III. Faire en sorte qu'on ne soupçonne pas sa
(1) a Bien combiné ! me disait plaisamment à ce propos^ un confrère, vieux syphilitique et jeune époux lui-môme, bien combiné, cher maître ! Avec cela, on est sûr au moins de no pas manquer son coup! »
maladie, — Ceci n'est pas seulement un conseil ; c'est un précepte, et des plus impératifs. Au reste, le malad^ n'a pas besoin qu'on lui en fasse une obligation. Il sait, il a compris avant vous quelles conséquences la divulgation de sa faute exercerait sur le présent et l'avenir de son ménage. Et c'est pour nous à la fois remplir un devoir et rendre à notre client le plus signalé service que de lui indiquer les moyens de dissimuler : 1** son mal ; 2'' les changements d'habitude que ce mal entraine ; 3"* les remèdes qu'il nécessite.
Mais si le but est le même pour tous les malades, il y a une grande différence dans la facilité de l'atteindre, selon que le mari avait la vérole en se mariant, ou que, au contraire, il l'a contractée après quelques mois ou quelques années de ménage.
En effet, dans le premier cas, le mari, en mesure de tout prévoir, a toute liberté pour organiser de bonne heure autour de lui des habitudes compatibles avec le mystère dont il doit couvrir une partie de sa vie conjugale.
Et d'abord, il n'acceptera point le médecin de sa nouvelle famille. Je plains, en ce cas, le pauvre confrère recommandé par la belle-mère. En vain a-t-il vu naître la chère Emma ! En vain la pauvre petite plaide-t-elle elle-même la cause de son bon vieux docteur qui soignait si bien ses maux de gorge avec des boules de gomme!...
« On témoignera les mêmes égards que par le passé à cet excellent homme, répond Ferdinand. Il sera, certes, toujours le bienvenu chez nous, Fami de la maison. Mais tu dois comprendre, ma bonne amie, que ta nouvelle position peut t'amener à consulter sur certaines indispositions, à révéler certaines particularités intimes, à faire en un mot des confidences de telle nature que le bon docteur serait lui-même embarrassé de les provoquer, confus de les recevoir. » Bref, le médecin de Madame est poliment remplacé par celui de Monsieur. J'en suis bien fâché, mais ceci est une première sûreté indispensable.
Il y a aussi dans les soins de toilette et dans tout ce qui concerne rhabiller et le déshabiller, il y a, pour le mari, un modus à établir dès les pre-< mières heures. La réserve qu'il pratiquera sous ce rapport est trop dans les mœurs, dans les goûts de la jeune épousée pour qu'elle la remarque autrement que pour s'en applaudir, puisque, en lui en donnant l'exemple, son mari l'autorise et l'engage à en user pour son propre compte à elle.
Ces habitudes de décence, que le mari peut exagérer sans encourir le moindre soupçon, lui permettent de réaliser en toute sûreté un objectif précieux : la possibilité de se procurer deux ou trois fois par jour quelques instants de solitude, de solitude admise et respectée par sa
femme. Que de malheureux n'ai-je pas vus, en de telles conjonctures, ne savoir où se mettre pour faire en liberté un remède indispensable ! « Et ma femme qui est toujours sur mes talons ! » répond invariablement le trop heureux mari aux amers reproches sur une prescription inobservée. « Docteur, elle ne me quitte 'pas ! elle me suit jusque... jusqu'au sonnet (TOronte » . Résistez, vous les premiers, invalides du mariage, aux alléchements de cet abandon sans réserve. Et Madame, suivant votre impulsion, loin d'être un observateur gênant, se fait votre meilleur auxiliaire. « N'entrez pas, Claudine, entendrez-vous parfois crier à la porte, pendant que vous avalez votre iodure, n'entrez pas. Monsieur change de chemise !»
Quant aux choses conjugales proprement dites, on sait qu'il faut parfois y renoncer. J'ai dit plus haut quels motifs dictent ces dispensions, et à quel prix ainsi qu'à quelle date l'interdiction sera levée. Mais qu'on ne m'en demande pas davantage. C'est affaire au mari de savoir comment il va s'y prendre ]pouT amuser le tapis ^ pour remplir sans trop de désavantage l'intermède pendant que l'acteur principal est en congé forcé. Chaque ménage, sous ce rapport, ou pour ces rapports^ a ses habitudes, ses exigences et ses tolérances, — à côté des paiements comptant, l'usage des billets à
échéance, renouvelables, — les supercheries qui ne trompent personne à côté de celles par lesquelles on est trop heureuse d'être trompée. A moins de fouiller dans le carnet de Balzac, où trouver le crayon qui rendra claire cette pédagogie, ou andragogie^ sur laquelle nul candidat au mariage ne subit d'acte probatoire ? Heureusement — l'adverbe n'est de mise que pour ce cas — heureusement une presse toute spéciale, et de plus en plus goûtée à mesure qu'elle se fait de plus en plus technique, se charge de réaliser sous ce rapport le bienfait de l'instruction publique universelle. Prenez seulement un abonnement de trois mois à la plus chaste de ces feuilles, et vous en saurez plus qu'un vieux médecin ne pourrait vous en apprendre par les révélations explicites de toute sa carrière professionnelle !
Quelques mots cependant sur l'un de ces us conjugaux que les cours d'amour s'arrogeaient seules le droit de réglementer, mais dont la Faculté a bien quelque compétence pour connaître ; je veux dire sur le baiser. Selon qu'il se pratique et comporte, cet acte est, au point de vue médical, ou un contact absolument sans danger ou bien l'une des occasions les plus efficaces de la transmission syphilitique. Eh bien! ici encore le mari coupable — et c'est sa plus rude pénitence — aura à styler, disonsplutôt à rationner sa jeune femme. Elle ne sait, elle n'imagine, l'innocente, que ce qu'on veut bien
lui apprendre. Ce n'est donc pas de son côté que viendra Técueil ; car une initiation même partielle, temporaire, épidermique plutôt qu'épithéliale lui semble chose douce, et elle n'entrevoit rien au delà. Mais le professeur saura-t-il résister à Tentraînement qu'il crée et qu'il partage ? Qu'il se surveille : l'éloquence a ses charmes, mais elle a ses dangers. Les éléments de la science, voilà tout ce qu'on demande et tout ce qu'on permet à son zèle. Quoiqu'il lui en coûte, qu'il s'en tienne pour le moment au programme de cet enseignement-là : il n'est que trop en mesure de donner le secoîidaire !
Si l'homme quia pris femme, se sachant vérole d'ancienne ou fraîche date, a bien de la peine à cacher son mal, que dire de celui que ce mal vient assaillir après quelques mois ou quelques années de ménage? Là les habitudes, de part et d'autre, sont prises, la vie conjugale dans ses rapports intimes de toute nature est depuis longtemps organisée sur un certain pied. Cette organisation n'a pas été arrêtée par un acte en règle; elle résulte des goûts, des convenances, des petites concessions mutuelles des deux époux : c'est leur état naturel, le plus agréable qu'ils soient parvenus à créer pour leur satisfaction réciproque...
Et, presque subitement, il faut changer tout cela, sans que personne s'en doute, ni Madame,
ni les enfants — parfois en âge de deviner — ni les domestiques !
Disons tout cependant, et sachons remonter aux origines. A part d'infiniment rares exceptions, la syphilis ne tombe pas sur un homme comme une intempérie qu'on ne saurait ni éviter ni prévoir. Qui la prend Ta bien voulu. Donc lorsqu'un mari en est frappé, ce n'est pas sans s'y être volontairement et en général plusieurs fois exposé.
Or, remarquons-le, un époux ayant ces mœurslà ne réalise point le type du Philémon classique. En ayant besoin, il a dû de bonne heure se créer dans son ménage une certaine indépendance. Il a ses heures réservées, ses sorties sans explication, ses défaites toutes préparées en réponse aux questions trop directes.
