XXVIII INTRODUCTION
Nous avons vu que, vers la même date, à la distribution des prix du lycée Louis-le- Grand, M. Maurice Donnay insistait sur la même idée.
Or, à remplacer par des mots nouveaux les mots anciens, Corneille, Racine, Molière et Bossuet ne tarderaient pas, si cette manie se propageait, à devenir, pour les âges futurs, d'une lecture aussi difficile que Montaigne ou Froissart. Ce flot montant de néologismes venant couvrir des expressions depuis longtemps usitées, obligerait les éditeurs à faire suivre d'un lexique les œuvres d'un auteur mort, ou à en rajeunir le vocabulaire et la syntaxe , comme cela se produisait aux époques où la langue n'était pas encore fixée. De son temps, Vauquelin de la Fresnaye constate que :
...Depuis quarante ans, déjà cinq ou six fois La façon a changé de parler en françois.
C'est à ces variations que nous ramèneraient infailliblement les forgeurs de mots et de tours nouveaux.
Si un peuple a besoin, par une langue toujours identique à elle-même dans son fond, de conserver l'intelligence des œuvres où est comme déposé l'esprit de la nation, chaque auteur doit également être compris du public auquel il s'adresse. On écrit et on parle gé-
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ïiéralement à celte fin. Or l'abus du néologisme irait à déconcerter les lecteurs. Chacun serait obligé de deviner la pensée de l'écrivain, au lieu de la saisir sur-le-champ. On a souvent comparé les mots à des pièces de monnaie qui ont un titre légal et une valeur officielle. Pascal est môme ailé plus loin et a dit : « Les langues sont des chiffres ». Prétendre donner à une pièce de monnaie ou à un chiffre une valeur qu'ils n'ont pas, ou jeter dans la circulation la monnaie fabriquée par un particulier, c'est causer le trouble dans les transactions. Il en va de même dans le commerce littéraire et dans l'échange des idées, itltérer le sens d'un mot, c'est en altérer la valeur représentative, et, du même coup, l'idée même qu'il est destiné à exprimer. Créer un mot nouveau, c'est souvent répandre l'incertitude dans l'esprit des autres. De tels écrivains ne seront jamais ni clairs ni précis, et il n'est pas de pire défaut dans l'art d'écrire.
Enfin, puisque nous parlons des communications intellectuelles et de l'échange des idées, nous permettra-t-on une troisième considération qui a son importance, à savoir l'influence et la propagation de la pensée française à l'étranger. Quoi que l'on dise et quoi que l'on fasse, notre langue, dans le présent comme dans le passé, reste la langue
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universelle. Pour le constater, il suffit d'avoir voyagé un peu. Elle doit cette universalité à sa clarté, à sa précision, sans parler du prestige dont la France jouit encore au dehors. Un professeur de l'Université de Bonn, avec qui nous suivions, au Collège de France, le cours de Gaston Paris, nous faisait cet aveu : « Quand je veux comprendre parfaitement un ouvrage allemand, je le lis dans la traduction française, lorsqu'elle existe. Nos idées se clarifient en passant dans votre langue ». L'an passé, à Rome, un professeur de lycée italien, causant avec nous, ne tarissait pas d'éloges sur la belle langue française, « où, disait-il, chaque mot a un sens net et fixe, où la construction est si régulière ». Un ingénieur des chemins de fer italiens nous tenait le même langage. Un modeste employé d'un établissement romain, nous annonçait qu'il suivait le cours Berlitz, afin d'apprendre le français ; « car, ajoutait-il, à l'aide de cette langue, je puis me tirer d'affaire avec les Russes, les Allemands et même avec les Anglais. En Europe, les gens bien élevés savent le français ». Par conséquent, les écrivains qui gâtent notre langue par des néologismes de leur façon ou qui en disloquent la syntaxe par des constructions saugrenues, travaillent ainsi à la rendre moins intelligible et à en restreindre Tex-
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pansion. Nous dirions qu'ils commettent un crime de lèse-nation, si ce n'était pas employer un mot bien gros, dans une question avant tout littéraire.
Art. IV. — Les Règles du Langage.
§ 1. — L'Usage.
