tome
En 1812, J. Sergisson, ouvrier bijoutier, demeurant à James Street , âgé de 26 ans, d’une pâle complexion , maisd’uneforme athlétique, me consulta, ditCrampton, pour ce qu’il appelait une douleur au genou. Je le trouvai poussant des cris causés par la douleur; .sa figure était pâle et couverte d’une sueur froide. Sur la partie supérieure de la surface plate du tibia, il y avait unetumeur diffuse, d’un rouge pâle, s’étendant à peu près à deux poucesau— dessous de l articulation du genou ; elle était lisse, dure et très douloureuse au toucher. Cet homme me dit qu’il n’avait pas dormi depuis douze nuits ; qu’il était épuisé par les souffrances , et c|u'il ne lui
restait rien dans l’esloinac. Son pouls avait 120 pulsations, petites et faibles ; sa langue était blanche, mais non couverte. II me dit qu’il avait souffert, deux ans auparavant, d’une semblable attaque j qu’on lui avait mis des sangsues et des vésicatoires , sans qu’il eût éprouvé de soulagement. Un chirurgien lui appliqua ensuite un 'emplâtre caustique qui , d’après son dire , fit en peu de temps une ouverture à la peau, et bientôt après il eut du soulagement par l’expulsion d’une substance. La blessure resta ouverte pendant plusieurs mois, mais/) la fin un petit morceau d’os en étant sorti, elle se ferma en peô de jours. Je pratiquai imniédiati!ment jusqu’à l’os une incision de (rois pouces de longueur ; l’opéralion semblait faire éprouver au malade une douleur plus grande qu’à l’ordinaire; la bicssuie saigna librement, mais je ne pus découvrir aucuiu; trace de matière [)urnlente. Le lendemain, le ntalade me dit qu’il avait j)assé une très bonne nuit cl (|u’ii n’éprouvait plus de douleur. La blessure fut pansée légcremenl et guérit dans peu de temps. Trois semaines apres, Sergisson pnl reprendre ses occupations ordinaires. Dans l’année i8î5, le même homme eut une douleur semblable sur le même membre , mais un peu plus bas sur le tibia que la précédente. La jualadie fut traitée de la même manière et avec le même succès.
OLfs. — M. T... âgé de î/j ans, d’une taille icniartjuable pour son âge , gros , mais non musculeux,
sujet à de fréquentes attaques de fièvre, eut le i" septembre 1816, une petite tumeur sur le côté droit de l’arc osseux du nez. Au bout d’un ou deux jours, elle s’enflamma et devint érysipélateuse ; elle occupait tous les téguments du côté droit du nez.
Le 5 , les symptômes fébriles furent si forts, quoiqu’il eût fait usage des fomentations et des purgatifs , qu’on lui tira douze onces de sang du bras. Le 6 , on lui en tira une livre , et il eut un soulagement apparent. Le 8 , le gonflement continuait à s’étendre jusqu’à la paupière de l’œil droit ; le pouls étant dur et fort, on lui tira de nouveau une livre de sang, ce qui ne produisit aucune amélioration.
Lors de ma première visite, il avait un accès de fièvre violente , après lequel il devint presque comateux , sa respiration stertoreuse ; avant cela, sa respiration semblait avoir été bonne ; son pouls plein et fort avait 120 pulsations. Son nez, la paupjère de l’œil droit et les téguments de cette partie du front étaient érysipélateux ; ses deux yeux étaient fermés. Toutes ces parties étaient si sensibles, que le plus léger attouchement lui occasionait une douleur vive, qui le faisait sortir de son coma. Un peu de pus était sorti par la narine droite, et du pus avait été craché mêlé avec du sang.
Un point au-dessus du sourcil droit , vers lequel il portait la main avec difficulté, était la partie la plus douloureuse. En ouvrant ses yeux avec mes doigts , la pupille semblait large et immobile , et une couche de
lymphe claire et coagulable formait une espèce de couvercle sur la cornée de chaque œil. Les sangsues, les vésicatoires, etc., furent employés de nouveau , mais il mourut sans aucun effort convulsif le 12 au matin.
