DES TUMEURS DU PÉRIOSTE CONSIDÉRÉES EN PARTICULIER
La plupart de ces tumeurs ne sont autre chose que des modes de terminaison de la périostite aiguë ou chronique ; mais, comme elles présentent des différences notables sous le rapport des circonstances de leur formation, de leurs symptômes, de leur marche, de leurs terminaisons , et des moyens thérapeutiques qu’elles réclament , il me paraît indispensable de les examiner isolément comme des maladies distinctes.
Tumeurs gommeuses. — Elles appartiennent presque exclusivement à la syphilis ; elles consistent dans une accumulation de matière gommeuse , filante , épaisse , sons le périoste ou dans l’intervalle de ses lames.
Siégé. — Elles affectent de préférence le périoste des os largues et du corps des os longs , surtout quand ces os sont placés superficiellement, et recouverts d une petite quantité de parties molles. Aussi la clavicule, le tibia , le crâne , le sternum , la face externe du radius, la face interne du cubitus , en sont fréquemment affectés. D’après M. Lagneau , il n’est pas rare de les observer autour des articulations. On les rencontre quelquefois en grand nombre, mais elles sont toujours isolées et ne présentent jamais de confluence.
Anatomie pathologique. — En examinant la structure de ces tumeurs, dit Boyer, on voit que le périoste et le tissu cellulaire tuméfiés ont été transformés en une substance homogène , blanchâtre ou grisâtre, pâteuse, assez compacte, dont la coupe ressemble assez bien à celle d’une glande lymphatique engorgée, ou mieux encore à celle du vieux fromage. C’est le premier degré, celui d’induration. A un second degré, la tumeur se ramollit et se transforme en une matière gluante , comparable , pour la consistance , à du mucilage de gomme adragante, transparente, de couleur blanchâtre , jaune , ou quelquefois rougeâtre , et semblable à de la gelée de groseilles. Ces tumeurs ne sont pas exclusives au périoste , on les trouve dans tous les tissus fibreux. C’est même cette considération qui avait fait croire à Bichat que la sécrétion de la matière gommeuse dont nous venons de parler, était le mode de suppuration particulier des organes fibreux.
Causes. — Tous les observateurs s'accordent à re{>-arder la syphilis comme la cause la plus fréquente , sinon unique, de cette affection. M. Lagneau dit qu’elle ne se manifeste jamais dans la syphilis récente, et qu’elle est , au contraire, un signe certain de syphilis constitutionnelle, le plus souvent fort invétérée. Fréquemment, à cette cause générale se joint une cause irritante locale , telle qu^une contusion ; mais cette dernière ne joue qu’un rôle bien accessoire dans le développement de la maladie.
Symptômes. — Ces tumeurs sont ordinairement précédées de douleurs fixes, plus ou moins vives, ayant la marche et le caractère des douleurs vénériennes, c’est-à-dire s’exaspérant d’une manière notable pen dant la nuit, sous l’influence de la chaleur du lit.
L’engorgement survient ensuite j d’abord sous forme d’une petite tumeur arrondie, peu circonscrite, adhérent aux parties sous-jacentes, et acquiérant lentement le volume d’une noix ou tout au plus d’un petit œuf 3 d’une indolence remarquable , sans changement de couleur à la peau. Au bout d’un temps plus ou moins long, la tumeur se ramollit graduellement, sans développer habituellement de phénomènes plus aigus. Elle finit par se transformer en un véritable abcès froid, à la différence près de la nature du liquide. Alors la tumeur est fluctuante.
Diagnostic. — A son premier degré, celui d’induration, la tumeur gommeuse peut êlr(‘ lacilement cou-
fondue avec l’exosLose, la périostose et surtout ceüe forme de périostose connue sous le nom de nodus dont nous parlerons plus bas. Ce n’est guère qu’en suivant les progrès de la tumeur qu’il est possible d’en établir le diagnostic.
