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Faire en sorte de ne pas infecter sa femme

Par quels contacts et comment un mari infectet-il sa femme ?. . Par les rapports d'appareil génital à appareil génital, et par les rapports de bouche abouche.

Eh bien ! je me fais fort de démontrer que s'il le veiit^ s'il peut le vouloir^ un mari syphilitique est parfaitement maître, tout en remplissant son rôle de mari, d'épargner à sa femme toute chance de contagion. — Veuillez suivre mon raisonnement.

L'acte conjugal se compose du principal et des accessoires, n'est-il pas vrai ?

Or le principal est réalisé de la part de l'homme, par un organe aisé à examiner dans toute sa surface, qui ne saurait par conséquent avoir aucune lésion sans que cette lésion soit aperçue par le malade, s'il a été convenablement initié, et lui impose une continence, qui d'ailleurs, ne sera que momentanée, — l'appareil génital.

Les accessoires sont réalisés de la part de l'homme, par un appareil creux, sinueux, profond, à replis multiples ; c'est-à-dire explorable en grande partie sans doute, mais de l'intégrité totale duquel, dans certaines circonstances, ni le malade, ni le médecin ne sauraient répondre avec pleine certitude, — la bouche.

En somme, le principal... est le principal :

c'est-à-dire, qu'il ne pourrait être indéfiniment

suspendu sans péril pour la paix du ménage !... Eh bien ! la configuration de son organe exécutif permet de pourvoir sans danger à ce desideratum.

Inversement, l'organe exécutif des accessoires recèle dans quelques cas un danger contre lequel rien ne peut mettre en garde ! . . . Mais les accessoires ne sont que des accessoires. Et le créancier qui vient de recevoir son capital en bonnes espèces sonnantes se plaint-il jamais de ce qu'on lui retient les centimes ! Eh mon Dieu ! la créancière ne se montre guère plus exigente. Le tout est de savoir la prendre I

Ceci posé, il s'agit maintenant d'expliquer comment on reconnaîtra, soit sur V appareil génital^ soit sur V appareil buccal^ les lésions contagieuses qui peuvent y apparaître à tout instant de la période secondaire. Mais cette description ce n'est pas pour le médecin qu'il faut la tracer. Le médecin connaît ces lésions; il sait les diagnostiquer quand on vient les lui soumettre. C'est pour le malade que je dois écrire, que je vais écrire. M. Fournier a dit excellemment : « Renseignez exactement le mari sur les dangers de cette contagion, dangers qu'il peut bien ne pas connaître, au moins d'une façon suffisante. Ne vous bornez pas à lui dire (comme on le fait généralement) qu'il peut être contagieux et qu'il devra s'abstenir de tout rapport avec sa femme au cas où il serait affecté de quelque symptôme syphilitique

Cela est trop vague. Insistez près de lui ; ne craignez pas d'entrer dans les détails, car la chose en vaut la peine... »

Certes, effectivement la chose en vaut la peine ; et tellement que, même écrit de son habile main, le précepte de M. Fournier ne saurait, s'il n'est pas développé ainsi que je vais le faire, y pourvoir de façon suffisante. Le meilleur et le plus complaisant des praticiens y perdrait son temps. Ce n'est pas en un quart d'heure de consultation qu'on parviendra à décrire au malade tous les endroits où une lésion nuisible peut se produire, et lui indiquer à quels signes il reconnaîtra le caractère contagieux ou inoffensif de chacune d'elles. Et même prît-il la peine de faire un tel exposé, le médecin est sûr que, au bout d'une demi-heure, celui à qui on vient de le faire entendre en aurait entièrement perdu le souvenir ou n'en retiendrait que des bribes propres à lui constituer un fond de savoir plus pernicieux que profitable.

Donc ce tableau doit être écrit, écrii à cette place, et écrit pour le client, en un style que le client le moins lettré soit apte à comprendre. Ne craignons pas d'abaisser la dignité de la science : ce n'est que sous un vêtement vulgaire qu'elle peut ici rendre service. Laissons, si vous voulez, les cellules endothéliales en compagnie des cellules rondes migratrices j — si elles ont pu les rejoindre dans leur course, eût dit mon vieux Jean Paul, —

et causons, pour le moment simplement plaques, croûtes, boutons, voire humeur et enflure^ si Toccasion s'en présente.

