‹ Le péril de la langue françaiseChapitre 92 sur 142 · PARAIT · texte numérisé non relu

PARAIT

vement, l'indicatif est obligatoire : Il paraît que vous êtes malade. La négation emporte ici et dans des locutions semblables, une nuance de doute; voilà pourquoi le verbe douter lui-même se construit toujours avec le subjonctif : Je doute que vous soyez malade; voilà pourquoi dire est suivi de l'indicatif, et je ne dis pas, du subjonctif. Donc nier, qui correspond à dire avec une négation , veut le subjonctif, lorsque celui qui fait l'action de nier, parle d'une autre personne : Je nie qu'il soit malade.

PARDONNER QUELQU'UN, pour : PAR DONNER A QUELQU'UN.

Pardonner vient du latin per et donare, qui signifie donner, abandonner : donare praedam militibus (César), abandonner le butin aux soldats ; puis, remettre, faire grâce de : donare alicui aes alienum, faire remise à quelqu'un de sa dette.

Par conséquent, de même qu'on dit : remettre à quelqu'un sa dette, de même on doit dire : pardonner à quelqu'un, et la chose qu'on lui remet devient complément direct, comme en latin. Donc, on dira : Pardonner à quelqu'un, et, pardonner à quelqu'un son offense, sa faute, la lui remettre, la lui laisser, sans en tirer vengeance, sans en exiger la punition.

La locution vicieuse, par dominer quelqu'un, a été amenée par les phrases comme : Pardonnez-nous; Dieu me pardonne! Pardonnez-moi, où l'on a pris nous, me, moi pour des compléments directs, dont ils jouent, en effet, souvent le rôle.

Ui PARDONNER.

tandis que, dans ces phrases, ils sont des compléments indirects, pour : à nous, à moi.

Yoilà pourquoi, du moment qu'on ne dit pas pardonner quelqu'un, pardonné et pardonnable, qui supposent un verbe actif correspondant, ne devraient s'appliquer qu'aux choses et non aux personnes. A propos de l'emploi de pardonné appliqué aux personnes, Littré cite des exemples de J.-J. Rousseau et de M""^ de Staël; mais ces deux écrivains sont d'origine suisse, et leur langue n'est pas sûre. Sauf pour la formule familière de politesse : Vous êtes tout pardonné (et l'on se demande pourquoi elle fait cette exception), l'Académie remarque que « le participe pardonné ne s'applique point aux personnes ». Mais l'Académie ne pousse pas la logique jusqu'au bout, et au mot pardonnable, elle dit en parlant d'une personne : « Il savait bien ce qu'il faisait, il n'est pas pardonnable ». Cependant, dès le xviF siècle, Vaugelas condamnait cet emploi de pardonnable. Contre l'autorité de Vaugelas, Littré cite et l'usage et des exemples de Montaigne, de Massillon, de Marmontel. On eût voulu des exemples plus probants.

On pourrait objecter que mal appris, en parlant d'une personne mal apprise, employé par Bossuet et admis par l'Académie, dérive, comme pardonné et pardonnable, du verbe apprendre, qui ne s'emploie pas activement avec un complément de personnes ou d'êtres animés. Mais, dans l'ancien français et au xvii'^ siècle, on disait apprendre (instruire) quelqu'un : « Qui apprendrait les hommes à mourir, leur apprendrait

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