‹ Le père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 35 sur 62 · RER EE · texte numérisé non relu

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à les confesser ou à prier Dieu, ou à lire quelquelivre ou à écrire, soit des cantiques, et des discours en huron, soit des réponsesaux François qui le consultoient par lettre. Il avoit aussi soin de faire exactement tous les exercices de dévotion etde mortification qui se pratiquent dans nos collèges même par les plus fervents et par les plus robustes quoiqu'il eût un mal de tête habituel et que ses forces fussent presque ruinées par les excessives pénitences et par les trop grands travaux de sa jeunesse. Ainsi ses jours étoient des jours pleins pour parler le langage de l'Écriture et si son humilité ne lui avoit fait cacher autant qu'il a pu ses bonnes œuvres et même ses actions miraculeuses , il y en auroit de quoi en faire un gros volume,

Presque tout le monde sait iey qu'il a converti des personnes dont le salut sembloit estre désespéré : que d’autres par ses prières ont été délivrées de violentes tentations : que plusieurs ont été guéries de dangereuses maladies : que des maris et des femmes qui n’avoient point d’enfans en ont eu enfin par son intercession : que d’autres qui n’avoient que des filles ont obtenu des garçons, dans l’année même qu’ils ont employé sa médiation auprès de Dieu. Lui-méme a été le sujet de plusieurs miracles, puisque sans répéter ce qui a déjà été dit de plusieurs guérisons extraordinaires dont le ciel la favorisé, il y à quelque dix-sept ans qu’étant monté dans un

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L'on n’a pas regardé comme une moindre merveille ce qui suit : Au commencement de année 1676 le P. Chaumonot ayant avec soi deux de nos Pères qu'il jugeoit capables de faire sa mission, se laissa aller au désir que son amour pour Dieu lui inspiroit depuis longtemps de quitter la terre pour le ciel. Emporté des mouvemens de cette ardeur il commenca le neuviesme de Janvier une neuvaine en honneur de saint Joseph pour obtenir par sa médiaion une prompte et bonne mort. Mais un des deux Pères lui ayant entendu parler de cette dévotion, en donna avis à leur Supérieur commun qui est le Recteur du Collège de Québec, afin qu'il vit luimême s’il falloit laisser partir de ce monde le père Chaumonot. Ce sage supérieur récrivit aussitôt à celui-ci qu’au lieu de la neuvaine commencée pour avancer sa mort, il en fit une autre au même saint Joseph pour ‘‘emander au moins dix ans de vie. Le

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+ père obéit à cet ordre et jamais il ne se porta mieux

que durant ces dix années, quoique sa santé depuis trois ou quatre ans fut beaucoup altérée , et même qu’elle eût été interrompue par de grandes maladies. Comme nous étions persuadés que saint Joseph l’aurait exaucé nous ne craignions rien pour lui pendant tout ce ‘ems-là , et lorsqu’à Québec on eut appris sa chute du haut du grenier en bas, Pon dit aussitôt : « Il ne se sera pas fait grand mal ; saint Jo- « seph le doit encore conserver quelques années. »

En 1689 s'étant trouvé dans cette ville au tems que venait de finir les cinquante années qu’il y avoit qu’il étoit prêtre, il y dit sa seconde première messe. M. de Bernières , doyen de la cathédrale de Québec, nous vint prier au nom de tout son chapitre que le père Chaumonot leur fit honneur de chanter cette messe à leur grand autel. On ne crut pas devoir refuser une offre si obligeante et la cérémonie s’en fit avec un très-grand concours de la ville et des environs , le Jour de St. Joachim, Mr. Ango Des Mézerets, grand archidiacre , servit de prêtre assistant et Mr. Glandelet théologal y fit un fort beau sermon au sujet de cette messe jubilaire et du prêtre qui la célébroit. Il y eut beaucoup de communions , même des personnes de la première qualité. Mr. le Marquis de Denonville étoit lors Gouverneur du Canada et Mr. Bochard de Champigny, Intendant. Outre qu’il

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ne s’éloit point encore vu de cérémonie semblable dans la Nouvelle France , la seule estime que tout le monde y a de la sainteté du père Chaumonot , suflisoit pour y attirer une infinité de personnes.