Parties génitales. -7- ^n plein gland ^ tout ce qui chez un syphilitique est écorché^ tout ce qui donne de r humeur ou de teau interdit absolument, tant que cela dure, de voir sa femme. Quelques personnes sont sujettes à des boutons dHéchauffement^ et se rassurent parce que ces boutons viennent à intervalles réglés ; parce qu'ils passent d'euxmêmes, sans remèdes, en 5 ou 6 jours ; enfin parce qu'ils existaient déjà, avaient déjà l'habitude de paraître, et de la même manière avec les mêmes caractères, avant que le malade eût la syphilis... Rien de tout ceci ne mérite absoulument de rassurer. Depuis que la syphilis existe chez ce malade, ses lésions, qui se manifestent à chaque instant, peuvent fort bien être prises pour ce mal bénin. Dans tous les cas, ses lésions peuvent mêler leur produit contagieux au produit non contagieux des boutons d'échauffement. Donc, obligatoirement, dans le doute il faut s'abstenir.

Qu'il en soit de même, pour de toutes petites lentilles^ à couleur cuivrée, sans douleur, sans démangeaison, qu'on aperçoit au nombre de 3 ou 4, groupées ou non groupées, sur le gland. Elles sont sèches^ cela est vrai, et comme telles ne peuvent rien donner. Mais, prenez garde : en une

nuit, que dis-je en quelques heures, il arrive parfois qu'elles deviennent humides, el, comme telles, empoisonnent la femme avec laquelle, trompé par Faspect rassurant de ces lentilles , un mari croyait pouvoir avoir des rapports en toute sécurité. — Voyez, à ce sujet, dans l'ouvrage de M. Fournier, page 170,' une histoire vraiment effrayante. Si je ne l'analyse point ici, c'est parce que je veux que chacun de ceux qu'elle intéresse, c'est-à-dire vous tout le premier, mari ou fiancé syphilitique qui me lisez, vous en méditiez l'avertissement pris dans le texte même du livre de notre savant confrère !

Les bords de Couverture de Vurèthre sont quelquefois enflés, durs. Quoique cette enflure soit sans douleur, il se peut que, en serrant cet endroit entre les doigts, on détermine un léger écoulement de sang. Or, tout ce qui saigne est contagieux : ne l'oublions pas pour ce faible engorgement, qui ne résulte en général que du trouble apporté à la circulation par une induration ambiante.

La rainure du gland, par les fréquents mouvements dont elle est le siège, donne sujet à la même remarque. Rien de plus commun que de voir cette région se couper, se déchirer par l'effet du coït. — En outre, on y observe, soit des plaques circonscrites arrondies, suintantes, soit de

simples dépolissures, soit de petites ulcérations,

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soit des saillies végétantes. Toutes ces variétés de la plaque muqueuse, quelle que soit leur bénignité apparente, rendraient les rapprochements dangereux. — Plus grand encore serait le danger si cette disposition à se gercer, ou si ces lésions existaient au filet ^ partie qui, dans le coït, subit la principale distension.

Le limbe du prépuce, en d'autres termes le contour de Touverture préputiale, n'est guère exposé qu'à se fendiller dans les efforts que ce contour, quand il est trop étroit, a à subir durant les efforts de certains coïts. Or le moindre fendillement . est périlleux, chez un syphilitique, quand il donne lieu à du saignement.

Entre la racine de la verge et la naissance des bourses, il est un endroit où se voit assez souvent une plaque cuivrée, couverte d'une mince croûte. Et comme cette croûte se détache très aisément, presque fatalement par le frottement du coït, et que la partie que cette croûte recouvrait se trouve alors en contact avec la fourchette^ partie très vulnérable des organes génitaux féminins, il s'en suit que cette petite plaque, qui semble se cacher sous la verge, est souvent l'agent méconnu de la transmission syphilitique du mari à la femme.

Il en est de même de petits boutons dhumeur (acnés syphilitiques) qu'on voit parmi les poils du pubis. La pression qu'ils éprouvent durant le

coït, en crève le sommet, ou, si une croûte s'est déjà formée, détache cette croûte, et le liquide contagieux, ainsi mis en liberté, peut opérer la contagion sur les organes de la femme.

