‹ Le peril nationalChapitre 14 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mettons d'abord les États-Unis hors de cause. Ni leur prospérité, ni la stabilité de leurs institutions, ne prouvent rien pour nous, a On nous cite TAmérique, écrivait Joseph de Maistre il y a quatre-vingts ans. Je ne connais rien de si impatientant que les louanges décernées à cet enfant au maillot : laissez-le grandir. » L'enfant a grandi ; on a découvert en lui quelques défauts. Mais les républicains d'outre-mer ont sur nous bien des avantages qui les mettent à l'abri des périls auxquels nous devons faire face. Ils ne craignent pas de guerre extérieure et sont dispensés d'entretenir une armée, de sorte qu'ils n'ont à redouter ni la tur- • bulencedes légions, ni l'ambition des soldats heureux, ni les querelles intestines qui suivent les grands désastres, ni la rivalité qui éclate parfois entre les hommes de guerre et les citoyens adonnés aux professions lucratives. Ils ont la terre à discrétion, de sorte que chez eux les pauvres sont toujours libres de se créer une propriété ; point de jalousie sans remède, point de convoitise sans espérance, point d'activité sans emploi. Ils sont Anglo-Saxons , et l'amour de la liberté est pour eux une habitude , une passion héréditaire, ainsi que le respect des lois ; il faudrait que

Tanarchie leur fît éprouver des maux infinis pour leur donner le goût de la dictature, et les droits de rhomme opposent une solide barrière aux entreprises des partis dominants. Ils n*ont jamais connu la monarchie ; aucun prétendant n'excite le zèle des uns et la défiance des autres; tous les enfants sont élevés dans Tadmiration et dans le culte de la Constitution nationale. Enfin, comme il n'y a point de clergé privilégié ni d'Église officielle, comme d'autre part c'est le protestantisme qui domine , et que le scepticisme et l'indifiérence sont rares, le sentiment religieux est aux États-Unis une force libérale et une force immense.

Pour nous , au contraire, nous occupons dans l'ancien monde une situation qui nous oblige à entretenir un grand état militaire, à faire parfois la guerre avec des fortunes diverses. Nous n'avons plus de terres vacantes pour occuper les bras oisifs et les esprits aventureux. Nous sommes des Gallo-Romains plus habitués à obéir aux hommes qu'aux lois , des Français plus amoureux de l'égalité que de la liberté, gâtés par quatorze siècles de monarchie. Nous renfermons encore dans notre sein d'anciens partis, qui tâchent de nous opprimer quand ils sont au pouvoir, et qui nous donnent ensuite la tentation de les opprimer à leur tour. Enfin nous avons peu de foi religieuse, mais nous possédons un clergé organisé, catholique, c'està-dire voué aux doctrines théocratiques, enclin à se mêler des *choses temporelles. Si la croyance en un Dieu personnel fait chez nous des hommes vertueux, c'est-à-dire dignes d'être libres et capables de défendre nos institutions, elle en fait trop souvent des ennemis de la liberté, des adversaires de nos institutions. Tant et de si grandes différences ne suffisent-elles pas à

prouver qu'on n'a pas le droit d'opposer aux pessimistes l'exemple de l'Amérique? On ne parlera pas davantage de la Suisse. C'est un petit État; c'est une confédération; c'est une puissance neutre; il n'y existe point de partis monarchiques, et les protestants y sont en majorité. Pour les républiques de l'antiquité, on peut n'y voir que des aristocraties municipales assises sur l'esclavage. Les républiques du moyen-âge étaient des communes industrielles et marchandes, qui tombèrent assez vite en décadence.

En un mot, si, pour juger la démocratie française, on peut invoquer l'exemple d'autres républiques , ce seront surtout leurs défauts et leurs misères qu'il sera permis d'alléguer, leurs vertus et leurs prospérités tenant .moins à l'essence de la démocratie qu'à des avantages spéciaux refusés à notre pays par la nature et par l'histoire.

