CHAPITRE III
On a vu dans la colonisation espagnole Texpansion d*une croyance, une forme d'impérialisme religieux. On 8*est attaqué à la cruauté des conquérants, à l'ambition des aventuriers, aux prodiges d'un héroïsme famélique; sans comprendre que dans l'opposition des races envahissantes et des races vaincues, on trouve toujours et partout l'âpreté d'une lutte darwinienne, et que l'espril de cette colonisation ancienne était général dans le temps et tout différent des méthodes actuelles. L'historien de l'expension britannique, Seeley a très bien démontré qu'au xvi* siècle, on aboutissait à une conception toute matérialiste de l'œuvre de colonisation; on ne cherchait pas des centres nouveaux pour la civilisation européenne, mais des dépôts de richesses à rapporter en Europe (1). Le point de vue religieux n'était donc que le masque d'une conquête économique. Le poêle Lope de Vega écrivait déjà que ce sous prétexte de religion, on cherchait l'argent et l'or, dans les trésors voilés et lointains ». II n'y avait pas un problème d'équilibre politique ou d'excès démographique à résoudre par les colonies découvertes. L'idée de possession territoriale, avec toutes ses conséquences de /us utendi et abutendi était le centre de toutes les grandes entreprises espagnoles et françaises, anglaises, portugaises et hollandaises.
Aussi, malgré les difTérences entre la colonisation anglaise et la colonisation espagnole, on rencontre le même esprit commercial dans les deux mouvements. Seeley rapporte un texte de 1663, où Charles II parlait des colonies
(1) L'expansion de TÀDgleterre, Trad. française, 1901, page 78.
de TAmôrique du Nord comme d'une possession munie de tous ses caractères exclusifs. La formation des centres d'action politique, l'autonomie progressive des régions, la liberté illimitée s'accompagnèrent là-bas du despotisme commercial. Le monopole des affaires par les commerçants britanniques était très semblable au système d'exploitation économique par rEspagne(l). Et si la déclaration dés droits de 1776, fut, dans sa partie politique, la continuation du régime antérieur d'autonomie régionale, dans un but moins universel et humain que l'œuvre révolutionnaire française, elle eut toutefois une grande signiGcation d'autonomie commerciale. L'indépendance dans l'Amérique méridionale voulut aussi en finir avec le monopole de l'économie coloniale. Nous n'avions pas, comme dans la Pensylvanie ou la Virginie, l'habitude d'un certain individualisme, politique dans les assemblées et civil dans les lois. Et il fallait créer, d'un seul élan, toutes les libertés.
Le régime commercial, dans les colonies de l'Espagne fut une sorte de Zolloerein primitif. Les colonies restaient isolées de toute influence étrangère. La métropole restait l'unique centre d'action et réaction, dans la vie politique, économique et religieuse. Pour faciliter le monopole, on donna le caractère de ports ouverts à Cadiz et Seville, en Espagne; au Callao, dans la colonie du Pérou. Lima, capitale de la vice-royauté péruvienne, était le centre d'attraction de la vie économique. De belles raisons d'unité politique et d'orthodoxie religieuse consacraient ce monopole. Il fallait que l'Espagne eût un grand essor industriel pour satisfaire aux besoins des terres isolées. Les nouveaux débouchés devaient produire logiquement un relèvement de l'activité productrice.
(1) Reclus trace un tableaa de la colonisation espagnole qu'il rapporte de celui de l'expaosion anglaise. En voici les grands traits : « Une
remplacée par des nègres; une mère-patrie impérieuse extorquant de sa colonie un revenu considérable, gr&ce à un système astucieux de divisions; qui tenait les colons en échec au moyen d*nn clergé et d'une population senile traitée paterneilementj». Ouv. cité. p. 83.
LES FORGES ÉCONOMIQUES ACTUELLES i23
Mais ropposition établie par Spencer entre l'état militaire et l'état industriel ne fut jamais plus réelle que dans la reconnaissance espagnole. Jadis, on avait connu une Espagne industrieuse et sobre, sévère comme la terre aride, progressive par le grand apport étranger. Une double expansion ruina tout cet épanouissement d'activité ei de richesse. Les longues guerres en Italie et dans les Flandres, les interventions dans les conflits religieux, l'obsession de la domination universelle sous Charles V. de l'impérialisme catholique, sous Philippe II, changèrent le but des activités. La guerre prima le travail. Le hidalgo espagnol, orgueilkux et mystique, dédaigna l'endurance dans les humbles besognes. On vécut et on agit pour l'éternité. La découverte du Nouveau-Monde apporta des richesses, avec une abondance au-dessus de toutes les convoitises : elle marqua un exode des Espagnols vers les terres de l'or. Et, dans cette expansion conquérante, tout esprit d'ordre, de discipline et de travail, devait manquer à la race espagnole, et cela par l'influence de plusieurs facteurs : l'orgueil de caste, la dignité d'une race croyante et conquérante, Théisme et l'aventure comme formes de l'action, les richesses inattendues et excessives qui faisaient oublier le travail et l'effort.
