DES INSTITUTIONS DU PÉROU
La plupart de ceux qui ont étudié les institutions du Pérou ont souvent cru découvrir des rapports entre l’ancien et le nouveau continent, là où il n'existe que des faits généraux semblables , qui résultent de la marche naturelle et identique de l’esprithumain. Les hommes abandonnés à eux-mêmes, se formant en société et se perfectionnant avec les scules ressources que peut leur suggérer leur industrie, parviennent à créer des institutions et à élever
des monuments qui présentent dans les divers pays de grandes similitudes. Il est d'autant plus difiicile d'échapper aujourd’hui à cette dangereuse méthode d’analogie, que les écrivains espagnols, les seuls qui aient recueilli les traditions du Pérou à une époque où elles n’avaient encore subi aucune altération, ont tous apporté, dans le Nouveau-Monde, des idées préconçues qui leur ont caché tout un côté de la vérité. Pour les uns, le Pérou était le pays d’Ophir dont il est parlé dans la Bible, et Manco-Capac était un arrière-petit-fils de Noé. Ils ont cherché à découvrir des rapports entre les Juifs et les peuples de l'Amérique, et ont prétendu trouver dans le Lévitique et le Deutéronome des preuves d’une commune origine. Îls ont substitué ainsi leurs propres croyances à la simple observation des faits. En voulant tout expliquer dans le sens des traditions bibli-ques et donner à chaque chose une origine hébraïque, ils ont élevé , sans avoir recours aux procédés scientifiques, un édifice imaginaire qui ne saurait satisfaire les esprits même les moins exigeants. Quant aux faits généraux dont l’analogie nous frappe dans la civilisation des deux continents, ils ne prouvent, nous le répétons , qu'une seule chose : c’est l'identité de l'esprit humain. Les premiers efforts qu'il fait au sortir de l'enfance sont par-
sentent entre elles les mêmes caractères. Le soleil,
les astres, les produits du sol, la nature entière ont
tout les mêmes; les sociétés qui s'organisent pré-
été d'abord les objets d'une adoration presque unt-
+ TNA TENTE
Nb
verselle. Les peuples enfants, avant de remonter à la cause productrice, ont commencé par honorer d'un culte naïf les manifestations sensibles d’une divinité qui se dérobe à leur vue. Ce n’est que plus tard que la notion d’un souverain créateur, principe éternel et immatériel de toutes choses, a dù pénétrer dans l'esprit des peuples. Ce progrès marque le second âge religieux des sociétés, et suppose chez les nations, comme chez les individus, une éducation première déja fort avancée. Rien ne saurait le prouver d’une manière plus évidente que le soin qu'il faut prendre pour amener aujourd’hui l’homme de nos classes inférieures à dépouiller la divinité des formes matérielles dont on l’a entourée pour la lui rendre présente et réelle! Avec quelle difficulté parviendra-t-on à faire pénétrer dans son cerveau les srandes vérités qui touchent à l'éternité, à l’immatérialité de l’âme, à toutes les notions spirituelles sur lesquelles reposent les religions philosophiques.
Si nous voyons le culte du soleil établi au Pérou, dans les temps anciens, faut-il en conclure que ce culte dérive de celui des mages ou de l’Osiris égyptien? Si, dans le second âge, nous voyons se substituer à l'idolitrie la croyance à un pur esprit, âme et principe créateur du monde, faut-1l voir dans cette notion vraiment spiritualiste, un emprunt fait aux idées sémitiques et ariennes et proclamer que ce dieu immatériel et infini, le grand Pachacamac, procède du Brahma de l'Inde, du Bouddha du Tibet, ou du Jehovah de la Bible ?
L'archéologie elle-même, qui nous présente des faits incontestables et met sous nos yeux des témoignages certains que l'esprit systématique des historiens n’a pu altérer, nous offre de même entre les
‘civilisations primitives des deux continents certaines
analogies d'ensemble qu'il faut bien se garder de prendre pour le résultat de rapports antérieurs entre les peuples. Nous trouvons au Pérou des monuments cyclopéens , la taille des pierres sur une seule face et un agencement semblable à celui des monuments pélasgiques de la Grèce et de l'Ttalie, cela ne prouve assurément aucune communication entre les deux mondes. N’est-il pas naturel de penser qu’à l’origine des sociétés, les hommes, après s'être longtemps abrités sous des toits de feuillage, dans les creux des arbres et dans les cavernes, ont senti la nécessité, pour vivre réunis en famille, puis en tribus, de se composer des habitations plus solides et plus commodes? Pour y parvenir, ils ont dû, en ellet, rassembler des pierres et les entasser péle-mêle et sans art, de manière à former les parois d’abord grossières de leurs habitations ; puis, ce premier besoin satisfait, ils ont dù polir les pierres sur une face de manière à obtenir un plan uni; voilà la construction pélasgique inventée, Ce n’est pas le résultat d'un concert entre les nations primitives du globe : c’est la découverte instinctive de tous les hommes, au début de la vie sociale. On peut dire la même chose de la forme pyramidale si répandue au Mexique comme en Égypte, en Étrurie, et dans presque toute