Le deuxième jour d’après cette fête, le père s’en retourna à sa chère Lorette pour la fête de l'Annonciation , etil v a continué ses exercices de dévotion et ses emplois de charité jusqu’à l'automne de 1692. L'été de cette même année tout le Canada étant dans une très-grande désolation à cause d’une prodigieuse quantité de chenilles qui mangeoient les bleds et les foins , les François et les habitans de la paroisse de Lorette eurent recours au père Chaumonot, Il juge: que pour détourner ce fléau de Dieu, il falloit dire neuf messes à l'honneur de la sainte Vierge ; et il les exhorta d’y assister ; ce qu’ils firent avec beaucoup de ferveur. Et après la messe , ils portoient le père sur une éminence , d’où il bénissoit les champs et conjuroit les chenilles. IL fut exaucé dès le troisième jour et le reste de la neuvaine se continua en action de grâce d’un si signalé bienfait. L’automne suivant, on lapporta ici malade. Cette maladie n'ayant pas été longue, il demanda vers la Toussaint, la permission de retourner à sa mission. On le remit d'abord jusqu’à la fête de l’Immaculée Conception

de la Vierge , et ensuite parce que le tems et les che-

mins n’étoient pas propres jusqu’au second ou troisième jour de l’année 1693.

Cependant voici la vie qu’il menoit dans le coliège. Dès les deux ou trois heures du matin , il étoit en contemplation jusqu'à huit heures qu’il disoit sa messe. À neuf heures il alloit par obéissance prendre quelque peu de chose et il retournoit aussitôt à la sacristie où il y a deux oratoires qui ont vue sur le grand autel. Là il recitoit Prime, Tierce, Sexte et None de son office. Ensuite il faisoit sa lecture spirituelle jusqu’à deux heures, que nous commençons ici notre examen de conscience. Après la récréation qui suit le repas , il faisoit ses stations dans notre église au grand autel , à la chapelle de la Vierge, et à celle de saint François-Xavier, dans la grande Congrégation de Notre-Dame, dans notre chapelle des infirmeries , qui est à l'honneur de la Sainte Famille. De là il retournoit au bas de l’église et y étoit assez longtems en prières sur le caveau où nos religieux sont enterrés. Il donnoit à cette dévotion le nom de visite qu’il rendoit & ses bons et anciens amis. Après qu'elle étoit achevée il alloit à la sacristie dire ses Vépres, ses Complies et son chapelet , soit pour la commodité de ses yeux, soit par esprit de pauvreté pour épargner la chandelle, il disoit de jour ses Matines et ses Laudes du lendemain , après quoi il passoit le reste du soir en oraison mentale.

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Le mois de Décembre il fit encore les exercices de saint Ignace : et toute la différence qu’on remcrqua lors et dans ses autres retraites d’avec sa vie et sa conduite ordinaire , c’est qu’il ne se trouvoit point aux récréalions avec les nôtres et qu’il ne parloit à aucune personne du dehors. Du reste il ne pouvoit être ni plus longtemps en prières, ni plus uni à Dieu.

Vers le commencement de cette année 1693 il fut obligé par la violence du mal qu’il souffroit de consulter les médecins sur sa maladie. Ils jugèrent que c’étoit une dysurie et une strangurie, parce qu’il ne pouvoit uriner que difficilement et avec de trèsgrandes douleurs. Comme depuis longtems il avoit un épiplocelle dont il ne s’étoit pas fait traiter, ilne recevoit aucun soulagement des remèdes , desquels

on sert dans ces sortes de maladies.

Les derniers jours de sa vie la fièvre se joignit à ses autres maux. Il les a soufferts avec une résignation, une patience et une piété admirables. Son oraison jaculatoire étoit celle-ci : « Fiat voluntas tua ». Son occupation presque continuelle étoit d’unir ses douleurs à celles de son Jésus. Quoiqu'il fût plein de bons sentimens, il témoignoit agréer tous ceux qu’on lui suggéroit, Il répondoit avec beaucoup de prudence et de pénétration d’esprit à toutes les choses qui lui étoient proposées, même par les personnes de la première qualité dont il étoit visité.

Il ne cessa de dire la messe que quinze jours avant sa nort, et il communia encore très-souvent depuis. Le quinze de février il gagna le jubilé accordé par Notre Saint Père le pape Innocent XIE, l'éloignement des lieux ayant été cause que nous l'avons eu si tard (et ouvert le 9 février 1693.) Le mercredi 18 du même mois, il reeut sur les six heures du soir le Saint Viatique et le lendemain on lui donna l’extrêmeonction.

Il nous a extrêmement édifiés dans la réception de ces sacrements comme dans toute sa maladie durant laquelle il étoit toujours uni à Dieu et à Jésus souffrant. Il prenoit un singulier goût à entendre lire la passion de Notre-Seigneur, le sermon d’après la Cène, et les prières pour les agonizans. Il n’avoit pas moins de dévotion et d’ardeur à faire des actes de toutes les vertus, nommément les plus héroïques.

