‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 22 sur 62 · FR 7 DIU · texte numérisé non relu

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râmes aussitôt, mais on nenous eut pas plutôt apperçus qu'on pensa pâmer de peur. Après qu’ils furent un peu revenu de leur crainte et qu’ils eurent repris leur esprit, ils envoyèrent avertir les anciens que nous étions chez eux et de la manière dont nous y étions entrés. Voilà incontinent la cabane pleine de monde qui vint au secours de nos nouveaux hôtes. Les vieillards nous entreprennent avec menace de nous mettre à la chaudière, si nous ne délogions et si nous

ne sortions de leur pays. Les jeunes gens pour appuyer l’ordre des anciens disoient bien haut qu’ils étoient saouls de la chair noiratre de leurs ennemis et que volontiers ils mangeroient de notre chair qui est plus blanche. Sur ces entrefaites un soldat armé d’are et de flèches entre comme un furieux dans la cabane, bande son arc et se met en devoir de décocher ses flèches sur nous. Je le regarde fixement et je me recommande avec confiance à St. Michel. Sans doute que ce grand Archange nous preserva puisque notre plus furieux ennemi s’appaisa presqu’aussitôt et qu’ensuite nos autres adversaires se rendirent aux raisons que nous leur donnâmes de notre arrivée et de notre séjour dans leur pays. Nous les assurûmes quenotre unique prétention étoit qu’ils se soumissent à la foi que nous leur préchions pour les rendre saints dans le tems et heureux dans l’éternité.

Nous passimes quatre mois et demi chez ces sau-

perrent pris ous ions nde Les

vages de la Nation Neutre sans pouvoir rien gagner sur leur esprit, tant ils s’étoient laissé préoccuper contre nous. C’est pourquoi le père de Brebeuf jugeant avec sujet, que si nous demeurions plus longtems parmi ces barbares, ce seroit les aigrir contre nous, plutôt que de les adoucir, nous retournâmes au pays des Hurons, où nous avions déjà quelques Chrétiens.

Lorsque j'y fus arrivé , notre Supérieur me donna pour compagnon de mission , tantôt à un père, et tantôt à un autre. Comme ils parcouroient toutes les bourgades Huronnes, je m’y transportois avec eux. Un jour que j’accompagnais le père Daniel (au bourg de St. Michel dans la mission de St. Joseph) dans une cabane où il avoit baptisé une jeune femme moribonde, voici ce qu'il m’arriva. Un des parents de la malade, irrité contre nous à cause de ce baptême nous attend dehors à l'entrée de la cabane avec une grosse pierre en main pour nous la décharger de toute sa force sur la tête, lorsque nous sortirions. Par bonheur pour moi je passe le premier et voilà qu’au moment que je mis le pied dehors ce furieux m’abattit mon chapeau d’une main et de l’autre il me frappa de sa pierre sur la tête nue : je fus tout étourdi du coup, et l'assassin voulant m’achever prit une hache, Mais le père Daniel qui étoit fort et adroit, la lui arracha des mains. On me mena chez notre hôte,

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où un autre sauvage fut mon charitable médecin. Ayant vu la grosse tumeur que j'avois à la tête, il prit une autre pierre pointue pour m’y faire de incisions par lesquelles il tacha d’exprimer tout le sang meurtri et puis il arrosa le haut de la tête avec de l’eau froide, dans laquelle il avoit mis quelques racines pilées. Il prenoit dans sa bouche cette liqueur médecinale et la souffloit dans les plaies ou dans les ouvertures qu'il m’avoit faites. Cette cure fut si heureuse qu’en fort peu de tems je fus guéri. Dieu se contenta du desir que j’avois du martyr ou plutôt il ne me jugea pas digne qu’on me fit mourir en haine du premier de nos sacrements.

Lorsqu'on vit que je savois bien la langue Huronne, on me donna entièrement le soin de deux différentes missions. En même tems je n’appliquai à faire et à comparer les préceptes de cette langue, la plus difficile de toutes celles de l'Amérique Septentrionale, Il plut à Dieu de donner à mon travail, tant de bénédiction, qu’il n’y a dans le Huron ni tour ni subtilité ni manière de s’énoncer dont je n’aie eu la connoissance , et fait pour ainsi dire la découverte. Peut-être que Notre Seigneur a voulu récompenser par ce don de langue, l'attrait qu’il me donna à l’humilité dès mon noviciat. Peut être aussi que St. Jérôme à qui j'ai eu recours pendant plusieurs mois m'a assisté dans cette ouvrage. Peut être encore que

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je n’y ai pas été moins aidé du père Charles Garnier, Parisien , tué à coups de fusil par les Iroquois en 1649 , lorsqu'il faisoit dans sa mission l'office d’un bon pasteur (il était au Canada depuis 1636). Je n’eus pas plutôt appris sa glorieuse mort , que je lui promis tout ce que je ferois de bien pendant huit jours, à condition qu’il me feroit son héritier dans la connoisssance qu’il avoit parfaite du Huron. Quoiqu'il en soit, comme cette langue est pour le dire ainsi la mère de plusieurs autres, nommément des cinq Iroquoises, lorsque je fus envoyé aux Iroquois (que je n’entendois pas), il ne me fallut qu'un mois à apprendre leur langue. J'avoue que souvent j'ai remarqué dans les conseils de leurs cinq nations assemblées , que par une assistance de Dieu toute

spéciale , je les entendois tous, quoique je n’eusse

1e se ? encore étudié que lOnnontagué.

en- | Mais pour retourner aux Hurons dont je me suis ant , . 20% . A CA éloigné insensiblement et trop tôt, les premières | ni LA e . .

années que je passai dans leur pays je fus grande- L la :

ment incommodé de la colique. On a cru que te. L4 » ° . . . .

c’étoit la nourriture du lieu qui me la causoit. Dieu ji me fit cependant la grace de n’avoir pas même la ve première pensée de regretter l'Europe. Au contraire di i je me sentois plus résolu que jamais de passer toute ds ma vie dans cette mission ; et jy serois encore si ce 1e

pauvre pays là n’avoit été ruiné par les Iroquois.

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