‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 29 sur 62 · EU, DR · texte numérisé non relu

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Le clergé fit succéder les chants de l'Eglise et un sermon à l’honneur de la Vierge, dans lequel on loua la piété de nos néophites.

Ayant appris par un imprimé la manière dont on avoit reçu notre présent à N. D. de Foye, je formai le dessein d’en envoyer autant à N. D. de Lorette. Aussi depuis mon départ d'Europe , je conservois toujours le désir de procurer en Canada à la Sainte Vierge une maison bâtie sur le modèle de la vraie Maison , transportée de Nazareth en Dalmatie , et de Dalmatie en Italie. Je fis donc faire par mes Hurons un beau grand collier de porcelaine ; la blanche en composoit le fond et la noire en lettres bien formées exprimoit ces divines paroles : Ave Maria Gratia Plena, etc. Le P. Jésuite pénitencier des françois auquel on l’avoit adressé, le fit enchâsser dans un cadre doré avec une inscription qui marquoit que la nation huronne nouvellement convertie à la foi, oflroit ce présent à la Mère de Dieu. Messieurs les chanoines et les autres officiers de la Sainte maison de Lorette le reçurent avec beaucoup de marques d’admiration et de reconnoissance, et je ne doute point que la B. Vierge ne l'ait encore mieux reçu , puisque peu d’années après , elle me fit naitre l’occasion et les moyens de lui bâtir une Lorette dans les forêts de la Nouvelle France, à trois lieues de Québec. Ah ! Mère de grâce! quene suis-je capable de vous en rendre tous les jours

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des millions d’actions de grâces , surtout lorsque j'ai le bonheur d’y célébrer la Sainte Messe! Oh! s’il m'étoit permis d’exposer ici toutes les misères mêmes spirituelles dont votre miséricorde m'a retiré, on seroit excité sans doute et à vous en remercier pour moi, et à recourir à vous avec toute la confience possible.

Six années après que nos néophites hurons eurent été établis à N. D. de Foye, le bois et la terre cammençant à leur manquer, il fallut penser à transporter leur village plus loin de Québec, et plus avant dans les forêts. Eux-mêmes en choisirent le lieu sur notre Seigneurie de St. Gabriel (1). Alors la pensée me vint d'écrire les raisons que j’avois et pour lesquelles, à mon avis, on devoit bâtir là une chapelle sur le modéle de la Ste Maison de Lorette. Le Révérend P. Dablon, recteur du Collège de Québec et Supérieur de toutes nos missions en Canada, les ayant lues, approuva fort mon dessein, et en ayant communiqué avec nos Pères , ils conclurent tous à ce que

l’on bâtit de briques une nouvelle Lorette dans la Nouvelle France. Notre Compagnie en a fait la dé-

(4) A la fin du dix-septième siècle, après la mort du P. Chaumonot, les Hurons durent se rapprocher encore de la forêt, et ils foncèrent à une petite distance un nouveau village nommé la Jeune Lorette. C’est là que se trouvent encore aujourd’hui, mais en bien petit nombre, les derniers descendants des Hurons chrétiens.

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(1) En 1692, cette dame est devenue lieutenante de roi; le roi ayant donné à M. Provost, son mari, cette charge pour reconnaître. (Le reste manque au manuscrit.)

ax Ed N.D. de Foye, en a aussi fait faire un autre de même prix à peu près pour N. D. de Lorette. Mr. de la Chenaye a de même fait présent de deux grandes et belies lampes d’argent à ces deux chapelles, avec un parement complet pour la dernière. Mr. Hazeur et Mile sa femme, Mlle Boisseau, plusieurs autres personnes ont pareillement beaucoup contribué à sa décoration. Mr. le Marquis de Denonville, gouverneur de la Nouvelle France et Mr. de Champigny intendant du même Canada, avec mesdames leurs femmes, qui les ontsuivis jusqu'ici y ont fait aussi des présents dignes de leur rare piété.