De ce qui précède, le lecteur a déjà dégagé, sans doute, la principale règle du langage et la loi à laquelle l'écrivain doit obéir. Il faut se conformer à l'usage reçu. Horace, il y a fort longtemps, en a fait la remarque :
...Usus Quem pênes arbitrium est et jus et norma loquendi.
{Art. poét., V. 71-72.)
« L'usage à qui appartient la décision, la loi et la règle du parler. » C'est lui, en effet, qui fixe le sens des mots et la correction des tournures. Voilà ce que nombre d'écrivains semblent oublier, notamment M. Paul Adam répondant à M. Fagaet^ Celui-ci avait critiqué maintes expressions du roman « Le Serpent noir » , entre autres, climatèrique, que le romancier confondait avec climatologiqiie. M. Paul Adam répondit :
d. Revue Latine, 24 oclobre 1906.
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« Climatérique signifie aussi bien que climatologiqiie, qui a rapport au climat. Et pourquoi non? KXivEiv incliner, xXiaa inclinaison, x>.iii.a^ chose inclinée, échelle, xXitxaxïip échelon, xXifAaTripixoç qui a rapport à l'échelon, telle est la succession des sens propres... Pourquoi serait-il interdit d'imputer au mot climatérique le sens de xXijjia et de xXiveiv, ses racines? climatologique et climatérique traduisant la même idée, avec cette différence que le premier adjectif désigne l'usage scientifique de l'idée, le second l'usage didactique. Quelqu'un saura-t-il dire pourquoi Littré et ses fidèles entendent réduire le double sens grec au sens unique et figuré de critique » ? Nous répondrons : « Ainsi le veut l'usage ». Tout l'étalage étymologique de M. Paul Adam ne saurait prévaloir contre l'acception reçue. Poison et potion dérivent du même mot latin potionem. M. Paul Adam admettrait-il qu'un pharmacien expert en étymologie, inscrivît potion sur un flacon de poison? Justesse qI Justice sont deux dérivés àa juste. Si l'auteur du « Serpent noir » avait un procès, nous dirait-il « qu'il a été cité en justesse et que le tribunal a été frappé de la Justice de ses raisonnements » ? Cependant le simple j«5/e a le double sens àe Justesse et
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àe justice. On dit avec deux sens différents : une pensée juste^ un homme juste. La remarque subsiste : « Il n'y a pas de synonymes ». On ne saurait employer climatérique pour climatologique, ni inversement. Les décisions de l'usage ne sont pas aussi arbitraires qu'on serait porté à le croire. Une logique intérieure préside à la création des langues. La nôtre, en particulier, a été formée avec un sens merveilleux de ses origines latines et du génie national. Quand, dans l'article que nous avons cité, M. Paul Adam ajoute : « Flaubert écrivait contre la règle : « partis en voyage, partis à Neufchdtel » , et il avait raison » . Non ; Flaubert avait tort : il avait oublié le latin, d'où partir est dérivé. Quand le défenseur de Flaubert, parlant pour son propre compte, trouve logique « Préférer que » ; si c'est dans la locution : Je préfère partir que de rester (car il ne s'explique pas), il a tort lui aussi; et son latin est en défaut. Préférer n'est pas du tout l'équivalent de aimer mieux que, auquel on tend à l'assimiler, toujours par une fausse analogie. Le vocable latin praeferre signifie mettre une chose avant iprae) une autre. Il n'est pas un verbe explicitement comparatif, à la façon de malle [magis velle)^ aimer mieux. La preuve, c'est qu'on dit : Je préfère les poires aux pommes, et non pas : Je pré-
XXXIV LNTRODUCTION.
fère les poires que les pommes, quoiqu'on dise très bien : J'aime mieux les poires que les pommes. Préférer et aimer mieux n'ont donc pas la même syntaxe. Voilà pourquoi dans la locution incorrecte : Je préfère partir que de rester, le que, correspondant à l'adverbe latin quam, n'a aucun sens. Aussi, pour rendre la locution correcte, est-on obligé d'intercaler plutôt, précédant que -.plutôt que de rester; plutôt, en français, exprime, en effet, formellement la comparaison. Il est vrai que l'on dit correctement, sans alternative : Je préfère qu'il parte. Ici, que correspond, non à l'adverbe \'is\\w quam, mais au pronom conjonctif quod (ceci que), comme dans : Je veux qu'il parte. Ces quelques exemples, et il serait facile d'en trouver d'autres, montrent avec quelle logique souvent inconsciente, mais pourtant bien réelle, un peuple crée sa langue.
