DES ET
Te par leur grande beauté. Ges dernières étaient destinées à devenir les concubines de l'inca ; mais, pendant le temps qu’elles passaient dans le couvent, elles étaient soumises à la même règle que les autres.
Les travaux accomplis dans les couvents des provinces étaient envoyés au Cuzco, et l’inca les tenait en réserve pour récompenser ceux qu'il voulait honorer.
Les concubines de l'inca étaient attachées à la cour du Cuzeo comme suivantes de la reine, tani qu’elles conservaient leur jeunesse et leur beauté ; puis on les renvoyait à leurs familles qui tenaient à grand honneur de les avoir nourries pour les plaisirs du fils du soleil.
IF existait aussi au Pérou des vierges libres, espèce de chanoïinesses, vivant dans le monde et faisant vœu de chasteté. Celles qui y manquaient étaient brülées ou précipitées vivantes dans le la des Lions. La grand’tante maternelle de Garcilaso appartenait à cet ordre des vierges libres.
Indépendamment des prêtres du soleil et des Col las, il y avait au Pérou un grand nombre de prêtres inférieurs qui n'avaient évidemment aucun caractère officiel et qui, sans l’aveu de l'État, exploitaient la crédulité des particuliers. C’étaient des espèces de magiciens où devins portant différents noms, selon
l'emploi qu'ils se donnaient. Le P, Arriaga nous
fait connaître plusieurs de ces devins : les Huacavillacs (4) qui interrogeaient les idoles et rendaient
(4) Proprement ; qui parle avec la Auacu.
CET Er Late
les oracles; les Malquivillacs (1) qui évoquaient les morts; les Macsas ou Vihas, prêtres des Dieux failiers; les Aucachics ou Jchuris ; confesseurs. Aux principales fêtes, les Indiens confessaient leurs péchés à ces devins qui leur en donnaient l’absoluuon. Quand l’Indien s’approchait du devin confesseur, il prononçait cette formule : « Écoutez-moi, montagnes d’alentour, plaines, condors qui volez, hiboux et insectes, car je veux confesser mes péchés. » Il apportait une petite boule rouge en pierre ou en 0$, que l’on appelait en Aymara mussu, et qui était percée d’une épine. Quand la confession était finie, le devin enfonçait l’épine jusqu'à ce qu'il eût fait éclater la boule. Si elle tombait em trois morceaux, c'était un signe que la confession était bonne ; sinon, il fallait la recommencer. Quelquefois le confesseur maltraitait le pénitent pour lui faire avouer ses péchés et le soumettait à une espèce de question. L’absolution était accompagnée de cérémonies symboliques : le devin répandait à terre un peu de cendre provenant des sacrifices. Le pémitent soufflait dessus et recevait une petite pierre appelée parca où pardon. Puis il allait se laver la tête dans le confluent de deux ruisseaux. On lui infligeait ordinairement pour pénitence de s’abstenir de sa femme pendant un temps souvent très-long, de se priver de poivre (2) et de sel. Hs étaient dans
(1) Æyatapucs, selon Balboa.
(2) Les Indiens ne connaissaient que le poivre doux, dont ils fai
saient une boisson. Le piment, appelé uchu, était la seule épice de ce genre dont ils fissent usage. L. À.
SD CAN bn EME
ET ee
l'usage, pour rendre la purification complète, de se revêtir. d'habits nouveaux pensant que les péchés, et la corruption restaient attachés aux anciens vêtements.
La confession régénérait donc le pécheur, et les cérémonies de l’absolution étaient comme une sorte de baptême (1).
Il existait aussi des devins appelés Acuacs où Accacs (2), chargés de préparer la boisson appelée chica (3), (faite avec du maïs fermenté), que l’on offrait aux dieux familiers.
Venaient ensuite les magiciens chargés des différentes branches de la science augurale qui était au moins aussi variée qu'a Rome; mais ces sortes de devins n'avaient pas, comme chez les anciens peu-
(4) Quant au baptême lui-même, nous n’avons pas de preuve qu’il existât au Pérou; mais il était en usage au Mexique. Dans le recueil des manuscrits de Mendoza (premier vice-roi), conservé à la Bibliothèque impériale, on voit figurés les anciens usages de la vie domestique et principalement tout ce qui avait rapport à la naissance et à la première éducation de l’enfant. D’abord la sage-femme, en invoquant le dieu Ometeuctli et la déesse Omecihuatl, qui vivent dans le séjour des bienheureux , jetait de l’eau sur le front et la poitrine du nouveau-né, après avoir prononcé diverses prières ( Voy. Clavigero, tome II, p. 86). L’eau était considérée comme le symbole de la purification de l’âme. La sage-femme faisait ensuite approcher les jeunes gens qui donnaient le nom à l’enfant, E. D.