Examen du cadavre. — En enlevant le péricrâne, le périoste couvrant l’os frontal du côté droit nous parut plus épais qu’à l’ordinaire, et était d’un rouge foncé dans quelques parties. 11 était complètement détaché des os sous-jacents, et sa surface la plus interne était couverte d’une matière purulente épaisse , couleur gris clair. En fendant cette membrane jusqu’à l’arcade surciiière, une quantité considérable de matière purulente s’échappe de tous côtés, et un stylet put passer facilement d’avant en arrière dans l’orbite entre l’os et le périoste, et de haut en bas, derrière le muscle temporal, aussi loin que la partie postérieure du palais.
En enlevant la partie, supérieure du crâne , la surface externe de la dure-mère , qui correspondait au périoste détaché , fut trouvée détachée de la table interne du crâne; sa surface était sombre, floconneuse, et recouverte par un mucus puriforme et grisâtre. La structure de la surface la plus interne de la dure-mère était moins alteree , mais elle était plus généralement recouverte de matière purulente, que l’on rencontra en plus grande quantité sur la partie de la membrane qui recouvre la partie antérieure de l’hémisphère droit, mais il n’y avait pas une partie de la surface interne de la dure-mère qui n’offrît des traces de suppuration.
La pie-mère était peut-être plus vasculaire qu’à l’or-
dinairc j mais l’araclinoïilc était pariait(3moi)t H'ans[iarente, et aucune trace d’effusion ne sC remarquait sur sa surface , excepté cependant la partie la plus élevée du lobe antérieur du côté droit; et là la pic-mère, dans une étendue de deux pouces, était en suppuration. Cette partie malade correspondait exactement , par sa position et son étendue , à un grand morceau de périoste enflammé , épais , et d’un rouge foncé. Le cerveau était peut-être plus vasculaire qu’à l’ordinaire , et il y avait à peu près une once et demie d’eau dans les ventricules.
Le côté droit de la face était gonflé , et la paupière supérieure s’avançait au-devant du sourcil. Une fluctuation obscure pouvait se sentir sous la peau de la partie la plus supérieure du nez. En enfonçant, le bistouri jusqu’à l’os, une quantité de matière purulente sortit de dessous le périoste, qui était dans un état de suppuration , et tellement séparé des parties sous-jacentes, qu’un stylet pouvait facilement passer entre cette membrane et les os , soit de bas en haut , sur l’os frontal, soit d’avant en arrière, sur la surface supé^ rieure de la fosse orbitaire jusqu’au crâne, soit de haut en bas, sur l’os maxillaire, ju.squ’à la bouche.
10 Symptômes de la périostite chronique.
La plupart des phénomènes que nous venons de passer en revue , devant leur origine à 1 acuité tlel inflammation, il est facile de prévoir que dans la périos-
ti(6 chroiiifjnç où rinflauiniaiion ii a plus la meme lU -~ tivité , les symptômes c[ui en clcpeiiflent aiuoîit aussi moins d’acuité et d’énergie.
10 Douleur.— Wàe n’apparaît plus ici à ce degré d’intensité terrible que nous lui avons vu dans le panaris ; quelquefois même, elle est tellement obscure, que la maladie peut avoir déjà fait des progrès considérables , sans que le malade en ait pour ainsi dire * eu connaissance. Il est pourtant une circonstance où cette douleur peut se manifester assez vive, c’est lorsque l’affeotion est subordonnée à une cause syphilitique ou rhumatismale. Mais, s’il est permis de s’e.xprimer ainsi , la douleur semble alors être liée plutôt à la cause morbide qu’à l’affection organique ellemême. En effet, cette douleur a un cachet particulier que l’on retrouve dans toutes les lésions dépendantes de la même influence ; quelquefois même elle semble exister seule sans altération anatomique appréciable.
D’autres fois encore , une maladie chronique du périoste est accompagnée d’une douleur vive^ mais elle coexiste en même temps avec une affection du tissu osseux, et j’avoue qu’il est alors bien difficile de dire si cette douleur est le résultat de la maladie du périoste ou bien de l’os lui-même. La science a besoin encore de faits nouveaux observés sous ce point de vue pour arriver à la solution de cétte question si importante pour le diagnostic.
2 fuméf action . — Elle s’observe aussi (;ori5tam-
meut et; meme à au degré généraleineut plus sensible dans cette forme de la maladie que dans l’inflammation aiguë. Circonscrite ou diffuse comme dans celle-ci, elle est habituellement plus dense , plus résistante.
Elle s’accompagne rarement de changement de couleur à la peau, ou bien, quand cela s’observe, c’est que le tissu cellulaire sous-cutané devient alors le ' siège d’un travail inflammatoire particulier.
