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causé envoyèrent deux députés aux Neutres, pour porter ceux-ci à se défaire de nous, parce que, disoient ils, nous étions des sorciers et que nous prétendions ruiner la Nation Neutre en hyvernant chez elle, comme nous avions déjà ruiné la Huronne par nos sortilèges. Ils offrirent ensuite neuf haches pour récompense à ceux qui nous feroient mourir. C’étoit là un présent très considérables à ces peuples, qui étant assez éloignés des Hurons, où étoient les François ne se servoient encore que de pierres pour couper du bois ou plutôt pour le rompre et le casser. Ces pierres étoient engagés dans la fente d’un bâton et liées avec une courroie à cette espece de manche. Ainsi les neuf haches tentèrent puissamment les Neutres, et c’est un miracle que nous ayons échappé d’un si grand danger.
En effet un soir qu’on déliberoit de nos vies dans une assemblée de tous les notables du bourg, le père de Brebeuf faisant sonexamen de conscience eut cette vision. Un spectre furieux avoit dans ses mains trois dards ou trois javelots dont il nous ménaçoit tous deux qui étions ensemble en prières. Afin que l'effet suivit les menaces il lança contre nous un de ces traits, mais une main plus adroite, ou une vertu plus forte l’arrêta en chemin; et elle nous rendit le même bon office, lorsqu'il decocha le second et le
troisième dard. Notre examen fini le père m'avertit
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AS cl du danger où nous étions et après qu’il m’eut raconté sa vision Je jugeai comme luy qu’on pourroit bien tramer quelque chose contre nous. Sans en prendre l'alarme nous nous entre-confessames l’un l’autre et toutes nos prières achevées, nous nous couchâmes à l'ordinaire.
Bien avant dans la nuit, notre hôte revint du conseil, où les deux Hurons avaient présenté leurs haches pour nous faire casser la tête. À son arrivée dans sa cabane, il nous éveilla pour nous apprendre que par trois diverses fois nous avions été sur le point d’être massacrés , les jeunes gens s'étant offerts à faire le coup ; mais qu’à toutes les trois fois les anciens les avoient retenus par la force de leurs raisons. Ce récit nous expliqua ce que le père de Brebeuf n’avoit vu qu’en enigme.
Au reste quoique les anciens eussent empêché leur jeunesse de nous tuer , ils ne purent empêcher les autres mauvais effets que produisit la calomnie des Hurons que nous étions sorciers. Personne ne nous vouloit plus donner le couvert mêr * pendant la nuit, quoiqu'il fit bien froid. Un soir que tout le monde du bourg étoit sur ses gardes et qu’on avoit comploté de ne nous point loger nous nous mimes à la porte d’une cabane , à dessin de nous y glisser, lorsque
quelqu'un en sortiroit. En eflet une personne qui
éloit dedans ayant ouvert la porte nous nous y four-