(2) Æcuacs est évidemment un mot forgé par les Espagnols et formé du mot azua que l’on écrivait aussi açua, et qui servait à désigner la boisson appelée par les Indiens aka. DA
(8) Chicha, et non chica, est le nom créole donné par les Espagnols à la boisson appelée par les Indiens aka. Aujourd’hui le nom créole a presque partout remplacé, même pour les Indiens parlant leur langue, le nom véritablement qquichua aka. L. 4,
ples de l'Italie, de caractère public, et le bas peuple qui les recherchait formait plutôt autour d'eux un cortège de clients qu'une assemblée de fidèles. Les principaux empiriques de la science augurale étaient les Socyacs qui prédisaient l’avenir à l’aide de grains de maïs; les Héchècocs, au moyen de la coca; les Pachacucs en observant la marche d’une we d'araignée; les Moscocs avaient en partage
l'explication des songes ; les Hlacarieucs découvraient l'avenir en à SE ant les cochons d’Inde: les Canchus (1) jetaient des sorts et avaient le pouvoir de faire périr par leurs maléfices leurs ennemis ou Îles ennemis de leurs clients. Ils endormaient toute la mäison de ceux auxquelsils voulaient nuire, y pénétraient, et suçaient jusqu’à la dernière goutte de leur sang. Ce sont les Gettatori napolitains.
Tous ces emplois religieux, y compris celui des confesseurs , pouvaient être exercés indistinctement par des LH ou par des femmes. On était dev: in soit par héritage, soit par élection.
Balboa (2) nous fait connaître encore les Caviacocs, qui persuadaient au peuple qu’ils pouvaient ; dans leur ivresse, découvrir les choses Îles plus secrètes ; les Runatinguis, qui préparaient des philtres irrésistibles, et vendaient une espèce de talisman appelé Huacanqui, composé de racines de diverses plantes ou de plumes d'oiseaux. On plaçait le talis-
(1) Tous ces noms, excepté Huacanqui(F'oy.plusbas), sont plus que douteux quant à l’ortographe ; mais l’auteur les cite ainsi. L. A. (2) Page 29.
Dee EE TES
un A:
man dans les vêtements ou dans Île lit de celle qu'on voulait séduire ; enfin les Virapircos, qui brülaient la graisse des victimes , et prétendaient lire l'avenir dans la fumée qui s’en échappait; etles Calpariculs, sorte d’extispices qui observaient les entrailles et les autres viscères des animaux sacrifiés, et prédisaient la durée de la vie de ceux qui les consultaient.
On peut, certes, découvrir, dans tous ce qui précède, de nombreux rapports avec la science de la divination des peuples de l’ancien continent. Il ne faut cependant pas attacher trop d'importance à ces analogies ; car, s'il existe une grande conformité naturelle entre les superstitions des différents peuples du globe, c'est assurément dans le besoin universellement répandu de pénétrer l'avenir et dans l’inclination générale des hommes vers le merveilleux, Chez les nations méridionales surtout, qui sont douées d’une imagination vive et d'un esprit crédule, ce goût a été répandu de tout temps et a résisté même aux lumières de la raison et aux progrès de la civilisation. Personne n’ignore combien les Grecs et les Romains étaient curieux d'interroger l'avenir et combien la science augurale, la croyance aux oracles et la pratique de la magie étaient en honneur chez les anciens. Nous voyons aujourd’hui que ces superstitions se sont conservées chez presque tous les peuples modernes. Nous savons, d’après le témoignage de M. Huc, qu'en Mongolie, les lamas chassent les démons au moyen de l’exorcisme, scène
de magie à la facon antique et à laquelle rien ne ni RIT RATER > nn pr
rit ee
manque, pas mêmes les petites statues de pâte de Canidie ou de la magicienne de Théocrite. Il n’est pas de peuple barbare qui soit insensible à ces sortiléges et qui ne croïe à la magie. M. le comte d'Escayrac de Lauture, dans son Mémoire sur le Soudan, nous apprend qu'il n’y a point d'autre médecine chez ces peuples que celle des magiciens et des sorciers (1).
L'étude de Pastronomie , trés-perfectionnée chez les Péruviens, comme chez tous les peuples qui adoraient les astres, les avait conduits à diviser l’année en mois. Dans chaque mois se célébraient des fêtes qui revenaient à jour fixe. On trouve dans les historiens, et surtout dans Balboa, le tableau des principales fêtes. Ce sont, pour ainsi dire, des fastes péruviens, semblables à ceux qu’'Ovidea recueillis a Rome.
Dans le mois de décembre (raymi) avait lieu Ja plus grande fête de l’année. Elle se célébrait dans la grande place qui précède le temple du soleil au Cuzco. On offrait à la divinité un grand nombre de lamas que l’on brülait sur des büchers composés de bois odorants artistement travaillés.
