‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 2 sur 62 · FAI OUT SL ESC · texte numérisé non relu

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M. Michelet ayant ramassé cette malsaine plaisanterie y ajoute quelques épices de son laboratoire, voire même un peu de poison, et précisément à propos du Canada. « Ce trèsagréable séjour, dit-il à ses lecteurs, était commode à l’Ordre qui y envoyait d'Europe ce qui l’embarrassait; parfois de saints idiots, parfois des membres compromis qui avaient fait quelque glissade, etc... » Tel fut, au dire de M. Michelet, la mission du Canada, où les Jésuites envoyaient se faire griller et rôtir par les Iroquois « les saints idiots » dont ils n'auraient su que faire à la cour.

De telles inepties ne se discutent point. On le sait, devant l’insensé qui niait le mouvement, le philosophe se contenta de marcher.

Devant Voltaire etsa queue, dont M. Michelet est une des plus belles plumes, nous nous contenterons de placer les Relations du Canada. Ce monument admirable, dont la

construction demanda près d’un siècle à tant

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sv de « saints idiots » , est la plus honnête et la plus complète réfutation des calomniateurs de la Compagnie. Touslespamphlets, tous les ricanements de Voltaire et des Michelets viendront échouer devant la probité de ce monument. Et de nos jours nous avons vu le gouvernement canadien rééditer ces Relations de nos anciens missionnaires, comme une base incontestable et glorieuse de son histoire nationale.

Notre but aujourd’hui n’est pas de montrer par voie de réfutation directe l’odieuse ineptie de certaines plumes vendues à la librepensée. Nous préférons montrer à nos lecteurs deux de ces « saints idiots » que les Jésuites envoyaient aux sauvages de la Nouvelle-France. Nous laisserons la parole à ces idiots, et nous sommes bien assuré que leurs dépositions, écrites il ya plus d’un siècle, ont ruiné d'avance les prétendues histoires de nos

libres-penseurs.

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Avant de donner à nos lecteurs l’autobiographie du P. Chaumonot, nous transcrirons ici les « sentiments » d’un autre idiot, le Père Claude Alloüez. Cet écrit du P. Allouez était accompagné de la note suivante, adressée au R. P. Provincial par le Supérieur des missions

du Canada :

« Québec, ce 29 d’aoust 1690.

« Mon REVEREND PÈRE,

« Nos Pères qui sont chez les Outaoüacs ont, après lamort du P. Claude Alloüez, trouvé plusieurs écrits de ce cher aeffunct, lesquels sont pleins de l'esprit apostolique dont il estoit anime. Mais comme ils ne nous en ont encore envoyé qu’une petite partie, où ce grand missionnaire exprime ses sentimens sur sa VOCation au Canada, sur les Missions que nous y avons, etsurlesMissionnairesqu'il y faut, jene puis faire partà V .R. quedupeuquej’ay receu.

Si elle agrée le présent que je luy en fais dans

cette fidelle copie, je prendray la lierté de luy en faire un nouveau l’année prochaine qu’on me doit envoyer ce qui reste des papiers d’un si saint homme. En attendant je prie V. R.

etc. »

Sentiments du P. Claude Allouez sur sa vo-

cation aux Missions.

Je receus le 3° de Mars de cette année 1657 la permission d'aller en Canada. Je baisay

aussitost la lettre du R. P. Provincial, et je

me dissouvent à moy-même : C’est le Seigneur qui me fait une si grande grace : j'en suis dans l’étonnement et l'admiration. Après un si bon gage de sa bonté et de son amour envers moy , J’ay tout sujet de me flatter , que Je ne mourray pas; Mais que je vivray pour annoncer les merveilles de ses œuvres. C’est icy un coup de sa droitte q1 m'a exalté par la plus sublime de toutes les vocations. Seigneur ! je

suis à vous, secondez-moy dans cette divine

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entreprise , afin que je me sauve, et mé sanctifie moy-même en travaillant au salut, et à la sanctification du prochain. Mon ame vous loüe, vous bénit, vous remercie et vous ayme préférablement à tout ce qui n’est point vous.

