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nité pour celle où il y avoit plus à souflrir. Là dessus je lis reflexion que sans connoitre la mission des Hurons je l’avois déjà demandée , puisqu'elle étoit une de celles où la nature trouve moins de satisfaction. Pensant aussi que beaucoup de doctrine et de théologie n’étoient pas nécessaires pour précher la foi à ces sauvages je conclus en moi même que si Dieu me destinoit au Canada je n’avois pas besoin d’achever mes études. J'en communiquai done avec le père Poncet qui étoit nommé pour cette mission et qui avoit congé de repasser en France et de passer de France au pays des Hurons. Ce père n'ayant personne à Rome pour ly accompagner, fut bien aise d'apprendre l’ardent désir que j’avois d’être son compagnon. Il me falloit bien des permissions pour cela, permission de quitter mes études sans les achever , permission d’être prêtre au plustôt, permission de partir de Rome pour me rendre à temps aux ports
de France, où lon s’embarque pour le Canada. Enfin Le
diverses instances que je leur en fis.
Ayant gagné le père Piccolomini, Provincial de la province Romaine et le père Charlet, Assistant de France je m'adressai au Révérend père Général. Sa paternité m’ordonna d’abord de recommander huit jours durant mon affaire à Dieu et ensuite de la venir retrouver, Pendant tout ce temps nous ta-
essus je les Hutoit une faction.
e théola foi à Dieu me ichever le père et qui sser de nt per-
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Sr AL She châmes, le père Poncet et moi de ne rien omettre de ce qui pouvoit nous rendre le ciel propice. Notre huitaine ayant expiré le jour de St. Matthieu, (1637), j'allai attendre Notre Pére au sortir de sa chapelle où il venoit de dire la Ste Messe. Aussitôt qu'il n’apereut, il me dit: «Notre F. Chaumonot ; vous avez gagné votre cause. » Puis me mettant les mains sur la tête , il ajouta avec une tendresse de Père : « Mon cher enfant, vous irez en Canada. » Cette bonne nouvelle me causa presqu’autant de joie que j'en ressentis lorsque mon maitre de novices m’avertit qu'on m’admettoit à faire les vœux dans la Compagnie.
Ayant reçu du Révérend Père Vitelleschi cette assurance de ma mission, je commencai les exercices spirituels, durant lesquels le père Poncet obtint de notre Père Général la permission pour lui et pour moi d'aller en pélérinage à Notre Dame de Lorette à pied et en demandant l’aumône. Mais avant que je parle de ce voyage, je crois devoir dire iei ce qui regarde un vœu , que la Sainte Vierge m’avoit ins- Diré de faire. Voici comment. Un jour que je me preparois à la communion je priai la divine Marie de m'inpirer ce que je pourrois faire d’agréable à son très cher fils que j'allois recevoir. Au même instant il me sembla ouir au fond de mon cœur cette aimable Reine qui me disoit à l'âme : « Faites vœu de
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chercher toujours et en toutes choses la plus grande gloire de Dieu. » Je lui répondis de même intérieurement : « Je le veux bien, O Sainte Vierge ! pourvu que vous soyez ma caution et que vous m’aidiez à garder une telle promesse. » J’écrivis comment tout ceci s’étoit passé : j'en communiquai avec notre Révérend Père Général et je lui demandai s’il agréeroit que je suivisse ce mouvement. Il me demanda si je n’élois point scrupuleux, je lui répondis que non. « Dieu soit béni », repondit-il, « vous pouvez faire ce vœu ;. mais attendez à vous y engager qu’il se rencontre quelque occasion favorable, comme d’un lieu de quelque grande dévotion où Dieu vous auroit attiré. Je jugeai donc lorsque le père Poncet m'’eut fait la proposition du pélérinage de Lorette , que c’étoit là que Notre Seigneur et Notre Dame souhaitoient que je m’engageasse par vœu à chercher en tout la plus grande gloire de Dieu. Ce qui me confirma dans ma pensée fut que le propre jour que le père Poncet m’'interrogeoit dans ma retraite pour m'apprendre qu’il me vouloit mener à Lorette , la nuit pendant mon sommeil je vis en songe une personne que je pris pour ma mère; mais son visage noirâtre et bazané m’étonna ; ma vraie mère ne m'ayant jamais paru avoir le teint brun. Le matin immédiatement après mon lever, avant que qui que ce soit fut entré dans ma chambre, je trouvai sur ma
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table un écrit où étoient ces mots : « Votre beau vœu est enregistré dans le ciel ; il faut le présenter à Dieu sous les auspices de la Mère par excellence. » Alors je me persuadai que la personne qui m’avoit apparu durant mon sommeil étoit la Bienheureuse Vierge qui vouloit me servir de mère; et qu’elle avoit apparu sous la figure et avec la couleur qu'a son image à Lorette afin que je connusse par là que sa Sainte Maison étoit le lieu où elle désiroit que je me devouasse à la plus grande gloire de N.-.