Les critiques de bonne foi avouent que les accusations portées le plus souvent contre la démocratie sont injustes, parce que tous les autres régimes y sont également en butte. En quelque lieu que vous placiez la souveraineté, elle traîne avec elle certains vices, qui forment son cortège naturel. La toute-puissance enivre les hommes, et l'ivresse n'est pas moins dangereuse pour être partagée. Ainsi le peuple est accessible à la flatterie : n'en peut-on dire autant d'un prince? Ici les démagogues, là les courtisans : l'adulation est pareille, les conséquences sont les mômes. On affirme à un roi que sa volonté non-seulement fait la loi, mais définit la justice, et on le lui persuade, comme on le persuade au suffrage universel. Dans les élections, la victoire appartient à qui fait le plus de promesses ; mais le prince ne donne-t-il pas sa confiance aux gens qui affichent pour sa personne le plu.s

chaud dévouement? Eu Amérique on se plaint de ce que les partis sont trop bien organisés, de ce que les politiciens de métier ont dégoûté les honnêtes gens de la politique ; est-ce que la monarchie préserve les peuples de ces coteries dominantes qui écartent le mérite fier, et font passer tous les fonctionnaires sous le niveau d'une même médiocrité ou d'une même complaisance?

Il faut donc, quand on fait la guerre à la démocratie, se rappeler que tout est corruptible, que les vices d'un régime peuvent être ceux d'une nation ou d'une race, ou môme ceux de l'humanité. Il faut interroger loyalement l'histoire, mettre les bons rois en parallèle avec les bons peuples, et les tyrans avec les multitudes folles, mais non pas Henri IV avec la Terreur, ni la Suisse avec Néron. Aucun sophisme n'est plus fréquent, ni plus criant, que celui qui consiste à comparer l'envers d'une étoffe avec l'endroit d'une autre. On ne doit pas non plus trop inisister sur l'excellence de ces gouvernements mixtes qui unissent tous les systèmes dans un harmonieux mélange, et qui font les délices des philosophes. Ce sont le plus souvent de simples transitions, parfois même de simples illusions. Ainsi en Angleterre la royauté est aujourd'hui une apparence majestueuse et la pairie s'efface de plus en plus. Bientôt il ne manquera au gouvernement britannique, pour être une démocratie, que le suffrage universel; on s'en rapproche, et l'on y arrivera sans doute.

Voici le plus grand défaut de la démocratie, celui qui saute aux yeux tout d'abord, et qui justifie le mieux les inquiétudes des Français patriotes : le peuple est surtout sensible aux besoins présents ; il ne tient guère compte que des intérêts immédiats ;

•il est peu capable de prévoyance et de longs calculs. Il ressemble à ces réunions d'actionnaires qui exigent de prompts dividendes, fût-ce aux dépens de l'avenir, et se soucient peu de ce que la société deviendra dans vingt ans. En matière financière le mal est moindre, car on t)eut liquider après quelques campagnes heureuses, et chacun a le droit de se défaire de ses actions. En matière politique on n'a point la ressource de céder sa part ou de dissoudre l'association ; toute faute se paye et toute négligence coûte , parce que toute veille a son lendemain, et que rien ne finit.

Un monarque se fixe un but ; il y marche sans défaillance et à tout prix, car il y marche au prix du sang et des pleurs d'autrui. S'il fait souffrir ses sujets, il s'en console par la contemplation d'un avenir de gloire et de prospérité réservé à son peuple et à sl dynastie. Si au contraire c'est le peuple qui est le maître, il sera difficile de lui prouver qu'il doit s'imposer de dures contraintes en vue d'un avantage lointain. La multitude est au moins aussi accessible aux grandes passions que les individus. Elle aime, elle hait, elle s'indigne ; elle saura lutter avec courage, môme pour l'honneur ; elle fera sans marchander un effort héroïque. Mais il faut pour cela qu'elle soit échauffée. Sinon elle est molle, indifférente, attachée à ses aises, asservie aux intérêts matériels. On obtient d'elle beaucoup de sacrifices à la fois, mais non pas des sacrifices de détail, sans cesse continués et renouvelés.