On a très bien écrit que la nation espagnole « tendait à devenir un peuple de grands seigneurs mendiants et de mendiants grands seigneurs, et se contentait, dans sa noble oisiveté, de semer l'honneur sur ceux qui la regardaient » (1). L'émigration produisait l'abandon des terres. L'industrie, qui n'était pas populaire, remplaça l'agriculture. Et l'âpre isolement de la race ne fut réel ni en Amérique, ni en Espagne. Des marchandises des Flandres et d'Italie venaient en aide à l'industrie impuissante : les étrangers arrivaient en Espagne pour occuper la place des Espagnols partis pour l'Eldorado; de grands banquiers allemands et genevois donnaient l'argent des guer-
(I) Dêi devises du Dézert: L'Espagne soas l'ancien régime. 1904.
Introduction.
res (1 ). Et dans toutes les régions de TAmérique, la contrebande des Hollandais et des Anglais, avec tous les exploits d'une piraterie audacieuse, détruisait Texclusivisme commercial et transformait faiblement les idées et les mœurs coloniales.
Si la politique de monopole et d'isolement fut inféconde pour le relèvement de l'Espagne, elle fut outranciëre et funeste pouA* notre activité économique. Les prix étaient inflexibles, les débouchés étaient forcés : on n'avait même pas un germe de liberté et de concurrence. Des ports pour l'exportation et l'importation, des compagnies aussi exclusives que la Compagnie des Indes, des réglementations, des taxes et des cadres, une foire pour le commerce des colonies, à Porto-Bello, des croisades commerciales, par grands vaisseaux, qui apportaient, à des époques fixées, les productions espagnoles, fortes de toutes les primes et de toutes les protections; un système d'opposition commerciale entre les colonies sœurs, pour les affaiblir devant l'hégémonie de la métropole : voilà les grandes lignes de l'intransigeance commerciale, plus dangereuse pour l'Amérique que toutes les inquisitions. La production agricole devait lutter contre la convoitise des richesses minières, contre l'infériorité du travail esclave; l'industrie ne pouvait pas vaincre l'opposition espagnole et le rigorisme des corporations; les mines, exploitées par un système de roulement, les mitas, souffraient de la quantité et de la qualité du travail forcé de la race vaincue.
Le monopole fut le caractère de toute la politique de deux siècles. Ce n'était qu'un corollaire de l'absolutisme de l'Espagne catholique et conquérante. Dans l'ordre économique, on isola les colonies, on énerva toute concurrence, on traita l'étranger en ennemi, comme les métèques, au temps de la Grèce, comme les hostes, à Rome; dans l'ordre intellectuel, on eut une théologie et
(1) L*hÎ8pani8te aDglais Martin 0. Hame a mis en relief ce fait de rinfluence économique des éléments étrangers. Vide. The spanish people. London, 1907, pages 351 et 354.
une science d'Etat fortes contre les discussions et les hérésies; une inquisition qui ne respectait ni conscience, ni foyer au service du monopole religieux : dans Tordre politique, on détruisit toute tradition d'individualisme sous l'autorité unique et absolue d'un vice-roi délégué par la métropole dominatrice. Cette politique exclusive créait un malaise général dans les esprits : les criollos étaient étrangers sur leur propre territoire; étrangers à la vie politique par le monopole espagnol et à la pensée, au commerce, à la vie des autres peuples par l'isolement pratiqué par les Espagnols. C'était une longue préparation à l'indépendance et à la rébellion que cette intervention excessive des rois absolus.
Sous Charles III, le grand monarque espagnol, le régime des colonies devint souple et libéral. C'était la fin du dix-huitième siècle. La liberté commerciale eut deux aspects : augmentation du nombre des ports espagnols qui pouvaient être en relations commerciales avec l'Amérique, et suppression des monopoles. Ni Seville et Cadix en Espagne, ni le Callao en Amérique n'eurent plus le droit exclusif à l'exportation, à l'importation, à la richesse. Et derechef, on nota en Espagne un mouvement de la campagne vers les villes, l'abandon de l'agriculture, pour donner à l'industrie languissante la force nécessaire pour conquérir l'Amérique ouverte à l'action értirangère. Ca n'était ta qu'une vitalité précaire. En 1774, le Pérou, la Nouvelle- Grenade, le Guatemala et le Mexique furent autorisés à commercer entre eux; en 1802, comme résultat de toutes ces mesures de liberté et de concurrence, le port de Cadix reçut pour 1.626.770.940 réaux de produits américains, <v chiffre égal à l'exportation totale de l'Angleterre en 1790 » (1). Après le traité d'Utrechl, l'Angleterre eut le droit d'envoyer à Portobello un vaisseau de 500 tonneaux. C'était un brusque mouvement de liberté économique, sous l'empire d'idées libérales, après deux siècles d'isolement trompeur et de monopole stérile.
