‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 139 sur 142 · VICTIME · texte numérisé non relu

VICTIME

nuances ne manquent pas dans notre langue : sacrifier, immoler^ maltrailer, persécuter, railler, etc.

Villégiaturer, pour : être en villégiature.

VIS-A-VIS DE, pour : ENVERS, A L'EN- DROIT DE, etc.

Voltaire se moquait déjà des locutions comme : Vous connaissez mes sentiments vis-à-vis de vous, locution mal faite, quoique très employée aujourd'hui et approuvée par M. Deschanel, dans son livre sur Les déformations de la langue française : « Pourquoi vis-à-vis de ne se dirait-il pas au moral comme au physique, tout aussi bien que envers auquel il fait concurrence »? (p. 161 et suiv.). Le mal est que Tétymologie et le sens de vis-à-vis s'y opposent.

Vis-à-vis, composé de vis (latin visus, visage), signifie en face de : Il habite vis-à-vis de l'église, ou vis-à-vis l'église.

. . . Il venait, d'un air doux, Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux.

Molière, Tartufe, I, viir.

Les auteurs classiques n'emploient jamais cette expression autrement. Mes bons sentiments vis-àvis de vous, cela équivaut donc à : en face de vous, en présence de vous. Or, ce n'est pas ce qu'on veut dire. Il n'y a pas de tendance vers la personne, de direction indiquée, comme dans envers {in, et versus, vers), à V endroit de {indireclum, dirigé

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vers), à regard de (de esgarder, regarder). D'après Littré, c'est Rousseau qui aurait introduit en France cette locution genevoise, qui, au dire de Voltaire [Dict. philos., article Langues), pénétrait « partout », au xviif siècle.

Vivat, sorte d'acclamation, mot latin; prononcez vivait.

Vivres, féminin, pour le masculin.

Au sens de nourriture, on dira donc : Les vivres sont fort chers, fort coûteux. Vivre étant un infinitif pris substantivement, reste masculin, comme tous les infinitifs ainsi employés.

Voici, pour : voilà, et réciproquement.

Voici indique : 1° un objet rapproché, comme ici; 2^ ce qui va suivre : Voici comment il lui parla; puis vient le discours lui-même. Voilà indique : 1° un objet éloigné, comme là; 2° ce qui précède. Voilà compilent il lui parla, après qu'on a cité le discours tenu.

Cette distinction entre voici et voilà n'était pas aussi rigoureuse, au xvii'^ siècle. Bossuet emploie parfois voici pour résumer ce qui précède : « Voulez-vous savoir en un mot ce que c'est que Vhomme? Tout son devoir, tout son objet, toute sa nature, c'est de craindre Dieu... Voici ce qui est réel et solide ». {Or. fun. de Henriette d'Angleterre.)

Mais Racine observe la distinction, dans le discours d'Agrippine à Néron :

C'est le sincère aveu que je voulais vous faire; Voilà tous mes forfaits. En voici le salaire. Hritannicus, IV, ii.

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