D'ailleufs on n'en est plus, dans ce ménage, à l'impétueuse ardeur des premières semaines. Un peu de calme, quelques atermoiements se comprennent et s'excusent. On commence à admettre le relâche pour cause d'indisposition !
Mais encore faut-il que l'indisposition soit conçtatée, médicalement constatée. Ici, grave difficulté. Monsieur n'a pu, sous ce rapport, dresser à temps ses batteries. Et s'il allègue une maladie, le médecin qu'on va faire venir, ou du moins qu'on s'étonnerait de voir refusé par Monsieur, ce médecin parfois est le médecin de Madame. Que faire ?
Je n'ai jamais hésité en pareil cas. Confiant dans la discrétion professionnelle, faisant fond sur le sentiment naturel qui fait du médecin Tallié de quiconque s'en remet à sa loyauté, et tenant compte aussi de certaines faiblesses doctorales dont nous ne saurions bien sérieusement reprocher aux clients de s'armer envers nous, voici le conseil que je donne aux maris : « Prenez les devants. Puisque c'est au médecin de la maison que vous aurez affaire, allez le trouver et tenez-lui ce langage : « Mon cher docteur, vous êtes homme, « et vous saurez, je l'espère, excuser un moment « d'oubli dont je me repens amèrement. Voyez ce « qui m'arrive. Aidez-moi à guérir : mais faites « surtout que je sois seul à en souffrir. Je m'en « rapporte entièrement à votre discrétion. Insister « serait vous faire injure. » Sur ce, il formule, explique de quel nom fictif seront étiquetés les remèdes, cherche de concert avec vous quelle maladie, le cas échéant, vous aurez à simuler pour n'éveiller chez Madame ni soupçon, ni inquiétude. Bref, tout est convenu ; le voilà lié par son devoir, par votre confiance, par la petite diplomatie même dont vous venez de combiner ensemble les moyens ; et vous vous séparez également satisfaits l'un de l'autre,... surtout si, au moment de prendre congé, vous avez fait résonner d'un double petit bruit sec bien connu le marbre de sa cheminée, en ajoutant : « Permet-
tez, docteur : ceci est en dehors des consultations ordinaires ! »
Malgré ce secours décisif, néanmoins, que d'écueils, que d'impasses attendent le malheureux contraint de changer toutes ses habitudes sans en dire, sans en laisser soupçonner le motif ! Et, parmi les privations qu'il va s'imposer, les plus fortes, les abstentions radicales, ne sont pas celles qui coûtent le plus cher. On peut en efTet justifier par une indisposition, ou par une mauvaise disposition la suspension temporaire de l'acte conjugal. Plus tard, lorsque le danger d'empoisonner sa femme ayant cessé, on n'a plus à craindre que pour la progéniture, si Madame remarque dans les rapports une omission finale insolite : « Ah ! c'est que nous avons bien assez de famille comme ça ! » s'écriera le mari. Ou bien : « C'est dans ton intérêt, ma bonne ; je ne voulais pas t'en parler. Mais je vais quelquefois voir le docteur en cachette ; et il m'a bien averti que tu n'es pas encore assez remise de ta dernière couche ! »
Mais La Fontaine nous l'enseigne.
Aux grands périls tel a pu se soustraire, Qui périt pour la moindre affaire .
Le baiser, oui le simple baiser du coucher, un mari qui le refuse, l'élude ou seulement le mesure se compromet bien plus grièvement que par une infraction au devoir proprement dit.
Car, bonnes ou mauvaises, il a vingt raisons pour s'exonérer du gros tribut conjugal. En a-t-il une présentable pour fuir raecolade usuelle qu'on vient lui offrir, au-devant de laquelle jadis luimême allait chaque soir ? Telle est cependant son obligation stricte. — Et voyez l'humiliante situation ! S'il veut échapper au remords, il ne lui suffit pas de rester sur la défensive. De quoi aura servi sa pruderie d'occasion si elle n'a pas en même temps glacé l'adversaire, si elle le laisse encouragé à risquer la plus timide pointe? car la moindre avance repoussée, en dévoilant votre impuissance, dévoile votre faute !
Or, conduit par le plan de ce livre à creuser les plus ardus problèmes de la syphilis familiale, je mc'avoue déoncerté, sinon vaincu par celui-ci. Je l'ai énoncé ; je le pose aux intéressés. Que chacun le résolve selon ses lumières ou plutôt selon la circonstance. Je ne verrais, quant à moi, pour la mari qu'une manière de s'en tirer : c'est de se rendre, sauf revanche ultérieure, de se rendre momentanément assez odieux ou répulsif à sa femme pour étouffer en elle l'idée d'une étreinte conjugale. Et pour que le remède ne fût pas pire que le mal, peut-être faiidrâit-il justement mettre en œuvre un vrai rémèdé; Peut-être — c'est là une concession dont je crains qu'dn me félicite — peut-être, puisqu'il s'agit de faire du mari un objet de dégoût, ne saurait-on mieux
s'y prendre qu'en le soumettant à une mercurialisation poussée jusqu'à la stoiriatite! Du même coup guérir le mal et indirectement prévenir sa diffusion, n'est-ce pas là la solution toute trouvée? Qu'en pensent mes hydrargyrophiles confrères?.. Ne restons pas sur cette boutade. Tout ne se borne pas, pour tous les époux syphilitiques, à cacher ses pilules et ses papules. D'autres soucis savent atteindre d'autres cœurs. Pour plusieurs, porter à la fois le poids du remords, la honte de le dissimuler, la terreur de garder jointe à celle de répandre un mal réputé incurable, c'est une charge au-dessus de leurs forces. Que le médecin sache les deviner, ceux-là ; qu'il les assiste Surtout) car leur désespoir les trahirait plus sûretnent que l'éruption la plus ostensible. Répétez d'abord, démontrez à ce malheureux que seà épreuves n'auront qu'un temps ; qu'il guérira indubitablement ; qiie, avec un peu d'empire sur soi-même, on prévient assurément la propagation du mal. Allez plus loin : pénétrez au fond de cette ftme qui, parfois, refoule ses pudeurs comme un ridicule doublé d'une honte. Soyez sérieux aved lui : qu'il sente par le ton de votre conversation que, à vos yeux, ses tourments ont racheté sa faute ; et s'il paraît attacher quelque prix à l'estime de celui qui connaît le mieux l'étendue de cette faute, ne lui en marchandez pas les réconfortants témoignages. C'est encore là de l'hygiène.
336 LE PÉRIL YÉNÉaiEN.
Souvent, pour Tua de ces volontaires parias de la vérole, la franche et spontanée poignée de main du docteur a eu toute la valeur d'un spécifique ! Quelques-uns portent le scrupule plus loin, beaucoup plus loin, au delà des choses d^ici bas. En voici un exemple, unique ce me semble. Si je le cite, d'ailleurs, ce n'est point pour le critiquer. Un ancien syphilitique, exempt de symptômes, se marie un peu plus tôt que je ne l'eusse voulu. Néanmoins, sa femme resta saine ; et peu après, il eut un fils sain. Malgré ce double succès, il me visitait à tout le moins cinq ou six fois l'an, toujours timoré, partant toujours questionnant. C'était un de ces clients à qui il faut, chaque fois, faire un cours de pathologie spéciale ; et je ne lui marchandais pas les leçons. Un jour, cependant, ce bon disciple me démonta. 11 est vrai qu'il sortait de mon domaine ; car, à brûle-pourpoint je l'entends me demander de le renseigner sur la rédaction de son testament ! — « Voire testament, mon cher client ! lui dis-jc tournant la chose en plaisanterie. Et en quoi un testament regarde-t-il les docteurs? N'en profitant jamais, nous y poussons le moins possible. » — « Eh bien ! voilà, docteur, me répondit-il du ton le plus posé : Vous m'avez dit qu'un syphilitique n'est jamais absolument certain d'être guéri. D'autre part, j'ai parfaitement retenu les exemples de syphilis héréditaire tardive; que vous m'avez racontés. Or,
tant que je vivrai, si mon fils vient à être un jour atteint de Tune des suites, souvent difficiles à diagnostiquer,de cette affreuse maladie, je serai là pour renseigner le médecin. Mais si j'étais mort quand elle le frappera ! . . . C'est donc mon devoir, et je veux le remplir quoiqu'il m'en coûte, de décla^ rer dans mon testament ou dans une lettre qui y sera annexée, la maladie que j'ai eue, ainsi que les conséquences qui peuvent en résulter. Ainsi prévenu, quelque tardifs et quelque obscurs que puissent être les symptômes, mon fils sera sur ses gardes et trouvera dans ma confession un guide utile pour le médecin qui aurait à le soigner. » Il le dit ainsi, et, à la visite suivante, m'apprit qu'il l'avait fait.