Obsen^alio?ïS de périostite subaiguë. (Dublin hospital reports, i8i8, tom. I.)
Obs. i6«. — Mary Loudon , tisserande de rubans , âgée de 3a ans, fut admise à l’hôpital de Mcath , i/j décembre 1812. — Douleur à la tête, du coté gauche. Son bras droit était paralysé et ses doigts contractés. — Elle ne pouvait se tenir debout. — Sa voix était faible , et son visage pâle exprimait la souffrance. Elle se plaignait beaucoup de la tete. — Pouls faible et petit (60 pulsations ).— Fonctions digestives en mauvais état.
Tumeur grosse comme la moitié d’une noix un peu au-dessus du milieu du pariétal gauche. Consistance molle et élastique au centre , dure à la circonférence , présentant une petite ouverture qui permettait d’arriver jusqu’à l’os.
Cette malade, en entrant à l’hôpital , déclara avoii reçu sur la tête un coup de talon de botte. Ce coup n’avait pas produit de plaie , mais l’avait renversé sans
connaissance.
Auboutd’unniois, nu gonflement scmunifesta à l’endroit contns : il augmenta de volume, et fut accompagné de douleurs de fête continues. Cinq mois après l’accident, elle eut une attaque d’épilepsie, à la suite de laquelle survint la paralysie ci-dessus mentionnée.
iSaoût. La tumeur fut ouverte jusqu’à l’os, et on trépana le pariétal d’une quantité considérable. — Le périoste, qui formait la plus grande partie delà tumeur, présentait une structure fibreuse , solide et vasculaire. Sa sensibilité et son adhérence étaient extrêmes. — L’os était raboteux. — La dure-mère saignait abondamment. — Pansement simple. — Et après diveis accidents, septembre, guérison complète.
Périosite subaiguë.
Obs. 17e. — Malade âgé de 33 ans — Tempérament lymphatique et peu robuste.
Douleur considérable au tibia droit, dans sa partie supérieure. — Le malade n’a souvenir d’aucune chute, coup, etc. — Il continuait pourtant à marcher , aussi
souffrail-il moins le matin après le repos du lit.
Aucune apparence de tumeur sur le tibia.
Au bout de plusieurs semaines la douleur augmenta sensiblement , et ne permit plus la marche. — Sangsues , vésicatoires et pillules mercurielles. Léger
amendement, mais de courte durée.
Les douleurs reviennent avec intensité. — ^ Fièvre. Membre atrophié.
Il n’y avait pas de tumeur distincte sur le tibia,
mais deux pouces au-dessous de l’articLdatioii du genou , la face superficielle de l’os présentait une forme arrondie.
Une incision fut faite jusqu’à l’os, et le malade sembla guéri.
Plus tard, récidive. — Nouvelle incision. — Le périoste était presque cartilagineux , et sa sensibilité était augmentée.
La seconde opération soulagea beaucoup le malade
Les douleurs revinrent une troisième fois, et le chirurgien , après avoir pratiqué une nouvelle incision , laissa la plaie ouverte pendant trois semaines.
Cette fois la guérison fut complète.
Marche de la périostite.
La marche de cette maladie est quelquefois d’une extrême rapidité. En quelques jours, dit Lassus , le panaris dû à l’inflammation du périoste désorganise les parties molles, amène la suppuration, et nécrose la phalange du doigt où il siège. La périostite des fosses nasales peut, comme J. L. Petit en rapporte des exemples, et comme M. Bérard (A.) en a signalé dernièrement plusieurs faits, se terminer en quatre ou cinq jours, par un abcès qui, si on tarde à l’ouvrir, amène bientôt la carie ou la nécrose du vometetde la cloison.
La périostite aiguë du crâne revêtant le caractère érysipélateux, peut, comme on le voit dans la seconde observation de Crampton , amener en quelques jours le décollement de toute la surface crânienne, se propager à la dure-mère et entraîner la mort du malade.
AcülcdeceUe marche rapide de la périostite suraiguë, nous pouvons par opposition décrire la marche delà périostite chronique.
Cette affection subsiste souvent des .mois et des années sans manifester même son existence au malade. Combien de fois des individus qui avaient reçu des conlusionssut’le créne, n'ont-ils pas présenté plusieurs années après leur accident quelque abcès chronique, quelque tumeur indolente, dont ils ne soupçonnaient {)as l’existence, et qui cependant avaient acquis un iléveloppement notable.
