‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 122 sur 142 · ICI SAUTE-MOUTON · texte numérisé non relu

ICI SAUTE-MOUTON

Jouer à saute-mouton, pour : jouer à saut de mouton.

En effet, on ne saute pas sur un mouton; ce n'est pas davantage un mouton qui saute; mais on saute comme un mouton : on fait un saut de mouton.

Sauveg^arder, pour : sauver, ou pour : prendre sous sa sauvegarde.

Sauvegarder est un néologisme d'ailleurs bien formé de sauvegarde. Mais, dans la plupart des cas, saliver dit plus et mieux que sauvegarder.

SÉANT, pour : DEBOUT.

Séant est un participe du verbe seoir (qui a donné s'asseoir) : « Sieds-toi » (Corneille, Cinna, V, i). Étî^e ou se mettre sur son séant, c'est non pas être ou se mettre debout, mais c'est être assis ou s'asseoir, surtout dans son lit, quand on est malade. Tomber sur son séant, c'est tomber assis.

Il ne me semble pas que, suivi de Vindicatif. pour le subjonctif.

Sembler divec une négation ou une interrogation, régit le subjonctif, parce qu'il y a une nuance de doute. // ne me semble pas, vous semble-t-il qu'il soit malade? Mais on dira : // me semble qu'il est malade ou qu'il soit malade, suivant qu'on veut accentuer le doute, ou non : ^ Il me semble que mon eœur veuille se fendre par moitié » (M"^^ de Sévigné).

Il me semble déjà que ces murs, que ces voûtes Vont prendre la parole...

Racine, Phèdre, III, m.

SEMOLILLE. 1G5

Semouille, pour : semoule (de l'italien semola), sorte de pâte en petits grains.

Sens, et ses composés non-sens, contresens, bon sens, prononcez san.

Cliez les poètes, se7îs rime avec geiis.

Un homme seul eut plus de sens Qu'une multitude de gens.

La Fontaine, Fables, H, xx.

Sens, pour : sang, dans les expressions : se faire du bon sang, du mauvais sang, éprouver du plaisir ou du déplaisir; le sang- froid, état de Tâme qui est calme et en pleine possession d'elle-même. Ce qui a amené la confusion entre sens et sang, c'est que l'un et l'autre se pronon cent san. Aussi, dès 1694, l'Académie notait-elle : * Quelques-uns escrivent sens froid ».

Sensationnel^ pour : qui fait sensation .

Néologisme mal formé. Ces suffixes en el n'indiquent pas une action, mais une qualité : rationnel, traditionnel, etc.

Sept, prononcez se, devant une consonne ou un h aspiré; sette dans les autres cas, ou quand le mot est isolé à la fin d'une phrase. Au xvn® siècle, on prononçait toujours et invariablement se.

Sermonnaire, pour : prédicateur.

Un sermonnaire {sermonier, dans l'ancien français) est un recueil de sermons. L'Académie dit qu'il vieillit en ce sens. Au xyii" siècle, on disait

160 SERMOiNNAIRE.

sermonneur, au sons de prédicateur : « Le sermonneur est plutôt évêque ». (La Bruyère, ch. xv). De nos jours, le mot a pris un sens défavorable : un sermonneur est celui qui fait des remontrances à tout propos et hors de propos.

Serpelière, pour : serpillière. Toile grossière d'emballage.

SERVEUR, pour : SERVANT, l'homme qu'on loue pour servir les dîners.

Serveur, est une expression provinciale, mal formée sur servir r elle ne se trouve dans aucun dictionnaire.

SI, pour : TANT.

Il faut employer l'adverbe tant, dans des locutions comme : Un homme tant aimé des siens, et non : si aimé. On dit en effet : Je vous aime tant. Si ne s'emploie qu'avec les adverbes, les adjectifs, et les participes-adjectifs. Un homme si sage, si éclairé, si exactement informé.

Signet, prononcez sinet, ruban qui sert marquer la page d'un livre.

Si tellement , pour : si, ou pour : tellement.

Les gens du peuple abusent de ce pléonasme et disent : Je suis si tellement content, quand l'un des deux adverbes suffirait.

Si tant est que, suivi de Vindicatif, pour le subjonctif'.

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