Femme. — A-t-elle à espérer du Code Ricord plus que du Code Napoléon l'émancipation qui doit la rendre notre égale?... Non; et à cette heure il n'est plus besoin de ledémontrer ; jen'ai, après les développements contenus dans les précédents chapitres, qu'à le rappeler en quelques mots.
La femme doit soumission à son mari. — Aussi tandis qu'il prend, lui, la vérole quand il le veut, (Bile la prend, elle..., quand «Vie veut!
Ifi^ femme e§t îgnqr^nte,,, ngt^iproent en cejs
sortes de matières (1). — Aussi ignore-t-elle en général où et comment elle peut prendre la vérole et lorsqu'elle l'a prise, ignore-t-elle trèslongtemps qu'elle l'a.
La femme est mère et nourrice. — Deux occasions pour elle de plus que pour l'homme de prendre la vérole.
La femme e^i femme. — Aussi les accidents nerveux du début, l'anémie concomitante et consécutive, la participation du système lymphatique occupent-ils, chez elle, dans l'évolution de la diathèse, une place fâcheusement prédominante.
Enfin, ô feînme, ton nom e^i pudeur ! — De là des retards, des résistances aussi préjudiciables en fait que louables en droit, d'abord à déclarer sa maladie, ensuite à accepter les médications nécessaires.
Quelle influence exercent de telles conditions sur la manière dont la syphilitique parcourt les étapes du mariage? Disons-le brièvement.
§ I. — lia fninre*
Je suppose ici une femme qui a eu la syphilis, qui l'a su, qui connaît les conséquences de cette
(1) Toutes les demoiselles n^ont pas Tédacation de sainte Praxëde, vierge; laquelle, nous dit Thistoire, était a très instruite de tout cequi concerne la cAa^^e^tf». Martyrologe romain, Lyon, 1866, page 325.
maladie, sait qu'on ne peut jamais se dire absolument à Tabri de ses atteintes, et qui cependant songe à se marier.
Toute femme désirant, et espérant se marier, un jour ou l'autre, nous devrions compter dans cette catégorie plus de consultantes que de consultants. Mais la rareté de, la syphilis dans la classe des femmes mariables fait beaucoup plus que rétablir sous ce rapport l'équilibre entre les deux sexes. Aussi n'est-ce que clairsemées qu'on voit des femmes placées dans de telles conditions venir nous demander conseil pour l'avenir et nous poser la question : « Suis-je en état de me marier, sans danger pour mon mari, ni pour mes enfants? »
Pour le mari?., pour les enfants?... La question est double. Mais elle devrait être triple ; car, même ne lui communiquât-elle rien, cette femme n'en sera pas moins compromise aux yeux de son mari si, après la noce, il lui vient sur le corps quelque signe visible et reconnaissable de son ancienne maladie.
Interrogeons donc cette cliente et, pour la bien conseiller, informons-nous d'abord si elle estveuve ou si elle est célibataire.
1* Veuve ^ sa situation est excellente. Car sur tout ce qui pourrait lui survenir, à tout ce qu'on pourra lui reprocher, elle a une réponse pé-
remptoire : « Cela vient de mon premier mari. » Et ce qu'il y a de particulièrement avantageux pour elle, c'est que cette réponse n'est point un simple moyen de se tirer d'aflfaire, une défaite dont la science démontrerait au mari Tinanité. Tout au contraire, c'est la science elle-même, et la science la plus avancée qui fournit à cette femme ses mo;)ens de défense, qui, au nom des observations pathologiques et physiologiques les plus positives, consciencieusement lui doublera raison, quand elle répondra :
« Si je reprends parfois des boutons contagieux aux lèvres et dans la bouche... cela vient de mon premier mari! »
« Si j'ai des étourdissements, maux de tête, vertiges, syncopes, paralysies qui m'empêchent de m'occuper de mon ménage, de gagner ma vie.... mon premier mari! »
« Si je porte des marques trop réelles de syphilis ; si je deviens névralgique, chauve, croùteuse, punaise, édentée, nasonnante... encore mon premier mari!
« Si mes enfants du premier lit sont rachitiques, malingres, ont les humeurs froides, des convulsions... toujours mon premier mari! »
<( Si mes derniers enfants — et cela malgré ma bonne santé actuelle et celle de leur père — sont dans le même état, ou même offrent des accidents gyphiliticjues çftrs^çtérisés,.,. plus q^e jamais tooq
premier mari ! » (Faits et analogies de Vidal, Mayo, Giles, Ogive, Gillivray, Fournet.)
De telles immunités couvrant de pareils vices rédhibitoires — encore si elles ne couvraient que ceux contrôlés par la Faculté ! — ne sont pas pour déplaire aux dames. Elles les ont devinées et ne se font pas faute d'en user. — Mais elles font un tout autre effet aux hommes. Ils les pressentent probablement et ne laissent pas que de s'en inquiéter. Serait-ce point de motifs de ce genre que provient la rareté des mariages de veuves, comparés aux mariages de veufs?...
Que les futures eussent ou non la notion des accidents qui les menacent, c'est au médecin de les leur révéler ; de les révéler dans toute leur portée, dans tous leurs détails. Disons-leur bien ce qu'en souffriraient leur mari, leurs enfants à venir. Disons leur aussi ce qu'elles en souffriraient elles-mêmes, non seulement dans leur santé, mais dans leur considération et leur repos,si elles tombaient sur un mari peu disposé à payer les dettes de son prédécesseur. Ne craignons pas de leur faire un peu peur, soit pour les détourner du mariage tant qu'elles resteront exposées à des récidives, soit pour obtenir d'elles la docilité nécessaire au succès d'un traitement qui, en pareil cas, est toujours aussi difficile à suivre régulièrement qu'il a besoin d'être actif et prolongé.
2* Célibataire^ la cliente demande à être confessée plus à fond. Elle le demande.... comme le lapin demande à être écorché vif! Et cette figure n'est pas juste qu'à demi ; car il faut ici, pour la pouvoir servir utilement, il faut, comme on dit au théâtre, que le médecin entre dans la peau de sa cliente. Cette femme qui a eu la syphilis, qui par conséquent n'est célibataire que dans le sens légal, cette femme a l'intention de se marier. Eh bien! quels sont ses projets? Ses projets et ses espérances? Que veut-elle avouer de son passé? Que compte-t-elle parvenir à en cacher?....