De là vient que la démocratie fait bien la guerre, et la prépare mal. Elle traite loyalement les affaires, et sa diplomatie inspire la confiance, mais pour l'heure présente seulement. Elle n'a que des alliés de circonstance, car elle ne s'engage guère. Elle se tient

en dehors de toute combinaison à longue échéance. Elle n'a dans sa politique extérieure ni suite ni secret.

Les vrais hommes d'État embrassent d'un seul regard une longue série de causes et d'effets. Cette force d'esprit peut être due à l'expérience personnelle, à la tradition, à l'étude de l'histoire, ou même aux enseignements de la science politique, qui sans doute sera chaque jour plus capable de montrer par quelle loi s'enchaînent les événements. Les économistes sont parvenus à expliquer la formation et la distribution des richesses : on fera peut-être pour l'ensemble de la vie des sociétés ce qu'on a fait pour un seul ordre de fonctions. On rendra compte des lois qui président à la naissance, à Taccroissement et à la décadence des États. On dira pourquoi certains peuples sont prospères et forts, tandis que d'autres traînent dans la faiblesse une existence troublée. Autrefois l'art de gouverner les hommes s'acquérait surtout par une sorte de tradition empirique, se transmettait dans les confidences du cabinet ; tous les livres du monde ne valaient pas la conversation d'un habile homme. Le génie suppléait à cet enseignement par une sorte de divination, ou par cette promptitude de raisonnement qui d'un petit nombre de faits tire des conclusions vastes et sûres. A l'avenir, les déductions de la science remplaceront de plus en plus l'empirisme de l'art. Un jour on connaîtra par principes les maladies du corps social, les remèdes qui les guérissent, l'hygiène qui les évite. On démêlera les influences diverses de la race, du climat, de l'alimentation, de Torganisation industrielle, de la littérature, de la constitution politique, de la législation civile, de la législation pénale. Mais, quand les travaux de plusieurs générations au-

ront donné de solides fondements à la philosophie de rhistoire et à cette science nouvelle que Ton désigne sous le nom assez barbare de sociologie, quand le rêve des Comte, des Buckle et des Spencer ^sera devenu une réalité, il s'écoulera encore bien du temps avant que ces hautes et belles doctrines soient mises à la portée de tout le çeuple.

D'ailleurs la connaissance des règles de l'hygiène privée ne donne pas à tout le monde le courage de les suivre : chez beaucoup d'entre nous, les tentations du moment l'emportent sur les conseils d'une prévoyance qui pourtant ne nous fait pas défaut, d'une raison qui ne se tait pas. L'hygiène politique et sociale, plus difficile à établir, sera aussi plus difficile à suivre. Si nous péchons sciemment contre notre intérêt propre, combien serons-nous plus prompts à pécher contre l'intérêt général I Si l'égoïsme bien entendu ne suffit pas à contenir les passions, que ne font-elles pas quand il les seconde ?

Il faudra donc créer la sociologie, lui assurer l'accès de toutes les intelligences, puis l'empire de tous les cœurs. En attendant que cette œuvre immense soit accomplie, la politique est un art dont les finesses échappent à la foule, et dont les prescriptions souvent désagréables sont malaisées à faire accepter. La connaissance de cet art est le privilège des esprits cultivés et justes, mais c'est leur seul privilège. La démocratie ne leur accorde pas assez d'autorité pour qu'ils fassent prévaloir leur sagesse, à moins qu'ils n'aient recours à des artifices parfois dangereux. La nécessité de plaire au peuple ôte souvent le moyen d'être utile. Si les plus savants médecins étaient par surcroît obligés de disputer le prix de l'éloquence et du savoir-faire mondain, ils risqueraient fort de né-

gliger leurs études, d'interrompre le cours de leurs découvertes, ou de se laisser battre par les amuseurs et les charlatans.

