CHAPITRE SECOND
MALADIES ORGA]VIQUES DU PÉRIOSTE.
Les maladies qui constituent ce groupe, sont de beaucoup les plus nombreuses et les plus importantes. Je dirai même que si les lésions traumatiques nous ont offert quelqu’intérêt, c’est principalement à cause de leurs rapports avec ces affections, dont elles sont dans un grand nombre de cas les causes déterminantes. Si nous exceptons en effet le résultat immédiat que le décollement du périoste ou sa destruction par un agent traumatique, peut déterminer sur un os, en le privant d’une partie de ses moyens de nutrition, nous voyons que les phénomènes morbides auxquels les plaies et les contusions peuvent donner lieu, sont dues pour la plupart à l’inflammation consécutive, soit du tissu osseux, soit de la membrane périostique elle-même. Or, l’inflammation rentre évidemment dans le cadre des maladies organiques dont nous avons maintenant à nous occuper j c’en est même le phénomène le plus général, et comme il domine presque tous les autres, c’est lui qui devra nous occuper d’abord.
Quand on se rappelle la structure et la vitalité du périoste, il est facile de concevoir que l’infiUmmation , ce grand phénomène morbide que l’on rencontre
comme condition nécessaire dans la production de la plupart des maladies des organes riches en vitalité, ne pouvait manquer de jouer un rôle important dans les affections du périoste, qui par sa structure cellulovasculaire, se place au rang des tissus les plus vivants de l’économie. En effet, si nous jetons un coup-d’œil sur les altérations organiques de cette membrane, nous leur reconnaissons à la plupart une origine inflammatoire, tels sont les abcès, le ramollissement, l’induration , la gangrène, les productions osseuses, gommeuses, etc. Et si quelques autres produits tels que les fongus, les polypes, les cancers, etc., semblent s’y soustraire, ils sont au moins le plus souvent accompagnés d’altérations secondaires qui s’y rapportent.
Avant donc d’examiner en particulier chacune des maladies du périoste, nous allons jeter un coup-d’œil sur son inflammation considérée d’une manière générale.
DE l’inflammation DU PÉRIOSTE OU PÉRIOSTITE.
L’inflammation affecte dansce tissu, comme dans la plupart des autres, des formes infiniment variées, que, pour la facilité de la description, l’on a coutume de icrrouper en deux grandes classes : forme aiguë, forme chronique. Entre ces deux extrêmes adoptés comme types fondamentaux se trouve une multitude de modifications, qui s’éloignent ou se rapprochent plus ou moins de l’un ou de l’autre. La nature , ici comme
ailleurs, sc joue de nos classifications arbitraires i et ce serait une erreur de croire que nous dussions ne rencontrer jamais que les formes auxquelles nous sommes convenus d’assigner un nom.
Nous adopterons cependant la marche généralement suivie, avec cette différence seulement qu’au lieu de prendre cette distinction de forme chronique et aiguë pour base fondamentale de notre description , nous ne nous en servirons que comme division secondaire et souvent même nous la négligerons entièrement lors- (ju’elle ne nous paraîti'a plus utile.
Cuart histoi'ûfue. — Le temps n’est pas éloigne ou les pathologistes considérant le périoste comme partie intégrante du tissu osseux, ne décrivaient les maladies de cette membrane que de concert avec les maladies des os. Nos meilleurs traitoîs de chirurgie ne cou tiennent presque rien de spécial sur son inflammation. On trouve cependant çà et là quelques bons préceptes relatifs à cette affection considérée dans certains points spéciaux de l’organisme. Ainsi la variété de panaris connue sous le nom de paronjchia inaUgria, certaines tumeurs douloureuses des os avaient déjà fixé l’attention des observateurs; mais tous ces faits restaient épars, [)ersonne n’avait songé à les réunir, à les comparer pour en tirer des préceptes généraux, applicables à toutes les variétés et capables de guider le praticien dans le dédale des individualités morbides.