Entre ces deux extrêmes, on doit rencontrer nécessairement d’innombrables variétés.
La marche de cette maladie se lie d’une manière intime à sa cause productrice. Les périostites syphilitiques, mercurielles, scorbutiques, rhumatismales traumatiques, ont habituellement quelque chose de spécial dans leur marche. A l’article diagnostic, nous reviendrons sur ce point.
La partie qui est le siège de l’affection n’influe pas d’une manière constante sur sa marche. Les périostite aiguë et chronique occupent les mêmes régions-; cependant il est très rare de voir des périostites chroniques au bout des doigts. L’espèce de fusion qui s’opère dans cette partie entre le périoste et le tissu cellulaire si largement pourvu de vaisseaux et de nerfs y est-elle pour quelque chose? Il n’est pas déraisonnable de le croire; du reste le fait existe.
Tci 'nunaison .
La périostite peut se terminer : to par résolution ;
gC)
9° suppuration ; gangrène ; 40 sécrétion de matière gommeuse; 5° sécrétion de matière osseuse; 6« induration.
De ces modes nombreux de terminaison , il en est deux qui sont presque exclusifs au périoste, ou du moins qu’il ne partage qu’avec un petit nombre de tissus. Je veux parler de la sécrétion delà matière gommeuse et osseuse.
1° Résolution. — Cette terminaison est rarement spontanée, surtout quand les symptômes se sont manifestés à un certain degré d’acuité ; mais par le bénéfice d’un traitement convenable, il est souvent possible de l’obtenir. C’est la plus heureuse de toutes, et celle vers laquelle doivent tendre tous les efforts du médecin.
2» Suppuration. — La plupart des auteurs qui ont traité de la périostite, n’ayant en vue que la forme syphilitique de cette maladie, ont avancé que jamais elle ne donnait lieu à une secrétion purulente. Bichat lui-même, dans son Anatomie générale^ dit que le périoste et le tissu fibreux n’ont pas d’autre mode de suppuration que la secrétion d’une matière gommeuse colloïde. Appliquée à la périostite syphilitique, cette opinion n’est déjà pas absolument exacte, mais elle est tout à fait insoutenable quand ôn considère cette maladie, comme nous le faisons ici , d’une manière générale. (M. Rayer dans son beau travail sur les ossifica- ^ lions morbides , dit : le périoste enflammé en contact avec l’air, suppure et ne s’ossifie pas).
Plus tard, à l’article ahc 'es, nous verrons qu’il n’est
presqu’aucune portion du périoste dans laquelle on n’ait observé cette suppuration.
3o Gangrène. — Cette terminaison accompagne souvent les désordres terribles du phlegmon diffus. On la rencontre dans le panaris , et surtout dans la périostite scorbutique et mercurielle des gencives. Dans de violentes contusions , dans certaines dénudations des os , le périoste est quelquefois frappe de mort après s’être enflammé (Rayer, Arch. i8a3, tome i^r, page 322 ).
Ces deux dernières terminaisons sont presque toujours accompagnées de lésions profondes des os , telles que la carie et la nécrose. Il existe même une telle liaison entre ces maladies et l’inflammation du périoste que beaucoup de pathologistes sont encore dans l’opinion qu’il est impossible de les trouver isolées. Nous verrons cependant des faits positifs qui ne permettent pas de doute à cet égard.
4« Exsudation d'une matière gommeuse colloïde. — Nous avons dit que Bichat regardait cette secrétion comme étant au tissu fibreux ce que le pus est au tissu cellulaire. Cela pourrait être vrai pour le tissu fibreux en général sans l’être pour le périostej en effet, le périoste n’est pas exclusivement fibreux, il contient des vaisseaux, du tissu cellulaire : il peut par conséquent aussi fournir une suppuration véritable. Quant à bexsudation gommeuse, c’est surtout dans certaines formes de la périostite syphilitique qu’on l’observe.
5“ ForniaUon d’une niali'ere osseuse. — Cel te terniiiiaison de l’inflammation est des plus remarquable, on ne la rencontre guère que dans les maladies du tissu fil)reiix ou des os. Elle n’est nulle part plus fréquente que dans le périoste. Nous en parlerons plus tard avec détails. (Voir les tumeurs osseuses.)
