CHAPITRE IV
ENFANT ET SYP.HILIS.
Dans les limites où nous circonscrivons ici son étude, c'esl-à-dire tant qu'il est à Tétat de nouveau-né et de nourrisson, l'enfant fait partie intégrante de la famille en périL Sa dépendance absolue et ses incessants besoins l'y rattachent, en effet, par des liens si étroits qu'on peut bien l'en dire un organe plutôt qu'un membre.
Aussi, soit comme agent, soit comme sujet de transmission morbide, participe-t-il à toutes les épreuves spéciales qui assaillent ou menacent ses parents.
Ainsi que son père, ainsi que sa mère, le nouveau-né-îiourrisson joue dans la propagation du mal vénérien autour de lui deux rôles distincts : tantôt il prend la maladie à une source étrangère, puis l'importe ou peut l'importer dans sa famille ; tantôt, au contraire, c'est de ses parents qu'il la tient, et, en ce cas, il l'exporte ou peut l'exporter dans son entourage. Ajoutons un troisième cas qui lui est particulier, à lui : la communication, par son intermédiaire, du mal de l'un de ses pa-
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rents à l'autre. — De là trois circonstances à examiner et trois ordres d'indications à remplir.
§ I. — L'enfant transmet la eyphllie de Fan de ees parents à l'antre.
Deux cas se présentent : Fun où le mal passe ainsi du père à la mère. C'est la syphilis par conception^ étudiée plus haut, à la description de laquelle nous n'avons rien à ajouter, ne la rappelant ici que pour mémoire.
D'autre part, la mère étant seule atteinte de syphilis peut procréer un enfant syphilitique ; et cet enfant peut, par les contacts intimes qu'il a avec son père, l'infecter. Le fait n'a pas, que je sache, été observé jusqu'ici, ou du moins je n'en connais pas d'exemple publié. Mais cette pénurie d'observations tient peut-être au peu d'intérêt doctrinal que soulèverait un fait semblable. On ne compte pas, on ne prend point la peine de mentionner les enfants infectés héréditairement qui, mis en nourrice, infectent par contact imprudent leur père et leurs frères nourriciers. De même, pourquoi l'infection du père, qui a lieu dans les conditions spécifiées ci-dessus, obtiendrait-elle une place à part dans le nombre des contaminations accidentelles de cette catégorie ?
Un théoricien transatlantique, déjà nommé,
remarquant la lacune des informations cliniques sur ce point, se pose une question singulière. Prenant la loi de Colles en sens inverse — ne devrais-je pas dire au rebours? — il se demande si, dans le cas dont nous parlons, il ne pourrait point se faire que le père bénéficie de Fimmunité que cette loi confère à la mère ? en d'autres termes, si le père, sain, ne serait pas incapable de contracter la syphilis par suite du contact de son enfant infecté par la mère, qui a seule été malade?... En attendant la réponse, et même en la supposant positive, que le père ne se rassure pas trop ; et surtout qu'il évite de s'exposer au danger sur la foi d'une telle garantie, le fait physiologique qui lui sert de base fût-il même réel. Car, lorsque la femme est seule syphilitique, le plus souvent c'est ailleurs, c'est en dehors du ménage qu'il faut aller chercher le père, si l'on veut trouver le véritable. Or, même interprétée comme on veut le faire, la loi de Colles n'a rien, je pense, à voir avec les maris !
§ II. — Li^enfant reçoit la syphilis d'nne source étrangère et la propag^t» dans aa famille*
C'est par un baiser que s'opèrent le plus fréquemment ces contaminations accidentelles. Un domestique, un ami de la maison, que dis-je? un ami, le premier visiteur ou fournisseur venu,
un passant, un compagnon de wagon, un étranger, embrassent à Fenvi le joli bébé, croyant ainsi faire grand plaisir à la maman. Heureux si, en rentrant de la promenade, il n'a pas été huit ou dix fois livré aux accolades d'un troupier qui trouve là le moyen d'engager la conversation avec sa payse, ou aux caresses d'autres enfants de son âge, avec lesquels on s'amuse ainsi à lui faire faire connaissance ! Autant d'embrasseurs inconnus, autant de sources possibles de contagion.
Toutefois, je le reconnais, les chancres primitifs des lèvres sont très rares chez les enfants allaités par leur mère. Mais parfois ces chancres passent méconnus, sous le couvert de croûtes de lait, d'impétigos, d'aphthes, de muguet. Parfois donc, en pareil cas, on ne s'apercevra de la syphilis que lors de l'invasion secondaire, et son accident initial comme sa cause demeureront ignorés.
