CHAPITRE II
Supposons accomplies les réformes dont nous avons essayé de démontrer Futilité ; supposons que les pouvoirs publics aient non-seulement proclamé, mais organisé l'instruction militaire obligatoire, et transportons-nous par la pensée en 1891, dans une France où rien ne soit négligé de ce qui peut accroître la force et garantir la sécurité du pays.
Quand Tenfant mâle atteint Tâge de sept ans, il est inscrit sur la liste des futurs électeurs et des futurs soldats. La loi fixe dès lors d'une façon plus précise les obligations du père de famille. Le jeune Français doit être mis en état de remplir tous ses devoirs. On s'occupe à la fois de son esprit et de son corps. Le jour où il entre pour la première fois dans une école, un médecin désigné pour cet office l'examine comme un conscrit, l'ausculte, s'enquîert de sa santé. Bien des infirmités qui seraient incurables à vingt ans peuvent être vaincues si on les combat de bonne heure. n suffit peut-être, de quelques remèdes donnés à temps, d'exercices réglés par l'art; peut-être aussi fautril ménager des organes délicats que l'âge fortifiera. Les parents sont avertis des périls à redouter, de l'hygiène à suivre. La commission scolaire de la
commune, d'accord avec l'instituteur et le médecin, veille à ce que les prescriptions de la science soient observées. Au besoin le budget de Tinstraction publique ou le budget municipal pourvoit aux dépenses spéciales qu'exigerait le traitement d'une maladie, le développement d'un corps frôle. Rien n'est indifférent à l'État de ce qui contribue à grossir ou à diminuer le chiffre de ses défenseurs.
L'instruction donnée dans les écoles publiques n'est pas seulement intellectuelle; elle est aussi morale. Mais ce n'est pas sur un catéchisme que l'on compte pour faire naître et grandir dans ces âmes tendres le sentiment du devoir et l'amour de la patrie. Les exhortations trop directes produisent peu d'effet. Le dévouement s'inspire et ne se commande pas. On n'apprend pas le patriotisme comme l'arithmétique; l'éducation civique ne sera jamais un simple article de programme. Même quand le maître trouve l'occasion de s'adresser au cœur de l'enfant, il le fait sans que son intention éclate aux yeux, avec réserve et avec discrétion, et plutôt pour donner cours à ses propres sentiments que pour obéir aux règlements. Rien dans son langage ne sent la prédication, la préparation laborieuse, l'accomplissement d'une tâche imposée. Les plus jeunes esprits sont merveilleusement prompts à deviner la banalité, à se défier des formules pompeuses.
Pour faire aimer la Franco, il faut surtout la faire connaître. La géographie et l'histoire nationales ont enfin pris dans l'enseignement primaire la place qui leur convient. La première n'est pas une sèche nomenclature de divisions administratives, mais le tableau vivant et coloré des différentes parties de notre pays. L'enfant ne doit pas se représenter notre
territoire comme une planche coupée en petits compartiments, semée de petits points qui senties villes, rayée de lignes sinueuses qui sont les fleuves et les rivières. 11 faut que son imagination aide sa mémoire, que son esprit voyage gaiement de province en province. S*il est né dans un pays de plaines, on lui décrira les montagne et la mer ; s*il ne connaît que la campagne, on lui parlera des cités. Rien ne sera négligé pour que cette étude le charme et Tamuse, pour qu'il prenne plaisir à savoir ce que c'est que cette France où la destinée Ta fait naître. Il la chérira d'autant plus que ce nom sacré éveillera en lui plus d'idées agréables et diverses. La bibliothèque de l'école complétera les leçons de la classe. On n'oubliera point les colonies, surtout cette Algérie qui est une nouvelle France, l'espoir de l'ancienne et Tune des principales sources de notre prospérité à venir, le théâtre de tant d'exploits, l'objet de tant d'efforts, et comme un dernier-hé donné à cette nation pour la consoler de ses pertes du siècle dernier.