Comme ces affections, en effet , elle a sa base pour ainsi dire confondue avec la surface de l’os, sur laquelle elle est immobile. Elle se développe dans les mêmes circonstances J avec la même lenteur. Sa dureté peut en imposer pour une structure osseuse, les douleurs qui l’accompagnent ont les mêmes caractères. Mais, en s’accroissant, elle se ramollit et elle présente alors des caractères qui ne permettent pas de la confondre avec les tumeurs de nature solide.
Quand la seconde période est terminée, que la tumeur est fluctuante, il serait difficile de la distinguer des abcès froids, si on n'avait pas égard à son mode de développement, aux douleurs de nature spéciale (jui l’ont accompagné.
Terminaisons. — Les tumeurs gommeuses peuvent se terminer de plusieurs manières: i° Résolution. Il arrive quelquefois que les douleurs cessent, que la tumeur reste stationnaire d’abord, puis diminue, et disparaît entieremént , soit spontanément, soit par le bénéfice d un traitement approprié, même quand elle est déjà complètement ramollie. 2° Induration. Cette terminaison n’a lieu que dans le premier degré de la maladie, avant le ramollissement. Elle peut
alors subsister fort longterups dans un état complet d’indolence. 3° Perforation spontanée. Ce n’est ordinairement qu’après un temps fort long que la tumeur gommeuse s’abcède. Le mécanisme de son ouverture est alors semblable à celui des abcès froids. Une inflammation se déclare dans le tissu cellulaire qui couvre la tumeur, et, sous son influence, il se fait une ouverture spontanée par laquelle la matière s’écoule, souvent mêlée d’un peu de pus.
Complications. — Les tumeurs gommeuses ne produisent presque jamais d’accidents. Leur siège dans l’épaisseur de la membrane périostale , leur marche chronique et sans inflammation, explique pourquoi la carie et la nécrose compliquent si rarement celte affection. Cependant après la suppuration et l’ouverture, ce phénomène peut avoir lieu.
Pronostic. — C’est donc généralement une lésion peu grave. Cependant comme elle est accompagnée de douleurs incommodes et quelquefois vives , qu’elle peut amener la suppuration et même l’altération des os , elle réclame les soins de la chirurgie. Quand elle occupe des cavités splanchniques, ce ojui est rare, elle peut devenir grave , en comprimant quelqu organe important. '
Traitement. — La première indication à remplir dans le traitement de cette maladie, est de combattre la cause générale qui lui a donné naissance , et qui 1 en-
trelient. Souvent ce traitement général bien dirige suffira pour amener la résolution complète. D’autres fois il produira seulement une diminution de la tumeur, qui, devenue dure et indolente, pourra rester ainsi stationnaire pendantun temps indéfini. Dans cette circonstance, un traitement local sera souvent indiqué, A l’aide de frictions mercurielles sur la tumeur, d’une compression méthodique, d’emplâtres résolutifs de Vigo cuin mercurio , de vésicatoires volants, on arrivera à produire la résolution complète.
Si faute d’avoir employé à temps ces divers moyens thérapeutiques, ou pour toute autre raison, l’inflammation de la tumeur n’a pu être prévenue ni empêchée , il conviendra , pour donner issue à la matière qu’elle contient, d’attendre que le ramollissement soit complet et la fluctuation bien évidente.
Sans cette précaution , la base de la tumeur, encore endurcie , pourrait rester à cet état pendant des mois et des années, même après la cicatrisation complète, et constituer ainsi une difformité qu’il eut été facile d’éviter en agissant autrement.
Le bistouri doit être employé de préférence au caustique. Sou action est plus prompte, moins douloureuse , et il est plus facile à manier.
Apres cette incîsiou , il peut arriver que la plaie , restant dans une espece d’atonie, ne marche que lentement vers la cicatrisation . C’est alors que des onguents stimulants tels que le styrax peuvent être utilement employés. La charpie sèche remplit assez ordinaire-
nient le même but. — Quant aux complications de nécrose ou de carie , ce n’est point ici le lieu d’en parler.