‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 5 sur 142 · Op. cH · texte numérisé non relu

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XLiv INTRODUCTION.

repris ceintes, valeureux, haineux, fructueux, s>antard, mensonger, coutumier, qui avaient disparu à l'époque de La Bruyère et qu'il regrettait. 11 serait facile d'allonger considérablement cette liste.

S'il est des néologismes condamnables, que les gens de goût se refuseront toujours à employer, il en est d'autres qui s'imposent et sont parfaitement légitimes. Ou bien ils naissent du besoin de remplacer un mot usé et devenu banal, par un mot neuf qui ait un sens plus plein. Il en va comme pour les pièces de monnaie dont l'effigie s'altère et qu'il faut soumettre à une nouvelle frappe. Ainsi on tend à remplacer par mondial l'adjectif universel, qui a été rendu banal par les bazars universels. Ou bien encore, on cherche à condenser une périphrase dans un mot unique, d'un relief plus vif : tel est le néologisme mentalité, pour étal d'esprit. Enfin les néologismes sont souvent l'expression nécessaire d'idées nouvelles. Notre époque a vu des institutions, des inventions, des théories scientifiques, sociales, philosophiques et littéraires, que nos pères ne connaissaient pas et qu'il a fallu désigner par des mots spéciaux. M. Bréal a donc raison de dire : « Condamner le néologisme en principe et d'une manière absolue, serait la plus fâcheuse et la plus inutile des défenses... Un pays où il serait interdit

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dïnnover, retirerait à son langage, et par suite cà son esprit, une chance de se développer* ».

Bernardin de Saint-Pierre remarquait que Fart de peindre la nature était tellement récent que l'on manquait de termes, quand il s'agissait de décrire les formes d'une colline ou d'une montagne, tandis que le moindre détail d'architecture avait le sien. Nos poètes descriptifs modernes, depuis Bernardin de Saint- Pierre jusqu'à P. Loti, ont donc été obligés de créer quantité de vocables. Pareillement les diverses écoles littéraires nous ont valu réalisme, naturalisme, parnassiens, symbolistes. La peinture a maintenant ses aquarellistes, ses impressionnistes, ses intimistes. 'Nos institutions modernes ont donné naissance au parlementarisme, aux radicaux, aux opportunistes, aux bonapartistes, aux orléanistes. L'historien est obligé de parler des Girondins, des Jacobins, des Communards.

Dans les études sociales, il est question de socialisme et même A'étatisme. Le subjectivisme, Yobjecti{>isme, le phénoménisme , sont des termes courants en philosophie. Les découvertes et les inventions ont fait surgir un nombre considérable de termes, depuis électricité et ses dérivés, jusqu'à automobile et

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