Au reste, on travailla avec tant de diligence à bâtir celte chapelle de Lorette, que n'ayant été commencée que vers la St. Jean en 1674, elle fut ouverte et bénite la même année le 4 de Novembre. La Cérémonie s’en fit avec un grand concours de françois et de sauvages tant Hurons qu’Abnaquis , et après une procession qui alla jusqu’à un quart de lieue prendre l’image de la Ste Vierge, faite sur celle de la vraie Lorette, d’où on nous l’a envoyée. N. R. P. Supérieur chanta la grand Messe et fit un très beau sermon. Depuis ce temps-là on y vientde tous côtés en pélérinage ; on y fait et on y fait faire des neuvaines, et les grâces qu’on y obtient par l’entremise de la Mère de Dieu, vont jusqu’au miracle, Comme il faudroit composer un livre entier pour décrire toutes ces faveurs

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extraordinaires, je n’en rapportérai que deux ayant été témoin oculaire de l’une et propre sujet de l’autre. A mon avis donc la plus miraculeuse guérison qui se soit peut-être jamais opérée, du moins dans ce nouveau monde, est celle d’une nommée Marie Ouendraca, huronne de nation et très fervente chrétienne. Son mari /gnace Thsaoenhohi, capitaine des hurons et deux de ses enfans | dont un n’avoit que cinq ans et l’autre étoit une fille nubile, Jeanne Guoendité, étoient morts à N. D. de Foye, tous trois en opinion de Sainteté ; inême le père et la fille encore plus glorieusement que le garçon. Quelques années après que la mission huronne se fut établie à Lorette, la bonne Ouendraca fut réduite à l'extrémité par une violente fièvre : de telle sorte qu’elle ne pouvoit plus remuer aucune partie de son corps. Nous n’attendions plus que le moment qu’elle expireroit, après lui avoir administré les derniers Sacrements de l'Eglise, lorsque j'appelai Jean Atheiatha et Thérèse Ohérardegen les deux enfans qui luirestoient. Je leur fis promettre que s’il plaisoit à la Ste Vierge de rendre la santé à leur mère, nous dirions eux et moi dans la chapelle neuf fois le chapelet de la Ste Famille. Ensuite, je me sentis inspiré d’y aller prier pour ma pauvre malade. Il n’y avoit tout au plus qu’un demi quart d’heure que j'y étois en oraison , lorsque sa fille vint me dire que sa mère me demandoit, J’y

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DURS NS cours aussitôt, dans la pensée de faire pour la moribonde les prières de la recommandation de l’âme. J'entre dans la cabane et voilà qu’à mon arrivé” mon agouisante se lève tout debout et me fait la révérence à la françoise. Je jugeai d’abord que la nature jouoit de son este, ou que la violence du mal lui faisoit faire ses derniers efforts. Je la presse donc de se recoucher sur sa natte : elle me témoigne qu’elle sera aussi bien debout ou assise que cuuchée. Je lui fais de nouvelles instances ; elle me répond qu’elle est guérie parfaitement : et comme elle vit que je prenois ses paraies pour des rèveries, elle me fit éloigner sa fille et son fils pour me dire en secret comment la santé lui avoit été rendue. Voicison discours : « Mon Père, un peu après que vous avez été sorti de ma cabane, deux personnes ont paru sur ma natte, Jai vu l’une à mes pieds , l’autre à mon chevet, { Île-ci qui étoit une jeune femme , ou plutôt une grande fille, m’a dit : Touchez seulement le bout de ma robe et vous serez quérie. &« Je n’ai garde, disois-je en moimême, d’avoir tant de présomption que de m’imaginer que des bienheureux du Ciel soient envoyés pour me guérir, ce sont plutôt des démons qui voudroient me faire entrer en vanité.» Pendant que cette pensée w’occupoii l'esprit, la mére passant le bas

de ses vêtements par dessus mon visage, qui en fut touché : Ma mère, me dit-elle, vous voila quérie, et au