Rappeler ce danger aux parents est leur en indiquer le préservatif, qui consiste : 1° à examiner, ou plutôt à faire examiner médicalement, au moindre soupçon, les personnes admises à avoir avec l'enfant des rapports journaliers obligés; 2** à empêcher par des injonctions sévères et une surveillance assidue les embrassades banales toujours suspectes. Un excellent moyen pour éloigner de votre enfant ces familiarités compromettantes, est de crier à celui qu'on voit s'approcher de lui,
avec des intentions manifestes : « Ne le touchez pas ! Il a du mal dans la bouche ! i>
Mentionnons ici, d'après Ricord, la contagion à laquelle le nouveau-né Juif est exposé si le rabbin, qui après avoir fait la circoncision doit sucer le sang, avait dans la bouche des lésions syphilitiques.
Des attentats à la pudeur sont quelquefois tentés ou consommés, même sur des êtres d'un âge aussi tendre !
Qaid non mortalia ptidenda cogis... ?
L'enfant est sans défense : et il se trouve des monstres à qui son isolement inspire toute autre chose que le respect classique I
Bien que rare,'ce cas n'est que trop réel : mais parfois aussi il est supposé. Une nourrice malade et qui a infecté son nourrisson allègue qu'il a été victime d'un attentat. D'autre part, des parents affectés de syphilis, soit qu'ils le sachent, soit qu'ils ne s'en doutent point, peuvent, soit par calcul, soit par ignorance, croire ou vouloir faire croire que la maladie dont leur enfant est atteint résulte d'un attouchement criminel de ce genre.
Le médecin, consulté dans ce cas, a d'autant plus besoin de connaître la vérité que, ordinairement, on lui demande, en même temps que des
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remèdes, un certificat qui fera foi et dont il aura à soutenir les conclusions devant le tribunal.
Eh bien ! indépendamment de toute enquête sur le point de fait, j'estime que le siège et la nature de la première lésion apparue chez l'enfant suffisent, en général, pour l'éclairer sur l'origine de cette transmission morbide. En effet, si cette première lésion est un chancre, si elle siège à la bouche, sous le nez, au pli labio-mentonnier de l'enfant, il devra plutôt diriger ses soupçons sur la nourrice, et lui faire subir une investigation à fond.
Si, dans ce cas, la nourrice est reconnue saine, soumettez à l'examen son propre enfant ainsi que les autres enfants du voisinage, auxquels elle pourrait avoir donné le sein. Le mal quelquefois existait à la bouche de ceux-ci. Ayant été mis au sein, ne fût-ce qu'une fois, qu'une minute, ils en ont déposé le contagium sur le mamelon, où l'autre enfant, le vrai nourrisson, vient ensuite appliquer sa bouche. C'est donc toujours là de la syphilis nourricière^ mais sans que la nourrice ait été elle-même ni malade, ni par conséquent cause directe, et partant reconnaissable, de la maladie.
D'autre part, la ou les premières lésions du nourrisson ont-elles l'aspect d'accidents secondaires? Ont-elles tout d'abord été multiples ? Ontelles occupé simultanément plusieurs régions?...
N'en cherchez, alors, la source que dans une infection par Yoie héréditaire ; et portez vos recherches sur la santé des parents (1).
Un enfant sain reçoit quelquefois la syphilis par la vaccination, soit que le médecin lui ait par erreur inoculé la sécrétion d'une lésion syphilitique ; soit, ce qui est le plus ordinaire, que le vaccin qu'on lui inocule ait été recueilli sur une véritable pustule vaccinale, mais pustule existant chez un sujet syphilitique. Il est assez généralement admisquelaljmphede cette pustulelà serait inoffensive ; que, comme toute sécrétion non spécifique d'un syphilitique, elle ne contient pas le principe contagieux de la syphilis. Mais si elle est mélangée d'un peu de saiig^ il n'en est plus ainsi; car le sang d'un syphilitique possède, nous le savons, le pouvoir transmissif.
Quoi qu'il en soit de cette explication, au moins fort ingénieuse, elle indiquerait, avec la source précise du danger, la précaution à prendre pour en préserver le vacciné. Il s'agirait pour cela: 1* de n'employer que des tubes à contenu parfaitement limpide ; 2** dans la vaccination de bras à bras,
(1) Cette double notion du siège et de la nature du premier. accident doit 6tre incessamment présente à Tesprit du médecin. Depuis les ingénieuses et rigoureuses démonstrations de M. Rollet, c'est elle qui nous sert de guide dans les circonstances difficiles oii notre tâche de diagnosticien et de thérapeutiste as double de celle d'expert.
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de ne jamais épuiser le bouton jusqu'au sang ; 3* quand le sujet vacciné est suspect ou atteint de syphilis, si on l'a fait saigner en lui faisant une première piqûre, d'éviter de reporter sur le vaccin if ère l'instrument chargé de ce sang ; ce qui l'exposerait, lui qui fournit le vaccin, à recevoir l'infection, par choc en retour, de celui à qui il a fourni le vaccin (Laroyenne).