L'histoire a plus d'importance encore. Elle met en relief les défauts de l'ancien régime, les vices et les faiblesses des rois. Mais elle ne tend pas à faire croire qu'avant 89 nos aïeux étaient un troupeau d'esclaves. Elle prouve au contraire que sous tous les gouvernements, à travers toutes les crises, un être vivant et immortel, le peuple français, subsiste, lutte, souffre. On se garde bien de le présenter comme une sorte de missionnaire voué à un perpétuel donquichottisme. Car cela n'est pas vrai ; nous n'avons inventé ni la Renaissance, ni la Réforme, ni la liberté politique, ni les droits de l'homme. C'est d'ailleurs là un sujet de vanité plutôt que d'émulation. Ce sont des citoyens
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actifs et entreprenants, ce sont de braves soldats que doit former Técole primaire, non des apôtres. La lecture des journaux ne développera que trop le chauvinisme intellectuel. Mais on donne aux écoliers une idée juste et haute du rôle que nos pères ont joué dans le monde; on les charme du récit de toutes nos épopées militaires. Pour cela on ne se borne pas à leur raconter Thistoire de nos rois : la nation a été si souvent grande sans eux et malgré euxl C'est ainsi qu'au XI** siècle, tandis que les Henri et les Philippe croupissent dans leur étroit domaine, des Français conquièrent FAngleterre, fondent lé Portugal, chassent les Grecs de lllalie méridionale, les Sarrasins de la Sicile, débordent sur TOrient. Pendant nos guerres civiles, des héros que notre ingratitude laisse dans l'obscurité essayent de créer des colonies en Floride, au Brésil. Que nous reste-i-il des guerres que Louis XIV soutint pendant les trente dernières années de son règne? Un Bourbon sur le trône d'Espagne. Mais & cette époque les flibustiers s'établissaient à Saint-Domingue; alors commençait la découverte des deux tiers de l'Amérique du Nord par les intrépides voyageurs du Canada; rien de plus grand, de plus beau, de plus fortifiant que l'histoire de cette branche aujourd'hui détachée du peuple français. Dupleix, Bussy, Labourdonnais, valent bien les Fleury et les Ghoiseul. Il faut qu'on sache que le monde est plein de notresouvenir, que nos pères ont semé de leurs os bien des rivages où notre drapeau ne flotte plus, qu'il nous a manqué seulement de meilleurs princes, de meilleurs ministres, ou la liberté, pour tenir dans l'univers la place que les Anglo-Saxons y ont conquise à nos dépens. C'est ainsi que nos jeunes compatriotes s'habitueront à avoir foi en cet esprit d'entreprise et
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d*ayenture qui nous vient également des Gaulois, des Francs et des Normands, et qui n*est pas encore éteint chez nous, quoi qu'aient fait les gouvernants, quoi qu*en disent les pessimistes. Notre humilité sur ce ppint est aussi peu fondée que Torgueil de nous croire nés pour éclairer le genre humain par notre exemple et pour Tentraîner par notre éloquence.
La Révolution et TËmpire tiennent une large place dans renseignement de l'histoire nationale. Le maître y évite avec soin la déclamation et l'exagération. U montre que nous avons vaincu la coalition par un grand effort merveilleusement dirigé, non pas seulement par cette sorte d'élan sentimental que nous représente la légende, et dont le souvenir trompeur nous a bien plus nui que servi dans nos récents désastres. £n racontant les campagnes de l'Empire, on s'applique à être juste pour tous ; l'hommage rendu à la grande armée, si digne de ce titre superbe, n'empêche pas d'admirer la ténacité anglaise, le patriotisme espagnol, russe et allemand. Mais on ne manque pas d'étaler les défaillances de la Prusse après léna ; cet exemple est une consolation et une espérance ; il montre de quels abîmes un peuple se relève par le travail et l'enthousiasme.
