MONUMENTS DU PÉROU
Les monuments du Pérou différent de ceux du Mexique autant par l’ensemble que par les détails. La forme pyramidale, si répandue au Mexique, se retrouve cependant au Pérou; mais, dans le premier de ces deux pays, elle caractérise les édifices religieux de tous les temps; dans le second, elle semble n'avoir marqué qu’un âge dans l’histoire de fa civilisation. La statuaire, si art grossier (1) qui
(1) On est frappé de l’imperfection des statués dans l’art mexicain et péruvien. Il semble que ces peuples de l'Amérique aïent conservé
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a présidé à la sculpture des idoles trouvées en Amérique mérite ce nom, offre quelque analogie entre les monuments de l'Amérique centrale et ceux de Tyahuanaco, au Pérou. Les constructions cyclopéennes sont très-répandues dans l'Amérique méridionale, et marquent, d’une manière sensible, l’enfance de l’art dans les âges reculés. L'on a lieu de s'étonner que M. de Humboldt, qui a voyagé dans le Pérou, n’en ait pas rencontré (1). C’est un des traits les plus frappants de l’histoire de l'art dans ce pays.
L’ornementation et les poteries présentent chez les Péruviens une remarquable originalité, et ne peuvent être comparés à la céramique d'aucun autre pays. La sculpture des bas-reliefs rappelle, quant aux procédés seulement, celle de l’ancienne Égypte. Les reliefs ménagés, dans le creux de la pierre, fouillée alentour, ne présentent jamais de saillie sur le plan général de la surface; mais le dessin des silhouettes, leur disposition et leur caractère, aussi bien que les caprices bizarres de l’ornementation, n’offrent aucune ressemblance avec les monuments égyptiens.
I. Le Cuzco. Nous commencerons cet exposé archéologique , nécessairement très-rapide , comme
aux monuments ces formes primitives avec intention. M. de Humboldt a remarqué judicieusement que la superstition populaire n’avait apparemment rien voulu changer au caractère sacré qui était attaché à ces idoles grossièrement sculptées, et il explique de cette facon comment la statuaire était restée stationnaire malgré les progrès que la civilisation avait fait faire aux autres branches de l’art. E, D,
(1) Vue des Cordillères , t, IT, p. 108,
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doit l'être toute description de monuments qui n’est pas acco ompagnée de TAN par les sfica du Cuzco, dont il ne reste malheureusement que de rares dbrs Des constructions récentes ont été
levées sur les ruines de la capitale des incas. La
ie moderre est entièrement bâtie sur les assises de l’ancienne. L’ église Saint-Dominique occupe l’emplacement du grand temple du Soleil, dont Garcilaso a vu Îles restes augustes, presque disparus aujourd’hui. Les substructions de l’église et du couvent des dominicains sont composées de murs de pierres très-bien taillées, qui appartenaient au temple. Le vaisseau même de la chapelle principale correspond à la pièce qui renfermait l'image du soleil. Ce temple était recouvert en bois et en chaume comme tous les édifices du peuple indigène, même les plus splendides. Les Péruviens, aussi bien que les Mexicains, ont toujours ignoré l’art de construire des voûtes. Ils ne connaissaient pas la forme cintrique; on n'en trouve, dumoins, qu’un seul exemple, à Tyahuanaco, encore n’est-elle appliquée qu'à des niches de très-petite dimension. Les toits affectaient, le plus souvent, la forme pyramidale. On raconte que, lors de la construction de la première église espagnole à Mexico, les indiens refusèrent de travailler à la voûte, dans la crainte d’être écrasés sous sa chute. Il faut ajouter qu’on a trouvé, sous le sol, dans le sud du Mexique, une voûte en forme de cône, lerminée à son sommet par un conduit vertical. Ce monument, dont l'usage est inconnu,
rappelle, quant à l’ensemble, le fameux trésor d’Atrée à Mycène (1). On ne peut considérer comme un cintre le grand trèfle trouvé à Palenqué, et qui
présente une remarquable analogie avec le couronnement des portes des mosquées, en Turquie et en
Les murs de l’appartement du soleil avaient un revêtement d'or (2). La porte principale était au nord. Il existait plusieurs autres portes qui avaient également un revêtement d’or sur le tympan. Mais la pièce réservée au soleil ne formait qu'une petite partie du temple, qui était immense. IL était composé de quatre grands corps de bâtiments, qui devaient ressembler à un vaste cloître carré. Les appartements du soleil en occupaient tout un côté. Les trois autres étaient réservés aux divinités inférieures. La pièce consacrée à la lune était la plus voisine du soleil. Les murs étaient garnis de plaques d'argent. La troisième pièce était celle des étoiles, et avait des revêtements également en argent. La voûte figurait, en eflet, un ciel tout parsemé d'étoiles d'argent. La quatrième pièce était celle du tonnerre, et la cinquième celle de l’arc-en-ciel, représenté en peinture sur un fond d’or.
