‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 54 sur 142 · ÉMÉRITE · texte numérisé non relu

ÉMÉRITE

raire. Sur l'ancienne grammaire latine de Lhomond, on pouvait lire jadis : par Lhomond, professeur émèrite (honoraire). Le mot signifie aussi la longue pratique d'une chose, une longue habitude : un chasseur émérile, un buveur emérile. De là au sens du néologisme que nous signalons, il n'y a qu'une nuance. D'après M. Deschanel, Balzac, le premier, vers le milieu du xix« siècle, aurait employé émérile, au sens à' excellent.

S'emmêler d'une affaire, pour : se mêler d'une affaire (s'en occuper).

S'emmêler se dit des fils qui se mêlent ensemble, qui s'embrouillent.

Émotionner, pour : émouvoir.

Émotionner est un néologisme inutile. H s'est ému, et non : émotionné; cela m'a ému, et non, m'a émotionné. Dans l'ancienne langue, on disait même : émoi, au lieu d'émotion.

N'empêche que, pour : cela n'empêche pas que.

Ellipse vulgaire et mauvaise ; car avec un verbe à l'indicatif, il faut exprimer le sujet. On dira donc. // pleuvait, cela n'empêche pas que nous oious sommes bien amusés, et non pas : n'empêche que nous nous sommes bien amusés.

A L'EMPORTE PIÈCE, pour : EMPORTE PIÈCE.

On ne dira donc pas : un mot à Vemportepièce, mais : un mot emporte-pièce , un mot mé-

ExMPORTE-PIECE. 65

chant, qui emporte la pièce , le morceau : « Une phrase emporte-pièce » {Mémoires de Fleury). D'après l'Académie, V emporte-pièce est un c instrument propre à découper, qui enlève la pièce. Il se dit figurément et familièrement d'un satirique qui se permet l'injure et les personnalités ». Un mot à V emporte-pièce signifierait donc un mot taillé à l'emporte-pièce, comme on dit une greffe à emporte-pièce^ mais non : un mot qui emporte la pièce. Dans les deux cas, on a un sens très différent et même opposé.

EMPRUNTER A, pour : EMPRUNTER DE, avec un complément de chose.

On dit : La lune emprunte sa lumière du soleil; ce passage est emprunté de V Iliade : c'est-à-dire, ce passage est tiré de l'Iliade ; mais avec les compléments de personnes, on se sert des prépositions à ou de : J'ai emprunté cette montre à mon ami; ce passage est emprunté à Homère ou d'Bomère. L'expression : emprunter à a ici le sens de faire un emprunt. Par conséquent, à notre avis, il vaudrait mieux se servir exclusivement de emprunter à, lorsque le complément est un nom de personne.

EMPUANTER, pour : EMPUANTIR, infecter d'une mauvaise odeur.

Cette boue empuantit Vair, et non : empuante. Cependant on trouve le participe empuante, dans Rabelais.

66 Ex\-CAS.

Un en-cas, pour : un en-tout-cas, ombrelle qui peut aussi servir de parapluie.

Un en-cas est un repas préparé pour la nuit, en cas de besoin. Le mot désigne aussi une voiture, en cas de pluie. De là on a formé, à tort, un en-cas, pour désigner le parapluie-ombrelle.

Enfant perdu, pour : enfant trouvé, enfant

abandonné et recueilli.

Les enfants perdus sont des soldats qui marchent en avant d'un corps de troupe, pour tenter un coup de main ou pour une action hasardeuse. Le mot s'emploie aussi au figuré : Les enfants perdus du romantisme.

ENGEANGER, pour : ENGER.

Engeancer quelqu'un, embarrasser quelqu'un; s' engeance)' de quelqu'un, s'embarrasser de quelqu'un, sont des expressions non admises par l'Académie. Il est vrai qu'on trouve chez Dancourt : « Qui nous a engeances de ces gens-là » (Renaud et Armide, se. m). Mais le mot vraiment français est enger.

Enger , d'où dérive engeance (primitivement race d'animaux) signifie pourvoir d'une race d'animaux, d'un plant : « L'ambassadeur Nicot a engé la France de Vherbe nicotiane » {Dict. de Nicot) ; — € Ce lit est tout engé de punaises » {Dict. de Furetière).

D'où, au figuré, encombrer, embarrasser. « Votre père se moque-t-il de vouloir vous enger de son avocat de Limoges » (Molière, Pourceaugnac , I, i).

Cependant engeancer, dérivé de engeance, tend

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