Cinq ou six jours avant sa mort, il dit au père Supérieur qu’il y avoit déjà quelques nuits qu’on l’avertissoit que sa fin étoit proche, et que pour signal qu’il falloit partir, on frappoit trois coups contre le dossier .de son lit. Il est même probable qu’il connut qu'il mourroit un samedi ; puisque plusieurs personnes le lui ayant dit, il a semblé approuver leur senument. Ce qui est plus assuré c’est que sa dévotion à saint Joseph l'ayant porté durant sa vie, à imiter ce digne époux de la Vierge, il souhoitoit de tout son

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cœur de ressembler au même dans sa mort, y étant assisté comme lui de Jésus et de Marie. L'avant veille de son trépas, il s’expliqua de ce désir à son confesseur et nous avons sujet de croire qu’il a été exaucé, puisque le jo. de sa mort à sept heures et demie du matin un de nos domestiques qui le gardoit pendant que notre frère infirmier étoit allé à un autre malade nous a assuré qu’il se passa lors quelque chose de bien extraordinaire à l'égard du père Chaumonot. En voici le récit que nous en a fait cet homme de probité, mais trop tard pour que nous ayons pu en interroger le Père.

« Etant seul ce matin avec le feu père Chaumonot, je lui ai vu prendre tout à coup un visage riant et beaucoup plus serein qu’à l’ordinaire. Aussitôt il a tiré ses bras de dessous sa couverture, il s’est ievé sur son séant, et il a fait plusieurs fois comme s’il eût embrassé tendrement quelques personnes bien chères. Ensuite en tenant sa vue fixement arrêtée vers le pied de son lit, il s’est écrié, Jésus, Mare , Joserx, et ila prononcé encore quelques autres paroles que je n’ai pas entendu distinctement ; mais Je ne doute point qu’il n’ait vu ces trois adorables personnes et qu’il ne les ait prié de l’emmener au Ciel avec elles. »

Depuis ce tems là et même avant, il n’a pas marqué la moindre crainte de la mort ; au contraire, il y

avoit plusieurs années qu’il la désiroit ardemment, et qu'ilne vivoit proprement que par obéissance, ainsi que nous l’avons déjà marqué. Dans ce parfait détachementde la vie où il étoit, il avoit une paix d’âme et une tranquillité inaltérable au milieu des douleurs très-aiguës qu'il a endurées avec toute la patience possible et jusqu’au dernier soupir.

Il a toujours eu le jugement très bon , et un libre usage de sa raison , jusqu’à la mort ; de telle sorte , que tout le samedi matin , ayant ce semble redoublé sa ferveur à faire des actes de toutes les vertus, il se confessa encore vers une heure après midi et reçut l’absolution sacramentale. Il invoqua par trois fois Jésus et Marie , et il continua dans l’exereice d’une prière fervente et du saint amour jusqu’à une heure et demie, qu’il expira doucement dans Ja pratique actuelle des vertus qui lavoient occupé pendant sa vie.

Comme il étoit dans une haute réputation de sainteté , on lui a rendu la plupart des honneurs , qu’on rend aux bienheureux après leur mort. On le visitoit en foule , on lui baisoit les mains , on prenoit de ses cheveux , on lui arracha même de ses dents. A peine pouvions-nous fournir à contenter les personnes qui nous demandoient de ses reliques , et sans parler de son érucifix , de son chapelet et de ses médailles et de ses images, qui furent distribués à nos deux évêques,

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à Mr. de Champigny , notre Intendant et à Madame sa femme et à quelques autres personnes de qualité , on a donné en petits morceaux sa robe et sa soutane presque toute entières. C’est aussi à qui aura de ses écrits, et on garde très-précieusement jusqu'aux plus petites lettres qu’on a reçues de lui.

Jamais en Canada l’on n’a vu tant de monde à aucun enterrement qu’au sien. Monseigneur de Saint- Vallier , notre évêque avec tous les messieurs de son chapitre et de son séminaire , Mr. le Comte de Frontenac , notre Gouverneur, Mr. lIntendant et Madame l’Intendante , et tout ce qu’il y avoit de personnes considérables à Québec se trouvèrent à ses obsèques, aussi bien que le peuple. On y étoit même venu de deux ei trois lieues loin et notre église, qui est grande pour ce pays, étoit pleine de monde de tout àge et de toute condition. Il s’y fit même un miracle en la personne d’une jeune Iroquoise de la Mission Huronne de Lorette.

