ARTE
la force de la végétation, la largeur des fleuves et les inondations partielles ont mis de puissantes entraves aux migrations des peuples. De vastes contrées de l’Asie boréale sont aussi faiblement peuplées que les savanes du Nouveau-Mexique et du Paraguay , et il n’est pas nécessaire de supposer que les contrées les plus anciennement habitées soient celles qui offrent la plus grande masse d'habitants.» — Si, par contrée, l’on entend un continent entier, nous croyons, au contraire, qu'une plus grande masse d'habitants indique une plus haute ancienneté d'occupation. L'exemple choisi par l’illustre savant ne nous paraît pas concluant; car des causes purement physiques, comme la rigueur du climat, ont dù s'opposer à ce que l’Asie boréale, par exemple, fût aussi peuplée que les régions tempérées; il en est de même pour le centre de l'Afrique; les hommes ont dû naturellement rechercher, dans un continent, les pays salubres et fertiles où la vie est plus douce et plus facile, Mais, nous le répétons, si l'Amérique avait été peuplée en même temps que les terres de l’autre hémisphère, comment expliquer que les tribus du Nouveau-Monde ne se fussent pas multipliées comme celles de l’ancien? Les obstacles dont parle M. de Humboldt, touchant la migration des peuples, ne sont pas sérieux. Ils devaient être les mêmes en Âsie et en Europe. Les fleuves à franchir ne sauraient arrêter les tribus errantes; les forêts vierges disparaissent avec le temps par la hache ou
par l'incendie et font place à la culture. Nous crovons e
donc que l'argument qu'on s’est efforcé de détruire subsiste dans toute sa force. Mais, sans insister plus longtemps sur de semblabes discussions qu’on peut prolonger à l’infini, nous laissons ces questions insolubles aux loisirs des Sociétés ethnographiques des Etats-Unis, pour nous occuper exclusivement des traditions et des monuments qui peuvent répandre quelque lumière sur l’histoire des peuples de l'Amérique et sur leurs rapports avec ceux de l'Asie. Nous nous bornerons donc à constater des analogies dans les civilisations et non dans les races, et nous divisons ainsi notre travail.
Nous rapporterons d'abord les principales légendes sur l’origine sacrée du Pérou; nous recueillerons ensuite dans les historiens, dont nous chercherons, autant que possible, à concilier les témoignages ou à expliquer les contradictions, le récit des événements les plus importants de l’époque des Incas, puis nous étudierons les institutions religieuses, politiques et civiles, et, comme la tradition seule ne peut nous donner une pleine lumière sur ces différents points, nous aurons recours aux monuments, dont l'étude nous permettra de contrôler l’histoire écrite après la conquête et nous amènera peut-être à des conclusions plus sûres touchant les usages, les mœurs, la religion des Péruviens, et nous ajouterons, touchant lorigine des civilisations américaines. C'est à M: Léonce Angrand, consul de France en Amérique, que nous devons la connaissance de ces documents précieux et uniques qui
dé es LÉ de Lot