Nous-mômes, nous avons eu d*étrânges vicissitudes. Ainsi la guerre de Cent- Ans, si touchante par ellemême, est féconde en leçons utiles. La jeunesse française fera toujours ses délices du récit de cette lutte dramatique. Qui de nous ne se souvient de l'émotion que lui causèrent le siège de Calais, les succès de Charles V, les exploits de Duguesclin, le dévouement de Jeanne d'Arc? Et, sans remonter si haut, quelle distance de Rosbach à Jemmapes ! quelle décadence et quelle renaissance 1
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Comme les auteurs de livres scolaires, rinstituieur comprend que sa tâche est de faire aimer la France, non par des phrases ni par de pompeux récits qui fardent la vérité, mais en racontant notre histoire nationale comme une biographie pleine de péripéties, pleine de gloires et de douleurs. Au premier plan apparaît toujours ce personnage dominant, la patrie. Ce n*est pas tant la conviction qu*il faut produire dans les âmes que Témotion, car les hommes obéissent plus à la sensibilité qu*à Tintelligence. Tout ce que plus tard les jeunes gens liront, entendront et verront, fortifiera en eux Tamour de la liberté. Nulle part aussi bien qu*à Técole, on ne leur apprendra à chérir la France. Aussi travaille-t-on plus encore à développer en eux le patriotisme qu'à former leurs opinions politiques.
Pour compléter et féconder l'éducation civique, il faut une littérature populaire. Nous n'entendons point par là une littérature qui ne s'adresse qu'au peuple, mais une littérature qui s'adresse à tous. Jusqu'ici nos plus grands écrivains, héritiers d'une tradition savante, disciples des Grecs et des Romains, n'ont pu être entièrement goûtés que du petit nombre. La Fontaine et Molière font presque seuls exception. Mais leur vocabulaire a un peu vieilli, et ils vivaient dans un siècle bien différent du nôtre. Dans une République éprise des souvenirs d'Athènes^ on doit se rappeler que les poètes et les historiens athéniens écrivaient pour tous les citoyens ; les savetiers autant que les financiers contribuaient à donner la gloire. Les Allemands ont formé pour les plus modestes écoles et pour les plus humbles foyers des recueils de chants et de poésies qui nous manquent, et que peut-être nous ne saurions comment remplir. La
Marseillaise ne suffit pas ; encore est-elle ignorée de la plupart de ceux qui Tentonnent, et qui n'en savent que le premier couplet^ En 1891, on s'applique à combler cette lacune. Les poètes ne se contentent plus d'un public délicat et restreint ; les historiens se piquent, comme les orateurs, de parler de la France à tous les Français, et le succès couronne les efforts des écrivains qui cherchent à retremper la langue plutôt qu'à la raffiner. Les belles-lettres ellesmêmes doivent se plier à la démocratie, et les plus fins critiques ont prouvé qu'elles y gagnaient.
Mais ce n'est pas, on le sait bien, par des leçons écrites ou orales que se forme une jeunesse militaire. Le jour où il entre à l'école, l'enfant y trouve l'image de l'ordre et de la discipline. L'instituteur, s'il est jeune, est un ancien sous-officier. Il n'aura pas à prêcher sur ce texte étrange : « Défendre son pays eét un honneur auquel je me suis soustrait. » Les écoles normales étaient jadis un refuge contre la conscription ; maintenant leurs élèves forment de véritables compagnies d'élite; la gymnastique surtout y est cultivée avec zèle.