Ce n'est qu'au prix d'une entière confidence que le médecin peut lui venir en aide. Et notre expérience personnelle du caractère masculin, nous sent pour le moins autant dans cette tâche que notre expérience de clinicien. Avant le ma^ riage, une personne aimée peut impunément ou avouer ou laisser entrevoir une foule de choses. Pour obtenir l'indulgence sur un écart de jeunesse, il y a mille moyens que je n'ai pas à décrire et qui, dans le cas peu probable où ils n'ont pas réussi, offrent au moins l'avantage de déblayer la situation, de prévenir par une franche retraite la réalisation d'une union désormais reconnue impossible. Sous ce rapport, fiez- vous à votre cliente ; vous n'avez rien à lui apprendre (1).
(I) Une jeune et naïve couturière me donna un instructif exemple de ce que peut Tastuce innée au cœur de la femme. Gomme,
Mais à tout prix détournez-la d'une confession anticipée en ce qui concerne la syphilis. Je conviens que, loyalement, elle devrait tout déclarer. En présence de conséquences graves qui peuvent surgir à toute échéance, c'est le devoir d'un contractant de bonne foi d'avertir son associé avant qu'il ne signe l'acte.
Oui, mais alors autant vaut renoncer au mariage ; car le prétendu peut bien fermer les yeux sur une ancienne incartade, sur une faute passée. Mais, le voulût-il, il ne dépend point de lui d'oublier celle dont le souvenir lui sera incessamment représentée en stigmates irrécusables. D'ailleurs il y a plus : c'est plus et pis que de l'animosité qu'engendre le spectacle, le contact journalier de ces maux immondes par leur nom comme par leur nature. Elle est bien vivace la haine qui, née d'une blessure d'amour-propre, se retrempe chaque jour au dégoût !
Reportons-nous, par conséquent, aux principes énoncés ci-dessus à propos de la syphilis de
après son mariage, elle racontait à une amie s'être abandonnée à son mari, quelques jours avant le sacrement, a Eh bien I tu as de la chance, toi, lui dit celle-ci. Il aurait bien pu te planter là. Et puis... s'être compromise à ce point I » « Compromise, compromise? répondit la jeune mariée. Écoute donc ! Je l'avais toujours entendu dire que a s'il ne trouvait pas sa femme vierge, il la tuerait » ! Fallait-il donc m' exposer ?, . . . Et encore, ajouta-t-elle par réflexion ; ah 1 ma chère, on a toujours tort de vouloir trop bien faire. Pauvre homme I si j'avais su comme il prend bien les choses \ .... »
rhomme. Si, chez la cliente qui yous demande avis, les conditions de recevabilité au mariage sont remplies, si vous jugez que, avec ou sans un nouveau traitement, elle sera, à présent ou à une époque ultérieure, en état de se marier avec sécurité pour tous, dites-le lui. Et malgré Tincertitude qui, au fond, plane toujours sur les suites de pareilles unions, autorisez ce mariage sans confession préalable^ de même que vous aviez cru devoir autoriser celui du futur.
Une fois Madame entrée en ménage, s'il lui survient quelque accident, mettez à sa disposition le présent volume, où elle apprendra à reconnaître, à dissimuler, à neutraliser, à rendre inoffensifs les divers accidents qui pourraient survenir; à les mettre, si malgré tout ils se découvrent, sur (( le compte de quelque syphilis insontium datant, dira-t-elle, de sa première jeunesse, et dont elle, avait perdu le souvenir! »
Mais pour qu'un tel plan s'exécute, il faut à cette femme un allié ; il faut qu'elle vous garde pour médecin, ou, si cela n'est pas possible, qu'elle se fasse un ami de son nouveau docteur. La plupart le comprennent ainsi ; et nous nous en apercevons bien. Nous nous en apercevons trop parfois, quelque attrayante que soit la complicité avec de pareilles conspiratrices. Jugez-en plutôt sur la véridique anecdote par laquelle je termine ce chapitre.
Il est des syphiliphobettes comme des syphiliphobes. L'espèce est réelle, quoique rare. Les types que j'en pourrais citer ne le cèdent en rien aux types du sexe raisonnable. Et jugez des angoisses, des tourments, de l'agitation maniaque de ces pauvres femmes, quand, férues d'un projet d'union, quelque médecin consciencieux à l'excès vient leur déclarer qu'il n'existe, qu'il n'existera jamais pour elle nul moyen de savoir si elles sont guéries, guéries sans retour, d'une ancienne maladie I Jugez des explications qu'elles nous demandent, des questions dont elles nous assiègent : jugez surtout des garanties que parfois elles osent exiger de nous, quand nous avons cru devoir les rassurer!... Mais ici il faut avoir recours à mon latin.
Juvénis adhùc sed satis tamen matura puella immani metu morbi Gallici laborabatur. Frustra sœpe numéro ipsius vani et renascentes terrores cuique nostrûm ludo fuerant. Futuro marito semper se periculosam putans, crescentibus terroribus unicum ac singulare remedium illa vidit. Apudmedicum — quem egocognovi — sese immitens, ità fecit ut, volens nolens, miser aut felix coUega sinceritatis sententiaB suaB personale probamentum supplici puellae non potuit non adhibere ! — Malè tamen geminato probamento pcrsuasœ, « Vah! quod potui feci, jocosè clamavit fessus doctor. Si non taie sufficit, nil mihi nunc
aliud videtur agendum nisi corïsultationem convocarc! »
A litre d^appendice à ma dissertation ci-dessus sur le mariage comme modificateur de la syphilis^ je dois dire que, lorsqu'une mondaine, une déclassée, une lorette parvient à se faire épouser, elle réalise ainsi un état des plus favorables à l'entière extinction de sa syphilis. Triomphe d'amourpropre, ou sécurité d'un avenir qui est leur préoccupation incessante et incessamment anxieuse, elles trouvent tout dans le mariage. Et notez que, douées de l'expérience qu'on leur connaît, elles ne prennent jamais un mari pour se donner un maître! — J'ai observé de nombreux et péremptoires exemples de Tinfluence décisive qu'un oui échangé dans de telles conditions, exerce sur la marche de la syphilis même avoisinant l'état tertiaire.
« Mais ce remède, me dira-t-on, n'est-il donc pas du nombre de ceux qu'un praticien ait couramment à sa disposition ?... On ne nous en demande pas tant. Bornons-nous à faire sentir l'importance de l'indication ; délivrons seulement l'ordonnance et fions-nous à la consultante pour découvrir où cette formule s'exécute.
§ IL — Ii« flancéc.
Même exceptionnellement, nous n'avons jamais affaire ici avec le cas, si commun, du fiancé; avec ces véroles contractées in ^x/r^mw, au-devant desquelles celui-ci, va, pour ainsi dire, sous prétexte que « il a encore trois semaines avant de se marier
et qu'il ne saurait attendre davantage I »
Mais la chasteté la plus absolue, cette vertu qui est dans les mœurs du sexe encore plus que dans son organisation, ne défend pas complètement la jeune fille contre les atteintes d'un mal auquel elle ne s'expose presque jamais volontairement. Je ne compte pas moins de quatre causes — de l'effet de chacune desquelles je pourrais citer quelque exemple — capables de lui communiquer cette infection.
D'abord, l'âge nubile tend fatalement sous ses pas un piège inévitable. Sa première passion est l'apprentissage, en quelque sorte, de celle qui plus tard doit lui donner de si douces jouissances. Elle n'aperçoit pas un poupon sans le prendre dans ses bras, se faire sa petite maman^ le couvrir de caresses et de baisers. Or, dans ces épanchements, le bébé ne rend rien, mais il donne parfois quelque chose ! Première source de syphilis, à coup sûr de la plus innocente, mais mot qui n'est point synonyme de bénigne.