C’est ce que je fis en effet dans ce divin sanctuaire à la faveur de Marie et par le vœu dont j'ai parlé. Cela n’empêcha pas que je reçusse d’abord avec un peu de froid le Père qui vint m’interrompre dans ma retraite pour m'entretenir de notre pélérinage. Les douceurs que je goutois dans ma solitude me portérent à lui répondre avec ces paroles de Gerson : «Il est rare que qui voyage beaucoup en devienne plus Saint. » Cependant j’acceptai aussitôt après son | offre , et nous partimes de Rome pour Lorette au commencement d'Octobre de l’année 1637. Dès le premier jour il me prit un mal de genou si violent qu’à chaque pas que je faisois, je sentois autant de douleur que si l’on m’y eut donné des coups d’aleine. Nous ne voulions pas pourtant nous en retourner, de crainte que nos Supérieurs ne revocassent la permission qu’ils nous avoient donné d’aller en Canada,
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s'ils voyaient que si peu de chemin fait à pied avoit déjà estropié Pun de nous deux.
Je snarchai huit jours entiers avec cette incommodité, ou plutôt je me trainai, m'appuyant snr un bâton. Le père Poncet m’avoit flatté que je serois guéri à Assises et effectivement lorsque nous y fûmes, il fit tout ce qu'il put auprès du Séraphique St. François pour obtenir ma guérison. Mais ce miracle étoit reservé à une pauvre villageoise (Françoise du Serron), morte en opinion de sainteté dans la ville de St. Sévérin, où nous arrivâmes la veille de Ste Thérèse.
Il n’y avoit que peu de temps que nous avions lu à Rome dans un manuserit la vie de cette servante de Dieu, ce qui fut cause qu’estant logé chez les Révérends Pères Barnabites dans Péglise desquels son corps repose, je me recommandai à elle en lui promettant de la faire connoître dans toutes les occasions que j'en aurois jamais , si elle m’obtenoit de Dieu ma guérison. Comme lon a de l’inclination pour son semblable, cette sainte villageoise intercéda si bien pour moi, pauvre villageois, qu'après la messe dite par le père Poncet en action de graces des faveurs qu’elles à reçues du ciel et après la communion que je fis à cette messe à la même intention, je me trouvé entièrement guéri. Il est vrai que les premiers jours après ce miracle lors que je hâtois le pas, je ressen-
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tois encore comme une piqure d’epine au dessus du genou : mais cela cessoit même aussitôt que je disois mentalement à Dieu : « Seigneur je vous reeommande l'honneur de votre dévote et fidèle serante Francoise du Serron. »
Enfin nous nous rendimes à Lorette vers la St, Luc et nous y fimes nos dévotions avec le plus de ferveur que nous püûmes. Nous y recommandämes à la Vierge le succès de notre voyage du Canada et nous formàmes le dessin de bâtir dans la Nouvelle France lorsque nous y serions, une chapelle sous le nom de Notre Dame de Lorette et sur le plan de la Sainte Maïson de la Mère de Dieu dans laquelle nous étions. Je fis aussi le vœu que la Sainte Vierge m’avoit inspiré et dont j'ai parlé plus haut. Mais hélas ! je ne lai pas gardé avec la ferveur et avec la fidelité que je devois avoir. Peut être même qu’il auroit mieux valu pour moi de n'avoir jamais fait une telle promesse que de lavoir si mal gardée.
Apres notre retour à Rome la Signora Portia Lancelotti, nièce d’un Cardinal et pénitente du Père Poncet, ayant appris de lui que nous avions formé le dessin de bâtir en Canada une Lorette, voulut dès lors y contribuer d’une somme d’environ 25 écus pour y mettre, dit elle, la première brique. Environ le même tems je sus que le Canada avoit pour patron le glorieux St. Joseph : ce qui exeita ma dévotion à
demander à notre Révérend Père Général qu’il me permit de me nommer Joseph-Marie : ce qu’il m’accorda sur les raisons que je lui en apportai, de me mettre sous la puissante protection de ces deux époux vierges, de reconnoitre par là les obligations que je leur ai et de m’exciter à limitation de leurs vertus.