(1) Des devises du Dézert : Oav. cité. p. 149.
L'indépendance américaine, dans les premières années du dix-neuvième siècle, fut au Pérou, comme dans tout le continent, un mouvement de libération totale, politique, économique et intellectuelle. De nouvelles influences étrangères s'exercèrent; et ce furent les premiers occupants, dans l'ordre commercial, qui eurent bientôt l'hégémonie. L'Angleterre eut partout les avantages dûs à sa puissance commerciale, à son expansion d'hommes et de richesses. C'était d'ailleurs, dans la première moitié du siècle, l'époque des idées de libre-échange. De 1840 à 1850, les théories de Cobden triomphèrent partout : au Pérou, l'influence de Say et de Bastiat et de tous les publicistes de l'école libérale donna au libre-échange une grande importance. Le besoin de l'influence étrangère pour diriger le mouvement économique, la faiblesse de l'industrie et même de l'agriculture, le caractère primitif du mouvement financier, l'accumulation des emprunts, tout contribua au succès d'une doctrine contraire à l'isolement et au monopole, mais qui donna cependant, par la force des faits, une importance parfois exclusive aux influences anglaises.
Pendant la période coloniale, l'industrie des mines attira vers elle tout l'effort des conquérants, des Espagnols et de l'Etat. Elle était en harmonie avec les nécessités et les idées de l'époque : le résultat en était immédiat, les richesses superbes, la production intarissable. Pendant l'époque républicaine, la vie économique se complique et s'élargit : l'agriculture devient plus progressive, que sous les Espagnols, malgré la routine; et la richesse minière, sans perdre son prestige, se trouve bientôt surpassée par le guano et le salpêtre, bases de l'abondance fiscale et du progrès individuel. Et ce qui était inconnu à l'époque pré-républicaine, la vie des Banques, l'extension du crédit, la force indéfinie des associations, sont des phénomènes qui ont, après 1860, un éclat extraordinaire. Mais, un divorce existe déjà entre les forces agricoles et industrielles et cette extension illimitée du crédit : on
LES FOtlCES ÉCONOMIQUES ACTUELLES 127
joue sur des valeurs nominales, sur des espérances de richesse. Et la faillite vient et la guerre épuise le crédit, éloigne les capitaux et tarit plusieurs sources de richesse collective.
Dans la dernière décade du dix-neuvième siècle, après des lâlonnemenls, des crises et de larges efforts, une nouvelle étape de travail et d'expéri«nce change l'aspect économique du pays. Sans négliger le crédit et Faction des Banques, on vise à une utilisation simultanée de toutes les richesses du sol et du sous-sol. Le caractère de Tactivilé est donc plus général et plus fécond qu'aux époques antérieures : Tagricullure, les mines, l'industrie se développent parallèlcmcnl; l'association s'esquisse, le capital national se forme et s'unit au capital étranger, la recherche de la richesse est lente et tenace; et le sens praique, souvent exclusif, s'impose à tous les esprits. Nous allons étudier, dans leur ensemble, les forces économiques actuelles, au Pérou, dans leur rôle et dans leur avenir.
Par la variété des climats, par l'extension des zones de labeur, même par la tradition des temps pré-espagnols, le Pérou est un pays agricole, riche de toutes les productions, particulièrement souple et fécond, doué de ressources inépuisables. Nous avons rapidement considéré dans l'introduction de celle étude les trois régions parallèles du Pérou, de l'ouest à l'est, la côte, la sierra et la montagne.
Au point de vu« agricole, la côte est une région sans pluies ou avec des pluies rares et faibles, ensoleillée, et féconde, coupée par des déserts, les médanos et d'une agriculture assez développée et très intéressante. Les terres en sont excellentes par leur richesse qui ne demande pas d'engrais, par la sécheresse même et l'épaisseur des couches qui conservent longtemps les agents de fertilité, par la régularité du climat, sans de profondes crises ou
128 us PÉaOU CONTBMPORAtN
de brusques changements (1). On y trouve des régions où, après une décade, après quinze ans, la terre continue son œuvre féconde sans influences chimiques et sans besoin de repos. La côte est cultivée sur une bande très étroite, un quarantième de l'étendue totale, approximativement. Ce phénomène est dû, à la fois, au manque d'irrigation, à Tinsuffisance des capitaux employés, à la rareté de l'élément ouvrier. Aujourd'hui, l'agriculture se relève au point de vue de la richesse et de la technique; des capitaux nouveaux y prennent place et des moyens scientifiques récents rendent la culture plus intense. L'emploi des machines à vapeur remplaçant la charrue traditionnelle; (et encore existante dans plusieurs haciendas); Tengrais national, le guano^ et maintes combinaisons chimiques, sont les meilleures formes de cette rénovation agricole. Et des études pour l'irrigation et des mesures pour attirer l'immigration promettent, pour un avenir prochain, un grand développement de l'agriculture sur la côte. Dans la sierra, les pluies étant plus abondantes, les productions sont celles des terres tempérées, dans les vallées profondes, et celles des climats froids, dans les hauts plateaux et dans les panas froides et solitaires. On trouve dans cette région, et dans les grandes punas, des laii[undia sans culture, qui constituent parfois des héritages féodaux, où l'Indien est assujetti à un travail sans rémunération équitable. Dans toute cette région, où l'Indien est l'ouvrier, l'agriculture est encore arriérée, et participe de la culture enfantine de cette partie du territoire péruvien. Dans la montagne, la fécondité des terres est extraordinaire, et l'action humaine est encore impuissante à dompter l'abondance sauvage des forêts .touffues el séculaires. L'agriculture y est peu avancée : elle se réduit
(i) Un spécialiste des sciences agricoles, M. Thomas F. Sedgwick a écrit au sujet de la côte péruvienne : « les terres sont riches en ali* ments que les plantes demandent, elles conservent lliumidité, elles sont faciles à la culture : et avec un bon système, elles développeraient une grande puissance de production : généralement ce sont des terrains profonds... qui s'approchent de Tidéal, tel qu*on peut le trouver dans un terrain. • (Bolelin del Minitlerio de Fomento, mars 1906, p. 6.)