Secondement, cet âge est aussi celui des jeux innocents. D'autant que je m'en souvienne, il me semble bien que de temps en temps on tire un gage derrière une porte. Cela s'appelait, je crois, le a portier du couvent ^K Tiens! «le dessous du chandelier » me revient également en mémoire. Tout cela ne va pas sans quelque baiser bien appuyé dans l'ombre pas quelque cousin de vingtdeux ans (1), qu'on laisse faire d'après cette maxime d'Honoré de Balzac : « Un cousin est mieux qu'un frère : il peut être un mari! »
L'adolescente court d'autres risques. Ses charmes naissants, son ignorance, la mettent en butte à des entreprises, à des attouchements d'autant plus dangereux que, en pareil cas, c'est toujours le libertinage le plus corrompu — et souvent sous tous les rapports — qui recherche l'innocence. Inconsciente du péril, elle peut recevoir la vérole par un contact, par un baiser, où elle ne soupçonnait pas plus le virus, que le vice ! (J'en ai observé un cas avec mon bien cher collègue RoUet.)
Enfin l'évolution, ou révolution physiologique qui s'opère à cette période de la vie, y suscite les
(1) Une moitié au moins de mes clients spéciaux ont approximativement cet âge. La fréquence des maladies vénériennes chez eux s'explique par cette triple considération : c'est l'époque où la passion est la plus impérieuse ; où le jeune homme commence à avoir plus de liberté ; où il n'a encore que fort peu d'ar^ gent, et par conséquent n'a guère les moyens de choisir..
manifestations de la syphilis congénitale tardive. Défions-nous des gourmes, feux, furoncles, boutons de sagesse omïéchauffement^ qu'on nous présente chez de jeunes personnes de cet âge et sous lesquels, soit bien caractérisées, soit frustes et ébauchées, notre œil reconnaît de véritables syphiJ lides. — C'était le cas d'une intéressante demoiselle de quinze ans, que je vis en consultation avec mon très estimé collègue Chassagny. Ni la malade, ni ses parents, ni nous-mêmes ne pouvions découvrir la cause de cette infection, non plus que la trace d'un accident primitif. Pris à part et confessé à fond, le père de très bonne foi livra le mot de l'énigme.
Ces diverses causes, on le voit, portent leur effet sur des adolescentes plutôt que sur de grandes filles bonnes à marier. Mais ce n'est là qu'un danger de plus. Eclose, par exemple, vers quinze ou seize ans, la syphilis — eût-elle ' même été alors découverte par les parents, — peut encore exister (c'est sa durée ordinaire) à l'époque où l'on songe à marier celle qui en a été atteinte. Seulement le mal, à ce moment, est ancien : on l'a oublié. Il s'est atténué, on peut le méconnaître. Mais nous savons, nous médecins, avec quelle fréquence tôt ou tard il se réveille ! Et nous ne savons que trop quelle influence une syphilis, irrégulièrement traitée — comme c'est ordinairement ici le cas — çxerçe sijr \^ santé, si^r la vie des enfant^ à yenir {
Ai-je besoin de rappeler à mes confrères comment, connaissant le danger, ils auront à agir pour en préserver tous ceux qu'il menace?
Bien entendu, le péril serait plus grand encore si la syphilis, ce qui est le plus commun, avait, vu rinsidiosité de sa cause, passé complètement inaperçue.
Malgré l'insistance que je mets à les signaler, de tels événements sont fort rares. Et il est bien rare surtout qu'on s'en préoccupe au point d'aller consulter un médecin sur la santé spéciale d'une fiancée, comme le fiancé, lui, en a, au contraire, si bien l'habitude. Mais ce qu'on ne nous demande point, c'est à nous de le dire. C'est au médecin de la famille^ quand il aperçoit à ce moment quelque bouton suspect, ou lorsqu'une série d'accidents équivoques passa jadis sous ses yeux, c'est à lui de donner l'éveil s'il voit qu'on s'apprête à passer la chose du gros sas ; et, avant tout avantprojetde mariage, d'éclaircirce point noir de concert avec la mère... de Féclaircir et d'y pourvoir!
§ III. — li'épouBe.
Elle avait la syphilis avant^ ou elle l'a prise depuis son mariage.
Premier cas. — Qu'elle fût veuve ou demoiselle, que, en conséquence elle soit ou ne soit pas,
comme je l'ai dit, innocentée par un premier époux, la femme mariée fera toujours sagement de cacher autant que possible à son mari actuel ce qui pourrait lui rester et ce qu'il pourra lui revenir de son ancienne maladie.
Or, pour le cacher, il faut qu'elle sache ellemême le reconnaître. Qu'elle se reporte donc d'abord au chapitre de fépoux (V. ci-dessus, p. 304), où je me suis attaché à indiquer tous les endroits où une lésion contagieuse ou compromettante peut se produire. Il ne me reste pour compléter ce tableau instructif, qu'à écrire, au même point de vue, le signalement des lésions de ce genre, propres à l'appareil génital de la femme. Je suis heureux, au lieu de ma rédaction, d'offrir ici celle de mon collègue et ami, le docteur Ach. Dron, ex-chirurgien en chef de l'Antiquaille, chirurgien titulaire actuel du service des vénériennes à l'hospice. Frappés, comme je l'ai été à première vue, par la sûreté de touche, par le sens inné de diagnosticien que révèlent ces quelques pages, qu'il vient de me remettre, les lecteurs me sauront gré, je n'en doute pas, d'avoir, pour ainsi dire, cueilli à leur profit les prémices d'un talent didactique trop modeste pour se prodiguer, mais trop universellement pressenti pour ne pas donner la tentation de le forcer au moins à se produire.
Les organes génitaux de la femme atteinte de
syphilis sont le siège le plus fréquent des manifestations de cette maladie.
Notons-y d'abord le chancre. Il peut siéger sur tous les points de la région, intus et extra. Sur les organes génitaux externes, on Tobserve souvent avec tous ses caractères cliniques : ulcération arrondie, ordinairement superficielle, et dont les bords se continuent insensiblement avec le fond rouge et uni. Cette ulcération peut reposer sur une base indurée plus ou moins épaisse. Même le tissu environnant participe souvent à cette sclérose et la grande lèvre par exemple, quand elle porte le chancre, est tout entière dure et hypertrophiée ; œdème solide qui persiste après la cicatrisation et devient ainsi un précieux élément de diagnostic posthume.
Mais au lieu de ce chancre aux symptômes classiques, l'accident initial de la syphilis peut manquer de ses principaux caractères. Ainsi en arrière de la fourchette, dans la fosse naviculaire, rinduration fait défaut ou ne peut être perçue. A Fanneau vulvaire, entre les caroncules, il a une forme allongée, fissurale ; on pourrait l'y prendre pour une écorchure suite de la défloration ; et de fait c'est quelquefois à ce moment que l'inoculation du virus s'est produite sur la déchiffre dont Ip chancre reproduit alors la forme. Il peut êtriB très petit ; c'est quelquefois une pappl§ érpdpp, (j|ie J'pn spr^il t^nté dp PQpsid^rPF
comme sans importance, d'autant plus que les boutons d'acné ne sont pas rares à la vulve. Enfin il peut se cacher dans le méat urinaire où le décèlent le gonflement des bords de Forifice, l'induration que reconnaît le doigt pressant la paroi supérieure du vagin, l'érosion que démontre une pince à disséquer introduite dans le canal qu'elle dilate.
Le plus souvent d'une indolence complète, le chancre syphilitique vulvaire est presque toujours ignoré de la femme qui le porte. Il faut le chercher pour le découvrir, car il n'accuse pas luimême sa présence. Les ganglions de l'aine par leur hypertrophie indurée éclairent sans doute le diagnostic de la lésion vulvaire ; mais le tissu adipeux abondant chez la femme dans cette région masque souvent cette adénopathie.
