‹ Le Pérou avant la conquête espagnoleChapitre 3 sur 38 · ET · texte numérisé non relu

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les fameux quipos ou fils dont les nœuds et la couleur auraient exprimé un sens varié comme les mots et les phrases des langues phonétiques. Maïs outre qu’il est bien difficile d'admettre qu’un peuple, après avoir connu l'écriture, en ait perdu la notion, on ne peut guère supposer que les monuments qui ont précédé l’époque des Incas, comme ceux de Tyahuanuco, par exemple, n'eussent jamais porté la moindre empreinte de caractères, si l’usage en eût été établi. Il faut ajouter que Montesinos, qui écrivait en 1652, plus de cent ans après la conquête espagnole, nous paraît moins digne de foi que Garcilaso, contemporain de Pizarre; or, non-seulement ce dernier historien ne parle pas de lécriture péruvienne, mais il affirme que les quipos étaient des fils servant seulement à compter. Il est d’autres écrivains, il est vrai, qui ne partagent pas cette opinion : Balboa est du nombre: mais il existe un fait qui semble confirmer le rapport de Garcilaso : c’est la concordance des historiens dans le récit qu’ils nous font de la manière dont s'étaient de tout temps transmis les ordres du gouvernement péruvien, par le moyen de courriers, appelés chasquis, qui apprenaient par cœur la dépêche, la répétaient à d’autres messagers postés dans différents relais, et ainsi de suile, jusqu’à ce qu'elle füt arrivée à sa destination (1). Il est bien probable que, si les ordres du

4) Histoire du Pérou, par Miquel Cavello Balboa, p. 11, 247- 249 (ouvrage extrait des Miscellanées et publié, pour la première fois, traduit, par M, Ternaux-Compans; Paris 1840 }.

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souverain eussent pu être transmis au moyen des quipos, on n'aurait pas eu recours à cette correspondance orale, incommode et peu sûre. 1l est, en outre, assez malaisé d'expliquer comment on serait parvenu, avec le seul secours de fils et denœuds, si variés de couleur et de forme qu’on les suppose, à figurer une langue écrite.

Le défaut de caractères et de signes rend donc la tâche des historiens du Pérou fort difficile. On ne saurait procéder avec trop de prudence dans le choix des documents et éviter avec trop de soin les hypothèses qui ont jeté tant d'incertitude et de confusion dans les récits des écrivains espagnols. En conservant les traditions légendaires qui nous paraissent avoir un grand intérêt au point de vue des mœurs, de Fa religion et même de l’origine de da race péruvienne, nous examinerons si ces récits sont bien puisés à fa source des croyances populaires et s'ils n’ont pas été détournés de leur sens primitif par l'esprit de système ou les idées préconçues des historiens de la race conquérante. Les traditions orales, recueillies par eux, nous font connaître ce que nous appellerons la légende des Incas, c'est-à-dire l’histoire plus ou moins authentique des trois ou quatre siècles qui précèdent la conquête ; encore trouvons-nous des différences considérables dans les récits qui nous sont parvenus sur cette période (1). Si l’on voulait remonter plus

(4) Ceux qui ont écrit sur le Pérou après la conquête ne sont pres -

que jamais d’accord entre eux, ni sur les faits, ni sur les noms, ni même sur les mots les plus usuels de la langue du pays. D'abord, pour

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haut, l’on ne trouverait que des fables absurdes, de

j pures inventions qui ne paraissent même pas recouvrir le moindre fond de vérité. Parmi les historiens des Incas, c'est à Garcilaso que nous accordons le plus de confiance, malgré les attaques récentes dont il a été l’objet. Espagnol par son père, issu, par sa mère, de la race royale du Guzco, il a passé toute sa

jeunesse au Pérou, à l’époque qui a suivi la con-

quête, et c'est de la bouchée même de ses parents maternels qu’il a recueilli tout ce qu'il nous a transmis sur l’histoire de-sa famille et sur les usages ceivils et religieux de sa patrie. Il est vrai qu'il a quitté l'Amérique à lPâge de dix-sept ans; mais les souvenirs de jeunesse ne sont-ils pas les plus durables et les plus fidèles? D'ailleurs, les autres écrivains ont conformé le plus souvent leurs récits au sien; et, ce qui vaut mieux encore, les voyageurs qui ont sé-

