CHAPITRE I
PROGRAMME DU PANISLAMISME
E numération et examen des forces dont il dispose. — Influence du parti jeune-turc sur les destinées panislamiques. — Vidée de pairie dans V Islam, — Vhostililé enx^ers les musulmans fortifie entre eux le lieu religieux.
Les mots ont leur importance; il est de mode aujourd'hui, lorsqu'on envisage nne expansion possible de t'Islam, d'invoquer le panislamisme.
Qu'est-ce donc que le panislamisme?
Si on le prend dans toute Tacception du mot, si on lui prête le programme le plus étendu, celui qui peut donner satisfaction aux aspirations les plus hautes et les plus élevées de llslam^ il peut se résumer par la définition suivante :
tt Restituer à U Orient son ancienne gloire, sa splendeur spirituelle et temporelle passée^ par la force de r Islam. »
Si ce programme idéalement beau peut paraître à certains esprits plus positifs de Tlslam corarae trop étendu, il se résumerait dans une définition plus restreinte qui semblerait devoir être :
(c Consen^er et fortifier le poupoir temporel de r Islam dans les Mats oh il subsiste à V heure actuelle. »
Enfin pour les pessimistes de F Islam, pour ceux qui redoutent comme une éventualité à envisager, le démembrement des Etats islamiques :
(c Travailler à la formation de groupements islamiques noui^eaux et assurer la conservation de la foi, »
Que Ton envisage ces diverses aspirations dans leur ensemble ou séparément, elles n'en constituent pas moins le programme du panislamisme. Ainsi formulé, il est parfaitement adapté aux mentalités diverses que renferme Tlslam. De nature à satisfaire entièrement les partis militants, il ne peut mécon tenter les partis qui, à des degrés divers, seraient enclins à préconiser un programme plus restreint et partant plus réalisable *
Une fois qu'un projet est élaboré, que le principe en est énoncé et adopté, il est aisé d'envisager les facteurs dont on dispose pour le faire aboutir. Aussi est-on amené immédiatement à rechercher les forces dont peut disposer Flslani pour réaliser tout ou partie du programme panisîamiste. Ces forces sont connues :
l** Coalition des Etats islamiques organisés;
2** Coalition aes forces religieuses dont dispose rislam.
Les Etats politiques de Plslam qui pourraient éventuellemeni servir de base au mouvement panislamique sont situés dans le Lassin méditerranéen. Le plus important d'entre eux est TEmpire ottoman, avec les Etats qui en dépendent
fdus ou moins : l*Asie Mineure» rArabie, TEgypte, a Tripolitaine. Vient ensuite le Maroc, qui est absolument indépendant.
Au point de vue nominal» la souveraineté du Sultan s'étend sur des superficies territoriales très considérables, mais son action effective, comme on saitj s'exerce de façons bien différentes sur ces divers Etats. S*il est tout-puissant en Turquie d'Europe, où son despotisme n'est limité, comme dit Reclus, >i que par les coutumes, les traditions anciennes et Faction des gouvernements européens >*, son autorité s'affaiblit déjà en Asie Mineure et encore davantage en Arabie,
L'Hadramaout est en partie indépendant, en
partie sous la domination anglaise; d'immenses régions sont sous rautorîté des Oimhabites ou livrées aiix incursions des Bédouins pillards, L'Yémen ne reconnaît rinfluence du Sultan que dans les courtes périodes où des forces militaires turques y font leur apparition; enfin THedjaz, sous la haute autorité tlu grand Ghérif de la Mecque, semble à peine graviter autour de Constantinople.
La vassalité de TEgypte n'est que nominale; ses idées séparatistes sont anciennes, sa devise est depuis longtemps : <t TEgyple aux Egyptiens v», et il n'y a que les Turcs, peut être, qui semblent ignorer que l'Europe y exerce son autorité bien plus que les musulmans. Enfin, la Tripoli taine n'est pas une force, elle est plutôt de nature à créer des embarras au Sultan en raison des convoitises dont elle est Tobjet.