Il y a dans Rome une chapelle de St. jvseph, où de temps en temps sassemble la Confrérie qui lui est dévouée. Je visitai ce saint lieu quelques jours après que j’eus pris les noms de Joseph-Marie et je sus que cetie dévote chapelle étoit batie sur la prison où St. Pierre avoit été enfermé et chargé de chaines. Il me vint alors en pensée que comme on avoit bati une chapelle à St. Joseph sur un lieu qui étoit honoré du om du prince des apôtres, de même Dieu pouvoit bien se servir de moi qui avois reçu le nom de Pierre à mon baptéme pour faire une chapelle où le digne nourricier de Jésus fut honoré avec sa divine
épouse. Il me sembla même qu’au sujet de la future
Lorette du Canada, Notre Seigneur me feroit la grace d’avoir au moins une petite part à cette grande promesse qui fait la gloire de mon saint patron : € Tu es Petrus et super hanc petram ædificabo ecclesiam meam. »
On permet à Rome aux nouveaux prêtres de notre Compagrie de dire leur première Messe dans le lieu que leur dévotion leur inspire. Je n’eus garde d’en
u’ii me il m’acde me X Époux ns que vertus.
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choisir d’autre que la chapelle bâtie à l'honneur de la Vierge par le Cardinal Palloti, sous le nom et sur le modèle de la Sainte Maison de Lorette. J'avoue que j'aie souvent souhaité la Papauté ce vertueux Prelat en recompense de sa dévotion à Notre Dame et je souhaite encore toutes sortes de bénédictions aux personnes qui ont contribué à la bâtisse de la Loretie du Canada , où je demeure en qualité de Chapelain de la Sacrée Vierge et de Missionnaire des pauvres Hurons. Lorsque j'écris ceci en 1688, il y a quatorze ans que j’aile premier de ces deux emplois, yen ayant près de 49 que j'ai le second. Dieu me fasse la grace d’y mourir et d’y mourir incontinent après avoir dit ma dernière messe | Ainsi soit il.
(Nora. Sur le manuscrit original, on lit : « Je pense qu’il manque ici un petit cahier. »)
L'an 1639 , le premier jour d’Aout, qu’on fait la fête de St. Pierre aux liens , j’arrivai à Québec avec les Religieuses Ursulines et Hospitalières. Deux jours après je partis avec le père Poncet, pour la Mission des Hurons. Le canot dans lequel je m’embarquai étant conduit par six sauvages aborda le 10 de Septembre au bout d’un petit lac nommé Tsirargi. Il est au pays des Hurons. Depuis peu nos Pères avoient fait bâtir tout proche une cabane pour sy loger. Au moment de notre arrivée, le Père Jérôme Lale-
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mant, Supérieur de cette mission sentit frémir sa poitrine, ce qu’il prit pour un avertissement que quelqu'un de nos pères de France arrivoit. Il sort donc aussitôt de la cabane, jette les yeux vers le lac et me voit déjà débarqué au bord de l’eau. Il accourt à moi, il m'embrasse avec tendresse et il :ne mène au logis en me racontant ce qui l’avoit excité à venir à ma rencontre (1).
L'hyver suivant il y eut parmis les Hurons une très grande mortalité causée par une espèce de petite vérole , qui n’épargnoit ni grands ni petits d’entre les sauvages. Le père Paul Ragueneau (2) ayant été choisi pour parcourir tous les bourgsinfestés de cette maladie contagieuse et moi lui ayant été donné pour compa-
gnon , nous ne manquämes pas tous deux d'occasions
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d’exercer la patience en exerçant notre emploi qui étoit de consoler, d’instruire, de baptiser et d’assister de notre mieux ces pauvres moribonds. Comme cette
(1) La mission du Canada compte trois Pères du nom de Lalemant : Charles, supérieur en 1625, revenu en France en 1638, mort en 4674. Jérôme, son frère, parti ex 4528, mort en 1673. Et Gabriel, neveu des précédents, qui, après trois ans de missions, fut, en 1649, martyrisé par les Iroquois.
(2) Le P. Paul Ragueneau, arrivé au Canada en 41639, fut successivement supérieur de la mission huronne, ct supérieur général à Québec. Il mourut à Paris en 4680, huit ans après son retour du Canada.