LBS FORCES ÉGONOMIQUBS ACTUELLES 129
à rextraction du caoutchouc et à la culture de quelques plantes tropicales, la zarzaparrilla^ la cascarilla, le quinquina, etc. (1).
Les principales productions agricoles de la côte péruvienne sont la canne à sucre, le coton, le riz, la vigne.
La canne à sucre est la grande production agricole au Pérou; son progrès change Taspect de la fortune publique et de la fortune privée, tant elle est liée à la prospérité nationale. Sa culture se fait principalement à la côte, extrêmement féconde pour cette production; mais elle se trouve aussi, en moindre extension, à Tintérieur du pays, dans les départements de Cajamarca, de Huanuco, de Puno. Sur la côte, la région la plus adonnée à la canne à sucre est la vallée de Chicama (2)) dans la province de Trujillo; et, après elle, les provinces de Chiclayo au nord et de Chancayo et Canete, dans le département de Lima. C*est surtout dans la première dans « Casa Grande », « Homa », et d*autres grandes fermes, que la technique et l'association se sont développées dans cette culture. c< Cayalti » est un modèle de méthode et d'organisation dans cette même production.
Le climat de la côte péruvienne est, d'après M. Scdwick, spécialement propice à la canne à sucre; ce serait, avec les lies HawaI, la région du monde la plus féconde pour cette culture. Il faut pour l'excellence de la canne à sucre, pour sa pureté, la richesse de jonc sucré, et l'abondance de ptone, que le climat ait une certaine constance de chaleur dans toute l'année et que l'eau qui féconde les terres soit moins de l'eau fluviale que de l'eau
(1) Le prix de Thectare des terres est d'an mioimnm de 20O francs à Piara, à Lima, et d*uD maximum de 4.000 francs à Moqaegua ; dans la sierra, à Areauipa, par exemple, ce prix est beaucoup plus fort, il arrive à 7.500 francs. Quelauefois, d'après les calculs donnés par M. C.-B. Cisneros dans son livre si renseigné Resena economica del Peru, dont j*ai tiré un grand profit pour la formaUon de ce chapitre sur les forces économiques du Pérou contemporain.
(2) « Le climat de Chicama, écrit M. Victor Marie, professeur à TËcole d'agriculture de Lima, est sec et chaud. C'est là une des causes de Texcellence de cette yallée comme productrice du sucre. » {Rapport sur les ValUes du Nord, Lima, 1902, p. 51.)
facilite, depuis plusieurs années, la grande production agricole dans les « haciendas » de canne à sucre, les plus progressives assurément de toute la côte péruvienne. L'ouvrier travaille à la journée ou à la tâche : cette dernière forme est la plus générale. La main-d'œuvre est instable, migratoire, et très recherchée, ce qui maintient toujours élevé le taux du salaire. La récolte se fait après dix-huit ou vingt-quatre mois selon la condition des terrains et les régions. On peut donner jusqu'à sept coupes successives, dans certaines terres, sans épuiser la fécondité toujours nouvelle de la première souche. Plusieurs procédés relativement originaux, qu'un agriculteur français, M. Martinet, employa dans la vallée de Chicama, sont en usage pour défricher les terres encore vierges, pour utiliser les terrains salifères drainer les terres humides, pour tracer des sillons profonds dans la terre, pour ouvrir des chemins parallèles, pour obtenir un arrosage lent et égal, etc. Une expérience bien conduite a éclairé la pratique traditionnelle et routinière.