La situation de l'Empire ottoman, an point de vue politique, est donc loin d'être une situation forte; ses liens de vassalité sont partout précaires ; en Europe, il est entouré de voisins, qui, bien qu'hostiles entre eux, ne manqueraient pas de faire cause commune contre lui à la première occasion : tels sont les Serbes^ les Bulgares, les Albanais et les Grecs.
Si la Turquie d'Europe subsiste encore, ce n'est que faute d'entente des grandes nations, mais tels événements politiques peuvent se produire plus ou moins prochainement, telles éventualités, qu'on n'escompte pas encore, peuvent surgir inopinément et fournir des éléments de partage aux puissances, et c'en est fait de TEmpire ottoman.
La guerre russo-turque lui a interdit les Balkans, la Transcaucasie est devenue russe, la Tunisie est française, Chypre est anglaise, la Crète, en dépit des victoires de Thessalie, est allée à la Grèce. Déjà la Turquie d'Europe occupe une position presque excentrique par rapport à
l'ensemble de l'Empire ottoman; bientôt il ne sera qu'un Empire asiatique, s'il ne disparaît pas complètement.
Si encore, à l'intérieur, la Turquie offrait le spectacle d'un Etat bien administré, mais on sait qu'il n'en est rien. Est-il besoin de rappeler Tadministration sans contrôle du budget, les embarras financiers dont elle ne sort pas, ses revenus en partie hypothéqués, le conseil judiciaire dont l'Europe la menace, son fonctionnarisme poussé h l'excès, ses troupes mal payées, ses impôts mal assis, la suspicion qui règne partout et un état général si précaire qu'il lui faudrait subir plusieurs révolutions pour la mettre au niveau des Etats organisés de l'Europe occidentale.
Cependant la situation géographique privilégiée de la Turquie pouvait lui réserver de magnifiques destinées; ses climats variés, ses productions diverses, ses côtes découpées, ses golfes nombreux, ses archipels, auraient pu en taire une puissance maritime très forte et une puissance économique de premier ordre. Elle aurait pu tenir en ses mains la clé des communications avec l'Extrême-Orient, par l'Asie Mineure et Suez, Son commerce qui est d'environ un milliard pourrait être décuplé.
La population totale de la Turquie d'Europe et des Balkans, y compris la Serbie et la Bulgarie, s'élève à peine à 12 millions d'habitants, dont 3 millions et demi de musulmans ; encore de ce nombre faut-il retrancher environ la moitié pour les musulmans serbes, bulgares et albanais qui sont hostiles à la Porte. Les Ottomans sont, en Turquie même, noyés par l'élément européen; Constantinople, qui compte avec ses faubourgs environ 600.000 habitants, n'a que 200.000 musulmans, et la population turque est en décroissance.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que toutes les nationalités qui peuplent la Turquie, y compris les Turcs, sont malheureuses, avec cette diiïérence que les Turcs ne sont protèges par personne. Us n*ont point la ressource de s'adresser aux puissances ou aux agences consulaires, ils ne sont pas couverts par les capitulations. Si un Turc est condamné, aucune intervention étrangère ne pourra se faire sentir en sa faveur. Les Turcs sont du reste plus souvent condamnés en dehors des tribufiaox réguliers; laterreur etFétatde siège sont Tétât normal de Constantinople.
L'Empire turc ne se présente donc pas comme un Etat fort à Fextérieur ni àTintérieur. Son existence est très menacée en Europe, peut-ôtre à un degré moindre en Asie Mineure; en tout cas, au point de vue de la politique extérieure, le rôle modeste qui lui est assigné lui interdit absolument de devenir le levier puissant destiruV à faire revivre les groupements des anciens khalifats; tout au plus pourrait-'il, dans un but de conservation, jouer un rôle moins effacé dans les affaires générales en gravitant dans Torbite d'une des [grandes puissances.
En ce qui concerne le Maroc, son existence politique est tout aussi précaire, et à Tintérieur le manque d'organisation est encore plus accentué
a n'en Turquie. 11 existe dans TEmpire marocain es pavs entiers où le sultan n'est pas obéi. 11 n'y a pascic mois que des expéditions plus ou moins
les pavs entiers où le sultan n'est pas obéi. 11 n'y i pascic mois que des expéditions plus ou moins fortes ne soient obligées de se mesurer avec des partis dissidents (i).