Les commissions scolaires qu'élisent les habitants de chaque commune comptent toujours parmi leurs membres d'anciens militaires. L'officier en retraite s'intéresse vivement aux exercices des écoliers. Il porte envie à ses successeurs, qui n'auront plus à dégrossir d'ignorants conscrits. Il prête à l'instituteur l'appui de son autorité, de ses conseils, et son concours le plus actif : il prend plaisir à commander, à passer de petites revues, à distribuer l'éloge et le blâme. Ceux qui ont donné au drapeau le printemps et Tété de leur vie ne se désintéressent pas de la sécurité et de la grandeur du pays parce qu'ils ont
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acquis le droit au repos. Quoiqu'ils aient payé leui dette, ils veulent encore rendre des services. Volontiers le passé aide à former l'avenir. Le zèle pour Téducation des enfants est la plus belle parure de la vieillesse. Ceux qui ont connu les humiliations de la défaite et de la captivité, et que leur âge condamne à ne point jouer leur rôle dans le drame de la revanche, se consolent en pensant qu'ils contribuent à en former les acteurs.
Pendant les premières années d'étude, on se borne à apprendre aux enfants à marcher au pas, à s'aligner, à exécuter les mouvements les plus simples. Le maître de gymnastique évite les tours de force violents ; il ne s'agit pas de former des clowns. Il suit les avis des plus sages hygiénistes, avis consignés dans une brochure partout répandue, et qui fait autorité.. Les élèves se disputent entre eux le prix de la course et du saut. Il va sans dire que l'école est saine, claire, bien aérée, entourée à la ville de cours et de préaux, à la campagne de jardins. L'après-midi du jeudi est consacré à une promenade. Le dimanche, quand le temps le permet, les enfants font l'exercice sur la place publique, sous les yeux des parents. Plusieurs fois chaque année, les diverses écoles d'une ville, ou les écoles de plusieurs villages voisins, concourent ensemble pour le prix d'instruction militaire. Une commission de vétérans juge les concurrents, donne les places, apprécie les progrès de chaque compagnie. L'émulation s'empare ainsi des familles elles-mêmes. On ne voudrait pas appartenir à une commune dont les habitants auraient la réputation d'être lourds, gauches et mous.
A partir d'un âge déterminé par la loi ou le règlement, les enfants reçoivent des fusils. Chaque école
possède un petit arsenal confié à la garde de l'instituteur, mais les élèves sont aussi responsables de leurs armes ; on leur apprend à les soigner, à les démonter^ à les nettoyer; la négligence sur ce point est considérée comme une faute grave, ^acquisition d'une si grande masse de fusils scolaires a coûté assez cher à l'État ; mais l'entretien est pour le budget municipal une charge assez légère. Une dépense permanente qu'on supporte pourtant avec résignation, c'est l'achat des cartouches pour le tir, car, dès que le futur soldat sait manier son fusil, il apprend à s'en servir. Il n'y a point de commune qui n'ait un stand. Si l'instituteur ne peut s'acquitter de cette tâche, c'est un ancien militaire qui préside aux exercices de tir. Quand un enfant fait preuve d'une extrême maladresse, on en recherche la cause ; peut-être la médecine saura-t-elle y remédier. Les concours sont fréquents. Il y a des prix pour les jeunes gens du même âge; il y en a pour les jeunes gens de tout âge. Point de grande fête religieuse, nationale ou patronale, que ne rehaussent ces joutes ; la France n'envie plus rien à la Suisse.
On ne laisse pas plus ignorer aux enfants les obligations que leur impose la loi du recrutement, ni les règles du service, les devoirs du soldat, que les bases de la constitution, les droits et les fonctions du citoyen. D'ailleurs l'école est à beaucoup d'égards une image du régiment, image adoucie, adaptée à des âmes tendres et à des corps faibles. Les récompenses et les châtiments ont souvent un caractère militaire; il y a des grades, l'ordre du jour, le peloton de punition, dans les promenades. Le sentiment du respect est cultivé de bonne heure; l'instituteur joint à l'autorité que lui donnent son âge, son instruction^
la délégation des familles, celle qu*il tient de la loi. Il n'est pas seulement le maître, il est le chef. Il ne se borne pas à enseigner, il commande.