Ce n est guère qu’à dater de i8i8, époque à laquelle
Crampton publia un beau mémoire sur la périostite aiguë et chronique , que cette maladie a été étudiée comme affection particulière. Avant lui cependant quelques monographies, parmi lesquelles je citerai la dissertation latine de Busch, avaient été publiées sur cette affection j mais elles n’avaient point eu de retentissement, et la science tout en s’enrichissant des observations qu’elles contiennent ne s’en était pas approprié la partie dogmatique. Depuis quelques années Usker Pearsons , le professeur Graves de Dublin et Lobstein, dans son Traité d'anatomie pathologique, ont ajouté quelques nouvelles observations à celles de Crampton.
yJ iiatomie pathologique.
Les altérations pathologiques que le périoste présente dans le cas d’inflammation de son tissu, présente de nombreuses variétés. Mais si, fesant abstraction dés diverses productions morbides sur lesquelles nous serons obligés de rèvenir plus tard, quand nous les décrirons chacune en particulier comme autant de maladies distinctes, nousneconsidéronsici quelesaltérations intrinsèques du périoste lui-même, nous voyons qu’elles se réduisent à peu de chose. Lobstein les distingue cependant en trois groupes pour les faire rentrer dans sa classification générale des inflammations. Dans la phlogose simple, dit-il , le périoste est plus ou moins richement injecté , son tissu est raréfié , il est infiltré de sérosité et adhère moins à la surface de 1 os. Ordinairement
le tissu celluiairc et les parties molles les plus voisines participent à cet état d’injection et d’infiltration. Les cas dans lesquels on observe le périoste ainsi altère sont, d’après les recherches du même auteur, ceux où existent dans son voisinage des ulcères chroniques ou d’anciennes cicatrices.
Dans un autre degré qu’il appelle épiphlogose, et dans lequel il distingue un état aigu et un état chionique; il dit que le périoste est plus épais , plus dense, d’une couleur rouge, et offre des signes marqués de sensibilité. Tel est entre autres son aspect lors de la loriiiation du cal , et pendant le travail organique qui a pour objet la régénération de l’os après la nécrose.
Alors aussi, le périoste est manifestement injecté, gonflé et abreuvé d’un fluide gélatineux , gluant et rougeâtre, susceptible de se coaguler et de subir des métamorphoses organiijues.
Lorsque l’épiphlogose est chioni(|ue, dit le meme observateur, le périoste épaissi est d’un tissu plus dense que dans le cas précédent et offre quelquefois une dureté coriace ou une texture ligamenteuse. Sun adhérence à l’os est très forte , et lorsqu’on l’en détache, on aperçoit à la surface de ce dernier un graml nombre de sillons longitudinaux qui donnent à sa substance compacte une apparence fibreuse, pareille à celle des os du foetus.
Cet épaississement du [)érioste peut se renconlrer encore, sans augmentation îles adhérences qui l’unissent à l’os.
Bichat cite un cas remarquable d’hypertrophie du
périosteoù cette meiiibrone se détachait des lacillie extrême.
os avec une
Obs. 10®. « Je me lappelle, dit-il, l’observation
'd’un homme affecté d’éléphantiasis, et en même temps d’un gonflement dans le tissu compact du tibia , qui avait pris une épaisseur remarquable : le périoste de cet os était très épais , si peu adhérent à l’os , que le plus léger effort suffit pour l’enlever dans toute son étendue , et à fibres tellement prononcées qu’on l’aurait pris pour une portion de l’aponévrose plantaire ou palmaire lorsqu’il en fut séparé. »
A l’état d’hyperphlogose le périoste est encore épaissi , mais en quelque sorte fongueux , et de la consistancç d’une nrembraue muqueuse j c’est ainsi qu’on le trouve quand il est en contact avec un abcès, et qu’il fait partie de ses parois, ou bien quand il s’est amassé du pus entre lui et l'os. Dans ce cas il a changé de fonctions. Au lieu de fournir une lymphe plastique et organisable, il secrète une matière nuisible , propre à attaquer les parties avec lesquelles elle est en contact. Peu à peu la maladie fait des progrès , l’os finit par être érodé, et le j)érioste ramolli, usé et détruit.