Cette femme se nomme Jeanne Gasseoüaien. Depuis longtems elle avoit un si grand mal de jambe que pendant tout l'hiver , elle n’étoit presque pas sortie de sa cabane , tellement qu’on appréhendoit qu’elle ne fut obligée de demeurer couchée tout le reste de sa vie. Ayant appris la mort de son bon pèrespirituel, le père Chaumonot, et toutes les personnes du village étant déjà parties pour venir à l’enterrement de ce

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cher défuit , elle résolut de s’y trainer aussi , dût elle en mourrir en la peine. En effet elle pensa demeurer en chemin plusieurs fois. Mais sa foi et sa dévotion lui ayant donné des forces elle arriva enfin auprès du corps mort, où ayant fait sa prière au P. Chaumonot pour luy demander sa santé, elle se sentit exaucée. Ainsi le service étant fait, elle s’en retourna sans peine , sans se reposer en chemin et même sans s’appuyer. Depuis ce moment de sa guérison miraculeuse, elle agit comme si elle n’avoit jamais eu de mal.

Le jour de l’Annonciation qui s’est célébré cette année le 30 de Mars, une femme françoise étant allée à la Lorette du Canada, céla ses plus gros péchés an confession , mais le prédicateur avant dans son sermon parlé du père Chaumonot, elle se sentit tout d’un coup bourrelée de l’horreur du sacrilege qu’elle avoit déjà fait et du sacrilege qu’elle étoit encore près de faire en communiant indignement.

Elle s'adressa donc en esprit au père Chaumonot et aussitôt elle fut portée à retourner à confesse et à découvrir tous ses crimes les plus secrets ce quelle fit avec tant d’humilité et de contrition que d’elle même elle s’offrit au confesseur d’en faire là et ailleurs une confession publique , ce que ce prêtre ne jugeant pas à propos, lui demanda seulement si elle agréeroit qu’à l'honneur du père Chaumonot on parlât de cette

grâce qu'il lui avoit obtenue : « Oui » répondit-elle,

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en lui déclarant son nom, afin qu’on la nommät , ce qu'il n’a eu garde d’accorder aux instances qu’elle en fit même avec beaucoup de larmes.

Le lendemain de son enterrement un françois de ses amis , priant sur sa fosse dans notre église et le conjurant de lui obtenir de Dieu la chose dont il avoit plus de besoin , se sentit tout-à-coup pénétré d’un grand et vif sentiment de contrition de ses péchés , qui lui dura presque tout le jour ; et il reconnut qu’il n’y avoit rien qui lui fut plus nécessaire.

Je pourrois rapporter plusieurs grâces et faveurs semblables , s’il ne nous étoit plus avantageux de connoitre ses vertus que ses miracles. Encore que le père Chaumonot ait eu toutes les vertus dans un très haut degré , en voici quelques-unes dans lesquelles il semble avoir excellé tout extraordinairement. La première et comme le fondement de toutes les autres, a été l’humilité, puisqu’outre les preuves que nous en avons déjà rapportées, il prenoit occasion de tout, de s’humilier. Il étoit rare qu’on le blamät et qu’on le reprit mêmeen public; mais il ne laissoit passer nulle occasion de faire connoitre à tout le monde qu’il n’étoit qu’un pauvre paysan , qu’il avoit été débauché dans sa jeunesse et qu’on le devoit regarder comme le dernier des Jésuites pour la science et pour la vertu. Il a souvent prié ses supérieurs et ses confesseurs d’user du pouvoir qu'il

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“ leur donnoit de manifester à quiconque les péchés et les défauts qu’il leur découvroit ou en se confessant à eux, ou en leur rendant compte de sa conscience. Il leur a même donné quelques fois ses fautes par écrit afin qu'ils les rendissent publiques. Comme il les jugeoit très-grièves, et qu’en cette vue il s’estimoit digne que Dieu l’en punit rigoureusement, il avoit cette pratique dans les maladies et dans les autres maux qui lui arrivoient ; il pensoit aussitôt aux péchés que la partie affligée lui avoit fait commettre, et il disoit à ceux qui le visitoient : « Per quæ quis peccat, per hæc et punietur. — C’est justement que Je souflre en tel ou tel endroit de mon corps, qui m: tant fait offenser Dieu. » — Il a tou- Jours fui les charges, les honneurs et les louanges autant qu’il a pu et quoiqu’il ait été presque toujours Supérieur dans les missions où il a passé plus de cin-

quante ans, il paraissoit en toutes choses l’inférieur de ceux qui étoient sous lui ; tant il leur rendoit de

déférence, et leur marquoit d’estime. Dans la vue de

s’humilier, il prenoit le pire pour le vivre, le loge-

ment, les meubles et les habits. Il mettoit son plaisir

à converser avec les pauvres, et à instruire le: enfans.