Le sultan n'est occupé, pour ainsi dire, qu'à réprimer des troubles à Tintérieur, et h satisfaire aux réclamations des puissances européennes contre les sujets turbulents de TEmpire chérifien.
(1) Ces lignes ont été écrites bioa avant les événemeDU récents du Maroc«
Il serait surperflu de s*éteiidre davantage sur le rôle militant éventuel que pourraient jouer, au point de vue de la politique extérieure, la Turquie et le MaroCj soit isolément, soit en cas d'entente.
Il nous reste maintenant à examiner de quelle autorité personnelle jouissent ces deux sultans au regard de Tlslam, et quel est celui des deux qui serait le plus qualifié à porter efficacement et à exercer dans son intégralité la fonction historique du khalifat. On sait que ce titre synonyme de vicaire ou de successeur, était porté, à 1 ori--
f:ine, par les successeurs de Mahomet, qui cumuaient Tautorité spirituelle et temporelle.
En réalité» il n'y eut que quatre khalifes régulièrement investis; le dernier, Ali^ mourut en 661, Le titre n*a été porté depuis que par des usurpa^ teurs; les Omméiades le prirent illégalement au vi" siècle, les Abassides au vni**, enfin il fut porté aussi irrégulièrement parles Fatimites en Egypte que par les Ottomans en la personne de Séliin I"" au XVI* siècle.
En résumé, le khalifat de la Mecque, quand il fut
Élus tard transféré à Koufa-el-Irak et de là à agdad, n'était déjà plus le véritable khalifat, puisque les khalifats de Cordoue et d'Egypte fonctionnaient à côté de lui. Gomme pour mieux marquer aux yeux de rislam ces usurpations, le khalife de Bagdad prit le titre d'Emir el Omrah (Prince des Princes).
L'usurpation du titre de khalife par Sélim 1""^ et son transfert héréditaire aux Osmanlis donna lieu, au sein de rislam, à des contestations si vives qu'elles se sont perpétrées jusqu'à Theure actuelle. C'est en vain que le Sultan se fait appeler Emir el Moumenin (Commandeur des Croyants), le titre lui est contesté par Tensemble de Tlslam, et des quantités innombrables de chérifs (descendants du Prophète) ont surgi de tous côtés. Au Maroc
seulement, on les compte par milliers : les origines des uns sont connues el légitimement prouvées ; d'autres, au contraire, se sont fait établir des généalogies à prix d'argent.
Le suUan du Maroc considère au1l a des droits au khalifat, et le grand chérif de la Meeaue aussi. Impuissant à Tégard des prétentions du Maroc, le sultan ne cherche pas moins, par un procédé dont les plus consommés diplomates de TEurope ne renieraient pas la paternité, à écarter la candidature éventuelle du grand chérif de la Mecque.
Aussi, comme ce dernier est en môme temps
chef temporaire de THetljaz, le Sultan lui donne-
t-il rinvestiture : ce qui, aux yeux des esprits
'simplistes, peut le placer au rang des subordon-
-nés spirituels du Sultan (1).
De tels procédés, aussi appropriés qu'ils semblent à la mentalité orientale, sont cependant impuissants à renverser la tradition si fortement enracinée de rislam. Car ce n'est un secret pour personne, dans le monde musulman, que le grand chérif de la Mecoue et les chérifs du Maroc sont les seuls membres incontestés de la famille du Prophète qui puissent prétendre au titre de khalife. On sait également que, comme ses prédécesseurs, le Sultan, pourprendre le titre d'Emir el Moumenin,est obligé de le faire légitimer par le grand chérif de la Mecque, qui seul peut le lui conférer. Aussi les Osmanlis ont-ils tous évité de faire le pèlerinage ; ce serait, de gaité de cœur, aller au-devant a un affront qui pourrait leur être infligé par les croyants, en ne leur donnant qu'un second, peut-être un troisième rang après le grand chérif.
