RIEN
Gomme si rien n^était, pour : comme si de rien n'était, comme si cela n'était pas, comme si la chose n'était pas arrivée.
Cet homme m'avait offensé; mais je l'ai secourit comme si de rien n'était. Telle est la construction correcte, formée de la même façon que l'expression impersonnelle, de sens analogue : Comme sHl ne s'agissait de rien.
RIEN MOINS QUE. Tournure à éviter, à
cause de Tamphibologie.
Au sujet de cette expression, l'Académie, au mot Moins, remarque très justement : « Rien moins, précédé du verbe être, et suivi d'un adjectif, a le sens de la négation. // n'est rien moins que sage : il n'est point sage. Suivi d'un substantif, il peut avoir le sens positif ou négatif, selon la circonstance. Vous lui devez de la reconnaissance, car il n'est rien moins que votre bienfaiteur : il est votre bienfaiteur. Vous pouvez vous dispenser de reconnaissance envers lui, car il n'est rien moins que votre bienfaiteur : il n'est pas votre bienfaiteur ». Avec un verbe actif ou neutre, même sens affirmatif ou négatif, suivant le contexte. L'Académie cite comme exemples : Vous le croyez votre concurrent ; il a d'autres vues, il ne désire rien moins que de vous supplanter : il ne désire pas vous supplanter. Vous ne le regardez pas comme votre concurrent, cependant il ne désire rien moins que de vous supplanter : il désire vous supplanter. Et l'Académie conclut sagement : « Il est bon d'éviter cette façon de parler, à cause de l'équivoque qu'elle entraîne »i
156 IlIEX MOINS QUE.
M. Stapfer, Récréations grammaticales et littéraires, p. 204, soutient que « jamais homme averti n'a pu donner à rien moins, par préférence et par choix, un sens affirmatif; c'est toujours par ignorance et par étourderie ». D'après lui, rien moins ne peut avoir logiquement qu'un sens négatif; c'est inen de moins seul qui a un sens affirmatif (qu'il a en effet). Il constate cependant que, de nos jours encore, de bons écrivains continuent à employer rien moins au sens affirmatif. Il les en blâme. Mais, chose plus grave, Bossuet a employé rien moins au sens affirmatif, et M. Stapfer cite deux exemples, empruntés du dictionnaire de Littré et tirés des Oraisons funèbres, une des œuvres les plus achevées du grand écrivain : « Ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus, ne sont rien moins que Jésus-Christ même * (Or. fun. de Marie Thérèse d'Autriche). « Quand Dieu choisit une personne d'un si grand éclat pour être V objet de son éternelle miséricorde, il ne se 2Wopose rien inoins que d'instruire tout l'univers » [Or. fun. d'Anne de Gonzague). On pourrait ajouter un autre passage, tiré des Élévations sur les mystères : « Chrétiens, élevons-nous à notre divin modèle, et n'aspirons à rien moins qu'à imiter Dieu » (4^ semaine, VP Élévation). M. Stapfer corrige Bossuet : « Il faudrait : rien de moins » et trouve que « le grand orateur parle mal ». Il pense également que t Pascal a tort quand il écrit, dans la sixième Provinciale : « Je n'attendais rien moins, lui dis je, d'un livre tiré de vingt-quatre jésuites ». Au surplus, M. Stapfer nous annonce qu' « un grammairien, vénérable