Lui-même, lorsqu'il écrivoit à des personnes de con-

noissance , signoit ainsi ses lettres ses billets, « le

pauvre Héchôn. » Et en effet il vivoit dans une ex-

trême pauvreté et il pratiquoit cette belle vertu jusque

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dans les plus petites choses, de sorte qu’il auroit fait serupule d’écrire dans un quart de papier ce qu’il auroit pu mettre dans un demi quart. Il s’abstenoit de manger ce qu’il jugeoit devoir être donné aux pauvres, et lui-même après le repas ramassoit jusqu’aux moindres restes et en faisoit ou du potage ou quelque ragout pour le leur donner. Et s’ils étoient malades il le leur portoit chez eux, en traversant le village la chaudière ou le plat à la main. Il estendoit les aumônes qu’il avoit en sa disposition avec autant de prudence que de libéralité, soitenvers les François, soit envers les sauvages. La grande opinion de sainteté où 1l étoit ici et en France, portoit les personnes charitables à lui envoyer assez souvent de bonnes sommes, parce qu'on étoit persuadé que les libéralités qu'on vouloit faire ne pouvoient être en de meilleurs mains que dans les siennes. Plusieurs dans le Canada , reconnoissenc devoir à ses charités la conservation de leur vie et de leur famille. Afin de les tirer plus efficacement de nécessité, un de ses principaux soins étoit de fournir aux pauvres de quoi ensemencer leurs terres, et de louer même des ouvriers pour cultiver les champs des malades et de personnes agées. Il y travailloit quelquefois luimême pour encourager les autres par son exemple. En un mot il se faisoit tout à tous.

Mais ce qui lui gagnoit principalement le cœur

des François et des sauvages étoit une douceur inaltérable mesmes dans les occasions, ou malgré lui, il étoit obligé d’user de quelque sévérité pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Aussi étoit-il comme une vraie mère en qui l’on avoit une entière confiance, même après lavoir offensé. Jamais l’on n’a remarqué qu'il eût le moindre ressentiment des mauvais traitemens qu’on lui a faits dans une infinité de rencontres surtout parmi les infidèles. Au contraire plus on la chargé de coups et d’injures , plus il a eu de tendresse et de cordialité pour ses persécuteurs. Quoiqu'il fût presque continuellement importuné des sauvages qui venoient par plusieurs fois l’interrompre coup sur coup, et souvent sans sujet, il les écoutoit patiemment et il leur répondoit avec tranquilité, de sorte qu’il les renvoyoit toujours contens.

Il n’étoit austère qu’à lui-même , et ses pénitences excessives lui ont causé la plupart de ses maladies. Dès avant son entrée en religion , il avoit pratiqué tant de jeûnes et d’autres mortifications qu’il s’est lui-même étonné comment son corps avait pu résister, Sa vie a été encore plus crucifiée dans les premières années qu’il a passées dans les maisons de la Compagnie de Jésus et dans les missions de la Nouvelle France. Il à fallu que ses Supérieurs lui aient fait plusieurs défenses sur ce sujet et lui aient donné

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des personnes qui le veillassent pour modérer les excès de cruauté qu’il exerçoit sur son corps, par des disciplines de fer, par des ceintures armées de pointes , par des haires et des cilices très-rudes et par des abstinences presque continuelles. Cependant ces mortifications du corps étoient beaucoup moindres que celles de son esprit et de ses passions. Il avoit tellement dompté la nature et il s’étoit fait une si grande habitude de se mortifier en toutes choses que ce lui étoit une sensible peine , lorsqu'il étoit empêché de suivre son attrait pour les croix : attrait qui lui a fait demander les missions du Canada, comme les plus difficiles et les plus erucifiantes de toutes : attrait qui lui a fait chercher une infinité de fois le martyre : attrait qui lui a fait souffrir même avec joie les rebuts et les aflronts , les persécutions et les calomnies, les coups et les plaies : de telle sorte qu’on peut dire véritablement de lui que si le martyre lui a manqué, il n’a pas manqué au martyre.

De là on peut juger quel a été son amour pour Dieu. L’on peut encore en juger par son vœu de chercher en toutes choses la plus grande gloire de Notre-Seigneur. Et quoique son humilité l'ait porté à croire qu’il ne l’a pas gardé assez bien, nous sommes témoins qu'il a eu une constance et une fidélité admirables à rapporter ses paroles , ses

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