Quand l'enfant sort de l'école, il a appris du métier militaire tout ce que l'on en peut apprendre sans fatigue. Mais, s'il est déjà instruit, il n'est nullement entraîné. On n'a pu ni l'habituer, ni même le préparer aux longues marches, aux durs labeurs, aux privations que le soldat doit supporter sans perdre ses forces ni même sa gaieté. Il n'est pas encore bon tireur; il n'a manié qu'une arme légère, qu'un fusil en miniature; le vrai fusil de guerre ne lui est pas familier. Six ou sept années s'écouleront entre la fin des études primaires et l'entrée au régiment. C'est de quoi oublier beaucoup. Pendant ce trop long intervalle, notre élève guerrier va perdre les habitudes qu'on lui a données ; ses membres assouplis par la gymnastique se raidiront dans l'attitude que lui imposera un métier sédentaire, ou prendront dans une usine le pli d'un mouvement machinal. Instruire n'est i pas tout, il faut entretenir l'instruction. lien est de même pour le cœur, pour l'esprit, pour le corps.
L'adolescence est un âge glissant. C'est pendant cette période de la vie que les caractères se forment ou se dépravent. Jusqu'au sortir de l'école, l'enfant, plus docile, est l'objet d'une sollicitude plus active. L'État veille à ce que les parents fassent leur devoir, en même temps qu'il les décharge d'une partie de leur devoir. Va-t-il retirer à la fois au futur citoyen ses leçons, sa protection et sa surveillance? Souffrira-t-il que son œuvre soit défaite par la négligence ou la fatalité? Si le principe du laissez-faire n'est pas applicable aux Français de sept à douze ans, sera-t-il inviolable de douze à vingt? Si l'on exige que l'homme
soit pourvu d'une instruction élémentaire, ne peut-on exiger qu'il soit pourvu d'un métier ? On lui a fait apprendre à lire, à écrire, à compter; ne tiendra-t-on pas à ce qu'il apprenne aussi à travailler?
Certes, la question est grave; car, une fois qu'il n'a plus affaire à lïnstituteur, Tenfant n'offre plus de prise, si ce n'est comme élève soldat. Aussi le législateur a-t-il longtemps hésité. Enfin il a pris nn parti. Il a étendu sur l'adolescent la main de l'État. Il a institué pour les futurs défenseurs de la patrie des exercices périodiques et obligatoires, de treize à vingt ans; il a pris sous sa surveillance l'achèvement de leur éducation. Du jour où l'enfant a été inscrit sur les listes civiques jusqu'au jour où l'homme mûr sera libéré de l'impôt du sang, l'État ne doit pas le perdre de vue.
Les exercices militaires conduisent par degrés des jeux de l'école aux travaux du régiment. Tous les dimanches, au moins pendant la belle saison, les éphèbes de chaque commune sont convoqués sur la place publique, d'où on les mène au champ de tir et au gymnase. Les promenades deviennent plus longues et au besoin plus fatigantes. A partir de dix-huit ans, nos vélites sont soumis à un véritable entraînement ; on leur fait porter le sac et le fusil des troupes. Pendant ces deux dernières années, les périodes d'exercice vont jusqu'à huit jours. La discipline est presque aussi rigoureuse que sous le drapeau ; les marches prolongées, les nuits passées sous la tente ou en plein air, l'existence en commun, l'imitation des grandes manœuvres, tout reproduit l'image de la vie militaire. En cas d'invasion, on trouverait là une réserve de deux classes entières.