Un enfant qu'on vaccine risque donc de prendre la syphilis par le fait de l'opération. Mais comme, de l'état de vacciné, il passe presque toujours ensuile à l'état de vaccinifère, le danger qu'il a couru, il le fait courir à son tour ; et il deviendra alors dangereux de deux manières :
D'abord, la vérole commence chez lui par un chancre au point où il a été vacciné. Mais ce chancre ayant une incubation beaucoup plus longue que celle du bouton vaccinal, il en résulte que, le plus souvent, au moment où l'on va prendre du vaccin sur cet enfant, la pustule où on le recueille offre les caractères rassurants de la pustule vaccinale régulière. C'est là, quant au mécanisme de la double évolution au même lieu, le
parfait analogue du chancre mixte. Or, l'élément chancreux n'apparaîtra là, n'y sera perceptible que dans quelques jours : mais il y existe déjà ; et par conséquent le liquide de cette pustule-là peut transmettre la syphilis aux sujets à qui on l'inoculerait pour les vacciner.
Secondement, en vaccinant un sujet avec du vaccin entaché de syphilis, il se peut qu'on lui ait donné la syphilis^ mais qu'on ne lui ait pas donné la vaccine. Si plus tard on le revaccine, que le vaccin, cette fois, prenne chez lui, et qu'on se serve de son vaccin pour d'autres personnes, c'est du vaccin apte à transmettre la syphilis qu'on aura peut être recueillie chez lui.
Ces divers cas, un peu difficiles à bien expliquer, ne méritent pas de nous arrêter plus longtemps. Et ce, pour deux motifs. D'abord la transmission vaccino-syphilitique n'est point un fait exclusivement particulier aux nouveau-nés, quoique menaçant les nouveau-nés. Depuis que les revaccinations sont recommandées et prescrites^ on a observé cet accident chez les adultes (chez des militaires surtout), non moins souvent que chez des nourrissons.
D'autre part, la transmission vaccino-syphilitique est sans doute aujourd'hui un fait certain. Rollel, le premier, dans ses publications si judicieusement réformatrices, Viennois ensuite, dans son admirable monographie, en ont cité des exemples dont l'authenticité est au-dessus de toute contestation. Mais, néanmoins, ces exemples sont et heureusement demeurent très rares. Sans vouloir le moins du monde prétendre qu'il n'y ait qu'un intérêt de curiosité à connaître cette éventualité pathologique, sans cesser d'encoura-
ger les praticiens à se prémunir contre elle par un examen soigneux non seulement du bouton, mais de tout le corps du sujet à qui on va emprunter le vaccin, il est bien permis de dire cependant que la gravité de cette menace et l'importance de cette discussion le cèdent de beaucoup à celles de Fespèce de dangers qu'il nous reste maintenant à examiner.
§ lU. — li'enfant Infecté bérédltairemeut delà syphilU la communiqae aux personnes qu'il touche.
Nous abordons ici la partie la plus complexe, et j'ajoute la plus redoutable de cette longue et difficile étude. « Lorsqu'un enfant, écrivais-je déjà en 1854, naît dans des conditions de parenté qui rendent le développement prochain de la syphilis chez lui probable ou possible, il soulève un problème d'hygiène et de morale, dont la solution, horriblement lourde pour la famille et pour le médecin, n'a pas encore été trouvée (1). »
(i) Par ces paroles je faisais surtout et à peu près exclusivement allusion aux risques qui résultent du nourrissage de Tenfant infecté héréditairement.
Ce risque-là, en efifet, n'est point le seul. De tous ceux avec qui le nouveau-né syphilitique est en rapport dans la vie de fa* mille, parents, domestiques, blanchisseusrs, compagnons de biberon ou de promenade, coopérateurs dans Tacte de la vaccination, à commencer par raccouchcur, à finir par la sevreuse, il n'en est pas un qui ne soit exposé à prendre son mal et qui, en réalité, ne l'ait quelquefois pris. Mais ces faits, accidentels, rares.
La science a marché depuis lors ; elle s'est faite et bien faite, sur des points à cette époque obscurs et contestés. Elle est en mesure, aujourd'hui, de signaler de bonne heure le danger, d'éclairer à temps et complètement les familles, la société, la justice sur l'origine précise de ce danger, sur ses conséquences et ses préservatifs. Et cependant le problème, en ce qui concerne les devoirs du médecin en pareille circonstance, reste toujours aussi ardu, aussi fertile en expédients, en artifices plus ou moins moraux, mais aussi pauvre en solutions capables de satisfaire en même temps à la discrétion professionnelle, à la sécurité de la nourrice, à la santé de l'enfant, à la conscience du praticien.
La faute en est sans doute aux multiples et souvent incompatibles exigences du sujet. Mais ces exigences ne sont-elles pas augmentées par la manière même dont on a prétendu y pourvoir?
Sous prétexte que le médecin est à la fois l'ami de la famille et le tuteur naturel de la nourrice^
50 passant selon les lois communes de la transmission usuelle, ne motivent aucun précepte spécial autre que celui de se préserver avant l'accident, de se traiter après.