Les lésions syphilitiques les plus communes des bourses sont de toutes petites et toutes superficielles plaques, de quatre à cinq millimètres, bien circonscrites. On les observe tantôt à vif, l'épiderme seul manquant, tantôt recouvertes d'une mince pellicule à peine croûteuse, assez peu adhérente. On les distingue de l'eczéma en ce que les plaques de celui-ci sont larges, diffuses, non circonscrites, sans contour régulier ; offrant des traces de coups d'ongle (signe du prurit qui les accompagne) ; reposant sur une peau épaisse hypertrophiée, pour peu que l'affection soit ancienne. Enfin l'eczéma des bourses coïncide ordinairement avec un eczéma anal, son compagnon obligé et frère aîné. Je n'ai pas à dire le risque contagieux qui s'attache à ces presqu'imperceptibles plaques des bourses, qui ne sont en général qu'au nombre de deux et occupant chacune l'un des côtés, droit et gauche, là où la pression contre les vêtements est la plus forte.

Voici, pour les parties génitales, le signalement des lésions secondaires les plus ordinaires et les plus dangereuses sous le rapport de la transmissibilité. Examinons maintenant celles, assurément beaucoup plus nombreuses, qu'on

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trouve dans l'autre foyer de la contagion syphilitique des ménages.

Bouche. — Défiez-vous d'abord de certains boutons du menton^ surtout quant ils occupent le pli qui sépare le menton de la lèvre. Que Thumeur se voie en nature à leur sommet, dans une pustule, ou qu'elle soit desséchée sous forme de croûte à leur surface, ces boutons peuvent donner du mal lorsque, étant pressés sur les alentours de la bouche de la femme dans un baiser prolongé, Fhumeur qu'ils laissent échapper se met en contact soit avec quelque acné excoriée de la femme (acnés si communes dans cette région), soit avec quelque déchirure de la lèvre.

Les lèvres sont dangereuses par leurs bords, parleur angle (commissure), parleur face interne. Sur le bord^ ce sont des fendillements soit à vif, soit saignants, soit écailleux ou croûteux, qu'on se plaît à attribuer au froid, et qui doivent éveiller le soupçon et conseiller Tabstention s'ils apparaissent Vété^ chez un syphilitique^ et s'ils durent jo/ws de dixjours^ quoique le malade ne les irrite ni avec les ongles, ni du boutMes dents.

Quant à l'angle des lèvres^ c'est une région où, à part chez les enfants lymphatiques et malpropres, il ne vient guère de bobo, même des plus petits, sans qu'on soit autorisé à le regarder comme syphilitique. Quand je vois partir de chaque commissure une fente transversale, ou trois

fentes qui divergent en s'avançant du côté de la joue, ces fentes là ont beau être linéaires, sans profondeur, sans coloration caractéristique, mon œil y lit la syphilis aussi clairement que sur la papule cuivrée classique. On peut le dire sans exagération : ici, c'est la région qui fait le diagnostic. Et j'ajoute que ces gerçures situées de manière à s'entrouvrir au moindre mouvement des lèvres recèlent une source de contagion incessamment menaçante.

La face interne des lèvres offre souvent des plaques tantôt absolument planes, tantôt à peine saillantes, rondes ou ovales, de 5 à 8 ou 10 millimètres, de coloration tantôt blanchâtre, tantôt d'un rouge vineux. Elles siègent de préférence au niveau des dents canines^ ou bien de toute autre dent dont la couronne ébréchée est une cause adjuvante pour la production de celle lésion. On comprend que, n'étant pas recouverte par de la salive, que s'appliquant avec force durant les baisers sur une partie, sur des tissus exactement similaires de la femme, ces plaques engendrent aisément le chancre labial, lequel est en effet le plus commun des chancres buccaux.

Un syphilitique prudent doit examiner de sa langue la pointe, les bords, le dos et le filet. — Quant au premier de ces quatre endroits, on n'y Toit parfois qu'une légère saillie encerclant transirersalement la pointe de l'organe, sous forme de

crête, ou même seulement d'une série d'aspérités fort peu perceptibles, d'un rouge à peine distinct de la couleur des parties voisines. Mais le malade interrogé vous a-t-il répondu que le contact d'une feuille de salade éveille en ce point une cuisson sensible? Eh bien ! si en y passant vivement le bout du doigt vous déterminez quelque chose d'analogue à cette sensation, alors méfiezvous : la vérole ne peut se voir là, mais elle s'y devine ; elle y est.

