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aussi ceux qui tombaient entre nos mains comme prisonniers à la suite de queltjues succès de nos troupes. Groupés ainsi sous 1 autorité d'un chef
3u'ils choisissaient parmi eux, munis par les soins e Fadministration de quelques outils, d»? semences et de bétail provenant de prises, ils recouvraient ainsi, en raéme temps que leur liberté, la libre disposition des biens quil leur était loisible d*acquérir par le travail. Un jour, à Toccasion de mon service, je visitais un de ces villages créé deux ans auparavant; ren connaissais le chef et j'étais très connu de lui pour lui avoir rendu quelques services. Après avoir causé avec lui cjuelques instants, je le questionnais sur la situation présente, et lui demandais tout naturellement s'il était satisfait de son nouveau sort et de celui de ses administrés, et il me fit la réponse suivante qui est bien faite pour déconcerter une âme européenne :
c< Oui, je suis très heureux et les hommes du village aussi; mais ce qui nous manque» c'est... c'est des esclaves! » Ainsi, voilà des gens qu'on avait soustraits à Fesclavage et qui trouvaient qu'il ne manquait que des esclaves ô leur propre bonheur. Comment, dans ces conditions, est-il possible d'incriminer Fesclavage et d'en accuser musulmans ou fétichistes, quand on sait qu'ils vivent et les uns et les autres dans une situation sociale qui accuse une mentalité aussi spéciale? Cet état de choses qui s'est déjà heureusement modifié changera complètement avec le temps et surtout avec notre appui dans des conditions que nous examinerons un peu plus loin.
Mahomet a certainement obéi h des préoccupations encore plus impérieuses que celles que nous venons de citer, puisqu'il s'agit d'une époque éloignée de nous de treize siècles. Ne pouvant extirper Fesclavage, il Fadoucit en prescrivant Fémancipation par l'éducation.
Je puis du reste affirmer que les prescriptions coraniques sont fréquemment appliquées, j en ai eu des preuves mamtes fois. Il n'est point rare de trouver, assis à côté d'un chef musulman influent, plusieurs anciens esclaves de sa famille absolument émancipés et occupant de très hautes fonctions. Du reste, Thistoire fourmille d'exemples de cette nature. Non seulement sous les khalifes des esclaves arrivaient aux plus hautes fonctions, mais encore des chrétiens et des juifs. Au Maroc, il y a eu des vizirs juifs, et il n'est pas rare de rencontrer des esclaves devenus pachas.
L'Islam donne ainsi des exemples d'une tolérance que l'Europe civilisée n'a pas encore partout admise. Tandis qu'un étranger peut aspirer chez les musulmans aux plus hautes fonctions, en Europe il ne peut les Jbriguer qu'après naturalisation.
La polygamie paraît, à un égal titre qxie l'esclavage, avoir attiré des inimitiés à l'Islam. Ponr la masse de la chrétienté et pour la civilisation occidentale, qui dit polygamie dit débauche.
Est-il besoin de faire remarquer que la polygamie, elle aussi, est aussi ancienne que le monde, qu'elle existe tout aussi bien chez les fétichistes que chez les musulmans et que son existence est une question sociale et non pas religieuse ?
Les causes qui ont engendré la polygamie sont nombreuses.
Tout d'abord, il y a lieu de considérer que ni
{)endant la gestation ni pendant l'allaitement (1) es nègres musulmans ou fétichistes n'ont de
(1) L'allaitement à la mamelle dure de 2 à 3 ans par suite de la pénurie des ressources en alimentation appropriées au premier âge^
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rapports avec leurs femmes. [I est facile de caP cmer que, dans ces conditions, si on admet qu'une femme peut être mère pendant vingt ans^ elle peut avoir au maximum cinq enfants. Ei comme riiygiène de reni'ance se réduit à des pratiques, plutôt qu'à des soins délicats, la mortalité infentile est considérable. Sur cinq de ces petits êtres, on en élève deux au maximum. Donc, si les indigènes étaient monogames, les familles les plus nombreuses ne comporteraient que deux ou trois enfants. Or, on sait que, chez les peuples cultivateurs ou pasteurs, la richesse dïine famille augmente avec le nombre des enfants^ puisque ce sont des auxiliaires non rétribués et qui en fait ne coûtent aucun frais d'entretien.
Enfm^ ralimentation de ces peuples est assez compliquée, quoi qu'on puisse en penser. Certes, les nègres mangent des mets simples, mais leur préparation n'en est pas moins très longue.