Le nourrissage, au contraire, est chose obligatoire. Là, le péril menace fatalement, à toute minute. On peut l'éviter, sans doute. Mais il est fréquent au point que, dès qu'il naît un enfant syphilitique, on peut dire qu'il existe quelque part une femme, une au moins, exposée à recevoir de lui Tinfection. Aussi le risque nourricier primant tous les autres, la ^ypAi'/» nounHcière doit-elle et va^t-elle remplir à elle seule ce chapitre.
on charge ses épaules d'un mandat écrasant. S'il veut remplir la mission que tous les pathologistes lui confient, que tous les jurisconsultes sauront bien le faire repentir d'avoir déclinée, je le plains vraiment.
Placé entre les parents qui désirent assurer impunément une bonne nourrice à leur enfant infecté et la nourrice qui entend bien ne pas exposer sa santé à ce contact, il doit prendre cure des deux intérêts opposés, et endosser toutes- les responsabilités que la défense de ces intérêts lui fera encourir !.., C'est trop, évidemment, pour un seul docteur ! A quel avocat, dites-moi, sa partie adverse oserait-elle venir proposer de se constituer son défenseur, ou seulement l'arbitre du procès ? La justice elle-même, par l'institution du ministère public^ ne montre-t-elle pas que, pour être convenablement protégés, des intérêts en conflit ne peuvent avoir un seul et même représentant, quelque recommandable qu'il soit par l'autorité de son caractère et le désintéressement de ses mobiles ?
Contesté -je le moins du monde pour cela l'utilité, la nécessité de notre rôle dans ce cas ? Récusé-je le médecin ?... Non certes, puisque j'en voudrais deux. Son interventioa réussit, dans la plupart de ces litiges, à faire l'accord entre des contendants qui, ordinairement, ne se divisent, ne se menacent que faute de connaître l'un et
Tautre leur véritable intérêt, intérêt plus souvent qu'ils ne le croient identique. Mais, d'autre part, il faut bien l'avouer, lorsque leurs prétentions sont par la force des choses, décidément inconciliables, le médecin ne pourrait essayer de les servir toutes deux sans en compromettre au moins une, et soi-même, et fort inutilement, par dessus le marché.
Néanmoins, situé entre les deux camps, tout en se faisant, dans ce cas, étranger à l'un d'eux, il ne lui devient point hostile. Je montrerai, dans un moment, quand et comment, sans trahir aucun devoir, sans cesser d'être un instrument de pacification, il peut, il doit parfois, dans certains cas, faire accepter, pour le bien de tous, non seulement la division^ mais ce que j'appellerai le dégrèvement àe^ attributions médicales.
Seconde difficulté : La science a marché, ai-je dit. Mais en accroissant et fixant nos connaissances, elle a aggravé notre responsabilité. Nous sachant maintenant en mesure de préciser nos réponses — qu'ils toléraient jadis qu'on revêtît de la forme vague et ambiguë, caractère accepté d'un art conjectural, — les magistrats n'hésitent pas à nous blâmer, à nous condamner comme coupables de faute professionnelle^ lorsque nous laissons soit la nourrice, soit les parents, sous le coup d'un de ces préjudices, dont la syphiligrapbie moderne nous met à même de les pré"
server en leur en signalant la nature, le mode et répoque d'invasion. On cite entre autres à ce propos, on cite avec effroi, Tarrêt de la cour de Dijon (14 mai 1868) aux ternies duquel le docteur B... — très honorable confrère, que j'ai connu personnellement, — fut visé par le considérant suivant : « Le médecin qui sciemment laisse ignorer à une nourrice les dangers auxquels l'expose Tallaitement d'un enfant syphilitique, peut être déclaré responsable du préjudice causé par sa réticence regrettable. Il ne saurait prétendre que, appelé à donner ses soins à l'enfant seul, il n'avait pas à se préoccuper du danger que peut courir la nourrice. Un pareil système ne peut être invoqué contre une nourrice, à laquelle sa situation même impose une confiance nécessaire dans le médecin choisi par la famille de l'enfant (1). »
(1) Il est vrai que, reculant devant les effets d'une doctrine qui punit le silence^ la môme Cour a absous en fait le D' B... par le motif que la visite où il se tut n'ayant précédé que de six Jours la date de Tapparition du mal chez la nourrice, il est vraisemblable que l'inoculation de ce mal avait déjà eu lieu avant cette visite et que, ainsi, il n'est pas certain qu'elle aurait pu échapper & la contagion lors même que^ avertie par le docteur, elle eût, dès le jour où fut donné cet avis, cessé l'allaitement. — Toutefois, il s'est trouvé un jurisconsulte pour blâmer cette indulgence. Dalloz (1869, t. II, p. 195) pense qu'on pourrait dire :
1* «Qu'il restait du moins, puisque à l'époque de la visite du docteur aucun symptôme de communication du mal ne s'était manifesté, des chances sérieuses pour la nourrice d'échapper au danger en cessant l'allaitement;
U** « Que, en admettant qu'il fût trop tard, on pouvait présumer que le mal aurait acquis chez elle moins d'intensité sans la pro-
Mais cet arrêt même, qui nous semble si défavorable, est au contraire Farme sur laquelle nous pouvons le plus compter pour nous dégager de certaines responsabilités existant en dehors de la sphère de celles qui légitimement nous incombent. Je dirai tout' à Theure comment cette arme défensive doit être maniée.