Venait ensuite l'appartement du grand pontife et des prêtres, qui n’y couchaient jamais et n’y prenaient point leurs repas. C'était une espèce de
(1) Foy. Kingsborough, vol. IV, fig. 34.
(2) C’est d’après la description de Garcilaso que nous rapportons ces détails.
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salle de conseil. Elle était toute revêtue d’or à l'intérieur.
À l’époque où Garcilaso habitaït le Cuzco, toutes ces chambres existaient encore, sauf celles de la lune et des étoiles.
À l'extérieur étaient quatre tabernacles dans l'épaisseur des murs, Ils étaient figurés par des niches, avec des revêtements d’or,
Outre les six grands appartements que nous avons mentionnés, il y avait un grand nombre de petites pièces pour les prêtres.
Les fidèles n’entraient jamais dans l’enceinte du temple. Les sacrifices avaient lieu tantôt dans une cour tantôt dans une autre, et les grandes fêtes se célébraient sur la place qui précédait le temple. Il y avait cinq fontaines où on lavait les vases sacrés, et qui étaient alimentées par des conduits en or. Garcilaso les a vues.
Les autres temples du soleil, dans les provinces, étaient tous faits sur le modèle de celui du Cuzco.
Attenant à ces vastes édifices et au palais de limca , était un jardin tout rempli d'arbres, de plantes et d'animaux imités en or et en argent. Ces deux métaux étaient employés , avec une égale profusion, dans la demeure de l’inca. Tous les ans, aux principales fêtes, on apportait de toutes les provinces, au Cuzco, une immense quantité d’or et d'argent, et si l’on considère que ces matières précleuses étaient exclusivement réservées au soleil et
E He , + linca, on concevra facilement quelles richesses
les Espagnols trouvèrent accumulées dans cette ville. Aussi le quartier où se trouvaient le temple et le palais s’appelait-il Coricancha ou quartier de For.
Il existait des temples du soleil dans toutes les grandes provinces et dans tous les lieux consacrés par quelques pieux souvenirs : ainsi, l’un des plus connus se trouvait dans l’île du lac Titicaca , située à cinq portées d’arbalète du rivage. C’est la Délos du Pérou. La légende rapporte que c’est en ce lieu que le soleil déposa ses deux enfants. Le temple que l’on avait élevé en cette île était le plus riche de toute la contrée. Les offrandes qu'on y apportait étaient aussi considérables que celles qu’on faisait au temple de Ja capitale.
Il ne reste rien de la maison des vierges, au Cuzco (1).
On voit sur les hauteurs qui dominent la ville les ruines des anciennes fortifications. Elles étaient encore assez bien conservées au temps de Garcilaso. La forteresse était sur la crête de la montagne qui s'élève au-dessus du Cuzco. Elle était entourée de trois murs formant hémicycle du côté de la ville , et de trois autres murs également semi-circulaires, mais d’un plus grand diamètre du côté de la plaine, Toutes les pierres sont à peu près d’égale grandeur : dans la partie inférieure formant les assises des murs. Elles sont unies entre elles, dit Garcilaso, par
(4) Ce serait, au dire des habitants, sur l'emplacement du couvent des vierges qu’aurait été construite la prison dont tout l'étage inférieur, ow rez-de-chaussée, est de construction indienne, L, A.