Le chancre syphilitique, excessivement rare dans le vagin, se développe quelquefois sur le col de la matrice. Tantôt occupant une seule lèvre, il s'y présente sous forme d'une ulcération circulaire n'arrivant pas jusqu'à l'orifice utérin, à bords nettement arrêtés, légèrement bombée^ d'une couleur grisâtre mais devenant rouge quand on en a abstergé la surface. D'autres fois il siège sur l'orifice même, pénétrant plus ou moins dans le col, mais remarquable toujours par sa saillie, son fond uni, la précision de sa circonférence, caractères qui le distinguent des tilcérai
tions ordinaires du col, toujours irrégulières dans leur contour et leur surface.
Les accidents secondaires de la syphilis pullulent à foison sur les organes génitaux de la femme malade. On y voit d'abord les plaques muqueuses érosives^ siégeant sur toute la zone muqueuse de Fappareil. Analogues aux taches de la roséole cutanée, elles ne tardent pas, en raison de l'humidité de la région et des frottements subis, à perdre leur revêtement épithélial qui avait blanchi quelque peu avant de tomber. Le derme est alors à nu, la lésion est humide et ces légères érosions circulaires, indolentes et presqu'imperceptibles sont des plus aptes à donner la syphilis.
Les papules humides^ plaques muqueuses saillantes^ trouvent à la vulve un terrain propice à leur végétation et s'y présentent avec toutes leurs variétés. A l'état simple, la papule humide est une petite tumeur arrondie, convexe, à surface érodée, tantôt lisse, tantôt légèrement grenue, d'une couleur rose, parfois piquetée de blanc, parfois couverte d'un exsudât grisâtre. Mais ces papules peuvent se fusionner entr'elles et donner lieu à de larges saillies à contours festonnés qu'on désigne souvent sous le nom de condylômes ou nappes apuleuses. Elles peuvent s'accroître en hauteur, former des tumeurs de 1 et 2 centimètres d'élévation et mériter le nom de papules hypertro-
phiques ou éléphantiasiques. De même, par le frottement elles sont sujettes à s'enflammer, s'ulcérer, sécréter un muco-pus fétide et devenir très douloureuses.
A côté de ces types ordinaires de papules humides, mentionnons une lésion syphilitique qui s'en rapproche par sa configuration en saillie hémisphérique, mais s'en distingue par son siège anatomique et quelques caractères cliniques bien déterminés: c'est la folliculite syohilitique. Le néoplasme spécifique, au lieu de se déposer entre le derme et l'épithélium, envahit un follicule, y évolue et forme une petite tumeur arrondie qui tantôt est traversée par un poil (indice de son développement dans le follicule pileux), tantôt offre sur sa convexité une dépression avec un petit point qui est l'orifice d'un canal glandulaire. Ces foUiculites sont d'un rose terne et indolentes, sauf le cas où elles s'ulcèrent ou même suppurent. Elles peuvent être isolées les unes des autres ou se grouper. Mais dans ce dernier cas elles ne se fusionnent jamais complètement comme les papules humides et on distingue toujours nettement chacune des glandes qui forment le groupe. Il ne faudrait pas confondre les foUiculites syphilitiques sèches (non ulcérées, non suppurées) avec l'acné varioliforme qui est l'hypertrophie d'une glande sébacée avec production d'une substance hyaline particulière subissant une transformation
cornée. Cette dernière tumeur a une couleur blanchâtre, un aspect lisse, ' vernissé, une rénitence particulière. Elle se détache davantage de la peau; et pour peu qu'on la presse, on fait sourdre par l'orifice une matière grasse et épaisse.
Les tissus qui sont le siège de ces plaques muqueuses, de ces papules humides, participent aussi dans une certaine mesure à la néoplasie qui les a constituées. Les grandes lèvres sont tuméfiées et plus fermes au toucher. Les petites lèvres sont parfois rigides et offrent la résistance du caoutchouc vulcanisé. Ces symptômes sont importants à signaler parce que, faciles à constater, ils éveillent d'emblée l'idée d'une intoxication syphilitique et provoquent la recherche d'autres signes de la maladie.
La syphilis secondaire se manifeste encore aux organes génitaux externes de la femme par d'autres accidents que les plaques et les papulesi On peut voir sur les parties pileuses des pUstuled d'acné, de l'impétigo avec ses croûtes friables^ des pustules d'ecthyma avec leurs croûtes dures et épâisseSi Mais quand ces dernières lésions existent sur les mUqueUses, les croûtes ne se forment pds et les accidents apparaissent sous la forme d'ulcéi*aticlns plus oU moins profondes. Elles ressemblent aU chantre simple, aVeC leqtiel leur non autoinoculabilité permet souvent seule d'établir la différence. Elles réclament du reste le mêfaie trai-
tement local par des agents modificateurs, pulvérulents ou liquides.
Les organes génitaux internes ne sont pas à Tabri des manifestations secondaires de la syphilis et si on n'en voit point sur la partie moyenne du vagin, le spéculum en montre assez souvent dans les culs-de-sac vagino-utérins et sur le col de la matrice. Dans les culs-de-sac, on observe des plaques muqueuses ou de petites papules érosives comme à la vulve. Sur le col utérin, les plaques muqueuses se présentent sous forme d'exulcérations qui peuvent être reconnues pour syphilitiques quand elles sont bien circonscrites et arrondies. Mais la variété papuleuse y est plus fréquente. Ces papules humides sont facilement reconnaissablés à leur saillie circulaire et à leur coloration opaline. Elles peuvent être isolées les unes des autres sur les lèvres du col ou se grouper et former un condylôme à contour festonné. Enfin on voit quelquefois sur le museau de tanche des ulcérations circulaires qu'on peut considérer comme des syphilides ulcéreuses secondaires quand elles sont situées à une certaine distance de l'orifice du col, qu'elles sont taillées à l'emporte-pièce et ont un fond grisâtre, ce qui les différencie des lésions granulées si fréquentes en ce point.
Dès que, soit par elle-même, soit grâce à l'intervention d'un médecin, elle a vu, ou senti, ou
seulement soupçonné l'existence de Tune de ces lésions qui viennent d'être si exactement décrites, l'épouse aura, et simultanément, à exécuter deux choses.
Obtenir, faire en sorte que son mari s'abstienne de tout contact, de tout rapprochement avec la partie qui chez elle est malade.
Traiter immédiatement la lésion au moyen d'un ou deux attouchements caustiques ; ce à quoi elle procédera elle-même, ou ce que, dans les cas obscurs ou difficiles, elle fera exécuter par son médecin. Sans entrer dans les détails de ce traitement, — détails que j'ai exposés dans muTherapeutique des maladies vénériennes — je recommande particulièrement, pour la prompte, commode et secrète répression des lésions vulvaires, la solution de sublimé, dont l'emploi ne se dénote ni par l'odeur, ni par des taches du linge, et qu'on porte aisément au degré de concentration exigé par la profondeur ou le degré de résistance de telle ou telle lésion.
Rappelons, pour la prophylaxie en cas d'urgence^ l'usage extemporané du coUodion.
Mais la femme qui se marie ayant eu la vérole n'est pas dangereuse seulement pour son mari. Elle l'est également pour les enfants qu'elle aurait de lui. Et, soit pour la santé de ces enfantslà — ce qui est le principal — soit aussi pour l'ef-
fet fâcheux que la naissance d'un enfant malade produirait sur l'esprit de son mari, il importe de prendre ses précautions contre cette éventualité.
Renvoyant Madame, pour les preuves, à l'un des précédents chapitres, je lui rappelle seulement :
Qu'il faut éviter de devenir enceinte , tant qu'elle est atteinte de quelque lésion syphilitique ;
Qu'il faut surtout l'éviter aux moments où ces lésions se produisent sous la forme, avec la diffusion, accompagnées des troubles du système nerveux (céphalée, douleurs vagues, périostalgies) qui caractérisent une nouvelle poussée, une reprise de la fermentation syphilitique.