On sacrifiait aussi des oiseaux et toute sorte d’animaux ; mais fort rarement des victimes humaines. Cet usage qui a existé longtemps chez plusieurs tribus du Pérou, a fini par disparaître entièrement sous la domination des incas. Il importe-de distinguer les massacres, qui ne sont que des vengeances
(1) Bulletin de la Société de Géographie, 4° série, t, XI, janvier et février 1856, p. 58.
dise
politiques ou des représailles de ouerre, de ces sacrifices humains qui avaient, au Mexique par exemple, le caractère fixe d’une institution religieuse. Lorsque les offrandes à la divinité étaient accomplies, on se livrait à des danses solennelles, dans lesquelles figuraient des représentants de toutes les provinces. Ces dansés , appelées Capac-raymi, furent réglées par Huayna-Capac, 12° inca. Les hommes seuls y prenaient part. Ils se tenaient par la main au nombre de deux ou trois cents, et exécutaient une sorte de farandole; partant tous en même temps, ils faisaient deux pas en avantetun en arrière, de sorte qu'ils gagnaient toujours du terrain. En même temps ils célébraient dans leurs chants les exploits des incas. Huayna-Capac fit faire une chaîne en or que tout le monde tenait à la main; elle était aussi longue que les deux places du Guzco, et était composée d’anneaux qui avaient tous le diamètre du bras, Les Indiens l’ont cachée soigneusement à l’époque de l’arrivée des Espagnols. Huasca signifie corde; de là, le nom de Huascar donné au fils aîné de l’inca.
C'était à la fête de raymi (1) que les jeunes incas recevaient leurs armes, ou étaient «armés chevaliers», selon l'expression de l'historien Balboa. Les
{1) En décembre qui avait pris le nom des fêtes que l’on célébrait pendant sa durée. Cependant il faut dire que le mot raymi signifiait en général féte ou grande fête , d’où il faut conclure que le raymi était la fête par excellence, que lon désignait par la seule qualification la fête, et que les autres étaient désignées par le mot de raymi joint à quelque autre qualification spéciale, telle que {nti raymi, fête du “Woleil. L. À
vieillards, chargés de leur éducation, les préparaient à cette solennité en les fouettant avec des frondes et en leur frottant la figure du sang des victimes. Les personnes étrangères au Cuzco ne pouvaient assister à ces cérémonies de l'armement; elles s’éloionaient pour un temps et revenaient aussitôt que ces rites étaient accomplis. Le jour fixé pour leur retour , elles étaient invitées à un festin composé de pain pétri par les femmes du Soleil avec le sang des victimes. C'était, en quelque sorte, le signe de l’alliance conclue entre l’empereur et les chefs des tribus. Ce repas sacré rappelait de loin la cérémonie mexicaine qui consistait à partager entre les assistants une idole de pâte, composée de sang humain, de farine et d'huile, dont chacun mangeait un morceau.
Dans le mois camay (1)(janvier), on accomplissait de nombreux sacrifices. Les cendres des victimes étaient jetées dans les ruisseaux qui entrainaient ainsi dans leurs cours tous les péchés de la nation(2), de même que le bouc émissaire des Hébreux les emportait dans le désert.
Dans le mois hatun-pucuy (février), on sacrifiait une hécatombe de lamas, ainsi que dans les deux mois suivants, ingalamo-pachapucuy (mars) et ariguaquiz (avril).
Dans le mois hatuncuzqui-aymoraï (mai), l'on celébrait beaucoup de rejonissances à l’occasion de la
(1) Se dit aussi sollapucuy. L. A.
(2) Balboa, p. 124 et suiv.
— {15 — récolte du maïs. Elles avaient lieu surtout-dans les jardins du Soleil, sur la terrasse Collcampata (les cultures des Péruviens, dans les montagnes, étaient presque toujours disposées en terrasses). Pendant ces fêtes, on était dans l'usage de s’enivrer avec la chicha ou aka, et l’on répétait en chœur des chants appelés âymorai; puis, on immolait des lamas de diverses couleurs. Le Père Arriaga donne à cette fête le nom de Ayrihuanita à cause dela danse ayrihua, qui res semblait assez à nos divertissements de carnaval. Elle était accompagnée de toute sorte d'instruments, et les hommes prenaient différents déguisements, se mettant les uns des têtes de cerfs, les autres des croissants d'argent ou chacrahincas.
Au mois d'aucay-cuzqui (juin), avait lieu la fête du soleil appelée Inti-raymi. On fabriquait des sta. tues d'hommes et de femmes grossièrement sculptées et on les couvrait de riches vêtements ; on répandait ensuite des fleurs devant les temples; puis on immolait cent lamas sauvages, l’inca, avec les chefs des tribus, exécutait lui-même une danée appelée eayo. C'était vers la fête-Dieu, dit le P, Arriaga, que se célébrait la fête oncoy en l’honneur des pléiades
Pendant le mois chaqua-quarquiz (juillet), on 1mmolait cent lamas tachetés.
Pendant le mois yapaquiz (août), on immolait cent lamas bruns et l’on hbrülait mille cuyes ou cochons d'Inde, pour obtenir d’ahondantes récoltes. C'était la fête des ambarvalia à Rome ou des rogations chez les catholiques.