Enfin, dans un dernier degré d’inflammation , que l’on peut appeler gangréneuse , le périoste ramolli et frappé de mort se détache tantôt sous formes de longs filaments blanchâtres , tantôt sous l’aspect de lames d’une couleur livide, 'selon l'a cause qui a produit.la gangrène. On observe cette altération dans le scorbut, dans certains plilcgmoiis érysipélateux des membres.
CAUSES DE l’inflammation DU PÉRIOSTE.
Il est un {^rand nombre d’agents qui portant leur action sur le périoste, peuvent donner lieu dans cette membrane, au développement des phénomènes inflammatoires. Nous pouvons les ranger naturellement en trois classes , que nous désignerons par les noms de causes externes, causes internes locales, causes internes générales.
10 Causes ejc ternes.
En décrivant les altérations traumatiques, du périoste, nous avons déjà vu que les agents extérieurs, rangés sous le nom d’instruments piquants, tranchants, contondants et chimiques, pouvaient agir sur cette membrane, soit en altérant, soit en exaltant ses propriétés vitales. Cette exaltation peut être portée au point de donner naissance à de véritables phénomènes inflammatoires. Tous les jours, par exemple, nous voyons une piqûre profonde de la pulpe du doigt produire le panaris du 3e degré {jparonjchiamalignd), une contusion du crâne, du tibia, faire naître des érysipèles périostiques , des exostoses épiphysaires j des corps étrangers introduits dans l’oreille donner lieu à l’inflammation de la membrane fibro -muqueuse de ce conduit et par suite à la carie du rocher. La compression lente et continue , résultant d’un décubitus trop prolongé produit le même phénomène sur le sacrum ,
le trochauter, etc. La science est riche en observations de ce genre, je n’ai pas besoin d’en rapporter ici.
20 Causes internes.
Sous ce nom viennent se grouper toutes les conditions organiques morbides qui peuvent entrer pour (juelque chose, dans le développement de l’inflammation du périoste ; elle peuvent se diviser naturelleineut en locales et générales.
I “ Causes internes locales. • — Ce sont les maladies aiguës ou chroniques des- parties voisines du périoste. To utes ces maladies cependant n’ont pas la même aptitude à produire l’inflammation de cette membrane. Parmi les plus importantes, je citerai : lo l’esistence d’un ulcère chronique sur une partie ou le périoste est immédiatement en contact avec la peau, à la surface interne du tibia par exemple. L’inflammation semble alors se propager par contiguïté. Les loups , dit
J. L. Petit , les ulcères variqueux des jambes sont souvent accompagnés d’altération du périoste. 20 La présence d’un foyer purulent immédiatement en contact avec la face externe du périoste. La plupart des pathologistes nient l’influence du pus sur le périoste, et pensent que les foyers purulents trouvés à nu sur les os et accompagnés d’une altération plus ou moins profonde de leur membrane d’enveloppe, sont toujours dus à une altération primitive de cette membrane ou de l’os lui-même. Quelques laits récenls , semblent ce
pendant infirmer cette proposition trop absolue. Je citerai comme un des plus probants, celui rapporte par M. Maslieurat dans la Gazette Médicale, tome 5, page
0/^s. 1 1^. — Abcès de l’ aisselle ;fojer consécutif sous le grand pectoral; destruction des côtes et de leurs cartilages.— Une femme âgée de lyi ans, de bonne constitution , habituellement bien portante, entre le août i835, à l’hôpital des cliniques pour être traitée d’un abcès dans l’aisselle du côté droit. Arrivé à maturité, Tabcès est ouvert , du pus de bonne nature est rendu comme dans les abcès flegmoneux . La suppuration devient abondante; des clapiersse déclarent , la malade maigrit , et au lieu de la cicatrisation du fond du foyer , il se trouve un trajet fistuleux qui remonte assez Haut dans le creux de l’aisselle.
