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intérieure a ordinairement trois à quatre mètres de hauteur et autant de profondeur. Le plus souvent ces monuments construits en pisé ou en briques séchées au soleil (adobes) étaient recouverts en paille. Beaucoup sont dégradés par l'effet des pluies qui en ont altéré la forme première; suivant que le chaume de la toiture était plus ou moins détérioré, les parois extérieures étaient plus ou moins bien protégées ; c'est ce qui a produit tantôt un évasement dans ja partie supérieure, tantôt un renflement dans la partie du milieu. Les formes diverses qu’affectent les chulpas sont dues le plus souvent à ces causes accidentelles de détérioration qui ont échappé à M. de Castelnau et l'ont induit en erreur sur la configuration primitive de ces monuments qui étaient seulement de deux sortes dans l’origine: ronds et carrés, comme nous l'avons établi plus haut. Quoique la chambre des chulpas paraisse être au niveau du sol extérieur, il n’en était pas ainsi avant qu'aucune inhumation y eüt encore été faite. L’élévation du sol de la chambre n'était due qu’à la superposition des couches de cadavres qui y étaient déposés, et ensuite recouvertes de terres rapportées; de sorte que les dimensions de la chambre en hauteur étaient primitivement beaucoup plus grandes qu’elles ne le paraïssent aujourd'hui. En entrant dans la chulpa on ne voit qu'un espace vide, car on a les sépultures sous ses pieds.
Quelquefois, les chulpas ont deux chambres dont l’une est souterraine. On y pénètre par une ouverture ménagée dans le plancher de Ia chambre supé-
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rieure. La forme de ces chambres est celle d’un cône rentré. M. Angrand a visité, sur la route du Cuzco à La Paz, à deux lieues au sud de Tyahuanaco, une chulpa composée de deux chambres superposées, mais sans communication entre elles. L'existence de la chambre souterraine lui avait été révélée par la sonorité du plancher dans l'intérieur de la chulpa. Mais il chercha vainement une ouverture qui correspondit à la chambre inférieure; or c'est extérieurement, à deux mètres en avant de la porte, qu’il découvrit l'ouverture d’un corridor suivant un plan incliné dans la direction du petit souterrain placé sous le monument. Il trouva dans ce caveau cinq niches qui devaient contenir chacune un corps. On distinguait encore, parmi la poussière, des crânes, des débris d’ossements et des restes de vêtements détruits, contre l’ordinaire, parce que cette chulpa a été exposée à l’humidité par suite du changement de cours d’un ruisseau voisin. Cette disposition est très-exceptionnelle, sinon unique. La contrée où s'élèvent les chulpas est trop humide pour qu'on ait pu retrouver les objets qui y avaient dù être enfouis avec les cadavres des Indiens. Les étoffes, les ustensiles et la très-curieuse poterie dont M. Augrard a fait hommage au musée du Louvre, proviennent pour la plupart des huacas: de la côte qui sont dans un sol très-sec et dans le sable, On était dans l’usage d’enterrer auprès du mort une partie des objets qui lui avaient appartenu pendant sa vie. La dimension de ces objets était proportionnée à l'âge du défunt. Près des squelettes
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d'enfants on a trouvé des petits ustensiles et des jouets. Ces objets indiquaient aussi la profession de la personne inhumée ; ainsi l’on a tiré des huacas des filets, des armes, etc., qui avaient évidemment rapport au métier des Indiens qui y étaient enterrés. M. Angrand a rapporté un grand nombre d’étoffes trouvées aussi dans ces tombeaux. Elles sont en général assez grossièrement travaillées et présentent un rapport frappant avec quelques-unes de celles du musée égyptien, autant pour la disposition du tissu que pour les couleurs.
Quant à la céramique, nous ne pensons pas qu’au-
cun peuple puisse le disputer aux Péruviens pour
la prodigieuse variété de formes qu'ils savaient donner à leurs vases. Ils représentent des animaux de toute espèce, des quadrupèdes, des poissons, puis des fruits, des légumes. Quelquefois ce sont les modèles les plus bizarres qu'ils se sont plu à composer sans que la nature leur en ait même suggéré l’idée première. Les couleurs et les vernis appliqués sur la terre sont tellement perfectionnés qu'ils donnent quelquefois au vase un aspect métallique qui trompe l’œil. Le jaune, le rouge ponceau, le noir sont les couleurs les plus fréquemment employées. Nous signalerons comme un des objets les plus curieux de la céramique péruvienne, un vase en terre noire, catalogué sous le numéro 903 par M. de Longpérier et représentant un ours assis, rappelant la posture des divinités égypliennes. La simple comparaison entre les objets déposés au musée des
antiquités américaines, et ceux de la belle collection
égyptienne présente des ressemblances si curieuses qu’il n’est personne qui n’en soit frappé.
M. Ramirez, le savant conservateur du Musée des antiquités de Mexico, nous assure qu'il possède un grand nombre d'objets dans sa collection qu'il serait impossible à l’œil le plus exercé de ne pas confondre avec les divinités égyptiennes de notre musée. Il faut ajouter cependant que la ressemblance entre certaines idoles mexicaines et les monuments égyptiens est souvent plus apparente que réelle, Par exemple, la figure n° 2 du musée américain rappelle, au premier aspect, dans son ensemble comme dans ses détails, les déesses de l'Egypte; mais une observation attentive nous révèle bientôt que la coiffure de cette idole, qui ressemble au calantica des têtes d’Isis et des sphynx, n'est ni un voile ni une coiffe, mais figure seulement deux glands qui retombent sur les oreilles. Il en est de même de la figure dessinée au commencement du premier volume de M. de Humboldtsur les vues des: Cordillères.
Nous bornons aux indications précédentes le rapide exposé de la partie archéologique de ce travail. C’est, nous le répétons, de létude des monuments qu’on peut tirer les documents les plus certains pour l’histoire de la civilisation du Pérou. Mais malheureusement les éléments font défaut. M. Ancrand aurait fait sans doute une plus abondante moisson si le temps et les moyens matériels ne lui eussent manqué. Qu'il nous soit permis d'exprimer le vœu que Ja belle et inappréciable collection de
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dessins qu'il a rapportée soit complétée et publiée. Il appartient au gouvernement français d’encourager et de solliciter même de nouvelles recherches, de prendre l'initiative de ces utiles travaux qui sont appelés à ouvrir une voie nouvelle à la science.