Pour assurer l'exécution de la loi, il a fallu de nou-
veaux rouages, de nouveaux pouvoirs. Les écoliers obéissaient à Tinstituteur, secondé par la commission scolaire. L'adolescent relève d'une double autorité. Son instruction militaire est dirigée par les officiers de l'armée territoriale, auxquels sont soumis des adjudants et des sous-officiers communaux, qui appartiennent également à l'armée territoriale. Hors des rangs, le futur citoyen n'est pas pour cela livré au hasard : la puissance paternelle est à la fois soutenue et contenue par la puissance publique. Dans chaque commune, le sufTrage universel désigne un conseil des anciens. Le maire en est le président désigné ; l'instituteur, le sous-officier instructeur, les officiers ou adjudants de l'armée territoriale qui résident dans la commune, en font partie de droit. Les autres membres sont des pères de famille choisis au scrutin parmi ceux dont les fils ont accompli régulièrement tous leurs devoirs envers la France. Ce conseil est chargé de présider à l'achèvement de l'éducation.
Les adolescents doivent faire l'apprentissage d'un métier; le conseil des anciens s'assure qu'ils ne sont ni livrés au vagabondage et à l'oisiveté, ni condamnés à des travaux trop fatigants pour le.ur âge, ni exploités par des chefs d'industrie dans des emplois qui arrêtent le développement de leur corps ou de leur intelligence. L'immoralité dans les ateliers est réprimée par des amendes infligées au chef d'industrie ou à ses collaborateurs responsables.
L'adolescent doit suivre des cours de perfectionnement, lire des livres dont il donnera l'analyse. A cet égard on tient compte des lieux, des besoins et des moyens. L'instruction complémentaire est plus développée à la ville qu'à la campagne, où les travaux agricoles laissent si peu de loisirs.
La surveillance des anciens s'étend sur les débits de boissons. Ils président aux fêtes publiques. Une des attributions les plus importantes de cette magistrature consiste à assurer le respect de l'autorité paternelle.
Les anciens peuvent infliger aux délinquants les peines de la réprimande en conseil, de la réprimande publique, le dimanche à l'heure des exercices, de l'affichage sur le mur de la maison commune. Pour juger les délits plus graves, un tribunal de famille est institué au chef-lieu de canton. Il est présidé par le juge de paix, et comprend un délégué de chaque conseil des anciens. Devant ce tribunal comparaissent les chefs d'atelier accusés d'avoir négligé leurs devoirs envers les apprentis et les jeunes ouvriers ; les parents responsables des délits ou des manquements de leurs enfants ; les adolescents qui ont commis une des fautes prévues par la loi qui règle les devoirs de leur âge, ceux qui se sont soustraits à l'autorité paternelle. Contre les parents ou les chefs d'atelier, le tribunal de famille ne peut prononcer que des condamnations à l'amende. Le taux de l'amende varie en raison composée de la nature et de la gravité du délit, de la fortune du délinquant Aux adolescents on ne peut infliger ni une amende, puisqu'ils ne possèdent pas, ni la prison, qui est, surtout pour leur âge, une école de perversité. Le coupable est d'abord averti, et placé en conséquence sous la surveillance de ses parents, du maire, des anciens. S'il se montre incorrigible, s'il tombe dans le vagabondage, s'il commet des attentats à la propriété, s'il vit en dehors de la famille sans pouvoir rendre compte de ses moyens d'existence, s'il se révolte contre l'autorité paternelle, il peut être envoyé dans une colonie agricole en
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France ou en Algérie. Lorsque les tribunaux correctionnels auront prononcé une peine contre un adolescent, il sera de droit cité devant le tribunal de famille, qui statuera sur les moyens à employer pour son amélioration.
Si le conseil des anciens ou le tribunal de famille négligent leurs devoirs, les maires, les juges de paix, les procureurs de la République peuvent saisir les tribunaux correctionnels. Les conseils négligents seront dissous et soumis à la réélection. Si deux dissolutions se succèdent, à moins de deux ans dlntervalle, les attributions du conseil où du tribunal dissous seront confiées pour un temps à une commission de discipline composée d'officiers et de soufe-officiers en retraite, et nommée par le lieutenant-colonel de l'armée territoriale. On n'oublie jamais que la surveillance exercée sur les adolescents a pour objet principal d'assurer la défense du pays.