Irons-nous jusqu'à prétendre que cette logique soit infaillible? Non. Quantité de bizarreries se sont glissées dans notre langue. Vaugelas disait : « L'usage fait beaucoup de choses par raison, beaucoup sans raison et beaucoup contre raison » . Vaugelas exagérait. Il vivait à une époque où la science de la grammaire comparée et la grammaire historique n'existaient pas. De nos jours, l'étude scientifique et historique de la langue a fait
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rentrer dans la règle beaucoup d'anomalies apparentes. Littré écrivait avec plus de justesse et de mesure : « L'usage est de grande autorité; car, en somme, il obéit à la tradition; et la tradition est fort respectable, conservant avec fidélité les principes mêmes et les grandes lignes de la langue. Mais il n'a pas conscience de roffice qu'il remplit; et il est très susceptible de céder à de mauvaises suggestions et très capable de mettre son sceau, un sceau qu'ensuite il n'est plus possible de rompre , à ces fâcheuses déviations ». M. Deschanel a relevé plusieurs de ces déviations. Par exemple, clinquaille, clinquaillerie, du hollandais klinken, résonner, sont devenus quincaille, quincaillerie; l'orgue de Barheri, nom d'un fabricant de Modène, a donné l'orgue de barbarie. Mon sieur a formé monsieur^ où le sens possessif de mon a disparu. Pareillement le possessif ta s'est soudé au substantif dans tante pour t'ante (du latin amita) ; on trouve ante, et non tante, dans les vieux auteurs.
Ailleurs, c'est l'article qui a fini par faire corps avec le nom : Yendemain (in de mane), Vierre [hedera], s'écrivent lendemain^ lierre, et l'usage a consacré la répétition de l'article dans : le lendemain, le lierre. D'autres fois, c'est le phénomène inverse : l'article traite à
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lui la voyelle initiale du mot, comme dans la P ouille y la Guyenne, la boutique, qu^ devraient s'écrire VApouille, VAguyenne, Vaboutique. C'en dessus dessous qu'on trouve chez Rabelais et chez Montaigne, avec la signification de « ce qui est en dessus passant dessous », est devenu, faute d'être compris et à cause de l'homophonie : sens dessus dessous. Que dire de l'expression équivoque et souvent obscure rien moins que, laquelle, suivant le contexte, est tantôt une négation absolue, tantôt une affirmation renforcée. On voit môme des mots changer complètement de sens, comme mièvre, mièçrei^ie,, mièvreté. Au xvii'' siècle et au xviii®, ils sont, d'après la remarque de Littré, synonymes de « vivacité, mêlée de quelque malice », et indiquent une sorte d'espièglerie. A l'appui de cette signification, Littré cite plusieurs exemples. Comment mièvre et ses dérivés ont-ils fini par désigner l'affectation dans les manières et dans le style ?
Néanmoins, il faut reconnaître que les anomalies sont des exceptions, et l'on doit s'appliquer à en diminuer le nombre, plutôt qu'à l'augmenter. Ce sont quelques lignes irrégulières dans un monument dont l'ensemble reste harmonique.
De ces remarques, il ressort que de tout temps il y a eu un bon et un mauvais usage;
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Vaugelas établissait déjà cette distinction. Mais comment faire le départ entre le bon usage et le mauvais? Vaugelas, à une époque, où la langue était encore en train de se fixer et où nous n'avions pas un long- passé littéraire, trouvait le bon usage à la cour et chez les personnes de la ville (Paris) qui fréquentaient la cour. Au surplus, il admettait l'autorité de quelques écrivains, notamment d'Amyot. Évidemment c'était donner à la langue un support trop étroit et pas assez stable. Il est, chez le peuple, des expressions d'excellente et saine souche, que les délicats et la société polie du xvii« siècle étaient trop enclins à rejeter : témoin les Précieuses et leurs admirateurs. Des expressions d'une belle venue, qui avaient poussé en plein terroir français, furent ainsi bannies du vocabulaire. Plus tard, La Bruyère les regrettait. Au surplus, la cour et la société polie étaient sujettes à l'erreur. On disait alors un péril éminent; une somme d'argent recouverte.