On a obtenu comme produit définitif, de 7.900 à 9.500 kilogrammes de sucre pour chaque hectare de culture, et môme plus, ce qui dépasse 4a production de tous les pays connus : de Cuba, des Antilles, du Brésil (Cisneros). La comparaison entre la qualité de la canne à sucre entre le Pérou, les lies Hawaï et Java, d'après les statistiques de M. Sedrgwick, permet d'établir que dans la quantité de saccharose, dans la fibre, la canne à sucre péruvienne est égale et même supérieure, surtout quant à la fibre, à la plante de ces deux grands pays sucriers. Mais le Pérou est inférieur pour le rendement; Java l'emporte sur lui de 2 "/o au minimum. Ce qui s'explique aisément par l'état relativement inférieur de l'élaboration chimique au Pérou. L'exportation de la canne à sucre s'est beaucoup accrue dans les dernières années : elle fut en 1902 de Lp. (1) 619.870; en 1903 et 1904, au moment de la grande crise
(1) La livre përuTieDDe d*or (Lp.) équivaut à une livre sterling, à 15 francs.
fO
I3t LE PÉUOU CONTEMPORAIN
produite par le succès de la canne à belterave, elle subit une stagnation, et ne fut que de Lp. 510.934 et 483.704 respectivement. Mais aussitôt après, cette production reprend ses vieilles positions et les dépasse : en 1905, on a Lp. 800.783 en 1906. Lp. 931.452, c'est-à-dire une augmentation de 50 ""/o sur la production de 1902. La crise de la canne à sucre péruvienne, malgré son acuité, permit de comprendre la force agricole du pays : le « quintal », mesure de poids équivalant à 46 kilogrammes, eut une valeur de 35 shillings maximum; pendant la crise, le prix s'abaissa jusqu'à 5 s. 9 d. (prix péruviens sans comprendre les frais d'exportation). Et cependant 'l'agriculture^ sut se maintenir sans perte, dans un statu quo assez long, jusqu'au relèvement de la canne à sucre. On comprit qu'avec une forte économie dans les moyens de production et avec une extension du machinisme, produisant plus et à meilleur marché, la production nationale n'aurait désormais rien à craindre de la concurrence étrangère.
La canne péruvienne ne se transforme pas toujours en sucre ; mais en alcool. Cela arrive généralement dans la formation du chancaca national, formé d'une mélasse obscure et durcie, très sucrée, qui est le sucre arrêté dans la première étape de son raffinement.
Il y a encore beaucoup à faire pour donner à cette culture une abondance et une intensité qu'elle n'a pas. C'est, premièrement, l'emploi des engrais qui est nécessaire pour la transformation de nos systèmes agricoles. « La canne à sucre, écrit le professeur V. Marie, est essentiellement épuisante » (1). Et l'action des agents chimiques devient par cela nécessaire. Le guano est un excellent jengrais péruvien, très abondant et très fécond. Il donne l'azote qui est l'élément qui manque le plus à la constitution chimique des terrains péruviens : il est très riche en acide phosphorique. Dernièrement, on a essayé avec succès à « San Nicolas » et à « Carapongo », des
(1) Ouv. citéf p. 73.
engrais à J)ase de potassium; et ou étend les expériences pour connaître Taction chimique adéquate à chaque région de la côte péruvienne. Il faut encore diminuer les frais de production, et accroître la production des terres. Donc, production intensive poussée au maximum, tel semble être le desideratum de l'industrie sucrière au Pérou. Finalement, il faut étendre les connaissances scientifiques, dans l'analyse chimique des terres, par la création de laboratoires, pour augmenter la saccharose, comme à Java. L'avenir de cette culture est, selon toutes les opinions, cxtrômemenl, favoraWe : Timmigaalion, l'irrigation, l'action technique seront des facteurs d'une future et magnifique évolution.
La culture du coton est moins développée sur la côte péruvienne que celle de la canne à suore. Elle se trouve du nord au sud, dans toutes les régions, sur le Pacifique, spécialement dans le déparlement de Piura et Ica. On en connaît deux variétés 'J celui improprement appelé d'Egypte et le coton péruvien (Gossijpium peruviannum). Celui-ci « donne un splendide coton longue soie, nerveux, qualité désignée par le terme « aspero »; semblable à la laine, il est connu sur les marchés anglais sous le nom de « fuU-rough » (1). La plante péruvienne est très féconde, même sans arrosage : il y en a qui ne se renou- \ client que tous les six ans et même dans des délais plus grands.
Mais, les conditions de cette culture ne sont guère favorables : l'irrigation, nécessaire au coton d'Egypte est peu étendue, malgré des essais récents dans la vallée de Chira; on calcule en 20 7o la perte sur le coton produit. Cependant, le colon national occupe une belle place sur les marchés de New-York et d'Europe. Chaque plante arrive à produire 6 livres, soit 2 kg. 760 : la livre se vend à Liverpool à 8 d., en moyenne. Dans quel-* ques régions, la culture du coton a un aspect original :
(1) Rapport sur l'Agriculture de Piura (p. 16).
elle est coopérative, au moyen d'une association entre le propriétaire et les ouvriers. L'ouvrier loue annuellement une parcelle des terres à un prix relativement inférieur, et il est obligé à travailler dans les terres du patron pour un salaire aussi inférieur.