Le Sultan s'en rend compte, tout en n'en lais-
(1) Il u'y a qu'à îire t'ïnstruclif Jivi'i! do Léon RocUeSj citéàplul-sieiirs reprises plus loin pour se convaincre des acMilimeDtshosuIes ' que professaient déjà au milieu dusiéi^Ie dernier les grands cîiérifs de la Mecque à l'égard du SuIUn de Cou»taaiinople,
gant «rien paraître. Au regard des déceptions quotidiennes qu'il éprouve dans le domaine de la politique extérieure, ses échecs dans le domaine spirituel lui sont encore plus sensibles puisqu'ils lui viennent de la part de ses propres coreligionnaires. C'est en vain qu'il cherche à se rendre favorables les chefs de certaines confréries importantes et à s'attacher des marabouts influents par des honneurs ou même des cadeaux souvent princiers, il n'y réussit point toujours.
C'est ce qui s'est passé notamment pour Snoussi (1), si on s'en rapporte au récit de Si Mohammed el Hachaïchi, qui affirme qu'on n'est pas parvenu à attirer Snoussi à Constantinople, et que son attitude ne laisse pas que d'inquiéter le Sultan. Il ajoute que, de son côté, Snoussi ne symfiathise pas avec le Sultan. C'est du moins ce aue 'auteur cité a constaté par lui-même, quana il fréquentait les Khouans. On sait que la confrérie de Snoussi embrasse non seulement une bonne partie du Soudan central, mais encore tout le Hedjaz etl'Yémen, une partie de l'Egypte et de la Syrie.
Le sultan du Maroc est dans une situation aussi difficile vis-à-vis d'une bonne partie de ses administrés. Il doit compter avec les chérifs qui peuplent son royaume et dans beaucoup de provinces le vrai maître est quelqu'un de ces personnages. Aucun vizir ni cher de guerre ne peut contre-balancer ces diverses autorités. Enfin, il ne faut pas oublier que le sultan du Maroc ne devient chef légitime qu'après avoir été reconnu tel par le chérif d'Ouazzan ; c'est de tradition depuis deux siècles.
En résumé, ni l'un ni l'autre des sultans ne possède au point de vue spirituel une autorité suffisante pour grouper autour de lui les forces
(1) Chez les Snoussi et les Touareg. Si Mohammed el Hachaïchi {Revue de Paris, liv. du 15 août 1901).
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éparses de rislam, aucun d'eux ne réussirait à
se faire reconnaître par ses coreligionnaires comme chef religieux incontesté; tous deux seraient, en tout cas, incapables d'exercer un mandat qui ne leur a pas été donné et que l^Islara se refuse du reste à leur délivrer.
Nous avons vu que le panislamisme ne peut trouver ni en Turquie ni au Maroc la oase sérieuse, Tappui elTectif ou moral indispensables pour réaliser la grande pensée qui Fanime.
Cependant il est intéressant de rechercher si la réalisation des aspirations du parti jeune-turc mènerait à des conclusions différentes.
Le programme primitif des Jeunes-Turcs, celui de Midhat pacha, était de chercher le salut dans la création d'un gouvernement constitutionnel. 11 voulait un gouvernement responsable devant un parlement composé tout aussi bien de chrétiens
3 ne de musulmans. Il ne s'opposait pas au titre 'Emir el Moumenin; le Sullan, dans Fesprit des croyants, tout en étant souverain conslitutionnelï pouvait être chef spirituel, mais on ne lui en faisait pas obligation. En somme, le Sultan aurait étéj pour les Jeunes-Turcs, en quelque sorte roi et pape.
On sait comment, par la disgn\ce, l'exil et d'autres mesures plus sévères, le Sultan arri^ta ces réformes. On n'ignore' pas non plus la corruption et les haines religieuses que font revivre les intrigues de la Porte pour empêcher les diverses nationalités de TEnipire turc de s^unir pour établir une unité politique.
Mais admettons, pour un instant, pour les besoins de la démonstration, que ces réformes aient abouti ou qu'elles aient des chances d'aboutir sous cette forme ; que le gouvernement constitutionnel rêvé fonctionne normalement, qu'il
{produise tous les heureux résultats qu'en attend e parti jeune-turc au point de vue des libertés, de la justice, de Fégalité; qu'il mène la Turquie vers une ère de prospérité économique et financière, et qu'on se trouve en présence d'une Turquie forte sur terre et sur mer, d'un véritable Etat qui ne saurait plus être écarté du concert des puissances chaque fois qu'il s'agirait de l'ensemble des questions méditerranéennes et d'Orient; que, dans ces nouvelles conditions, elle puisse devenir le pivot ou la base sur laquelle pourrait s'appuyer l'ensemble de l'Islam pour la réalisation de ses projets.