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même instant, elle disparut avec le petit garçon qui s’étoit mis à mes pieds. Alors je erus devoir m’assurer si ces deux personnes m’avoient rendu la santé. Je commence par remuer les bras, ensuite je me lève et puis je marche, je sors même dehors, et tout cela avec autant de facilité que si je n’avois point été malade, quoique je fusse aussi immobile qu’une pierre, un moment auparavant. Mes enfans, même Thérèse, qui est une femme mariée , et Jean qui est bien dans sa quatorzième année, ont été si étonnés de me voir revenue ainsi tout à coup qu’ils s’enfuyoient, comme si J'avois été un spectre. Je les rassure et j’ordonne à ma fille de vous appeler, afin que vous jugiez vousméme d’un évènement si extraordinaire. »

Son récit achevé, je ne fis nul doute que ses deux enfans morts en opinion de Sainteté, n’eussent été envoyés du ciel par la Sainte Vierge pour rendre la vie à celle qui la leur avoit donnée, puis qu'ils l’honoroient du nom de Mère en lui disant : Ma Mère vous voilà quérie. Elle fut de mon avis, et sur ce que je lui dis qu’il falloit remercier la Mère de Dieu, sa bienfaitrice : « C’est bien mon dessein : me répond':-elle ; je n’attendois que votre approbation pour le faire. » Là dessus elle se lève, marche d’un pas ferme , me suit à la chapelle, y prie Dieu,

y assiste même au salut que nous fimes et qui dura près d’une demi heure. Pendant tout ce temps là,

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ne elle se tint à genoux, sans s'appuyer, comme si elle n'eut point été malade. Je l’en repris après comme d’une indiscrétion en une personne qui ne faisoit que revenir d’une maladie mortelle , mais elle me répondit : « Je m'étonne que vous ne vouliez pas me croire que j’ai autant de forces que si je n’avois point été malade. » Non seulement tous nos sauvages de Lorette, mais même quelques françois qui y étoient , ont été témoins de ce miracle.

Celui qui suit m'est arrivé à moi-même. Le jour de St. Luc, en 1687, un peu après minuit, je fus attaqué d’une furieuse colique accompagnée de grands élancements que je señtcis au bas ventre , comme si on m'y eut enfoncé de longues pointes d’alesnes. Ces douleurs m’étoient causées par une descente que j'ai depuis plusieurs années et qui ne m'avoit jamais tant fait souffrir que cette fois, ne la pouvant remettre à mon ordinaire. Enfin après bien du travail et encore plus de mal, il étoit déja onze heures avant midi lorsque je fis réflexion que €’étoit la fête de St. Luc. Aussitôt je m’adressai à la B. Vierge, en lui disant seulement de la pensée et du cœur : « O Mère de Miséricorde ayez pitié de moi! Ordonnez à votre fidèle Secrétaire et à votre dévot chapelain St. Luc, qui étoit aussi médecin de profession, de faire ici un

coup de son métier, » Il n’en fallut pas davantage. A l'instant je sentis mes boyaux remonter comme

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d'eux-mêmes, se remettre en leur place, et toutes mes douleurs s’évanouir ; de telle sorte je me levai, que j’allai à église et que je dis la Sainte Messe qui fut en action de grâce de ma guérison.

Il ne faut pas que j'oublie ici que le P. Poncet ayant repassé en France a eu soin de m'envoyer non seulement une Vierge faite sur celle de Lorette lainsi que je l'ai dejà dit) mais aussi et une coiffe ou bonnet de taffetas blanc qui a été sur la tête de l’image laquelle est dans la Sainte Maison d’Italie ; ei une écuelle de fayence faite sur la forme de celle du petit Jésus , à laquelle elle a touché, et de petits pains bénits qui ont été pétris dans les écuelles de la Sainte Famille, qu’on trouva , lorsque, pour rendre la Sainte chapelle ou maison plus commode, on en ôla le plafond, sur quoi lon saura que toutes ces choses où même leurs semblables, sont ici miraculeuses. Car en premier lieu , cette coiffe ou calotte ayant été prêtée à Mr. le curé de Chateau Richer pour un malade qui s’en trouva très bien après lavoir mise sur sa tête. La personne qui nous la rapportoit la perdit, l'ayant laissé tomber en chemin, sans y prendre garde. Comme c’étoit en hiver et qu’il y avoit beaucoup de neige , et même qu’il faisoit assez grand vent, le papier dans lequel elle étoit fut emporté du chemin battu , au milieu des déserts où l’on ne passoit point. Cependant, un homme de devers Lorette, qui s’y en