Le coton a un grand avenir au Pérou, pourvu que des travaux d'irrigation soient faits sur toule la côte, et que le machinisme y domine, entraînant avec lui une diminution dans les frais et dans les pertes. M. Higginson, consul péruvien à New-York, écrivait, en 1905, qu'il était nécessaire d'envoyer le coton péruvien à un nombre plus considérable de maisons, à New- York, à Berlin, et ailleurs, pour provoquer la cote de ce produit péruvien sur le marché; et il notait en même temps que le coton « lull rough » n'avait rien à craindre de la concurrence du coton américain (1). D'autre part, il y a des chances pour que des prix assez fermes pour le coton s'obtiennent dans l'avenir : c'est ce qu'observe, à propos des Etals-Unis, M. P. Leroy-Beaulieu : « Les débouchés des cotonnades, écrit-il, peuvent tellement augmenter tant pour l'habillement que pour l'ameublement, en Amérique et en Europe, comme parmi les populations primitives d'Afrique et d'Asie, que, d'une manière générale, des prix non pas aussi élevés que depuis un an (1905), mais assez fermes par rapport à la moyenne des dernières années, semblent entrer dans les prévisions plausibles » (2). Il y a donc un grand intérêt pour le Pérou à développer, par l'irrigation, la culture du colon. Il possède un climat doux avec une rare constance et une belle uniformité sur toute la côte, un été assez fort surtout au nord : telles sont aussi les conditions pour le développement du coton. Et, en outre, le coton péruvien a déjà une cote sur les marchés anglais et américains. La statistique donnée par M. Malaga présente le progrès lent de celte culture, après des années de stagnation : en 1902, la production fut de Lp. 157.073,
(1) Boletin deb Minislerio de Fomento (avril 1905, p. 75 et 76).
(2) Us Etata-Unis au XX* Siècle (p. 156).
pour les premiers six mois; en 1903 de Lp. 115.396 pour la môme période; en 1904, de Lp. 98.893; en 1905, de Lp. 159.985 et en 1906, de Lp. 167.589, ce qui marque déjà un retour de la bonne production de 1902.
Le riz est une des meilleures productions péruviennes . il s*ndapte fort bien aux goûts du pays. C'est donc un produit qui trouve dans la plupart de nos régions de grands débouchés. Il y a môme un déséquilibre entre l'offre et la demande, car la culture n'en est pas encore très développée.
C'est au nord, dans le département de Lambayeque, que le riz est cultivé, sur la plus grande échelle, dans de grandes fermes, pourvues de machines modernes; on le trouve aussi dans certaines provinces de la sierra, et dans la montagne. A Ferréflafe, à Eten, à Pacasmayo, sur la côte nord, la production de cette plante féconde est toujours en progrès. On calcule que le produit obtenu est de 20, pour 1 de scmaille; mais dans certaines terres, cette proportion est de beaucoup supérieure. « A Mochumi, des terrains très réputés donnent 1.000 fanegas pour une semaine de 30 à 4** ». (Victor Marie), et le prix de chaque fancga est de 2 fr. 50 ù 5 fr. On a dans la production, 50 °/o de riz supérieur, et l'autre moitié de riz de seconde classe.
La production annuelle du 'riz est jgén^ralenient de 27.500.000 kg. De celte quantité, on exporte seulement un sixième, 4.462.117 kg. en 1903. L'importation, dans cette môme année, monta à 3.797.154. Ces chiffres montrent à quel point notre culture est loin de satisfaire les besoins nationaux, soit par un raffinement dans le produit, soit par des avantages dans le prix. M. Vanderghem a démontré que la culture du riz a besoin d'ôtre améliorée, car si, dans quelques terres, la production égale celle d'Italie ou des Carolines, dans d'autres, elle est loin de donner la moitié de celles-ci. II propose, dans ce but, l'introduction des machines pour le travail du sol, et l'extension des engrais pour éviter l'épuisement des terres;
136 LE PÊBOU GOHTEMPORAUf
Cl, aar.w les fermes, où Ton change de culture, il faut, à soa avi.s, ci..po>er les eng-ii- aussi et remplacer le riz par e maïs et le coton, tout en appliquant dans ce roulement les données de la climatologie et de la météorologie (1).
La culture de la vigne est très étendue sur la côte péruvienne, dans les petites vallées, et principalement dans tout le département d'Ica, dans celui de Lima, au sud du Pérou, à Locumba et dans la vallée de Mages, du département d'Arequipa. Elle se fait généralement par des moyens primitifs; mais, dans les derniers temps, cette culture a subi des progrès réels, spécialement grâce à l'initiative de quelques agriculteurs italiens. A Ica, la viticulture est assez florissante; à Moquegua, elle a beaucoup souffert du manque de capitaux et d'ouvriers et des ravages du phylloxéra. Deux spécialistes, MM. Chabert et Dubosc ont étudié, en 1904, le système de reconstitution de ces vignes, par des analyses très soignées des vins, de la maladie des vignes et des terres. Ils ont scientifiquement démontré qu*il faut déterminer, pour l'adaptation des vignes étrangères, la nature des terres, leur dureté, leur perméabilité, la résistance des vignes au phylloxéra, la relation entre les divers climats et le développement de cet élément destructeur, l'emploi des plantes hybrides, etc., et il semble, d'après les conclusions de leur étude, qu'on est encore aux débuts de la viticulture scientifique dans cette féconde région péruvienne.
