‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 19 sur 62 · ARE · texte numérisé non relu

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ma langue maternelle que j’avois entièrement oubliée. Dieu bénit mon obéissance. Je m’appliquai à cette lecture, où d’abord je ne concevois quasi rien : mais avant que j’eusse lu la moitié d’un de ceslivres, j'entendois tout ce que je lisois. Je demeurai deux ans et demi à Fermo , où mon occupation fut de régenter la quatrième.

La première année de ma régence Dieu m’inspira de demanñer à Notre R. Père Général Mutius Vitelleschi qu'il agréat que je ne fusse dans la Compagnie que Coadjuteur temporel ; mais ilme répondit, qu’il ne jugeoit pas à propos que je changeasse de degré. La seconde année je fus nommé pour faire la seconde classe dans le même college, mais ayant su que le père Recteur souhaitoit fort qu’un autre la fit, j’écrivis au Père Provincial que j’étois content de continuer à faire la quatrième, et qu’il obligeroit mon Recteur de donner la seconde à un de nos jeunes religieux que je lui nommois. Cette déférence que je rendis à mon Supérieur immediat et à son bon ami , fut cause que le Provincial, à sa visite fut sollicité par quelques Pères du collège de m'envoyer à Rome , pour y étudier en Théologie. En eflet il m’y fit retourner à ce dessein, si les Pères examinateurs, après m'avoir interrogé jugeoient que j'en fusse capable, mais leur avis fut qu'auparavant je répétasse ma philosophie , ce que je fis.

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Durant cette année de répétition (1638), le père Joseph Poncet (1) de la Province de France qui achevoit sa théologie à Rome me montra une relation du Canada composée par le saint et illustre missionnaire des Hurons le père Jean de Brebeuf (2). Cet homme apostolique demandoit de nos religieux pour travailler avec lui à la conversion des sauvages de la Nouvelle France. Dans la lecture de cette Relation je remarquai deux choses; l’une qu’en ce pays R , il n’y à ni pain, ni vin, ni aucune des nourritures ordinaires qui adoucissent la vie en Europe; qu’au contraire il y a beaucoup à souffrir ; l’autre que pour instruire et pour convertir ces nations barbares , l'humilité , la patience, la charité et le zèle des âmes étoient plus nécessaires que beaucoup d'esprit et de science. Alors je me souvins que dès mon noviciat

j’avois écrit au reverend pére Vitelleschi , général de

Notre Compagnie que s’il avoit besoin de quelqu'un

pour les missions étrangères, je m’offrois à sa pater-

(1) Le P. Antoine Poncet avait ajouté à son nom de baptême celui de Joseph. Après dix-huit années passées en Canada, il revint en Europe (1657. Plus tard il partit pour les Antilles, et mourut dans la mission de la Martinique, en 4675.

(2) Le P. de Brebeuf était à cette époque supérieur de la mission des Hurons. Il était parti pour le Canada en 4625; mais après la prise de Québec par les Anglais, en 1629, il en fut chassé avec les autres missionnaires. Revenu dans la mission en 4633, il y travailla jusqu’en 1649, époque de sa mort héroïque.

., . À k 2 * \ j'obtins toutes ces graces de nos Supérieurs après

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