QT, qe alloit, et qui avoit des raquettes sur son dos, fut inspiré de les mettre à ses pieds et de traverser par le milieu des champs, en quittant le chemin ferme, lorsqu’il fut vis-à-vis du lieu où le vent faisoit voltiger le papier et la coiffe qui étoient dedans ; à peine eut-il fait50 pasen marchant par le milieu des champs, qu'il s’en aperçut. Il courut aussitôt après , et ayant ramassé le papier il reconnut facilementce que c’étoit, et vint en diligence me l’apporter avec bien de la joie. 2°. Un jour que j'étois monté sur un marchepied assez haut , d’où je montrois à des pélerins notre Sainte Ecuelle qui, comme je l'ai déjà dit, n’est que de fayence, elle m’échappa des mains et tomba à bas sur un plancher de bois sans se casser. Tous les asssistants et moi furent autant surpris que réjouis de la voir au même état après l'avoir ramassée, qu’elle étoit avant sa chute. En troisième lieu , comme à l'imitation des MM. de Lorette en Italie, nous faisions aussi pétrir par les Religieuses de Québec de petits pains dans cette même écuelle, et qu'après les avoir bénits nous en distribuons aux personnes qui en demandent , plusieurs s’en sont très bien trouvés dans leurs maladies , ne s’étant point servis d’autres rémèdes pour se faire passer des fièvres opiniâtres et violentes dont ils étoient travaillés.

Encore que toutes ces choses et plusieurs autres fussent capables d’exciter ici tout le monde à une

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grande ferveur, cependant, pour allumer de plus en plus le feu du divin amour , surtout dans le cœur de mes sauvages , je leur fis faire un collier de porcelaine semblable aux autres & nt j'ai parlé , si ce n’est que sur celui-ci il y avoit écrit : Virgini Parituræ , parce qu’il devoit être présenté à Nostre Dame de Chartres.

Tout le monde sait que l’image miraculeuse qu’en ont fait les anciens Druides et qu’on y révère encore à présent, a pour titre ces mêmes mots latins , que nous tournons ainsi en notre langue : « À la Vierge qui doitenfanter. » Notre présent y fut sibien reçu que non seulement toute la ville en témoigna une sensible joie, mais que Mrs Mrs les Chanoines de cette trèsillustre Eglise nous en ont donné toutes les marques de reconnaissance que nous pouvions recevoir de leur magnificence et de leur piété. Les voici. Ils ont associé notre mission huronne de Lorette à leur vénérable corps , en rendant nos sauvages participants de toutes leurs prières, messes et dévotions, qui se disent ou se font dans leur église. Ils ont dressé un acte authentique de cette espèce d’adoption ou d’union spirituelle, Ils ont écrits à nos Néophites sur ce sujet une lettre très-belle et toute pleine d’un zèle apostolique (elle se trouvera dans lAppendice). Ils ont fait aux mêmes un riche présent d’un

grand reliquaire d'argent, très bien travaillé,

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QE pesant près de six marcs, ayant la figure de la Ji chemise de N. D. qu’on garde à Chartres, et rehill présentant d’un côté le mystère de l'Annonciation 1 fl | \ hs , LUN et de l’autre l’image de la Vierge qui tient son fils, ï # 1e telle qu’on l’a reçue des Druides. Enfin ils ont rempli | F4 . .

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