Vers le milieu de tiécembre , des douleurs vives se déclarent sous le grand pectoral droit ; vésicatoire sur ce point; amélioration. Plus tard, symptômes pneumoniques; mort le i4 janvier 1837.
Al autopsie on a trouvé : 1° ankylosé commençante de l’articulation scapulo-humérale droite; 20 deux trajets fistuleux dans l’aisselle conduisant dans des clapiers dont 1 un existe entre le grand et lepetit pectoral, 1 autie s étend jusqu’au bord supérieur de ce dernier. L anterieur monte jusqu’au bord antérieur delà clavicule, et il forme dans l’espace coraco-claviculaire un clapier assez étendu ; 3» vaste foyer rempli de pus cré-
yli
Mieux et lie bonne nalure sous la partie antérieure du grand pectoral, s’étendant depuis la clavicule jusqu’au bord supérieur de la 5® côte, et depuis le sternum jusqu’à l’insertion du petit pectoral. Ce foyer est tout-à-fait isolé de la cavité axillaire. 4*^ Dénudation et érosion du bord antérieur et inférieur de la clavicule; même altération à la face externe des 2% 3“ et 4*^ côtes; disparition complète d’une portion de la 3' côte dans l’élendiie de sept lignes. Le poumon, les plèvresetles muscles thoraciques offrent aussi des altérations profondes que l’auteur décrit minutieusement.
3® Existence d’une inflnmniation aiguë ou chronique dans les parties voisines. — On voit souvent les phlegmons diffus, bornés d’abord au tissu cellulaire, se propager ensuite jusqu^’au périoste, détruire cette membrane et déterminer la nécrose des os sous-jacents. Souvent une simple inflammation de la pulpe dentaire amène le décollement du périoste et la suppuration.
D’autrefois , des tumeurs lentes dans leur développement produisent dans cette membrane une irritation chronique , sous l’influence de laquelle apparaissent divers phénomènes morbides dus encore à 1 inflammation.
4® Altération primitive des os. — A cette occasion se présente une des questions les plus ardues, et qu’il est, je crois, impossible de résoudre parfaitement dans l’état actuel de la science. Cette question est la suivante .
Étant donnée une affection organique crun os et du jiélioste en même temps, déterminer par qnel organe a commencé la maladie.
Il est des cas où la solution de ce problème ne présente aucune difficulté. Ainsi, quand des tubercules développés au milieu du tissu osseux se ramollissent, se font jour à la surface, il est évident que l’infllammation du périoste qui survient dans cette circonstance est consécutive à l’affection de l’os.
Lorsqu’à la suite 'd’une altération profonde , ou d’une destruction complète de la moelle, l’os se nécrose, le périoste ne s’enflamme encore que secomdairement. Les expériences faites parTroja, M. Cruveilhier, M. Heine, etc., ne laissent aucun doute à ce sujet.
Il est probable que les nécroses dues à une violente secousse, comme une chute d’un lieu élevé par exemple, reconnaissent une cause analogue. La membrane médullaire, d’une structure frêle et délicate, a bien plus de chances, pour etre altérée dans cette circonstance, que le périoste ou 1 os dont le tissu ferme et lesistant peut supporter facilement des violences considérables.
Hévin (page 924) signale, d’une manière [)ositive, les abcès de la moelle comme cause d’inflammation du périoste.
Je pense qu il en est ainsi souvent dans la périostite diffuse, qui complique d’une manière si terrible les amputations des membres. La moelle, plus spongieuse
eL plus tendre , doit se laisser facilement enflammer par le contact du pus, de l’air, des pièces de pansement, etc.
Cptte inflammation, promptement transmise au périoste à raison des nombreux rapports qui unissent ces deux membranes , en détermine le décollement et la suppuration.