Dans un gouvernement monarchique ou aristocratique, à défaut d'autre mérite, les hommes en place ont du moins la trs^dition de leur métier. Ceux qui arrivent au pouvoir par des talents frivoles se contentent le plus souvent d'en recueillir les avantages et d'en savourer les honneurs ; ils laissent à des comaiis plus compétents le soin d'en remplir les charges. Dans l'État populaire, le magistrat élu, ayant beaucoup lutté pour arriver, a moins de vanité, mais plus d'orgueil et de présomption. Cléon se croit capable de toutes les tâches qu'il parvient à se faire imposer. La frivolité démocratique se fait illusion par l'air de gravité qui lui a servi à se dissimuler aux yeux de la foule. La médiocrité triomphante est plus dangereuse quand elle a triomphé au concours.

La faculté de prévoir les effets de chaque cause, et de remonter aux causes de chaque effet, est bien plus rare qu'on ne pense. Le grand nombre s'en tient aux rapports de coïncidence et de succession immédiate. On ne rend pas le gouvernement responsable de l'inclémence des saisons, mais il s'en faut peu qu'on ne le rende responsable de la cherté du pain, ce qui revient à peu près au même. A-t-on jamais tenu compte à un général battu de l'insufftsance des troupes qu'on lui a confiées, à un diplomate malheureux de la faiblesse du cabinet qu'il représente ? Une administration qui nous endette trouve mieux le chemin de notre cœur qu'une administration qui nous acquitte. Si les hommes instruits, qui ont le loisir et l'habitude de réfléchir, onrtant de peine à démêler le véritable enchaînement des faits,

ceux qui n'ont ni ce loisir ni cette habitude se tromperont d'autant plus facilement que c'est un métier lucratif de les aider à se tromper. Bien que la plupart des maux, des souffrances, des faiblesses dont on se plaint remontent à une origine assez éloignée, c'est toujours dans le présent qu'on en cherchera l'explication, car le présent, c'est ce qu'on voit ; c'est aussi ce qu'on hait, ce qu'on voudrait supplanter. Bon ou mauvais, le gouvernement actuel est toujours en proie ailx mécontents, aux jaloux, aux sots et aux simples.

Ajoutons que dans la démocratie les responsabilités sont courtes.Législateurs et magistrats peuvent répéter le mot de Louis XV : « Après moi le déluge I » Or ici « après moi », c'est l'an prochain. Les fermiers dont le bail va finir épuisent la terre et ne l'amendent pas. Ils en tirent tout ce qu'ils peuvent, sans se mettre en peine pour leur successeur. On n'a garde de planter, quand on va partir. On veut avant tout des résultats immédiats, une prompte moisson. On ne s'avoue pas qu'on est égoïste, quand on met la main aux affaires publiques, car nous finissons par croire à notre abnégation à force d'en parler. Mais on ne travaille pour l'avenir qu'avec peu d'ardeur, et le regard s'émousse dès qu'on le dirige vers un objet lointain. 11 faut aimer beaucoup son pays, beaucoup compter sur la justice de l'histoire, pour nourrir de longs desseins et de vastes pensées. De là une lutte perpétuelle entre l'esprit démocratique qui veut tout renouveler le plus souvent possible, et l'esprit politique qui s'efforce de créer des traditions, d'en confier la garde à des institutions moins instables. A Rome, c'est le Sénat qui représente cette continuité d'efforts et cette unité de vues qui ont subjugué le monde. Mais le Sénat était une

