‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 34 sur 62 · OINS · texte numérisé non relu

OINS

ensuite si c’étoit l'hiver il faisoit sa lecture spirituelle et recitoit prime et tierce du divin office, ayant dit Matines et Laudes dès le soir précédent. Après cela il se disposoit à la sainte Messe, au milieu ou à la fin de laquelle il donnoit d'ordinaire quelques pratiques de dévotion à ses sauvages ou leur faisoit quelque courte exhortation. Les dimanches et les fêtes il préchoit plus longtems et toujours avec beaucoup de zèle.

Un jour, il avoua à un de nos religieux qu’il ne parloit jamais de Dieu à ces pauvres barbares , et qu'il ne leur faisoit aucune instruction spirituelle dont il ne remarquât le fruit tôt ou tard.

L'été, il disoit sa messe après son oraison, afin que les personnes de sa mission puissent aller du matin à leur travail. En quelque tems qu'il la dist, il employoit une grosse demi heure à son action de grâces où il étoit tout pénétré de Dieu et ravi en lui. Une fois qu’un des nôtres l’en alla retirer après la demie, il lui dit confidemment : « Que vous m’auriez obligé de me laisser plus longtemps avec Notre-Seigneur, qui me régaloit si bien ! »

Après son action de grâces, il écoutoit les personnes qui le venoient trouver, et expédioit les aflaires qu'on lui proposoit. Ensuite, s’il y avoit des malades, il les visitoit, Cependant celui des nôtres qui étoit sous lui pour apprendre le Huron faisoit le catéchisme

aux enfans, dès aussitôt qu’il en étoit capable. Après quoi le père Chaumonot, de retour , lui faisoit une leçon d’environ une heure sur la langue. Cette lecon finie, s’il y avoit encore du tems jusqu’à l’examen qui précède le diner, il lemployoit à prier Dieu.

Il étoit si sobre et si mortifié dans ses repas que le Supérieur de toutes nos Missions de la Nouvelle- France, avoit donné charge à nos jeunes Pères , qui étoient sous le père Chaumonot de veiller à ce qu'il prit assez de nourriture et même s’il en étoit besoin de lui commander de manger et de boire ce qu'ils lui auroient présenté ; à quoi il se soumettoit sans réplique.

La récréation, lorsque les sauvages lui donnoient le loisir d’en faire avec les nôtres se passoit à s’entretenir ou sur quelques dificultés de la langue huronne, ou sur les choses qu’on auroit remarquées dans la mission et sur les moyens d’en éloigner le vice et d’y augmenter la ferveur.

Vers une heure après-midi , il se retiroit dans la chapelle, pour y visiter le Saint-Sacrement, y achever toutes les petites heures de son breviaire et y réciter son chapelet : ce qui étant fait , il visitoit un certain nombre de vabanes , dans lesquel > il racontoit quelque belle histoire, soit de la Bible , soit de la Vie des Saints. De là il retournoit à l’église prier mentalement et puis réciter Matines et Laudes pour le

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Vers le soleil couchant on sonnoit pour les prières du soir, lesquelles aux jours de fête, de dimanche et de jeudi , se commençoient par les saluts du trèssaint Sacrement et le samedi par le Salut de la sainte Vierge. On y chante alternativement en latin et en sauvage ; les hommes et les garcons faisant le premier de ces deux chœurs et les femmes avec les filles le second , ce qui se pratique aussi aux grandes Messes et aux Vêpres, qu'on dit comme dans les paroisses de France les mieux réglées, jusque là que lofficiant y porte la chappe et que plusieurs garçons sauvages en soutane rouge et en surplis y servent d’enfans de chœur.

Le salut achevé, lorsqu'il y en a, on fait les cinq points de l’examen de conscience : on dit le chapelet, tantôt de la Vierge , tantôt de la Sainte Famille : on récite un assez bon nombrede prières vocales, comme entre autres le Pater, l’Ave, le Credo, le Confiteor, les Commandemens de Dieu et de l'Église, avec plusieurs oraisons pour le roi, les morts, leurs compatriotes, les françois, leurs bienfaiteurs , leurs ennemis , etc. On chante même quelques unes de ces prières avec quelque Hymne ou Antienne, soit de la Vierge, soit des mystères du tems: et on finit par lAngelus qui se dit aussi et à midi et à une des messes pendant laquelle on fait les prières du matin. Le reste du tems s’employoit par le père ou à instruire ses sauvages, ou

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