Dans la Sierra, quelques productions sont aussi celles de la côte, telle la canne à sucre; mais la différence de climat et môme la tradition indienne donnent à cette région un aspect agricole original. Le mais, la pomme de terre avec tous ses dérivés, le tabac, la coca, le cacao, le blé, sont les productions de cette région aux pluies abondantes, aux vallées profondes, où une chaleur sèche et une atmosphère» singulièrement claire s'étendent sur la terre.
Le mais est une culture nationale, indienne, très déve-
(1) Boletin del Minislerio de Fomenlo. Eoero de 1906, (p. 87 et 88).
loppée et fort nutritive. C'est surtout à Cuzco, au centre de la tradition indienne, que ce produit est remarquable. La ponune de terre a chez nous une espèce inconnue en Europe et qui est certainement la plus fine et la plus belle de ses formes : c'est la pomme de terre jaune, agréable, attrayante, riche en une farine extrêmement délicate ot concentrée. L'oca, Yulluco sont des variétés 1res estimées par l'indigène et appartenant à la même culture. Le tabac est une production nationale qui pourrait être remarquable et qui ne Test guère, faute d'études et d'action scientifiques. Il se produit çà et là, sans un plan raisonné, sans une action intense.
Ces* la coca, d'où l'on dérive la cocaïne qui est la culture la plus riche de la Sierra, Elle est liée à la vie de l'indigène comme l'opium aux Asiatiques ou le haschish aux Orintaux. C'est un aliment qui lui donne la résistance, qui aide à sa sobriété, qui accroît sa force nerveuse, qui apporte à tout le système humain, quelque chose de tenace, d'énergique, de raide. On a beaucoup discuté sur le mérite de cet excitant qui donne un caractère artificiel, une intensité maladive à la force nerveuse; mais il est toujours vrai que c'est la source où l'Indien puise son endurance, sa patience et son bonheur. Au département de Huanuco, à celui de Cuzco, et ailleurs, on trouve les centres de production de cette plante énergique.
Elle est délicate et demande des conditions spéciales de hauteur, de milieu, de climat, pour être féconde. Au Pérou, on la trouve dans les régions très chaudes, à une hauteur supérieure à 2.200 mètres : la température propice est celle de 20 degrés ou plus. Elle demande même une situation spéciale, des terres pleines d'humus, sans des contours marécageux. Si on arrivait à démontrer, comme il semble probable, que la coca est le meilleur ennemi de tout épuisement et qu'il affaiblit les besoins aigus de nourriture et de boisson, il serait extrêmement utile de multiplier cette plante, dont la cocaïne qu'on en extrait aujourd'hui, n'a qu'un des effets, l'apaisement de la
douleur, raffaiblissemenl de la souffrance physique. Ce serait une nouvelle force pour les races vieillies, pour les classes sociales que le travail épuise. La production de la coca s'est beaucoup accrue dans les dernières années; elle était de Lp. 14.465 dans les premiers dix mois de 1902; de 39.265 dans la même période en 1903; de 34.203, en 1904; en 1905, de 44.060; et en 1906, de 51.508; c'est-àdire, que la production a triplé en quatre ans.
Le blé se produit dernièrement dans quelques régions péruviennes, avec un grat^l succès, après une longue période où on ne pensait pas à celte production, qui est une des ^meilleures richesses de l'Argentine. En 1903, on en produisit dans la province de Cajabamba, dans le nord de la Sierra péruvienne, 9 millions de kilogrammes.
Le cacao appartient à la montagne et aussi à la Sierra. Celui de Cuzco, base du chocolat national, est remarquable. Il est consommé pour la plupart dans le pays; en 1.904, on en exporta, d'après les données de M. C. B. Cisneros, 15.776 kilogrammes. Le blé et le cacao demandent une culture plus développée; surtout le cacao, qui aurait en Europe une place importante à prendre sur le marché.
Sur la côte, dans la Sierra et surtout dans la montagne, on exploite le café : celui de Carabaya a une grande renommée. A Chanchamayo, dans la montagne péruvienne, il y a plus de cinq millions de ces plantes. Or, le café péruvien est très riche en caféine, plus productif que ceux d'Orient, d'Arabie et de Ceylan, et d'une qualité, d'un parfum, d'un teint, d'un goût qu'on ne saurait trouver en Europe. Le produit du café fut en 1904 de 40.160 livres.