Sur les bords de la langue^ je signale deux ou trois fissures verticales, le plus souvent n'existant que d'un côté, simplement rouges, ou pins ordinairement ulcérées superficiellement. Elles sont en général un peu érosives, et quand elles ont duré quelque temps, le contour des bords linguaux, contour net et sans interruption à l'état normal, paraît avoir subi sinon une perte de substance, du moins une dépression qui, restant souvent ineffaçable malgré la guérison de la lésion, constitue un bon signe de l'existence d'une syphilis ancienne. Ces fissures correspondent souvent, elles aussi, à quelque rugosité dentaire, à quelque racine proéminente.

Sur le dos de la langue^ on observe quatre sortes de lésions : a, sept ou huit plaques disséminées, larges de 4 à 6 millimètres, de couleur framboisée, sans profondeur, à surface lisse, dépourvue des papilles qui donnent au dos de la

langue son aspect velouté (lésion très commune) ; — ô, quelques petites ulcérations ayant la forme et la profondeur d'un coup d'ongle^ à fond d'un blanc de suppuration ; — c, de larges cercles colorés en rouge, le centre restant intact (syphilide érythémateuse annulaire) cercles qui assez souvent occupent à la fois le dos et un bord de la langue ; — rf, en arrière et au milieu de l'organe (lieu d'élection pour cette lésion) une surface d'un centimètre environ de diamètre occupée par des couches d'épiderme stratifiées, formant là une saillie aplatie dont l'aspect lobuleux, mamelonné, rappelle celui des végétations.

Le filet de la langue a assez souvent une éraillure transversale, superficielle, unique, qu'on reconnaît surtout à une turgescence presque constante de ses bords. Là, comme pour les fissures de l'anus, l'enflure ambiante qui, au premier abord, masque la plaie à l'observateur est justement ce qui lui en fait soupçonner l'existence et découvrir le siège, tant elle constitue un indice pathognomonique de sa présence.

Sur la voûte du palais^ quelques points, soit rouges, soit un peu exulcérés, sans siège de prédilection ; en général superficiels tant qu'on n'en est qu'à la période secondaire, mais que le malade ne méconnaît point à cause de la sensation que les aliments déterminent en passant sur le point entamé.

Les lésions qui se développent autour de la dent de sagesse en voie dévolution, ne sont que rarement syphilitiques. Mais dans le doute, il est néanmoins prudent de les considérer et de les traiter comme telles, lorsqu'elles se développent chez un syphilitique et surtout lorsqu'elles coexistent avec d'autres lésions syphilitiques de la bouche.

Toutes les lésions que je viens d'esquisser, génitales comme buccales, ont ce caractère commun de tomber sous les sens. Quelque peu habitué qu'il soit aux choses médicales, le malade peut donc les apercevoir, en reconnaître la nature, et ordinairement leur appliquer lui-même la médication locale.

Il n'en est plus ainsi de celles qu'il nous reste à décrire, des lésions de l'arrière-bouche. Ce n'est pas que leur signalement offre de grandes difficultés. On peut le tracer d'un mot; car ce signalement, comme celui de nos anciens passe-ports, comprend son signe distinctif. En dehors de certaines ulcérations, d'ailleurs très aisées à diagnostiquer, toutes les fois que vous verrez sur les bords du voile du palais, sur la luette ou les amygdales, soit en plaques, soit diffuse, une coloratioîi opaline ^ rappelant par sa nuance celle de la vessie natatoire despoissons ou de l'épiderme macéré parl'application prolongée d'un cataplasme chaud, toutes les fois, dis-je, que vous verrez cette coldratioa

prononcez, sans hésiter, qu'il y a là une lésion syphilitique, et par conséquent le foyer d'une contagion possible.