Toutes les réserves de graines sont en épis, pour la bonne raison que sous cette forme et en cas de razzias toujours à craindre, Fennenii ne peut soustraire que des quantités bien moindres que si elles étaient déjà réduites en grains, La préparation des mets est, de ce fait, très laborieuse puisquMl s'agit d'aller prendre la provision souvent assei? loin, de retirer la graine de Fépi^ de la réduire en semoule et finalement en farine, la uisson ne venant qu'après. L*eau est souvent rare ; dans certaines réfutons où les cours d*eau sont à sec une partie de Tannée, les femmes couchent au puits pour ne pas manquer leur tour de puiser. Le bois également ne se trouve pas toujours à portée, les abords des agglomérations déjà un peu anciennes sont défrichés jusque très avant dans la campagne. L'imprévoyance a laissé détruire toutes les ressources en bois, et c'est souvent toute une journée qu'il faut pour aller en chercher une charge. Une seule femme peut donc
difficilement suffire à ces laborieuses besognes. Avoir recours à une domesticité n'est pas possible
Suisqu'elle n'existe pas encore. Reste la ressource 'acheter une esclave ou de prendre une seconde femme... C'est en général à ce dernier parti que l'indigène a recours puisqu'il est le moins dispendieux ; c'est pourquoi la polygamie subsistera encore pendant un certain temps, comme une nécessité sociale. Dans le milieu où elle s'exerce, nous ne pensons pas qu'elle constitue une source de débauche, nous estimons plutôt que, dans une certaine mesure, elle limite les excès.
L'abus dans la polygamie a aussi souvent été engendré chez les chefs dans un but politique. La plupart de ces mariages constituent, chez beaucoup d'entre eux, des alliances politiques ; car il ne faut pas oublier que chez les musulmans, plus que partout ailleurs, la femme jouit d'une grande influence : il n'est pas rare de voir leur autorité égaler celle de leur mari, de leur frère, de leur fils ou de tout autre parent au pouvoir.
Quand les nécessités oui ont engendré la polygamie auront disparu, elle disparaîtra elle-même, c'est une question d'évolution sociale. Déjà, dans les centres où l'Islam est en contact avec l'Européen, les mariages multiples sont très peu nombreux. Musulmans et fétichistes se rendent compte que si, dans certains cas, la pluralité des mariages constitue une nécessité ou une économie, il n en est pas de même dans la ville où la femme sera toujours une source de dépenses. Du reste, dans la plupart des pays musulmans où la civilisation a pénétré, la monogamie est presque de règle dans les classes élevées, en Tunisie et en Egypte et en Syrie par exemple. 11 est aussi à remarquer que la monogamie se répand au fur et à mesure que la mortalité infantile diminue.
Mahomet pour ces diverses raisons n'a pas cru devoir prohiber la polygamie ; elle n'est pas
cependant obligatoire, mais simplement tolérée et sous certaines conditions. « Heureux est rhomme qui a une seule femme vertueuse et pieuse » [Coran^ chap. iv). Ce précepte est favorable à la monogamie. Le Prophète dit aussi : « Le plus grand bonheur de Thomme, après celui d'être musulman, est d'avoir une épouse fidèle qui le réjouit lorsqu'il la regarde, qui lui obéit lorsqu'il la conseille, et qui garde son honneur et ses biens lorsqu'il est loin d'elle. » Tel est le portrait de la femme modèle dans l'Islam. Moslema ben AbduUah a dit également : « Une épouse vertueuse est plus précieuse à l'homme que ses yeux et ses mains. » En tolérant la polygamie, Mahomet a fait évidemment une grande concession à la faiblesse humaine, mais il l'a faite pour lui permettre de proscrire les unions clandestines ou temporaires de l'époque, qui nuisaient à la constitution de la famille. Il a en somme réglementé et légalisé le mariage, il lui a même donné de véritables garanties en accordant à la femme des droits égaux à ceux du mari.
La femme musulmane peut vendre, acheter et administrer sa fortune personnelle sans l'autorisation de son mari. Veuve ou divorcée, elle se remarie sans consentement. En matière de divorce, elle a les mêmes droits que le mari.
Enfin, la mère jouit d'une grande autorité sur les enfants, et l'on peut constater que, même à un âge avancé, les musulmans parlent toujours avec le plus profond respect de leur mère et observent scrupuleusement la prescription coranique du chapitre IV : « Respectez les femmes qui vous ont donné naissance. » La plupart d'entre eux ont pour elles un véritable culte.
Les poètes musulmans qui ont chanté et chantent encore la femme sont innombrables, surtout aujourd'hui où l'on compte dans le monde musulman de nombreuses femmes de lettres qui
écrivent en arabe, en turc, en persan et même dans des langues hindoues.
La polygamie n'a jamais été un agent de diffusion de rislam, elle n'a pas provoqué, jusqu^à présent, de conversion chez les peuples fétichistes ; tout au plus la tolérance à son égard ne lui a-trelle pas aliéné des adhésions chez les peuples qui ne peuvent pas s'en passer en raison de leur état social peu développé.