Troisième desideratum: Les auteurs le plus justement accrédités, — et je mets ici hors rang M. A. Fournier, — se préoccupent trop, ce me semble, de découvrir une solution, un expédient capable de donner, dans n'importe quel cas et sur l'heure, à tous les intérêts, satisfaction complète. Rien de plus louable assurément qu'un tel objectif. Mais devant l'effrayant faisceau de difficultés que nous offre le sujet, la fable des dards unis et pris à part s'offre involontairement à ma pensée.
longation de rallaitement par lequel l'inocalation s'est produite. »
Et il conclut que : « l\ pouvait y avoir lieu de condamner le médecin, coupable d*une véritable faute, à réparer pour partie le dommage subi par la nourrice. »
— n est regrettable qu'un commentateur ne soit point un avocat plaidant. Il aurait été intéressant de voir celui-ci recevant, devant le tribunal, du premier venu d*entre nous, la dure leçon que lui méritent ses étranges théories sur Tincubation de la syphilis et sur son aggravation par des inoculations itératives !
Le Gode — Dalloz le sait mieux que nous — rend tout citoyen responsable du dommage causé par son imprudence^ sa légèreté ou son iropéritie notoire. Comme réparation du tort que le célèbre jurisconsulte a pensé nous faire par ses affirmations fantaisistes, nous ne demanderions pour elles qu'une chose : la publicité de l'audience!
Suffit-il, par exemple, pour juger du meilleur secours à porter aux diverses personnes que menace dans ce cas le péril vénérien, suffit-il^ comme on Ta fait, de considérer leur situation en bloc selon que le mal est seulement imminent, ou qu'il est déjà réalisé ? Non : et l'on va être étonné, à la lecture des pages suivantes, de voir avec quelle facilité certaines obscurités s'éclairent, comment de prétendues impossibilités cèdent lorsqu'on s'occupe seulement de déterminer au sein de quelles circonstances, sous l'empire de quelles suggestions, avec quelle arrièrepensée, moins que cela même parfois, dans quel domicile elles se sont produites. Entrons donc en matière, et voyons ce que le médecin a à faire et à dire de mieux selon tel ou tel des embarras multiples et enchevêtrés que lui crée immanquablement cette sorte de pratique.
i *» QUE FAIRE AVANT LA NAISSANCE DE l'eNFANT MENACÉ
Lorsqu'un syphilitique songe au mariage, il est bien rare qu'il n'ait pas interrogé un médecin sur ce qu'il a à craindre pour ses enfants, et sur ce qu'il aura à faire pour les préserver.
Aces questions, qu'on me pose journellement, voici, quelque complète, quelque ancienne, quel-
que solide que paraisse la guérison de Finterrogeant, voici quelle est invariablement ma réponse :
« Prenez-vous-y d'aussi bonne heure que possible ; faites jouer toutes les cordes; entourezvous de tous les auxiliaires utilisables : mais tâchez que votre femme nourrisse. »
« — Eh quoi I docteur. Mais alors vous ne me croyez donc pas guéri...? Mais mon enfant court donc un danger ?
« — Je ne dis pas cela. Mais, même absolument guéri pour votre compte, rien, sinon la naissance d'un premier enfant sain, ne peut prouver que, par voie d'hérédité, vous ne soyiez pas encore apte à transmettre quelque chose.
« — Quelque chose!... Mais c'est la vérole.!
Et me déclarer que mes enfants en sont menacés, n'est-ce pas m'interdire le mariage ?
« — Je ne dispos cela. Mais, outre la vérole même, la vérole caractérisée, il faut compter avec la faiblesse de constitution, qui, chez les enfants nés dans ces conditions, en est parfois la conséquence. Donc, en tout cas, pour avoir des enfants aussi beaux que possible^ faites-les nourrir par Madame.,., au moins le premier de vos enfants..., au moins pendant les deux ou trois premiers mois. »
On comprend le motif de mon insistance et de mes réticences. Au fond, il y a toujours à craindre pour le premier enfant (loi de Simon). Et
comme sa mère est la seule femme de qui il puisse prendre le sein sans risquer de lui donner son mal (loi de Colles), il faut tout faire pour lui assurer cette nourrice-là, pour la lui assurer au moins durant les deux premiers mois (1).