Mais telle qu'elle se manifeste ainsi au médecin, cette lésion se dérobe très aisément au malade. L'examen de la région lui donne, il est vrai, de meilleurs résultats lorsque, pour le faire, il s'est assis sur un tabouret, le dos tourné à une croisée, d'une main tenant le miroir, d'un doigt de l'autre main abaissant la langue. Le plus souvent, placé ainsi, il découvre la lésion qui existe. Mais quand il n'en découvre point, peut-il affirmer qu'il n'en existe pas, et se conduire en conséquence, c'est-à-dire en mari ?... C'est là le point important, on ne peut plus important pour la sécurité des familles. Certaines plaques érosives qui siègent au-dessous de la loge amygdalienne échappent absolument par leur situation profonde à l'exploration telle que nos clients peuvent la pratiquer. Ce qui augmente encore, en pareil cas, l'illusion du malade, c'est que la douleur, dans cette région-là, n'est qu'un guide très infidèle pour lui donner l'éveil sur la présence du mal, pour le renseigner sur l'endroit où ce mal existe. Rien de moins douloureux que les plaques muqueuses amygdaliennes : quelquesunes ne le sont pas du tout, à aucun degré. Et rien de plus confus que le genre de sensibilité qu'elles pro*quent, quand elles en provoquent, chez ce-

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lui qui en est atteint. On commettrait d'aussi singulières que fréquentes méprises si Ton se fiait à l'indication que le patient vous donne d'après ce qu'il éprouve. J'en vois communément m'affirmer qu'ils souffrent de l'amygdale gauche, quand c'est sur la droite que je vois la lésion (l'amygdale gauche étant saine) ; et en réalité, — preuve manifeste qu'ils se trompaient, mais preuve qui ne se recueille qu'après coup — être soulagés après que j'ai cautérisé l'amygdale droite.

Le malade sachant maintenant dans quels lieux et sous quelle forme se présente ordinairement la lésion, agent possible de contagion, comment doitil faire pour échapper au danger qui en résulte ?

Deux choses :

1* Traiter ces lésions de façon à les guérir le plus vite possible, et, en attendant, à les rendre encore plus vite inoffensives pour la personne qui est exposée à en subir le contact ;

2* Simultanément prendre toutes les précautions nécessaires pour que ce contact n'ait pas lieu, ou, si l'on ne peut l'éviter, pour le rendre le moins prolongé, le moins intime que possible.

Et d'abord, quant à la thérapeutique, beaucoup de médecins regardent comme nécessaire et quelques-uns comme suffisant d'instituer un traitetement mercuriel interne.

Si ce traitement est nécessité par la coexistence de quelques autres lésions, je ne refuse pas de le prescrire ; mais je déclare ici de nouveau que cette médication, par quelque voie, à quelque dose qu'elle soit administrée, ne m'a jamais montré par des résultats appréciables qu'elle eût le moindre pouvoir soit pour abréger le cours des plaques muqueuses, soit pour en empêcher l'extension, soit pour en prévenir les retours. Sur ce point, mon affirmation, jadis traitée d'hérésie, est restée, à mes yeux, ce qu'elle était déjà il y a trente ans, l'expression d'une vérité désolante mais incontestable. Et je vois avec plaisir qu'elle commence à recueillir quelques adeptes de haute valeur (Cornil, JuUien) aussi convaincus que moi. Dans tous les cas, on n'en est plus au vieux précepte qui florissait encore au temps de mon entrée dans la pratique : « Bornez-vous au traitement interne, disait-on ; gardez-vous d'y ajouter des topiques. Car ils opéreront une prompte guérison ; et, l'accident local ayant disparu, vous n'aurez plus de guide pour savoir combien de temps le traitement interne doit être continué ! »

La médication locale, au contraire, est toutepuissante contre cette classe d'accidents. Sans vouloir en détailler ici les agents, disons que, pour réussir, ils doivent s'adapter à la constitution anatomique du tissu qui sert de support à la lésion. En effet les agents varieront suivant que le

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siège des plaques muqueuses est, soit la peau, soit une membrane muqueuse, soit un segment du tégument tenant le milieu entre ces deux systèmes organiques (aine, bourses, rainure du gland, pli génito-crural).

Dans le premier cas, après avoir, s'il y a lieu, détaché les croûtes, on pratique sur la surface dénudée des frictions avec une pommade mercurielle, jusqu'à ce que les frictions aient produit un peu de cuisson : alors on les cesse, et la guérison ne se fait pas attendre.

Dans le second cas, on touche avec une allumette ou un pinceau imbibés de nitrate acide de mercure. Si, au bout de 5 ou 6 jours, la plaque n'est pas guérie, on réitère, sans plus attendre, cet attouchement.

Pour le troisième cas, rien d'efficace, d'expéditif, de merveilleux comme la classique formule de Ricord : deux lotions par jour avec la liqueur de Labarraque, chacune immédiatement suivie de l'application de poudre de calomel.