De ce que le mot Islam veut dire « Résienation », il ne faut pas en inférer que le fatalisme est un dogme absolu de Tlslam. Les théologiens musulmans sont en tout cas très divisés à ce sujet. Si les Djabarites s'en remettent plutôt à Dieu, les Kadarites disent: « Aide-toi et le ciel t'aidera. » La question du libre arbitre a donné lieu, dans rislam, à des controverses auxquelles nous n'avons pas échappé au sein de la chrétienté. Nous disons aussi souvent que les musulmans : « C'était écrit », et ce serait une grave erreur de penser, quand le mahométan se soumet, qu'il est fataliste. 11 lutte au contraire avec un grand courage ; quand il succombe, il est bien omigé de se résigner, et on ne peut nier que la résignation est souvent un solide adjuvant moral. Le fatalisme dans rislam n'est pas différent de ce qu'il est chez les âmes fortes et bien trempées des autres religions. Il ne comporte chez le musulman ni racceptation de la misère, ni la soumission à rinjustice ; il nest que la résignation stoique devant V inévitable.
Knfiii l'obéissance aveugle et passive n'est pas non plus un dogme de l'Islam; maintes fois les sujets mahométans se sont fait justice eux-mêmes ou déposant ou en détrônant leurs souverains despotes. Mahomet a du reste dit dans les lia ddith :
(( Un gouvernement d'infidèles peut durer s'il est juste; un gouvernement de vrais croyants, s'il est injuste, doit périr. » Au sein de la chrétienté, on attribue également quelquefois des catastrophes a la colère subite de Dieu et l'inévitable est tout aussi souvent invoqué par les chrétiens que par les musulmans. On peut en trouver un exemple typique dans l'histoire même de rinvasion arabe. De Castries rapporte qu'à cette époque les chrétientés d'Asie et d'Afrique capitulèrent et se convertirent en masse, et qu'elles expliquèrent ce fait en l'attribuant à la volonté de Dieu. Le fatalisme n'est donc pas propre à l'Islam, et le post-scriptum « Inch Allah », « si Dieu le veut », qui accompagne les adresses de leurs lettres, ne signifie pas que la lettre n'arrivera absolument qu'avec la volonté de Dieu ; cette formule s'explique d'elle-même, quand on songe que la région désertique, et en général la majorité des pays d'Islam, est dépourvue de bureaux de poste et qu'il faut véritablement qu'une bonne volonté évidente se manifeste pour que la correspondance arrive à destination.
L'esclavage, le fatalisme et la polygamie ne suffisent pas à ceux qui poursuivent l'Islam de leur inimitié, ils ne sauraient en effet à eux seuls justifier tous les reproches qu'on lui adresse. Ces défauts ou ces travers sont susceptibles de raisonnement ou de discussion, on peut les expliquer tandis que le fanatisme dont on charge trop volontiers le musulman peut être invoqué sans craindre le raisonnement. Il constitue un état qui ne se discute pas, il offre moins de controverses que la folie ou l'irresponsabilité. Un fanatique est un fanatique, il ne comporte pas divers degrés, le fatalisme s'exerce toujours dans un sens funeste.
Si le musulman défend son pays, son foyer, son indépendance, ses libertés, ce ne sera ni un
patriote ni un homme qui se sacrifie à un sentiment généreux et élevé, ce sera un fanatique.
Fait-il régulièrement ses prières, suit-il simplement sa religion?... C'est un fanatique...
Le trouve-t-on en train de lire son Coran, Tunique livre qu'il possède ? Ce sera aussi un fanatique.
Se refuse-t-il à servir vos intérêts? Ce sera par fanatisme.
Se réunit-il à ses coreligionnaires pour discuter le Pentateuque ou TEvangile, pour apprendre peut-être simplement à lire convenablement ses prières ? Ce sera dans le but d'exercer plus tard son fanatisme.
S'est-il allié dans une guerre avec d'autres musulmans? Ce sera toujours par fanatisme et par haine du chrétien.
En un mot, tous les actes du musulman, surtout les actes qui sont contraires à notre politique ou à nos intérêts, peuvent être imputés au fanatisme. Et ce qu'il y a de plus étrange, c'est que la plupart de ces actes hostiles inspirés par ce soi-disant fanatisme seraient considérés, par nous-mêmes et chez nous, comme des qualités très louables, comme des actes de patriotisme élevé, ou encore comme étant d'une haute portée politique. Un Vercingétorix, apparaissant chez les musulmans, serait traité de fanatique par nous.
Et pour donner à Tensemble de ces actes un caractère bien déterminé, un but bien défini, une inspiration unique et mystérieuse, le tout dirigé contre nous, contre l'Europe, on met en avant les confréries religieuses qui représentent la profondeur des pensées, les insondables visées politiques, n'ayant qu'un but unique, celui d'armer le bras de l'infidèle contre la chrétienté.
Je me refuse à croire que, même quand on est pratiquant et qu'on suit une même religion, avec toute la foi des musulmans, il n'y ait pas de
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défaillances, pas de jalousies, pas d'ambitions, pas d'intérêts personnels et de compétitions. Les musulmans ne seraient pas des êtres humains, et, si une religion quelconque devait amener de semblables résultats, et en particulier Tislamisme, ce serait trop beau : il ne nous resterait plus qu'à en recommander l'adoption universelle à tout prix. Ce serait la paix, la fraternité, lavènement dun âge d'or, Tidéal!