Le mariage fait et la conception de Fenfant TOUS étant notifiée, si vous êtes devenu médecin de la famille, usez de votre influence pour agir directement auprès de Madame, ainsi que sur son entourage ; pour répondre aux charitables conseillères qui, de toutes parts, viennent vous représenter que « la pauvre enfant est vraiment bien trop délicate pour se charger d'une pareille tâche ; qu'il y aurait conscience à la lui imposer, et de plus, danger pour l'enfant qui n'aura qu'un lait insuffisant en quantité et en qualité I »
Ne faiblissez pas : vous avez la connaissance du péril en perspective ; vous avez de plus pour vous l'appui dévoué du mari. Cherchez encore: cherchez bien. N'y a-t-il pas une troisième personne qui ne demande qu'un motif, qu'un prétexte,
(1) J'ai établi par la statistique que, sur 158 nouveau-nés syphilitiques, le mal s'est déclaré chez V41 avant la fin du deuxième mois, chez 146 avant la fin du troisième. Par conséquent, si la mère, après avoir nourri son enfant deux ou trois mois, se trouve hors d'état de continuer, elle peut alors le donner à une nourrice sans avoir à redouter que celle-ci soit infectée par Tenfant, puisque le terme auquel les symptômes syphilitiques apparaissent chez lui est passé. — J'ai énoncé explicitement ce précepte ainsi que ses considérants dans mon Traité de thérapeutique des maladies vénériennes f 1876, p. 366. Ce n'est pas sans motifs que je précise la date et le texte.
pour deyenir le plus ardent de vos alliés. Dans tous les cas, hésitât-elle celle-là, fît elle-même, au début de la grossesse, opposition à vos désirs? patience, attendez le cinquième mois : il ne faudra pas alors plus d'un ou deux mouvements, — deux tout petits mouvements I. — pour qu'elle opère d'elle-même sa conversion en faveur de votre thèse !
Voici, cependant une objection fondée sur un motif des plus respectables, et voici le moyen d'y répondre : Une dame récemment enceinte à qui je voulais inculquer l'obligation de nourrir : « Je le voudrais, monsieur le docteur, me répondit-elle, mais je ne le peux pas. Je suis à la tête d'un atelier de blanchissage. Il faut que je sois là, que je paie de ma personne, sans quoi rien ne marche. Et comment le faire, si j'ai à nourrir un enfant (1)? »
« Eh! pensez-vous donc être, tout de suite, en état de travailler, lui répliquai-je ? Un mois au moins, il vous faudra rester couchée ou user de grands ménagements. Eh bien ! donnez ce mois à votre enfant ; et l'on verra ensuite. »
Ensuite., . je mets en avant, pour obtenir un mois de plus, une faiblesse des organes, une disposition aux chutes de matrice^ si l'on se force trop tôt!... La mère, d'ailleurs, a eu alors le temps
(1) «t l/n enfant » ! Locution des premiers mois, qui, dès le cinquième, fait place à celle-ci : « mon enfant ».
de devenir tout à fait mère, et ce n'est le plus souvent qu'avec larmes et sanglots que, les deux mois révolus, on parvient à la séparer de son nourrisson.
N'êtes-vous pas le médecin de la famille ? Rien n'est perdu; bien au contraire. Car votre insistance ne pourra être taxée d'intéressée. Entendez-vous, dans ce cas — premier exemple de la division des pouvoirs médicaux — entendez-vous avec le mari sur la manière dont il sera utile et possible de prévenir le confrère chargé d'accoucher Madame, afin que, informé ou non — ceci sera discuté plus tard — des motifs qui rendent ici l'allaitement maternel obligatoire, il aide, de son côté, par l'influence de ses bons conseils à obtenir l'assentiment de Madame et de sa famille.
2° QUE FAIRE APRÈS LA NAISSANCE DE l'eNFANT ME- NACÉ DE SYPHILIS ?
Essayer l'allaitement par la mère, et persévérer dans cet essai au moins deux mois, alors même que la sécrétion lactée serait, pour quelque cause que ce soit, insuffisante. Le seconder, au besoin, par l'addition de bon lait de vache, donné au biberon. C'est le cas, ou jamais, où l'allaitement mixte est indiqué. Amenons à tout prix l'enfant au moins à la fin du deuxième mois. A ce terme,
aucun danger de son fait n'étant guère plus à redouter, le sein d'une bonne nourrice lui rendra l'alimentation nécessaire, dont la prudence a obligé de le frustrer jusque-là.
Mais la mère, dira-t-on, peut être morte ou n'avoir absolument pas de lait... — Dans ce cas le nourrissage fait exclusivement au biberon créant pour le pauvre enfant des chances réelles de mort, on lui a cherché quelque nourrice capable de l'allaiter sans courir de danger ; et l'on a proposé, pour remplir cet office, une chèvre.
Je ne médirai point de ces intéressantes mammifères, ayant moi-même — sans nécessité spéciale, bien entendu — été nourri par une chèvre. Je fais même des vœux pour que ce système se propage, pour qu'il soit organisé et appliqué avec méthode et continuité dans les hôpitaux consacrés aux enfants syphiliti ques abandonnés de leur mère . Mais, qui ne voit combien son adoption dans la pratique civile est forcément bornée par les soins assujé tissants et dispendieux qu'il nécessite ? — Néanmoins, n'oublions jamais de le rappeler aux parents qui n'y penseraient pas d'eux-mêmes.