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RARE contagion n’attaquoit pas les François,on nous prenoit pour des sorciers qui causions ce mal, et lesquels on chassoit de la plupart des cabanes. On nous cachoit les enfants malades pour nous ôter le moyen de leur conférer le baptême. Lesadultes sebouchoïentlesoreil les pour ne pas oüir nos instrucuons. Un jeune homme entre autres ayant apperçu au col du père Ragueneau un crucifix au bas duquel il y avoit une tête de mort, le lui arracha en criant que c’étoit le sortilège qui les faisoit mourir. Le père intrépide dans les dangers, faisant instance pour le ravoir , l’autre prit une hache pour lui en fendre la tête. Le père la vit levée sur sa tête sans pâlir et sans trembler : au lieu donc de s’enfuir et de se mettre en defence il ôta son chapeau , presenta sa tête et attendit le coup. Il l’auroit reçu effectivement si une femme qui se trouva là ne se fut jettée sur la hache au moment qu’il P’abattoit sur le Père, La nuit nous étoit encore plus facheuse que le jour , à cause du froid que nous endurions , étant éloignés du feu et exposés à tous les vents. L’unique soulagement que nous nous procurions étoit en nous couchant sur une écorce d'arbre qui nous servoit de l't, étoit, dis-je, de nous mettre les pieds sous l’aiselle l’un de l’autre pour les échauffer. Je ne finirois point si je racontois tous les mauvais traitemens qu’on nous fit pour noys obliger à quitter notre mission.
L'année suivante on m’envoya avec le père Antoine
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ARS: DU Daniel (1) à une nation qu’on appeloit Arendaenronnon (une des quatre tribus des Hurons ). Comme je devois y apprendre la langue huronne , ue je ne savois pas encore, le père me dit que pour y réussir , il falloit que j'allasse tous les jours dans un certain nombre de cabanes pour demander aux sauvages des mots de leur langue et pour les écrire , lorsque l’on me les suggéreroit. J’avois tant de répugnance à faire ces visites qu'à chaque fois que j'entrois dans les
cabanes , il me sembloit que j'allois au supplice : K. tant j'appréhendois les railleries qu’il m'y falloit 4 souffrir. 14
Mon apprentissage ainsi fait sous le père Daniel, je fus choisi par notre Père Supérieur (le père Jérôme Lalemant) pour accompagner à la nation Neutre le père Jean de Brebeuf, (La nation Neutre occupait presque toute la vaste langue de terre formée par les lacs Ontario, Érié et Huron. Cette mission fut appe- L lée : des Saints-Anges.) 4
Nous y fumes d’abord assezbien reçus surtout après 4 que nous les eûmes convaincu que par le moyen de | notre écriture nous pouvions connoitre ce qui s’étoit #4 fait ou dit dars les lieux d’où nous étions éloignés. 4 Voici l'expérience que nous leur en donnâmes.
(1) Le P. Antoine Daniel, de Dieppe, partit pour les missions du Canada, en 1632. Après quinze ans de travaux chez les Hurons, il 4 périt glorieusement de la main des Iroquois, en 4648,
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Le père de Brebeuf sortit de la cabane et alla assez loin, Cependant un de lassemblée me dit d’un ton bas et en sa langue ces paroles : « Je vais à la chasse, je trouve un chevreuil, je prends une flèche dans mon carquois, Je bande mon are, je tire et du premier coup j’abas ma proie; je le charge sur mes épaules, je l’apporte à la cabane , et j'en fais un festin à mes amis. » Je n’eus pas plutôt écrit ce petit discours qu'on rappela le père. On lui mit le papier en main et illut mot pour mot tout ce qu’on m’avoit dicté. A cette lecture les assistants jettèrent un grand cri d’admiration. Ensuite ils prirent le papier et après l'avoir bien tourné et retourné, ils s’entre-disoient « Où est donc la figure qui représente le chasseur ? Où le chevreuil est-il peint ? Où est marqué la chaudière et la cabane du festin ? Nous ne voyons rien de tout cela, et pourtant l'écrit la dit à Héchon (c’est le nom sauvage qu’on avoit donné au père de Brebeuf et que j'ai eu l'honneur de porter après sa mort). Au reste nous eûmes là une belle occasion de leur déclarerainsi que nous fimes que ce que l'écriture de nos ancêtres nous apprenoit de la foy étoit aussi véritable que ce que le papier écrit de ma main en leur présence avoit raconté à Héchon.
Pendant que nous étions paisiblement chezces sauvages quelques uns des anciens Hurons quinous attribuoient tout le mal que la petite vérole leur avoit
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