‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 106 sur 142 · PRETER · texte numérisé non relu

PRETER

Prêter au cinq, six du cent, pour : prêter à cinq, six pour cent.

C'est-à-dire prêter de l'argent qui rapportera cinq francs, six francs d'intérêt ; de même qu'on dit, gagner cent pour cent, et non pas, cent du cent; cette terre rapporte cent pour un, et non, cent d'un.

Progresser, pour : faire des progrès.

Néologisme, qui paraît bien formé sur le substantif joro/7/r8.

ALLER PROMENER, pour : ALLER SE PROMENER.

Promener est un verbe actif : promener des enfants; il s'emploie comme réfléchi : nous allons nous promener; il va se promener. Ce qui a amené la locution vicieuse que nous signalons, ce sont les locutions correctes : je l'ai envoyé promener; je l'ai laissé promener, où le pronom refléchi se est sous-entendu, comme il l'est toujours avec les infinitifs qui suivent les verbes envoyer, laisser, faire, et quelques autres. On dira, par exemple, je l'ai laissé morfondre.

Promettre que, pour : assurer que, en parlant du présent ou du passé.

Promettre, comme espérer, suppose l'avenir. On ne dira donc pas : Je vous promets qu'il s'est bien amusé; mais, Je vous assure qu'il s'est bien amusé. Il est vrai que promettre, i[)our assurer, est une expression familière, citée par l'Académie et employée par de bons auteurs. Elle n'en reste

lh> PROMETTRE.

pas moins illogique, promettre signifiant faire une pnwiesse.

Provoquer, pour : exciter, dans les expressions comme : provoquer le rire, pour : exciter le rire, ou provoquer au rire. L'Académie donne provoquer quelqu'un à boire; plaisanteries qui provoquent à la colère.

Provoquer, avec un complément direct de chose, est plutôt un terme de médecine ou de jurisprudence : U opium provoque le sommeil; provoquer une action (en jurisprudence).

Et puis ensuite, et puis après, pour : puis, ensuite.

Puis (du latin postea) signifie déjcà après, ensuite. Dans Descartes, on trouve puis après : « Ils verront puis après *, expression qui a été employée par d'autres, notamment par Régnier, Satire VI.

Pyramidal, pour : prodigieux, merveilleux.

Néologisme prétentieux. Pyramidal signiûe, tout simplement, qui a la forme d'une pyramide.

Quoique, suivi de Vindicatif ou du conditionnel, pour le subjonctif.

D'après l'Académie et Littré, la conjonction quoique régit toujours le subjonctif. C'est une règle relativement moderne dont nos écrivains contemporains ne tiennent pas toujours compte. Le fait est qu'au xvii« siècle, on emploie quoique, non seulement avec le subjonctif, mais encore quelquefois avec Vindicatif ou avec le conditionnel, suivant la nuance qu'on veut exprimer.

« La mienne, quoique aux yeux elle n'est j^as si forte ».

Molière, Ec. des Femmes, IV, ix.

« Quoique quelques-uns seraient d'avis » (Vaugelas) .

Un quidam, un inconnu, prononcez un kidan.

RACONTAR, pour : COMMÉRAGE, BA- VARDAGE.

Raconlar est un mot introduit par les journalistes. Il est difficile d'en indiquer le mode de formation.

Manger un raisin, pour : manger du raisin, ou pour : manger une grappe de raisin.

Littré note que l'expression manger un raisin, n'est autorisée par aucune grammaire ni par aucun dictionnaire : raisin, au singulier, servant à désigner une espèce de raisin : Le muscat est un bon raisin. Cependant on peut dire au pluriel : manger des raisins. Suivant la très juste remarque de Littré, du moment que l'on dit, au pluriel, des raisins, pour des grappes de raisin : « Des raisins mîirs apparemment » (La Fontaine, Fables, III, xii), rien n'interdit logiquement de dire un raisin, pour : une grappe de raisin.

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