N'oublions pas de le recommander avec insistance. Outre ses qualités intrinsèques, outre l'affectueuse familiarité qui s'établit assez rapidement entre l'enfant et sa bique-nounou^ il faut considérer qu'on peut, au besoin, par des frictions mercurielles sur l'animal, rendre son lait véhicule du
médicament que le nourrisson ne tolère quelquefois que administré par cette voie.
Ceci nous met en face d'une indication non moins importante. En même temps qu*on lui prépare son alimentation, en effet, il faut préparer à Fenfant né dans ces conditions son traitement.
Ce traitement, on le sait, doit dans la syphilis congénitale être commencé dès Tapparition des lésions. Or Finyestigation nécessaire pour trouver ces lésions ne va-t-elle pas révéler à la mère, aux deux familles qui ne perdent pas un instant de vue le bébé, la nature du mal dont on s'applique ainsi à chercher, devant elles, les traces?...
Un père, bien initié par le médecin, peut suffire à cette recherche ; et il réussira mieux que personne à la faire sans rien trahir. La syphiUs héréditaire commence par deux régions : Tanogénitale et la buccale ou péri-buccale (où je comprends le coryza spécifique). Le père qui assiste à toutes les toilettes et à tous les repas du cher petit, est donc en général à même de découvrir dès leur apparition les plaques cuivrées, sèches ou croûteuses, qui se montrent aux côtés de Fanus, au scrotum, sur le périnée, la vulve, Thypogastre, d'une part ; de l'autre, les plaques humides des commissures labiales, les papules du pli mento-labial, les croûtes et Vhumeur des narines, Tenchifrènement caractéristique. Tant que rien de tout ceci n'apparaît, point d'alarme. — Se
manifeste-t-il une de ces lésions, fût-elle même d'aspect douteux ? Il faut agir, et sur l'heure.
Lorsqu'un de mes clients vient m'informer de la fâcheuse découverte qu'il croit avoir faite sur son enfant, il me demande ordinairement, — se défiant, aimant à se défier de lui-même — à la contrôler de mes propres yeux. Si je suis médecin de la maison, ce n'est qu'une visite à faire en plus et un peu plus tôt. Un coup d'œil même furtif m'a mis au courant, et je formule les remèdes de manière à laisser ignorer le nom de la maladie.
Si, au contraire, je ne suis pas médecin de la famille, je conseille au père d'aller trouver son médecin, de faire appel à sa discrétion ; finalement de le charger de tout vérifier, de tout diriger...
Le père ne dit pas non. Mais si pénible est cette démarche, si humiliante cette confession (même assurée du secret) que, avant de s'y décider (1) il me demande de lui dire si elle est réellement nécessaire ; et par conséquent d'examiner d'abord moi-même son enfant. Je ne m'y refuse jamais : soit que, sous un prétexte, on l'apporte dans mon cabinet, soit que nous concertions une entrevue, soi disant due au hasard, où, rencontrant à la promenade l'enfant porté par sa
(1) Proposez toujours au père d'écrire vous-même à votre confrère pour lui révéler la situation. Ils vous sauront gré, Tun et Tautre, de leur avoir épargné Tembarras à l'un de faire, à l'autre d'entendre le fatal aven.
bonne, accompagné du père, je m'extasierai sur sa grâce, et me prévaudrai de mon titre d'ancien ami pour obtenir une risette^ qui va me découvrir les plis buccaux ; pour demander à juger s'il vient bien, en le faisant délanger, ce qui met à nu la principale région suspecte.
3* QUE RÉPONDRE A UNE NOURRICE DEMANDANT AU MÉDECIN DE LUI GARANTIR LA SANTÉ DE CET ENFANT ?
Mais pendant que nous analysons, même avant qu'ils se dessinent, la signification pathologique de ces premiers linéaments, parfois et dès ce moment surgit une question, de toutes et pour tous la plus féconde en écueils, pièges, en désastres morbides, pécuniaires et moraux : la question nourricière.
Parfois s'ingérant de dire oui là où nous avions dit non, une personne influente de la famille ignorant le danger, d'ailleurs, — c'est là son excuse — ne voit pas pourquoi. Madame ne pouvant allaiter qu'à demi, on ne prendrait pas une nourrice; en trouve une; décide le mari, qui n'ose refuser. Bref, la nourrice se présente chez nous avec une lettre de recommandation des parents nous priant de bien l'examiner. Nous procédons à l'interrogatoire, puis à l'exploration complète de la brave femme. Et tout, je suppose.
nous ayant chez elle paru convenable, nous lui délivrons un satisfecit en règle....