Les lésions secondaires de l'arrière-bouche méritent une mention spéciale. J'ai dit que le malade n'est point en mesure de les découvrir. Il n'est pas moins hors d'état de les traiter, de les cautériser lui-même. Aussi, s'il est prudent, s'il est simplement honnête homme, le mari qui a été une fois touché par la syphilis gutturale devra-t-il fréquenter son médecin avec une assiduité dont celui-

ci fera bien d'adoucir les conditions pécuniaires afin de la rendre plus effective en la rendant moins onéreuse. Avoir un médecin attaché à sa personne — et ce serait presque le cas pour répoux sifphîli tique jaloux de remplir tous ses devoirs — ne rentre pas dans le budget de tous nos clients. Si donc Vaugvsta rcs les empêche parfois, malgré leur bon vouloir, de venir à nous, ne soyons pas plus formalistes que Mahomet et faisons la moitié du chemin.

Deuxième indication : Tant que le mal existe, éviter les occasions de mettre la surface contagionnante en rapport avec la surface absorbante féminine.

Quelques maris, sur ce point, sont timorés à l'excès... pour tant d'autres qui ne le sont que tout juste. Us croientpouvôir infecter leur femme, simplement en passant la nuit côte à côte avec elle. Ils vous demandent sérieusement s'ils peuvent quitter leur caleçon. Ils pensent l'exposer en l'embrassant sur le front !... *

Tenons-nous-en aux réalités : il y a bien assez de besogne. Le danger n'existant que par le contact intime, prolongé, soit des lésions génitales, soit des 1 ésions buccales, il ^ a lieu de dédoubler ce chapitre, de déterminer le régime, le rôle, les privations à imposer au mari relativement au fonctionnement de l'un et de l'autre de ces deux appa-

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reils, lorsqu'ils sont atteints de lésions syphilitiques.

1"* Les organes génitaux de Thomme ont été créés pour engendrer. Ils n'ont aucune attribution connexe. Aussi est-ce l'acte reproducteur luimême qu'ilfautsupprimertantquecesorganes sont malades. Il faut s'abstenir du coït, du coït même incomplet. Toute tentative, tout simulacre, durant lesquels les endroits malades de l'appareil génital masculin risquent de rencontrer, non seulement l'intérieur, mais même les alentours de l'appareil génital féminin, doivent être sévèrement proscrits. Car d'abord un simple contact entre ces points-là peut causer l'infection. Puis, une seule cartouche brûlée, le soldat se grise de l'odeur de la poudre. Qui ne sait par quel invincible instinct on est conduit, une fois les parties en présence, à convertir en acte complet et complètement dangereux l'attouchement qu'on avait bien résolu, qu'on s'était juré à soi-même de renfermer dans les innocentes limites d'une insignifiante caresse !

Donc abstenez-vous ; et abstenez-vous non pas jusqu'à ce que vous vous jugiez-vous même guéri,, mais jusqu'à ce que le docteur ait prononcé après examen minutieux, et renouvelé s'il le faut, que la guérison est solide, qu'elle peut braver toute épreuve.

Quelques personnes regardent le rapproche-

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ment sexuel comme inoffensif pourvu qu'il soit infécond: préjugé absurde mais assez répandu. N'attendez pas, pour le réfuter, qu'il se produise. Allez au devant, et tout en restant décent, soyez technique, soyez clair dans cette explication nécessaire. Ne la terminez point sans vous assurer qu'elle a été comprise.

2** L'appareil buccal, lui, sert à toute autre chose qu'à embrasser. Mais, j'y pense : honni soit qui mal lui prête ! Nous sommes en ménage^ ne l'oublions pas, en légitime et pur ménage. Personne rie me soupçonnera donc de faire allusion à d'autres usages qu'aux actes naturels de boire, parler, fumer, serrer entre les lèvres un objet quelconque que quelqu'un va ensuite porter aux siennes...

Avant tout, le mari qui a mal à la bouche^ en un point quelconque de la bouche^ ne doit plus embrasser sa femme qu'avec ménagement. Et voici comme je l'entends. Si les plaques n'occupent que la langue, à plus forte raison que l'arrièrebouche, je tolère le baiser 5wr les lèvres, mais passager et, bien entendu, seulement de lèvres à lèvres. Le mari, au contraire, a-t-il une plaque sur le bord ou en dedans de la lèvre ? La joue, le front, le cou de Madame lui sont seuls permis.