Mais il y a mieux à faire que cela. En fin stratégiste, une épouse avisée, loin de se borner à la défense, porte le combat sur un terrain de son choix. Dans l'espèce, voit-elle, sent-elle, à n'en pas douter, que son mari désire un enfant?.. Elle considérera, avant tout, conformément aux études précédentes :
Que, même étant exempte, eUe, et même depuis assez longtemps, de lésions apparentes, elle peut avoir encore, elle peut receler l'aptitude à procréer un enfant syphilitique ;
Mais que cette aptitude est sûrement neutralisée par un traitement mercuriel ;
Enfin que, plus récent est le moment où elle vient de finir ce traitement, plus forte est la sécu-
360 LE PÉBIL VÊNÉHIEN.
rite qu'il donne pour la santé de Fenfant qui sera alors conçu.
En conséquence, Madame profitera d'une absence, d'une brouille, d'une indisposition ou de quelque obstacle venant de son mari ; ou bien, elle simulera elle-même une maladie qui interdit toute approche ; — elle suit, pendant ce tempslà, six à huit semaines durant, un bon traitement mercuriel, — puis, cela fait, lève l'embargo mis sur les relations matrimoniales, moment qui, tout bien calculé, devra coïncider avec la fin d'une époque menstruelle.
Mais cette prophylaxie de la grossesse n'est pas toujours mise en œuvre, ou elle ne réussit pas toujours. 11 faut donc songer au traitement pré" servatif de r enfant co7içu.
Ici se présentent deux situations dont l'examen se rapporterait plutôt au paragraphe qui va suivre, mais que, pour plus de clarté, j'ai placé en ce lieu. La femme enceinte n'est pas malade, ou bien elle Test. Etudions l'un et l'autre cas :
1** Mariée à un syphilitique, une femme devient enceinte. Elle est restée, elle est jusqu'à présent saine, mais le mari demande si, pour préserver l'enfant, il ne conviendrait pas de donner du mercure à la mère.
SYPUILIS. 361
Bien entendu, il s'agit ici d'un premier enfant ; car dans le cas où il y en aurait déjà eu un, si celui-ci avait été indemne, il n'y aurait rien à craindre pour Tembryon ou fœtus actuel ; et si, au contraire, le premier avait eu la syphilis. Factuel étant par conséquent très exposé à Tavoir, le mercure serait, dès le début de la grossesse, indiqué chez la mère.
Si donc, dans ce cas, Ton hésite, c'est justement parce qu'il s'agit du premier enfant; et que cet enfant ne pouvant tenir la vérole que de son père, il y a fort peu de chances pour qu'il l'ait. Dans une telle situation, «je répugne, a dit Ricord, je répugne à condamner au traitement mercuriel{l) une jeune femme qui n'a rien de syphilitique quanta présent, qui peut bien, elle et son enfant, avoir échappé à la vérole, et qu'un traitement d'ailleurs ne sauverait pas de la vérole si elle avait à la recevoir » .
Cette sage réserve du maître nous dicte notre conduite. J'y souscris, quant à moi, d'autant plus volontiers que je ne crois guère au pouvoir du mercure donné à la mère déjà enceinte pour guérir de la syphilis l'enfant qu'elle porte. J'ai cité (2) l'exemple de deux femmes qui, devenues
(1) a Condamner au traitement mercuriel ! » Cette phrase de Ricord est extraite du livre même de M. A. Fournier. V. Syphilis et mariage t p. 177.
(2) Traité de la syphilis des nouveaux-nés^ p. 342.
syphilitiques, Tune au quatrième mois, l'autre à six semaines de leur grossesse, subirent un traitement, furent guéries, et n'en accouchèrent pas moins ensuite toutes deux d'un enfant ayant des symptômes certains de syphilis. — Et notez :
I* que ces deux femmes n'avaient contracté la syphilis qu'ultérieurement à la conception ; 2® qu'elles en furent traitées immédiatement. Pourquoi donc, dans des conditions assurément moins favorables, irait-on, comme le dit Ricord, condamner au mercure une mère, pour n'arriver probablement, si en réalité le danger menaçait son enfant, à ne pas obtenir de meilleur résultat que dans les cas précités ?
Je ne proposerais qu'une dérogation à cette règle de prudence et d'abstention. Et encore ne fais-je que proposer. Si, en m'informant de l'état où se trouvait le mari quand il est devenu père, je constatais qu'il était alors en pleine première poussée d'accidents secondaires, je craindrais tant pour l'enfant que, si cela d'ailleurs m'était instamment demandé par le mari à titre de garantie, je me résoudrais peut-être à ne pas épargner thérapeutiquement la mère !
2** La femme enceinte, mariée à un syphilitique, est syphilitique elle-même. Que faire?
Quelle que soit l'époque de la grossesse où le médecin est appelé ; que la syphilis de cette
femme ait précédé la conception ou lui ait été postérieure; quelle que soit la nature et la gravité des symptômes présents ; que cette femme ait suivi précédemment ou n'ait pas suivi de traitement, il n'y a qu'une indication à remplir, mais elle est formelle : administrer du mercure par la voie et sous la forme les plus compatibles avec les susceptibilités gastriques et dyscrasiques que la grossesse engendre et entretient (1). — Le traitement ne réussira pas toujours — il importe de le dire de bonne heure aux intéressés — à empêcher l'avortement ou le développement do la syphilis chez le nouveau-né. Mais cet heureux résultat est cependant possible ; et d'ailleurs si le mercure n e prévient pas le mal de l'enfant, il peut au moins l'atténuer.
Deuxième cas. — Je pose cet aphorisme : une femme mariée qui contracte la vérole hors de son ménage, en est presque toujours instruite assez à temps pour éviter de la communiquer à son mari.
Pourquoi?
A cause de l'évolution même de la maladie. En effet voici, quatre fois sur cinq, comment les évé-
(1) La femme enceinte étant presque toujours atteinte ou menacée d*anémie, le beau idéal de ce traitement serait celui par les injections hypodermiques de sublimé, médication qui ménage les voies digestives, et dont on c nnalt Theureuse influence sur la nutrition
aements s'cnchainent, du moins dans la classe des clients qui peuplent nos cabinets.
Une femme devient infidèle à son mari. Ceci n'est point rare.
Mais non moins rarement, au bout de quelque temps, Tamant, à son tour, lui rend la pareille.
Or, supposons que dans ses nouvelles et aventureuses amours, Alphonse ait pris un chancre; et supposons — c'est bien là le cas — que, atteint d'un chancre, il ait des rapports avec sa maîtresse en titre? Ces rapports, cela se comprend, n'ont guère lieu qu'à l'époque où le chancre commençait, où par conséquent celui qui le porte pouvait encore le méconnaître, et assurément l'avait méconnu I
Aussi lorsque, quelques jours après, il s'aperçoit qu'il a du mal, sa première pensée est d'avertir sa maîtresse de ce qui existe chez lui, de ce dont elle est menacée, elle, et de ce qu'elle serait, le danger se réalisant, exposée à transmettre à son mari (1).
Or, comptons, et comptons en donnant à l'incubation, chez tous les deux, sa moyenne normale de vingt-cinq jours. Admettons que le chancre du jeune homme ait commencé, par
(l)En général, il ne lui nomme pas les choses par leur vrai nom. Mais qu'elle ait seulement appris de lui qu'elle est sous le coup d*un échauffenient, de quelques boutons d'irrUatioriy la voilà suffisamment sur ses gardes.
exemple, le 1" octobre; admettons que le rapprochement coupable et malsain se soit opéré le 5 ; que Famant ait prévenu Madame le 10... Eh bien ! lorsque le chancre apparaîtra chez elle, elle ne sera pas prise à Timproviste ; car, son chancre naissant le 1" novembre, il ne lui restera pas moins de vingt jours pour songer aux moyens de préserver son mari contre toute chance de contamination. Et même en portant au double le terme où Tamant a ignçré son malheur, le terme où il Ta laissé ignorer à sa complice, il resterait encore à la malheureuse un temps fort raisonnable pour préparer sa petite prophylaxie de ménage.