J’ay demandé et Je chéris cette vocation :

1° Parce que c’est la plus grande gloire de Dieu que je me rende le plus semblable que je pourray à Jésus-Christ, son fils, qui pouvant sauver les hommes sans souffrir, a, pour opérer leur salut, préféré la croix à la joie : Proposito sibi gaudio sustinuit crucem.

2 Je ne dois pas regretter les douceurs que je quitte en sortant de France, et que j’aurois trouvées en mille et mille choseslicites et honnestes, comme entre autres dans la conversation avec tant de personnes d'esprit, dans l'étude et la profession des plusbelles sciences, et dans l’usage des talens que J’ay receus du Ciel. Non, non, je ne dois pas regretter rien de

tout ce qu'il faut nécessairement quitter à la

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mort. Je veux prévenir ce temps de la séparation de mon ame d’avec mon corps, afin de laisser à présent sans contrainte et avec mérite ce qu'il me faudra laisser alors par force et sans liberté. D'ailleurs , tous les biens que Je puis avoir ne m'ont esté donnés de Dieu que pour en user selon son bon plaish. Or il veut que ce soit en Canada que je m’en serve pour éclairer les nations auxquelles il m’envoye.

Ad illuminationem gentium misit me. Je connois ses desseins sur moy par les fréquentes inspirations que J'ay là-dessus depuis si longtemps.

3° Je trouveray dans la Nouvelle-France la volonté de Dieu , la gloire de Nostre-Seigneur, ma propre perfection et le salut des ames avec beaucoup de souffrances. Si je suis assez malheureux que de »y pas aller , c’est que mes péchez et nommément mes péchez d’orgueil me rendent indigne

d’une si sainte Mission

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On m'allègue que je puis autant servir Dieu dans l’ancience France que dans la nouvelle ; que Jay receu du Ciel assez de talens pour les employs de nostre Institut , lesqueis on exerce en Europe , et qu’en m’appliquant à la prédication, je pourray sans beaucoup de peine m’entretenir dans une dévotion solide.

J’avoüe encore aux personnes qui me parlent ainsi , Javoüe que je découvre dans les missions du Canada des diflicultez terribles à la nature. Mais dans tous ces prétextes et dans toutes ces oppositions, 1] n’y a rien qui ne me soit suspect d’amour-propre. Et quand quelque pensée semblablese présente à mon esprit, je me dis : tu ne sCais ce que tu crains | tu auras toncontentementdans la Nouvelle-France.

S'il arrivait donc que le R. Père Provincial vouleut révoquer sa permission, je me Jetterois à genoux à ses pieds pour le conjurer

qu’il me la continuast.

Qui que ce soit qui prétende me détourner

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de ma chère Mission , je lui répliqueray avec ces parolles de mon divin Maistre : Retire-toy de moy, Satan ! Tu ne goutes pas les choses de Dieu, imais tu parles en homme. Poi. :moy, je nepuisplus vivre d’une vie tiède et imparfaite, aprèsque Nostre-Seigneur,quin’a fait jusques icy tant de graces, semble y avoir misle comble par la grâce de ma vocation au Canada, On attend de moy plus de ferveur et de fidélitéque je n’en ay eu jusqu’à présent et l’onseroit scandalisé de moy si dans cette occasion, je mon-

trois ou de la lascheté ou de l’inconstance.

Sentimens du P. Claude Allouez sur les Mis-

sions du Canada.

La Nouvelle-France est une école où l’on apprend en perfection à ne chercher que Dieu, à ne désirer que Dieu ; à n’avoir son intention qu’à Dieu, à ne s'attendre et à ne s’ap-

puyer que sur la toute paternelle providence

de Dieu. Vivre dans les missions du Canada ,

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