L'usage, averti par l'étymologie et par la raison, a corrigé ces expressions en : un péril imminent (imminens) ; une somme d'argent recouvrée (recuperata).
Vaugelas était obligé de recourir à un expédient, le moins mauvais qui fût, à un moment où la science historique de la langue n'existait pas, et où Ton n'avait pas une vraie tra-
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dition littéraire. Cette tradition nous la possédons aujourd'hui.
^ 2. — La Tradition des grands écrivains.
Les écrivains de génie, qui furent en même temps des hommes de haute raison et des esprits lumineux, ont rempli de leurs chefsd'œuvre deux siècles de notre littérature, le xvii*' et le xviii^ Ils ont passé à l'étamine notre langue française et en ont éliminé les impuretés. Ils en ont constitué le fond et la substance. Ils doivent rester nos maîtres dans Fart de parler et d'écrire correctement.
Il est vrai qu'on lit peu nos classiques. Les auteurs du xix*^ siècle, plus près de nous par la pensée et par le style, leur font tort. D'ailleurs il est difficile, sinon impossible, de feuilleter les œuvres de Bossuet ou de Racine, pour tâcher d'y retrouver une expression dont on n'est pas sûr et que Ton y voudrait contrôler. Heureusement, ce travail est rendu possible et même facile, grâce au dictionnaire de l'Académie, grâce surtout au grand dictionnaire de Littré, qui en est le complément.
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% 3. — Les Dictionnaires de l'Académie et de Littré.
Malgré les critiques dont il a été l'objet, le Dictionnaire de l'Académie reste le dépôt où se conservent les mots et les tours de la vraie langue française. Il faut y recourir sans cesse. Là sont enregistrées les locutions dont se sont servis nos meilleurs écrivains. Sans doute, ce dictionnaire est incomplet. Dans la dernière édition, en 1878, il a fallu introduire plus de deux mille mots nouveaux. Dans une autre édition, on sera obligé apparemment d'en faire entrer un aussi grand nombre. On est surpris que actualité^ éducateur et éducatricCy n'aient pas encore pénétré sous la coupole de l'Institut, non plus que le corps enseignant. L'Académie admet clouer, de clou; pourquoi pas épingler, de épingle? On trouve, dans son dictionnaire, chênaie, châtaigneraie, saulaie, mais non frênaie, de frêne; de, Velheuf, du sedan (drap), un eizèvir (livre), mais non du bordeaux, du Champagne (vin).
Comme le bon Homère, elle sommeille quelquefois. On s'est même donné le malin plaisir de relever ses distractions. M. Deschanel remarque qu'elle (^ç,v\\. événement et avènement: elle écrivait jadis : je succéderai, quand, sui-
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vant la remarque de Littré, le futur français se forme sur le présent de l'indicatif : j'enlève, je succède. Le même auteur cite encore cette phrase du dictionnaire : « Une l'eut ^a.s plutôt fait qu'il s'en repentit ». 11 ajoute qu'il faudrait plus tôt, en deux mots. Plutôt, en effet, sert à marquer la préférence et non le temps. Or, dans l'espèce, ils'agit d'une question de temps. Le sens de la phrase est que les deux actions, faire et se repentir, sont simultanées; l'une ne se produisant pas plus tôt que l'autre. Dans la dernière édition de son dictionnaire, l'Académie a tenu compte de la remarque de Littré ; elle écrit : Jl ne l'eut pas plus tôt fait, etc. L'Académie déclare qu'il faut dire \ écaille, et non la coquille d'une huître, et on a noté qu'elle définit l'huître : « un mollusque de mer à coquille bivalve irrégulière ».