A côté de ces cas , où le périoste paraît évidemment enflammé d’une manière secondaire , il est facile d’en grouper d’autres où le développement primitif de cette inflammation ne laisse non plus aucun doute. Ainsi le panaris dont nous avons parlé, qui, livré à lui-même, détermine ordinairement des accidents si terribles, et surtout la nécrose des phalanges, peut avorter subitement quand on lui applique un traitement convenable. Or ce traitement, qui n’est autre que l’incision , n’aurait certainement aucune prise sur une maladie du tissu osseux , si celle-ci était primitive. Nous voyons fréquemment des tumeurs périostiques persister pendant longues années , et ne déterminer la nécrose du tissu osseux qu’après un temps considérable, inobservation citée par M. Velpeau, dans sa Thèse sur la contusion {(5ly) , en est un exemple remarquable.
Obs. 12®. — Contusion du p évier âne ^ quatre abcès
sous-périostique , les uns avec nécrose ^ les ' autres
sans altération des os.
K Une vieille femme qui avait reçu des coups sur la
'« tête deux ans auparavant, se présenta dans mon scr- (( vice à Saiut-Anfoine, en i83o, dit M. Velpeau; elle M portait quatre tumeurs fluctuantes sur le crâne, 't l/une de ces tumeurs occupait la partie gauche et (( supérieure du front. Je Touvris largement. Elle était « pleine d’un pus liquide, grisâtre et mal lié. L’os était (( raboteux, d’un blanc jaunâtre , et nécrosé dans l’é- » tendue de quinze lignes environ. Une plaque assez « épaisse s’en est peu à peu détachée par écailles. La « plaie s’est ensuite cicatrisée , en laissant un enfon- « cernent à sa place. J’ouvris encore une des trois au- H très, mais par unt; simple ponction. Le pus était sem- « blable à celui de la première, et le stylet y lit recon- (( naître la même altération de l’os. Après avoir K suppuré longtemps, ses parois se sont recollées, en (< laissant aussi une dépression indélébile. Les deux (<• dernières, un peu moins volumineuses, n’ont point « été ouvertes. Elles se sont affaissées néanmoins, et Il guéries comme les précédentes. »
Mais il s’en faut de beaucoup qu’il soit toujours aussi facile de déterminer par quel organe a commencé la maladie. Dans la plupart des cas de nécrose ou de carie, nous ne pouvons guère avoir à ce sujet que des probabilités.
Un malade reçoit une contusion sur le tibia. Une vive douleur se fait sentir, mais bientôt elle disparaît. Un moisarpes une tumeur aplatie douloureuse, se manifeste, elle marche rapidement vers la suppuration. On trouve l’os nécrosé elle périoste malade. Quel est le siège
Su
primitif de la lésion? C’est probablement l’os, mais il y a du doute. Une périostose syphilitique s’ulcère et laisse apercevoir l’os atteint de carie. La maladie a envahie le périoste puisqu’il y a périostose. Mais l’os est carié. Est-ce sous l’influence de la périostite ou sous l’influence directe de la cause syphilitique?
Du reste, quelque soit l’origine de l’affection, il n’en est pas moins positif que le périoste est toujours, dans ces circonstances, le siège d’une inflammation plus ou moins vive, plus ou moins étendue.
20 Causes internes Générales .
Au premier rang nous devons placer la syphilis , regardée pendant longtemps comme à peu près la seule cause de la périostite, surtout de la périostite chronique , elle porte principalement son action sur les os compacts et superficiels où elle détermine des périostoses , des gommes, des nodus, etc., nous placerons comme pendant de la cause-syphilitique l’abus du mercure.
Cette substance dont l’emploi sagement dirigé sert avec tant de succès à combattre les pernicieux effets du virus syphilitique, peut quand on l’administre sans discrétion , produire à peu près les mêmes résultats que la vérole, et souvent même il advient que chez les malades qui ont subi plusieurs traitements mercuriels mal dirigés, il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer l’influence de l’un ou de l’autre agent sur la production de la maladie.