A première vue, les conditions requises paraissent satisfaisantes, et on pourrait être amené à cette conclusion très inattendue que le parti jeuneturc aurait fait du panislamisme sans s'en douter. Mais, dès qu'on envisage sous quelle forme la Turquie ainsi reconstituée pourrait utiliser les forces éparses de l'Islam, on se heurte à deux^ objections fondamentales : le Sultan constitutionnel n*est pas le chef incontesté de l'Islam et peut difficilement le devenir, et les intérêts politiques et économiques du pays qu'il gouvernerait comme souverain temporel seraient, sinon en opposition absolue avec les aspirations islamiques, du moins en contradiction sur beaucoup de points avec elles.
Cette observation nous amène à constater que le panislamisme perd ses forces au fur et à mesure que l'Islam crée des Etats organisés et engendre des groupements en nationalités; car parallèlement il fait naître des intérêts politiques, commerciaux et économiques différents. Et on arrive à cette conclusion inattendue que malgré lui le panislamisme est réduit à l'impuissance, et que les forces religieuses dont il pourrait disposer sont destinées à rester indéfiniment stériles.
Ces déductions ne paraissent du reste pas avoir échappé anx musulmans clairvoyants et surtout aux grands penseurs de llslam/Oa trouve chez eux partout, comme idée dominante, un sentiment de confralernilé poussé dans ses dernières limites, une espèce d'internationalisme en opposition avec l'idée de patrie telle que nous autres Occidentaux la comprenons, et qu'ils résument si bien dans la définition du « Dar el Islam », terme qui embrasse tous les pays où la religion musulmane est dominante ou répandue.
A première vue, cette conception apparaît comme étant en contradiction absolue avec les agissements de Tlslam; mais après un examen plus approfondi on est bien obligé de reconnaître que le but poursuivi par les chefs de confréries, les chérifs et toute la hiérarchie religieuse de rislam, jusqu'au simple marabout, est de répandre leur religion, de lui trouver le plus grand nombre d'adeptes alïn d'éviter la persécution possible un jour, ou pour le moins l'oppression.
C'est par pur esprit de conservation qu'ils cherchent partout ?i faire triompher leur foi, sinon par le chilTre le plus élevé de leurs iidèles, au moins par des minorités assez imposantes pour qu'ils n'aient rten à redouter au point de vue religieux. II serait en effet assez difficile de nier que la note dominante vis-à-vis de Tlslam est l'hostilité, et les musulmans n'ignorent pas toutes les accusations dliérésie dont on les accablait au moyen âge. Ils savent que, de nos jours encore, pour la masse^ leurs croyances confinent à Tabsurdîté et ils ressentent douloureusement tout le poids des préjugés et des erreurs que lessiil*cles ont accumulés sur leur religion.
Les publications contre rislam sont nombreuses, elles font clairement apercevoir que la religion
LE F'EftlL DE H3LA.H.
est en cause plus que la politique. Le danger commun soutient les musulmans, ils sentent qu'ils doivent disparaître, comme nations politiques, et ils demandent au moins qu'on leur laisse leur foi.
Avec une franchise et une grande droiture qui font leur éloge, un petit nombre de gens éclairés ont prêché la tolérance et le rapprochement à regard de Tlslam, car ils ont foi dans le relèvement de ses adeptes ; mais on préfère à cette minorité infime la masse qui ne voit dans cette religion qu'une morale basse engendrant des mœurs abominables, un fanatisme outré, ou encore qui dénonce des conquérants et des meneurs de guerre sainte, là où il n'y a souvent 3ue des gens qui cherchent un refuge ou un asile evant l'Europe envahissante, en appliquant ce précepte élevé du Coran : « Dieu a dit : La terre n'appartient à personne. »