Dans ce même cas de plaque muqueuse de la lèvre inférieure, à table, un petit artifice est nécessaire, et heureusement très aisé à exécuter,

afin d'éviter la contagion accidentelle. Au lieu de boire, comme on le fait d'habitude, en tenant le bord du verre, de la tasse, appliqué contre la face interne de sa lèvre inférieure, que le syphilitique appuie ce bord de l'ustensile contre la face externe de sa lèvre. De cette façon la lèvre, que nous supposons être malade, ne porte pas contre le verre ; elle plonge dans le liquide qu'il contient. Et le verre n'ayant pas été en contact avec la lésion contagieuse ne peut devenir l'agent d'une contagipn.

Ne laissez traîner rien de ce que vous avez tenu entre vos lèvres. Un enfant peut vouloir essayer, après vous, le piston, la clarinette de papa. Votre jeune femme aperçoit une cigarette inachevée : la tentation est forte, car l'exemple est contagieux. Hélas ! il ne le serait pas seul.

J'ai été obsédé, quatre mois durant, par les visites d'un colonel de mes clients. // croyait bien avoir vu sa toute jeune épouse prendre et porter, en cachette, à ses lèvres une tige de jasmin qu'il venait, lui, d'ôter de sa bouche encore mal guérie. Cet honnête homme pliait, littéralement courbé sous le poids du remords.

Il me faisait professer un cours quotidien de chronologie syphilitique ; m'interrogeait sur la date, la physionomie, la succession des premiers symptômes. N'osant m'amener sa femme, — ce que j'avais d'ailleurs positivement refusé, — il me

ménageait avec elle, sans qu'elle s'en doutât, des entrevues, des rapprochements journaliers, à la promenade, au théâtre, ne laissant pas passer un entr'acte sans, vite venir me demander': « Docteur , n'avez-yous rien vu ?» — Tant que dura mon observation, je le déclare, je n'aperçus rien, ne soupçonnai rien... de pathologique. Mais, sous d'autres rapports !...je n'eus pas besoin de dévisager plus d'une fois l'avenante personne pour comprendre que si le jasmin était resté stérile quant à la prolifération morbide, le cas aurait bien pu se présenter où il eût dû servir entre les deux époux de branche d'olivier!

Aussi que de fois, par la suite, ne fus-je pas tenté de répondre à l'incessante question du pauvre mari : « Et vous, colonel, avez-vous tout vu?»

Le mari en possession d'une syphilis buccale ferait sagement de ne plus fumer. A défaut du médecin, sa femme lui en saurait gré ; et ce serait là la moitié, la bonne, la plus efficace moitié du traitement. C'est ce que depuis tantôt quarante ans, je répète, à chaque visite, à tous mes clients. Quelques-uns me promettent : mais tous reviennent armés de cet argument devant lequel il faut bien s'incliner : » Eh ! docteur, que voulezvous que je fasse en voyage ? » Je dois cependant avouer que, depuis quarante ans, j'en ai vu sepl ou huit faire honneur à leur parole.

IL Faire en sorte de ne pas infecter ses enfants.

Il est bien entendu que si Ton interdit à un mari de cohabiter avec sa femme pendant qu'il est porteur de lésions contagieuses, c'est parce que, dans cet état, il est exposé à infecter à la fois sa femme qu'il touche et l'enfant qu'il engendrerait.

Lorsque le mari n'a plus de lésions, l'un de ces motifs cesse d'avoir sa raison d'être, mais l'autre subsiste entier; car nous savons que, chez un homme syphilitique, l'aptitude à procréer des enfants infectés persiste durant un certain temps après la disparition des manifestations spécifiques.

Que faire^ en pareil cas, ou plutôt quel conseil donner aux malades qui sont dans cette situation bien déterminée, c'est-«à-dire qui, ayant encore eu récemment ^^ mettons il y a quatre mois, — des symptômes de syphilis^ n'en ont point actuellement, et veulent avoir des rapports, nous montrant bien par leur attitude que, s'ils s'engagent devant nous à observer la continence, ils ne tiendraient vraisemblablement pas leur promesse ? Que faire ?