Quelques pathologistes, S. Cooper entre autres, pensent même (jue la combinaison de la syphilis et du mercure est une des causes les plus puissantes du développement oe la periostite. Cetie question encore en litige, restera, comme le dit M. Sanson, toujours difficile à résoudre, parce que les sujets affectés de symptômes de vérole constitutionnelle portant sur les os, ont fait pour la plupart usage du mercure.
Quand il agit seul, le mercure porte spécialement son action sur le périoste des os maxillaires et sur les gencives. Il en est de même du scorbut qui, porté à un haut degré, détermine la gangrène des gencives et fréquemment aussi celle du périoste de Vos maxillaire ^ mais il ue borne pas toujours ses ravages à la mâchoire. On sait que la nécrose, mais surtout la carie de presque tous les os, peuvent le reconnaître pour cause.
J. L. Petit, dans son TraiU' des Maladies des os , en rapporte un exemple remarquable (369).
Obs, i3e. — {( J’ai vu, dit-il, dans l’hôpital de « Bovigne, des scorbutiques dont j’ai fait l’autopsie, et « j’ai remarqué que le périoste était détaché de Vos en « bien des endroits, et que plusieurs avaient le périoste « détache de presque tous les os du corps ; de sorte que, « faisant incision le long des côtes, je les trouvais nues, « âpres, inégales, détachées de leurs cartilages, et ne « tenant que peu aux ligaments et tendons qui s’atta- « chent à leur partie postérieure^ il sortait de dessous
« le périoste une lyinplie l)ruue, uoirkre, tirant sur « le rouge foncé, (pii était d’une odeur insupportable: « lorsque je faisais une incision le long des bras et des « jambes jusqu’à l’os, je trouvais la même chose : dans « quelques-uns je tirai les os entiers, hors leurs épi- (( physes que les tendons et les ligaments reteuaient. » IVeuve évidente (jue les tendons ne s’insèrent pas seulement au périoste.
Les scrofules , qui, sont comme le dit M. Sanson (Thèse, 8), l’une des causes les plus énergiques de la l arie, affectent spécialement les os courts et les extrémités spongieuses des os longs.
C’est à cette cause que l’on doit rapporter cette variété singulière de la périostite, dans laquelle le périoste séparé de la surface osseuse reste uni au cartilage articulaire, qui forme ainsi le fond d’une sorte de sac dans lequel existe une quantité considérable de pus. J’ai plusieurs fois, dans mes travaux anatomiques, eu l’occasion de disséquer des enfants atteints de cette affection.
Rhumatisme. — Le rhumatisme est une cause géne'ralement admise et incontestée de la carie ; tuais, comme le ditM. le professeur Sanson, il attaque toutefois d’une manière spéciale les tissus fibreux qui revêtent les os. C’est de ces tissus que l’inflamnaatiou se propage à celui des os sous-jacenis. La carie rhumatismale, ajoute ce professeur, est presque, toujours à cause de cela superficielle. Cette cause agit principa-
lement chez l’adulte et souvent sur le corps des vertèbres.
La goutte est à peu près dans le même cas. Sous son influence, le périoste peut être le siège d’une sécrétion tophacée. Il y a peu de temps encore j’en ai observé un cas des plus curieux.
Enfin, certaines rétrocessions, certaines métastases, certains mouvements dits critiques, après les maladies aiguës, ont quelquefois produit l’inflammation du périoste, et par suite des abcès avec ou sans carie, avec ou sans nécrose.
La rétrc)cession de quelques exanthèmes, la phlébite, certaines fièvres dites purulentés, sont dans le même cas; nous en citerons des exemples à l’article abcès.
Je ne sais jusqu’à quel point on peut admettre, comme cause de carie et par suite de périostite des vertèbres, l’épuisement produit par le coït ou la masturbation.