Diagnostic, — Dans la forme aiguë, la périostite ressemble à un grand nombre de maladies inflammatoires, aveclesquellesil n’est pas difficiledela confondre. Ainsi la périostite diffuse et aiguë du crâne, telle qu’elle est décrite dans l’observation ii" 2 de Crampton (voyez ohs. i5^) a les plus grands rapports avec l’érysipèle du cuir chevelu, et probablement que certains érysipèles de la tête qui font succomber les malades, appartiennent à cette affection. Ce n’est guère qu’à l’autopsie qu’il est possible d’en constater la différence; car les causes , la marche et les .symptômes de ces deux affections ont la plus grande analogie.
Quand elle présente une forme circonscrite et qu’elle se termine par suppuration, la périostite peut êtie confondue avec le phlegmon. ( Voyez i'obseivation n° I de Crampton.)
On pourra souvent à l’acuité des douleurs, à la résistance de la tuméfaciion, à sa profondeur, et surtout à la désharmonie que présentent les phénomènes inflammatoires et la réaction générale, présumer la naiure de la maladie. Dans une observation que nous
rapporterons plus has, M. Velpeau fut conduit par ces phénomènes à diagnostiquer une périostite aiguë de la mâchoire chez un enfant.
D’autres fois au crâne surtout et au tibia, la douleur revêtira le caractère de la névralgie. La tuméfaction n’est pas même alors un signe parfaitement distinctif, puisqu’on le rencontre souvent dans la névralgie à un degré moindre, il est vrai.
Plus souvent on pourra confondre cette affection avec un abcès froid, quand elle offre une marche chronique, et ce n’est souvent qu’à l’incision qu’on reconnaît la nature de la tumeur. Enfin , on confondra plus souvent encore cette maladie avec la carie, la nécrose , ou plutôt il arrivera fréquemment que le chirurgien restera dans le doute sur l’existence de cette complication. Un autre point fort important du diagnostic, est de remonter à la cause de la maladie. L’examen de la constitution du malade, ses antécédents, seront les sources principales où le chirurgien pourra puiser en cette circonstance.
La marche et les symptômes de l’affection , nous seront quelquefois aussi d’un grand secours^ ainsi la cause syphilitique et rhumatismale se traduiront habituellement par une douleur d’une nature spéciale, dont on connaît les caractères^ d’autres fois cependant on ne saisira rien de particulier. Mais ce que la marche de la maladie ne pourra nous apprendre le plus ordinairement, les circonstances antérieures ou l’examen direct nous l’indiqueront.
J ou
Pronosiic, — Ce que nous avons dit de la marche et des terminaisons de la périostite prouve suffisamment la gravité de celte lésion. A l’état aigu, elle peut dans quelques jours décoller largement la surface d’un os , amener sa nécrose, et se propageant à quelque organe important comme l’encéphale, produire des accidents mortels.
En général, abandonnée aux forces de la nature, elle se termine rarement d’une manière favorable. Mais on conçoit que Vacuité de la maladie, la nature de la cause qui lui a donné naissance, son siège, V étendue des désordres qu’elle a produit, doivent influer beaucoup sur le pronostic.
i" Acuité de la maladie. — Eu général la périostite aiguë déterminera plus rapidement des accidents graves. Mais la périostite chronique sera plus souvent rebellé à l’action des moyens thérapeutiques.
2° Nature de la cause. — On comprendra facilement que, toutes choses égales d’ailleurs, la périoslite, comme la plupart des maladies, sera d’autant plus grave que la cause plus énergique, sera elle-même plus difficile à éloigner ou à détruire. Il est certaines lésions ({ui pour ainsi dire hétérogènes à l’organisation ne se développent que sous l’influence d’une cause incessante. 11 suffit d’enlever la cause qui les entretient pour faire disparaître les altérations. La plupart des maladies
spéciii([ues sont dans ce cas.
D’aufies fois^ au contraire, une maladie trouvant
loi
dans l’organisme normal les éléments de son développement, peut, même après la disparition de la cause , continuer encore longtemps ses progrès j telles sont les inflammations dites franches. Il suffit d’une irritation presque instantanée de cause externe pour développer des phénomène^ inflammatoires qu’il est souvent difficile d’enrayer dans leur marche.