D'abord leur recommander lé coît infécond (1)

(1) A ce mot seul, une curieuse catégorie de clients; celle des syphilitiques bien pensants, se récrie et refuse. « N'insistez pas, docteur, me disent-ils : j'ai été élevé dans des principes religieux ; et ce serait pour moi un cas de conscience de tous céder sur ce

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et leur en indiquer le mécanisme ; mécanisme que je ferai suffisamment apprécier en disant qu'il donne des garanties de moins en moins sûres, selon que l'époux se résigne à en faire soit une question de lieu, — soit une question de contact médiat, — soit seulement une question de temps, ou pour mieux dire à! époque.

L'épouse ordinairement ne remarque pas ces petits stratagèmes. Mais quelques-unes, éclairées par leur mère ou par leur confesseur, s'en inquiètent et posant franchement la question, font parfaitement comprendre qu'elles désireraient une attitude plus correcte !... Dépister ces indiscrètes ne sera qu*un jeu pour le mari le moins retors : « De quoi vas-tu t'occuper, pauvre petite? Et qu'y connais-tu, je te prie ?» — « Tu te trompes^ ma bonne, va^ je t^assure. que je fais de mon mieux ; ce doit être ta faute à toi !» — « Crois-moi, ma chérie, profitons de notre jeunesse; vivons d'abord pour nous, en attendant que nous vivions bientôt pour nos enfants !» — « Tu sais que nous garderions le bébéi Commence donc par te forti-

pOint. » Sans pduvoir toujours cacher ce que j*éprouve de surprise à voir invoquer bes principes par une bouche qui en exhale de tbut autres : « Libre à vous, Monsieur, leur réponds-je. A c6lé du danger, J^avais cru bien faire de vous indiquer le remède. A Votre aise : mais en repoussant celui-ci, n^oubiiez pas que celuilà he vous menace pas vous tout seul ; et que s'il y a péché à vouloir du mal à son prochain, il y en a bien peut-être anssi^ autant que j'en puis juger, moi profane, à donner du mal à ses enfants I »

fier, si tu veux pouvoir le nourrir. » — « Ypensestu, ma mie ? Nous sommes au printemps : tes couches seraient en plein hiver, gare les rhumes pour le pauvre petit ! » Bref, le calendrier de nos invalides n'est pas moins riche que celui des vieillards ; mais rassurez-vous, ce n'est pas un calendrier perpétuel.

C'est au médecin, au médecin seul qu'il appartient de décider, après appréciation attentive des circonstances de la maladie, combien de temps ces précautions doivent être mises en œuvre : et ce temps nécessairement varie pour chaque client.

Mais, lorsque le moment est enfin venu d'y renoncer, lorsque d'un commun accord le malade veut aussi et le docteur permet, qu'il se hasarde à devenir père de famille, il y a encore des règles à observer pour entourer du plus grand nombre de garanties possible la procréation ; et ces règles, la spécialité heureusement alliée à la physiologie, est en mesure de les tracer avec une régularité presque mathématique. D'après les données que ces sciences nous fournissent, voici comment je prendrais sur moi de légiférer en cette matière :

Madame étant, je suppose, menstruée régulièrement, j'ordonne à Monsieur un traitement de 2 pilules de 0,05 de proto-iodure de mercure par jour : traitement à commencer en même

temps que commencent les règles, soît par exemple le 3 avril. L'époque suivante reparaît au bout de 28 jours, n'est-ce pas, soit le 25 avril ? Elle dure cinq jours, jusqu'au 30? — Jusqu'à ce moment. Monsieur à dû garder la continence et prendre ses pilules. Eh bien ! si, à ce moment précis, il rompt l'une, il aura, tout en cessant les autres, toute chance d'avoir un enfant, et s'il l'a, de l'avoir sain (1).

Ajoutons que la santé d'un premier né répondant de celle des enfants subséquents, il n'y aurait lieu ni*de craindre pour le second, ni de recommencer en conséquence ce traitement préventif, si, entre le premier né çain et le moment choisi pour une seconde grossesse, le père n'avait eu aucun nouveau symptôme de syphilis.

Rappelons aussi — il vaut mieux le dire trois fois qu'une — rappelons que si la femme, la mère future^ a eu la syphilis, et alors même qu'elle n'en aurait alors nul signe, elle devra se soumettre, en même temps et pendant le même temps que . son mari, à un traitement mercuriel .

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