Symptômes. — C’est ici que la distinction de la périostite en aiguë et chronique , circonscrite et diffuse , peut nous être de quelque utilité. Les phénomènes morbides , en effet , présentent des variétés si nombreuses, qu il serait difficile de les faire rentrer tous dans un même paragraphe , sans laisser une certaine obscurité dans la description.
1° Périostite aiguë.
Les phénomènes dus à la périostite aiguë sont.
comme chins pi'esr|iie (.ornes les infliimmaiions , locaux CL p^énéraux.
Les premiei's sont la douleur, la rougeur, la chnleur et la tuméfaction.
D oïdeur . — Le périoste qui dans l’état physiolo^ji-
que peut , comme nous l’avons vu plus haut, laisser dos doutes sur sa sensibilité, nous offre cette propriété développée au plus haut degré dans son inflammation aiguë. Certaines variétés de cette inflammation peuvent même être mises au nombre des maladies les plus douloureuses, telles sont, par exemple , le paronjchia m aligna , la périostite de la tête, etc. Tantôt, comme dans la première affection, la douleur est continue et accompagnée de battements violents; d’autres fois, comme cela se remarque souvent dans la seconde, elle offre des intermittences marquées. Ordinairement fixe et bornée au point enflammé, elle semble quelquefois envoyer des irradiations qui l’ont fait prendre pour une névralgie. Dans certains cas, elle augmente peu sous l’influence de la pression; mais parfois elle devient atroce au moindre contact. La chaleur extérieure, celle du lit surtout, l’exaspère d’une manière notable. Souvent elle revêt des caractères spéciaux, selon la cause de l’affection qui lui donne naissance. C’est ainsi que, sous l’influence de la cause syphilitique, rhumatismale, elle acquiert une intensité considérable pendant la nuit, tandis qu’elle offre le jour une rémission sensible.
Bougeiir. — Ce phénomène ne se rencontre que i
rarement, et quand il existe, il est dû à Textension de ■ l’inflammation au tissu sous-cutané. On conçoit par conséquent qu’on la rencontrera plus souvent dans la périostite des os superficiels que dans celle des os piofondément situés.
Chaleur. — Ce symptôme apparaît surtout avec intensité dans le panaris ; il est, comme la rongeur, en harmonie avec 1 intensité de 1 inflammation, et résulté de même de son extension aux tissus voisins.
Tuméfaction. — Fort peu prononcée dans le plus grand nombre des cas, ou a pu souvent la méconnaître, surtout au début de la maladie. Tantôt molle et pâteuse, elle est le {dus ordinairement rénilcntej tantôt locale et circonscrite , elle est quelquefois large et diffuse comme dans l’érysipcle. On a même basé sur cette variété de formes, une distinction delà périostite aiguë en circonscrite et diffuse. Je ne parle point ici des caractères que présente la tuméfoction, quand déjà de.s sécrétions gommeuses, osseuses, se sont opérées dans le lieu malade. Nous aurons plus tard occasion de nous en occuper.
A côté de ces symptômes locaux apparaissent fréquemment d’autres phénomènes sympathiques et généra ux .
Le malade cité dans la L'observation du mémoire de Crampton (voyez Obs. i4")} ot qui présentait une périostite aiguë circonscrite à la partie supérieure du
tibia, était eu proie à une fièvre violente. Son pouls battait 120 pulsations par minute. Il était petit et fai- J)le , la langue était blanche , et l’estomac ne pouvait supporter aucune alimentation.
Dans le panaris, clans l’érysipèle profond du crâne surtout, les symptômes généraux sont encore plus développés. D’autres fois, quand , par exemple, la lésion occupe le péricrâne, de.s phénomènes symj’.athiques se manifestent dans les organes encéphaliques.
Pour mieux faire comprendre la succession de ces phénomènes , nous allons rapporter quelques-uns des cas les plus remarquables de cette affection.
Obs.il\^. — ObsevvaLion de périosLiie aiguë terminée par suppuration Hospital reports. 1818.