Je conclus par ce triple énoncé :
Si le chancre de la verge est l'agent de la plupart des contagions subies parTépouse (V. p. 284), le chancre de la Vulve, tout au contraire, est le plus souvent înoffensif pour Tépoux.
Car, une femme avertie en valant au moins deux, la moindre révélation (médicale ou autre) faite à temps Téclairera suffisamment sur Fespèce de danger dont elle porte le germe ;
Et par conséquent, si la femme donne môîné souvent la vérole à son mari que le mari à sd femme, cela tient, certes, c'est ma convictibn sincère, à la vertu relative du sexe ; beaucoup^ je le crois également, à la rareté relative des occasions auxquelles une femme mariée se trouvé
exposée ; mais un peu aussi sans doute à ce que, sachant de bonne heure, avant l'éclosion dumal^ qu'elle va l'avoir, elle est souvent par là mise en mesure d'en prévenir la propagation.
Comment s'y prendra-t-elle pour obvier à cette propagation?... On le devine bien : ceci a, d'ailleurs, déjà été indiqué un peu partout (notamment pages 81 et 206), à l'usage de celles qui, sans l'avoir appris, savent aussi bien lire qu'écrire entre les lignes ; et je ne^leur ferai ni l'injure ni la malice de le divulguer ici plus explicitement.
Elles pourront étudier, indiqués ci-dessus, à leur usage spécial, le siège, la physionomie, l'époque d'apparition, la marche, etc. des diverses lésions secondaires qui, moins prévues que le chancre, peuvent échapper à leur attention et devenir une source de contagion pour le mari; et j'espère, par ce tableau aussi fidèle que possible, les avoir mises en garde contre plus d'un danger. Mais ce que je voudrais surtout, mais ne pourrai que dans une certaine mesure leur épargner, c'est la frayeur que causent, en pareil cas, certaines coïncidences morbides. Citons-en un seul exemple, qui vaut une page de préceptes. Une jeune femme des environs de Lyon avait fauté.,,, par surprise, affirmait-elle; et je l'avais soignée d'une syphilis, unique mais dure pénitence de son unique péché. Malgré les difficultés que l'état de femme mariée apporte toujours
à l'exécution du traitement, elle avait assez adroitement manœuvré pour ne provoquer chez son mari ni un soupçon, ni une érosion. Elle était bien guérie, guérie depuis un an, et cependant elle m'accablait encore de visites. Pourquoi?
Hélas! en même temps que atteinte de syphilis — maladie qui passe, la pauvre femme Tétait d'herpétisme — maladie qui ne passe pas. Et, comme cela arrive souvent, les plaques muqueuses vulvaires et gutturales plusieurs fois revenues avaient, à titre de cause occasionnelle, provoqué un herpès récidivant des petites lèvres, et les exacerbations subaiguës d'une angine granuleuse préexistante.
Ces deux dernières maladies, ces deux éruptions-là étaient assurément de nature simple, non contagieuse. Mais comment ma cliente, ignorant les caractères dislinctifs d'une éruption vénérienne et d'une éruption dartreuse, pouvait-elle s'en assurer par elle-même?... Aussi venait-elle, à tout bout de mois, me relancer pour obtenir un diagnostic différentiel dont la conclusion fût propice à ses alarmes mal fondées non moins qu'aux légitimes désirs de son époux.
A la longue, cependant, à force de fausses alertes, la lumière se fit dans son esprit, le calme dans son cœur; et je fiais par ne plus la revoir... qu'au printemps et à l'automne.
Sans vouloir détourner aucune de ces aimables
clientes d'aller conter leur peine au docteur, je dois alléger cette corvée à mes confrères — à ceux du moins qui la regardent comme telle — en leur enseignant à renseigner les pauvres affolées :
1** Faites-leur d'abord remarquer que ces deux régions-là — la vulve, Tarrière-gorge — sont les seules qui restent, chez elles, sujettes à des jetées morbides ; que depuis bien longtemps il ne leur revient plus rien aux autres endroits (cuir chevelu, paume des mains, lèvres, langue, narines) où les accidents véritablement syphilitiques avaient primitivement sévi, puis opiniâtrement récidivé ;
2" Rappelez-leur que ces jetées gutturales et vulvaires ont toujours été réfractaires au traite* ment antisyphilitique ; et, s'il le faut pour compléter la valeur de cet argument, instituez alors par forme d'épreuve une mercurialisation de trois ou quatre semaines, dont l'impuissance assurée et prédite par vous, à Tégard de ces accidents-là achèvera de prouver aux malades leur nature non syphilitique ;
3° Apprenez aux clientes à bien observer, à soigneusement analyser la sensation dont s'accompagnent ces invasions, ou exacerbations herpétiques. Le seul picotement puriffineux qui précède réruption d'herpès récidivant, le fera à coup sûr, par un client averti... et éprouvé, différencier de toute autre maladie occupant le même siège ;
4° Lorsque la malade vient vous montrer à la vulve ou au gosier une éruption herpétique ofiFrant, à ce moment, ses caractères pathognomoniques nettement tranchés, profitez de l'occasion. Faites-la asseoir en abduction convenable, ou mettez-lui le miroir en main; apprenez-lui à bien s'examiner elle-même, à se rendre exactement compte de la couleur, de la dimension, de la con- * figuration, du degré de profondeur de la lésion. Puis cela fait: « Eh bien ! Madame, lui direz-vous, que ceci vous serve d'exemple, de type, de terme de comparaison. Gardez exactement le souvenir de ce que je viens de vous montrer, et toutes les fois, à l'avenir, qu'il vous viendra quelque lésion dans ce même endroit, examinez-la comme je viens de vous apprendre à le faire ; et si elle vous parait semblable à celle-ci, rassurez-vous toute seule, en vous disant bien que ce n'est donc là que de l'herpétisme, et que ce n'est point contagieux ! »
5° Aiguë ou subaiguë, toute nouvelle poussée d'herpès s'éteint, s'efface d'elle-même, sans traitement local, en huit ou dix jours. Il faut une médication locale, active et méthodiquement exécutée pour faire disparaître en aussi peu de temps, des plaques muqueuses ; et sans le secours des remèdes topiques ou des soins de propreté, elles persisteraient à peu près indéfiniment ;
6* Enfin après la médication qui montre la
370 LE PÉHIL VÉNÉRIEN.
nature des maladies en ne les guérissant pas, on n'a pas seulement un intérêt de diagnostic à employer celles qui montrent leur nature en les guérissant. Uriage est le spécifique de la diathèse herpétique ; une saison, au plus deux saisons à Uriage mettent fin aux éruptions de Therpès récidivant: allez donc à Uriage, herpétiques qui souffrez et doutez, et vous serez du même coup éclairés et guéris (1).
J'ai énoncé ces conseils avec quelque développement parce qu'ils sont applicables et à plus d'un cas et à plus d'un sexe.
(1) Je cite Uriage comme type de la médication thermale antiherpétique parce que ses propriétés^ bien connues de tous, sont celles que j*ai pu, moi^ le mieux apprécier. Mais je ne suis point exclusif et tiens expressément à le déclarer ici. Si j*al paru vous préférer Chanrousse, ne froncez pas vos sourcilleux sommets, Canigou, Maladetta, Dent du chat I Épargnez moi les foudres de vos pics ; épargnez-moi surtout vos foudres d*éloquence. D'avance, je les crois sur parole, pourvu que, à Toccasion, ils veuillent bien se rappeler que, si un mot suffit au sugCy le praticien, lui, a providentiellement, en cette circonstance, le don, supérieur d'entendre à demi-mot I