les faits , cela provient de l’absence de tout document certain dans une histoire qui ne repose que sur la tradition orale; pour les noms et les mots de la langue, la divergence est plus grande encore : elle provient de ce que le gquichua, en passant, après la conquête, de l’état de langue parlée à celui de langue écrite , chacun, suivant son plus ou moins d’aptitude à percevoir les nuances dans les sons, suivant aussi la province à laquelle il appartenait en Espagne, et, par conséquent, suivant son accent, a dû transcrire d’une manière très-diverse les sons de la langue qquichua en caractères espagnols ; car, pour rendre les sons, entièrement nouveaux, de cette langue, on a dû inventer des lettres ou attribuer à celles dont on disposait des consonnances arbitraires. De là vient l’impossibilité presque absolue où l’on est de retrouver, dans l’orthographe adoptée par chaque auteur, les mots qquichuas qu'il a voulu représenter, et de là aussi l'impossibilité de faire concorder, partout ailleurs que sur les lieux en consultant la langue parlée, les noms et les mots sur lesquels repose cependant toute la tradition, L. A.

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journé dons le pays, qui ont étudié les anciens monuments et les mœurs actuelles des Indiens, confirment presque toujours les observations de Garcilaso. Si les historiens Herrera, Acosta, Gomara, Betancos, Pedro de Cieça, Calancha, Avendano et Garcia ne nous paraissent pas aussi dignes de foi que l’auteur indigène, c’est qu'aucun d’eux ne s’est trouvé dans des conditions aussi favorables pour être instruit des antiques traditions du pays. Mais leurs écrits nous ont fourni un grand nombre de détails curieux sur les usages et les institutions dont ils ont pu retrouver encore de nombreux vestiges. M. Ternaux-Compans, en publiant, dans le cours de l’année 1840, les histoires jusqu'alors inédites de Balboa et de Montesinos, a rendu un véritable service à la science. Le premier surtout jouit, en Amérique même, d’un certain crédit. Après avoir pris du service en France sous le règne de Henri I], Balboa avait embrassé l’état écclésiastique et était parti pour l'Amérique en 1566. Il y séjourna vingt ans, fit, à Bogota, la connaissance d’un frère mineur, Juan deOrosco, qui lui communiqua plusieurs ouvrages composés par lui sur l’origine des Indiens C'est en 1576 que Balboa commença, à Quito, son grand ouvrage des Miscellanées qui fut terminé en 1586. Nous savons très-peu de chose sur la vie de Montesinos, mais il écrivit son histoire beaucoup plus tard et elle diffère essentiellement, comme nous le verrons bientôt, de celles de ses devanciers. Ainsi

la première, et, pour ainsi parler, la seule source à

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laquelle nous devions puiser pour l'histoire traditionnelle des événements, c’est le récit des écrivains espagnols et surtout celui de Garcilaso.

Pour ce qui concerne les usages religieux et politiques, publics et privés, les monuments nous seront d’un grand secours : ce sont des témoins irrécusables. L’archéologie comparée nous fournira les preuves les plus solides dans la grande question de Porisine de la civilisation américaine.

La philologie, aussi bien que Pétude des monuments, devrait nous révéler de curieuses analogies entre les peuples de l’ancien et ceux du nouveau continent; mais on ne saurait établir en principe, avec le peu de données certaines que nous offre cette science si diflicile el si complexe, la dérivauon des langues de l'Amérique de celles de l'Asie. On a tenté de montrer, dans ces derniers temps, que la langue mexicaine renfermait un grand nombre de radicaux chinois et que, par conséquent, les peuples aztèques devaient procéder de la Chine. L'entreprise n’était pas nouvelle : Garcia avait consacré tout un chapitre au vocabulaire des mots qui lui avaient paru présenter quelque rapport dans les deux langues; 1l est vrai qu’il avait découvert aussi, dans le mexicain, un grand nombre de mots latins qui, assurail-il, avaient le même sens à Mexico que dans l’ancienne Rome. Or il nous semble que ceux qui se livrent à ces recherches délicates de la philologie comparée n’ont pas toujours une assez grande

expérience des Jangues orientales et des langues

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