Or, ces idées générales peuvent trouver leur application à la périostite. Celle développée sous l’influence syphilitique, plus facile à attaquer dans sa cause, sera moins grave. Les périostites mercurielle, scorbutique , rhumatismale léseront davantage. Il en sera de même de certaines périostites dont les causes internes nous échappent absolument.
3“ Siési'e. — Le
ij
siège de cette affection doit in-
fluer d’une manière notable sur le pronostic. La périostite d’un os profond est plus grave que celle d’un os superficiel. Au crâne elle est plus dangereuse qu’au bras ou à la jambe. A la face interne ou profonde d’un os plat, plus grave qu’à sa partie externe.
IN étant utile à la vitalité des os que par sa face profonde, le périoste peut s’enflammer et suppurer à l’extérieur sans compromettre les propriétés naturelles de
ces organes. Cependant il arrive souvent que gagnant de proche en proche, l’inflammation passe de la face externe à la face interne.
4° Son elendue. — La périostite diffuse sera géné lalement plus grave que la circonscrite.
50 Ses complications. — Le périoste n’ayant. dans le jeu de la machine humaine qu’un rôle fort secondaire, ce n’est pas la lésion de ses fonctions qui peut donner à ses maladies un grand degré de gravité. Mais comme il est entièrement lié avec un système d’organes importants , les os , que de cette union résulte une communication rapide des altérations de l’un à l’autre, il s’ensuit que les maladies du périoste acquièrent un haut degré de gravité, en devenant causes fréquentes de carie et de nécrose.
D’autres fois, cependant, il faut dire que l’inflammation de cette membrane, loin d’être une maladie dangereuse , est plutôt un bénéfice de la nature , dont l’organisation se sert pour remédier à des altérations graves. Ainsi dans les fractures, dans la nécrose, l’inflammation du périoste donne lieu à une secrétion de lymphe organisable et susceptible de s’ossifier , qui contribue à rétablir les fonctions des organes lésés.
Dans certaines tumeurs développées au voisinage des os , le périoste , par un mécanisme semblable , s’oppose aux progrès de la maladie vers les parties osseuses, en les doublant pour ainsi dire d’une nouvelle couche calcaire.
Traitement. — La première indication consiste à détruire ou combattre la cause morbide qui produit ou entretient cette inflammation.
51 l’ on reconnaît donc une cause spécifique , il importe de ne rien négliger pour la de'truire.
Si, comme cela se voit souvent dans le panaris il existe un corps étranger, une épine, qui entretienne l’inflammation , la première chose à faire sera de l’enlever.
La seconde indication est d’arrêter la marche de la maladie.
Crampton a remarqué avec juste raison que les antiphlogistiques , les narcotiques , les émollients , qui généralement dans les maladies aiguës obtiennent d’excellents résultats, n’étaient dans cette affection que d’une utilité tout-à-fait secondaire. On devra cependant les employer faute de mieux dans certains cas de [lériostite profonde, où des médii'ations plus actives ne pourraient trouver leur application.
Crampton réfléchissant au mode de curation du paronjehia }naligmnY^'\\ regarde comme une des foi-mes les plus aiguës de la périostite, et considérant que dans cette alTection cruelle l’incision profonde, conseillée du reste et adoptée par tous les chirurgiens, était un moyen curatif vraiment héroïque, le propose comme méthode générale, dans les périostites aiguës et superficielles. Les accidents, dit-il , disparaissent comme par enchantement sous l’influence de ce moyen.
MM. Nichol , Pea rson et Graves considèrent aussi l incision comme un moyen des plus utiles et des
plus efficaces ; mais conseillent de n’y avoir recours qu’après avoir essayé des moyens plus doux.
Dans le cas observé récemment par M. Velpeau , l’incision a produit immédiatement un soulagement re-
riiarquabJe, et ce chirurgien n’iiésite pas à empiovcr ce moyen dans la plupart des inflammations sur-aiguës , même quand le pus n’est pas encore évident.
M. Graves préconise l’emploi des antimoniaux, des arcoliques, qui , dit-il, assoupissent la douleur. Mais comme il ne rapporte aucune observation , cette opinion, qui se trouve en contradiction avec les faits connus jusqu’à présent , ne mérite pas une attention sérieuse.
Dans la périostite chronique indolente , les frictions mercurielles indurées , les emplâtres de Vigo, la com.^
pression , les vésicatoires pourront être emplovés avec utilité.