Bon ! mais elle ne sort pas, cependant, cette femme. Qu'attend-elle ? A-t-elle, à son tour, une question à nous adresser ?. . .
Justement. Soit par les propos de l'antichambre, soit d'après quelques rougeurs suspectes, à cause d'un certain air de cachotterie, en raison peut-être de l'hésitation du mari, elle se doute de quelque chose ; et sous une forme plus ou moins directe, nous prie « puisque nous connaissons bien l'enfant » de lui dire si elle peut le prendre en toute sûreté ?
Ici commence le côté scabreux de notre rôle.
Car me voilà, comme dans un étau, entre deux fortes branches très peu matelassées. D'une part, l'arrêt de la cour de Dijon, qui, me condamnant si je n'éclaire pas une nourrice qui ne me demande rien, n'est pas pour m'absoudre si je refuse de répondre à celle-ci qui m'interroge ; et d'autre part, l'article 378 (Code pénal) qui m'inflige de 1 à 6 mois de prison, sans compter l'amende, si je révèle le secret que mes clients m'ont confié. Or parmi ces secrets dont la divulgation est punissable, figure sans contredit celui de la maladie secrète^ que je ne puis manquer de faire connaître à la nourrice si je veux répondre consciencieusement à la question qu'elle me pose...
Et si j'hésite à répondre, cependant ! Si même
j'ajourne ma réponse^ si je l'ajourne seulement au lendemain, — le temps de m'entendre avec mes clients, — quel bruit et que de mécontents ! La nourrice d'abord, qui sous ce retard flaire un mystère, sous ce mystère un danger, et part sans demander son reste ! La famille, dont la contenance indignée me crie : « Eh quoi, docteur, vous n'osez répondre de nous ?. » Le mari qui me dit : « Docteur, vous m'avez perdu par votre silence ! » — Et cependant je ne dois pas, moi, et surtout je ne veux pas tromper cette pauvre femme.
En l'état, pour tout concilier, voici ce que la situation m'autorise et m'oblige à lui dire : « A votre tour, nourrice, vous me demandez une garantie ? Je le comprends ; c'est votre droit vis-àvis de la famille, de même que la famille l'a exercé vis-à-vis de vous, en vous envoyant ici vous faire visiter. Mais, moi je ne fais jamais ces choses-là à la légère, et je veux éviter même le soupçon de partialité et de complaisance. Revenez demain, en amenant soit votse mari, soit quelqu'un de vos amis, et je m'expliquerai devant eux. »
Le répit que je me suis ainsi ménagé, je l'emploie à instruire le mari du sens dans lequel mon devoir m'obligera de répondre, le lendemain. S'il juge cette réponse compromettante pour lui, c'est son affaire de trouver un moyen pour empêcher la nourrice de revenir me la demander.
Revient-elle ? Mon thème est tout préparé, toujours le même. « Vous avez vu hier, nourrice, avec quel soin, quelle minutie, je vous ai examinée avant de répondre de vous. Pour pouvoir vous répondre, à leur tour, de mes clients, il faudrait leur faire subir un examen du même genre ! Mes bonnes relations avec eux vous expliquent ma répugnance à le leur proposer.
D'ailleurs vous ne me croiriez pas, et vous auriez raison, puisque, étant leur médecin, je serais toujours censé avoir donné mon avis dans leur intérêt plutôt que dans le vôtre. Choisissez donc un confrère honorable ; priez les parents de se laisser examiner par lui, et rapportez- vousen à ce qu'il vous dira. »
De trois choses Tune, alors : ou la nourrice, sans insister davantage,' prend Fenfant à ses risques et périls ; — ou mise en éveil par ma résistance (j'écris résistance et non réticence, M. le greffier de la cour de Dijon !) elle décampe sans réclamer ses frais de voyage ; — ou enfin elle va bravement proposer à la famille le petit examen en question par un médecin de son choix à elle. Et, soit, qu'on accepte, soit qu'on la flanque à la porte, dans l'un comme dans l'autre cas, j'ai dégagé, devant témoin, ma responsabilité légale, tout eh sauvegardant, autant qu'il était en moi, le seul intérêt qui, dans l'espèce, me paraisse le mériter, la santé de la nourrice... ainsi que de
sa famille ultérieurement menacée de participer à la contagion possible.
— « Mais voyez un peu Thabile homme ! »
m'entends-je apostropher par quelque Bartholo fouillant en mon raisonnement le défaut de la cuirasse.
— Ma foi ! cherchez-en un plus subtil ! » riposterai-je avec le malicieux barbier.
— « Mais, en conscience, insiste-t-on, en conscience, M. Diday, avez-vous eu souvent occasion de placer toute cette diplomatie-là I »
— Quelquefois, répondrai-je, mais assez exceptionnellement, je Favoue ; car mon secret pour m'en passer est d'avertir à temps tous mes clients que je serai forcé d'en user, s'ils m'envoient, dans les conditions ci-dessus spécifiées, une nourrice qui m'interroge sur leur compte !