Ses innovations ne semblent pas toujours heureuses. Dans son édition de 1878, elle a admis poncif, inventé par quelque rapin, quand nous avions déjà joowcis (de ponce). En revanche, elle a remplacé dramatiste, mot du xviii® siècle et formé comme artiste, par dramaturge, que M. Faguet, avec raison, trouve lourd.
Enfin, on peut se faire l'objection que voici : « Les académiciens eux-mêmes pèchent contre la langue, quand ils écrivent, et l'on relève dans leurs ouvrages des locutions vicieuses.
INTRODIjCTION. xli
Ces fautes diminuent considérablement l'autorité du corps dont ils font partie. » Il importe de distinguer entre l'académicien écrivant à ses risques et périls, subissant presque fatalement la contagion du mauvais usage, et le même homme notant et recueillant les expressions usitées chez les meilleurs auteurs. Il y a entre les deux la même différence qu'entre la pratique et la théorie, entre les pièces de Voltaire ou de La Harpe et leurs critiques dramatiques, entre les tableaux de certains peintres et les salons qu'ils écrivent pour les revues. Les académiciens laissent glisser des incorrections dans leurs œuvres; mais il en va tout autrement quand ils se bornent à être ce que Vaugelas appelait les greffiers de l'usage, quand ils se contentent d'enregistrer les mots et les tours classiques. C'est alors une simple affaire de lecture et de discernement. Or, en général, l'Académie lit bien et apprécie bien.
Au demeurant, malgré des imperfections inséparables de toute œuvre humaine, le dictionnaire de l'Académie reste un précieux répertoire de la langue française. Tout homme qui tient une plume, devrait l'avoir dans sa bibliothèque, à côté du dictionnaire de Littré. Le second est le complément nécessaire du premier; d'abord parce qu'il est historique : grâce à de nombreux exemples tirés des au-
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leurs, on y suit révolution et les variations d'un mot ou d'une construction, depuis les origines jusqu'à nos jours, tandis que l'Académie note seulement le mot et le tour en usage au moment où paraît la nouvelle édition de son dictionnaire. Ensuite, il est critique : Littré discute le sens des mots, cherche la raison des constructions, montre l'absurdité de certains néologismes; l'Académie se contentant d'enregistrer les mots et les tours qui lui ont paru bons. Enfin il est à peu près complet : les sciences, les arts, les métiers, les institutions, ont donné naissance à quantité de mots qui, répondant à des besoins réels, sont d'un emploi légitime. Littré leur a fait dans son dictionnaire une place que l'Académie les laisse attendre longtemps dans le sien et que même elle ne leur accorde pas toujours.
Le dictionnaire de Littré a l'inconvénient d'être lourd et encombrant avec ses quatre gros volumes et son supplément. Mais il en existe un excellent abrégé par Bcaujan. Les autres dictionnaires ne sont pas des guides sûrs pour la pureté et la correction de la langue. Par la science étymologique et par le soin avec lequel est marquée la filiation logique des sens d'un même mot, celui de Hatzfeld et Darmesteter, continué par Thomas, est sans contredit, le meilleur de tous ; mais
INTRODUCTION. xlhi
il a le tort d'admettre des locutions vicieuses et des néologismes d'une correction douteuse.
Art. V. ~ Néologismes.
Nous avons vu que l'Académie avait introduit plus de deux mille mots dans la dernière édition de son dictionnaire. C'est une preuve que, si les langues se fixent, elles ne se pétrifient pas. Comme les êtres vivants, comme la pensée dont elles sont l'expression, elles évoluent et se développent. Horace, dans une image bien connue, les comparait aux arbres qui perdent leur vieux feuillage, pour en revêtir un nouveau. M. Desclianel signale quelques-uns de ces mots qui ont pénétré dans la langue, au cours des âges\ Insidieux est de Malherbe; exactitude est du temps de Vaugelas. M'"® de Sévigné se récrie en lisant effervescence. Savoir-faire est condamné par Bouhours, comme étant un terme nouveau.
Erudit et inconduite datent du commencement du xviii^ siècle. On doit à l'abbé de Saint-Pierre bienfaisance ; à Desfontaines, suicide; à J.-J. Rousseau, obséquieux et in~ vestigation; aux contemporains de Calonne, obligeance ; à M™° de Staël, vulgarité. On a