‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 102 sur 142 · PIRE · texte numérisé non relu

PIRE

On peut se demander, en effet, si médiocre et pirene sont pas plutôt des adjectifs avec lesquels on sous-entend rang, ou même degré, qui est dans le vers : du degré médiocre, au pire degré. Il faudrait donc apporter d'autres preuves plus décisives.

Pi& étant un neutre, il semblerait logique de l'employer avec les expressions ce que, tout, rien, quelque chose, qui sont de vrais neutres en français : ce qu'il y a de pis; tout le pis; rien de vis; quelque chose de pis, quoique La Bruyère ait dit : « Ils prennent de la cour ce qu'elle a, de pire », et A. Chénier : « Tout est devenu pire » ; mais Corneille a très bien écrit : « Que m'offrirait de pis la fortune ennemie? r>. Que (latin quid) étant ici un vrai neutre, Corneille emploie le neutre pis.

Littré cite une phrase de Molière où la différence entre pis et pire est bien marquée : « La prose est pis encore que les vers » (Impromptu); cela veut dire « quelque chose de plus difficile (à apprendre) que les vers ». Pire donnerait ici un sens absurde et signifierait que la prose est plus mauvaise, chose moins excellente que les vers.

Se plaindre que^ avec Vindicatif, pour le subjonctif, et réciproquement.

Se plaindre que, suivi du subjonctif, indique une simple hypothèse touchant l'objet de la plainte : «i II se plaint (à tort ou à raison) qu'on l'ait calomnié (Académie) ». « Combien de fois ne s'est-on pas plaint que les affaires n'eussent ni règle ni fin! » (Bossuet). Le subjonctif est, en effet le mode de l'hypothèse, vraie ou fausse. C'est

PIlîE. 135

ainsi que Racine écrit : « Quelques-uns ont pria l'intérêt de Narcisse et se sont plaints que fen eusse fait un très méchant homme. » (Préface de Britannicus). Ici Racine ne se prononce pas sur le caractère de Narcisse; il cite simplement l'opinion des critiques.

Se plaindre que ou de ce que, suivi de Vindicatif, qui est le mode de l'affirmation et du réel, signifie que l'objet de la plainte existe vraiment : Il se plaint de ce qu'on Va calomnié (Académie).

La mouche, en ce commun besoin, Se plaint qu'elle agit seule et qu'elle a tout le soin.

(La Fontaine).

La mouche, par la façon dont elle fait l'empressée, semble, en effet, « agir seule et avoir tout le soin ». C'est l'énoncé d'un fait.

PLAINT, pour : PLAINTE, au féminin du participe passé.

On dira donc : Cette personne s'est plainte, et non : cette personne s'est plaint. Le verbe est réfléchi : la personne a plaint elle-même.

Plue, pour : plu invariable (du verbe plaire).

A la différence du participe passé du verbe plaindre, le participe passé plu reste invariable. Cette personne s'est plu à me persécuter. Nous avons affaire ici à un verbe réfléchi en apparence, mais neutre en réalité. La personne a plu à ellemême. Anciennement on disait s'est plue.

136 PLANISPHERE.

Planisphère, féminin, pour le masculin.

On dit : un planisphère, comme on dit : un hémisphère, quoique sphère, le simple, soit du féminin. C'est une bizarrerie de l'usage.

Laisser, mettre en plant, pour : planter là.

La locution populaire, laisser, mettre en plant quelque chose ou quelqu'un, signifie abandonner une chose, quelqu'un. L'expression académique est : planter là quelqu'un, quelque chose.

Non, si j'étais de vous, je le planterais là. Régnier.

« Ma plume n'était pas en train, j'ai tout planté

là » (M"^« de Sévigné).

Platane, /"mm w^ pour \q masculin, sorte d'arbre. Un platane.

PLATELÉE, pour : PLATÉE, un plat qui est rempli : Une platée de pommes de terre.

Plier, pour : ployer.

Ces deux verbes sont deux prononciations différentes du même mot, qui dérive du \2amplicare. Ils tendent néanmoins à se différencier de plus en plus, comme d'ailleurs tous les doublets. Ainsi on ne dit plus : ployer une étoffe, du linge, du papier; mais, plier une étoffe, etc. Plier indiquerait plutôt qu'on rabat un objet sur lui-même, une ou 'plusieurs fois, ou qu'on courbe un objet flexible; ployer indiquerait qu'on exerce, pour le courber, une pression plus forte sur un objet qui résiste : il se dit surtout des objets matériels. Au dix

Page 1