et avec bien des démonstra-

tions d'amitié, il m'’avertit de me préparer à faire en

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peu de jours les premiers vœux de notre Compagnie. (Mai 1634.)

Jamais y eut-il homme sur terre plus obligé que moi à la Sainte Famille de Jésus, de Marie et de Joseph ! Marie en me guérissant de ma vilaine galle ou teigne, me délivra d’une infinité de peines et d’incommodités corporelles, que cette hideuse maladie qui me rongeoit m’auroit causées. Joseph m'ayant obtenu la grace d’être incorporé à un corps aussi saint qu'est celui des Jésuites, m'a préservé d’une infinité de misères spirituelles, c’est-à-dire de tentations très dangereuses et de péchés très énormes. Jésus n'ayant pas permis que j'entrasse dans aucun autre ordre qu’en celui qu'il honore tout à la fois de son beau nom, de sa douce présence et de sa protec- Uon Spéciale. O Jésus ! O Marie ! O Joseph ! qui meritoit moins que moi vos faveurs , et envers qui en avez vous été plus prodigue ?

Mon noviciat ainsi achevé je retournai à Rome, d'où je fus envoyé à Fermo ville qui n’est pas fort distante de Lorette; puisque on ne compte que trois lieues de l'une à Pautre : ce qui me fut occasion de faire un pélérinage en celle-ci. Fy fis rencontre d’un Père de France qui faisoit l'office de penitencier. Il me fit l’amitié de me donner avec permission des Supérieurs trois livres françois, à condition que j'en

lirois tous les jours un chapitre pour m'apprendre

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