aristocratie. La démocratie tend à abréger les pouvoirs, à rapprocher les élections, à déraciner tout ce qui dure. Elle y est aidée par la logique, ce fléau des choses humaines. La logique est presque toujours Tennemie de la raison et de la mesure, Talliée de toutes les tyrannies. C'est la logique qui pousse à achever les vaincus, à supprimer les résistances utiles ; c'est elle qui, sous prétexte de tirer d*un principe toutes ses conséquences, fait les monarchies absolues et les républiques radicales. Cette grande niveleuse, à force d'aplanir le sol et de simplifier les rouages, ne laisse subsister ni une barrière ni un contre-poids. Elle enseigne au souverain, homme ou peuple, à se débarrasser consciencieusement de tout ce qui le* gêne. Dans la démocratie, toute autorité permanente est une gêne pour le corps électoral; tout ce qui rappelle le passé ou défend les droits de l'avenir, est une restriction à l'omnipotence du présent. L'électeur qui dépose un bulletin dans l'urne se laisse persuader qu'on lui fait tort si le gouvernement tout entier ne sort pas de l'urne toutes les fois qu'elle ouvre ses flancs. Puisque l'électeur est la source de tous les pouvoirs, n'a-t-il pas le droit de changer d'avis? Est-ce que sa volonté d'aujourd'hui ne vaut pas sa volonté d'hier?

Ainsi dans la démocratie le maître a la vue courte, et ses principaux serviteurs ont peu de motifs pour songer au lendemain. Trop de choses s'y font au jour le jour. On hésite à entamer de grandes entreprises qui seront achevées par d'autres, à jeter les fondements d'un édifice où l'on n'inscrira point son nom. On discute languissàmment des réformes dont le fruit se fera longtemps attendre, des lois dont les bienfaits durables et sûrs commenceront par être presque in-

sensibles. On n'aime pas non plus à finir ce que d'autres ont commencé. Chaque assemblée est naturellement portée à blâmer ce qu'a fait sa devancière, chaque magistrat à prendre le contre-pied de son prédécesseur. Le peuple est servi comme il lui plaît ; on sert moins l'État et la nation.

Aussi la politique intérieure tient-elle dans la pensée des hommes d'État à la mode bien plus de place que la politique étrangère. Celle-ci est plus malaisée à comprendre, exige des calculs à longue échéance. Le suffrage universel aime la paix, craint la guerre, très-accessible d'ailleurs aux sentiments de justice et d'honneur. Mais il est mal instruit des moyens d'éviter la guerre; il ne connaît pas la situation et les ressources des États voisins ; il ne pénètre pas les desseins des cabinets. Il ne se rend pas compte du rôle que joue chaque pays dans le concert des puissances, dans l'histoire de l'humanité. Un physiologiste dirait que dans la démocratie la vie de relation est trop subordonnée à la vie de nutrition. Dans une monarchie, le ministère le plus important est celui des affaires étrangères; dans une république, celui de rintérieur. Un diplomate habile acquiert la faveur et la confiance du prince ; le peuple lui préfère presque toujours un orateur brillant, parfois même un dangereux tribun.

Quand la multitude domine, et qu'elle tranche par sa volonté suprême toutes les questions d'intérêt général, elle est en butte à des tentations diverses. Il se forme une classe de gens qui font métier de lui prouver qu'elle sait ce qu'elle ignore, et qu'elle comprend ce qui lui échappe. Au lieu de suivre l'avis des citoyens qui l'éclairent, elle embrasse l'avis des citoyens qui la flattent ; elle glisse dans la démagogie.

Si au contraire elle est frappée de son incompétence, elle peut donner toute sa confiance à un homme; elle s'abandonne au césarisme. Le César peut être un homme de génie que le pouvoir enivrera ; il peut aussi être un homme habile et un esprit faux. La démagogie mène au césarisme, parce qu'elle fait tomber le peuple dans des erreurs funestes qui le dégoûtent de son libre arbitre.

Si les États-Unis ont échappé à ce double péril, cela tient peut-être à ce que l'instruction y est plus commune qu'en aucun pays du monde, et surtout à ce que la situation géographique de la grande république lui permet de n'avoir point de politique extérieure. Ceux qui ont étudié l'esprit public chez les Américains affirment que cette nation, à tant d'égards si éclairée, est atteinte d'un orgueil qui lui ferait commettre des fautes désastreuses, si elle se trouvait comme la France entourée de voisins puissants, vigilants et jaloux.

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