La montagne est la région des forêts touiïues, des arbres séculaires, des lianes enchevêtrées, de Yhumus inépuisable. On y trouve, comme principale richesse, le caoutchouc (1)
(1) LMndustrie du caoutchouc au Pérou commença en 1862 ; mais c'est après 1880 que s'esquisse un grand mouvement au département de Loreto vers cette production ; la débftcle produite par la guerre du Pacifique y contribua assurément. (Cf. (ioma Elasiica [en el Peru, par Ilumberto Arce, publié dans la Prensa de Lima, num. du 3 février 1907.)
qui est aussi une grande production du nord de la Bolivie et du Brésil.
Le caoutchouc se trouve dans toute la région amazonienne, au cœur de l'Amérique, dans les rivières qui s'entrecroisent dans cette zone sinueuse, depuis l'Equateur jusqu'à la Bolivie : il présente les espèces les plus diverses, en production, en qualité, en situation; depuis VH^vea brasiliensis jusqu'aux formes différentes de la Caslilloa elastica. Il y en a qui se produisent dans des régions marécageuses et d'autres qui exigent les terres hautes et sèches; et combien de différence dans la culture, dans l'exploitation! On en distingue toutefois deux classes très définies : le caoutchouc proprement dit et l'arbre à gomme. Le premier demande pour son exploitation, la mort de l'arbre qui est jeté sur le sol, où il dépose dans des puits formés artificiellement, sa sève qu'on épure après: c'est au Pérou, dans une grande partie, une espèce du Casiilloa elaslica (1) qui est la plus exploitée. La deuxième subit des incisions dans sa croûte, d'où découle la gomme convoitée. Le Hevea brasiliensis y dans toutes ses formes, se trouve principalement dans les régions des affluents méridionaux de l'Amazone; le Casiilloa elasiica est propre à toute la région amazonienne, d'après les études de géographie botanique de cette région centrale de l'Amérique, par M. Huber (2).
Malgré le grand développement que l'exploitation du caoutchouc a pris au Pérou dans les dernières années, il faut avouer que c'est au Brésil que l'intérêt de cette richesse attire le plus de capitaux et d'entreprises. Le conflit sur la région de l'Acte entre le Brésil, la Bolivie et le Pérou fut aussi une dispute sur un territoire riche en forêts *le caoutchouc : le Brésil a tiré de ces terres de tels avantages que le chancelier Rio Branco avouait dernièrement
(1) M. Jordan critique cette forme d'exploitation qui tue Tarbre. Il explique qu'au Bré»ii, an Congo et à Ceyian, Tarbre est conserré et qu il n'y a pns de raison pour croire à roriginalité du caoutchouc péni- ▼ien, qui serait la base d'une telle exploitation unique. (Cf. Bolettn dei Minislerio de Fomenta, Lima, octobre 1903, p. 5.)
(2) Boletin del iêinisterxo de Fomenfo, Lima, mai 1903, pag. 5 et suIt.
le succès de Topération brésilienne dans Tarrangement fait avec la Bolivie. Le produit de l'exploitation dépassera bientôt Targent que le Brésil a donné à la Bolivie pour la cession de ces terres inépuisables. Il faut noter que les conditions que le Pérou accorde pour l'acquisition des terres à caoutchouc sont plus favorables qtie celles offertes par la Bolivie et le Brésil : le droit d'exportation péruvien est le tiers de celui du Brésil, la moitié de celui de la Bolivie. El la voie est plus courte pour les productions de la zone du Madré de Dios par le Pérou que par la Bolivie et le Brésil (Cisneros). Diverses compagnies, la Inca Rubber Trading C", la Société de sélection de gommes, etc., se sont formées dernièrement pour l'exploitation du caoutchouc. Le capital de la première est d'un million de livres sterlings. On pense à former un trust de toutes les compagnies qui exploitent le caoutchouc dans la région des fleuves Inambari et Tambopata.
On note aussi un grand progrès dans la production du caoutchouc des dernières années. Dans les premiers six mois de 1902 l'exportation fui de Lp. 1^4.464; en 1903, de Lp. 165.572; de Lp. 201.392, en 1904; de Lp. 305.548, en 1905; en 1906, de Lp. 391.842, toujours dans le premier semestre. On obtient ainsi un accroissement très fort: la production a plus que triplé en quatre ans. Par l'extension des terres inexploitées et par l'intérêt que cette exploitation éveille déjà au Pérou, le caoutchouc est notre grande richesse de l'avenir.
La minerie est extrêmement variée et féconde sur notre territoire; c'est la richesse du passé, mais c'est encore plus la base de la grandeur économique de demain. L'or péruvien attira la cupidité des conquérants; la richesse des mines nous donna toujours un prestige international qui persista malgré les conséquences de la grande débâcle. Le Pérou semble un nom symbolique : on y cherche toujours une richesse qui tient un peu de la légende;
on croit que toute exode vers ce pays des mines rappelle la marche des Argonautes anciens, vers un trésor mystérieux (1).
Môme si on réduit à dos limites précises tout ce que cette tradition attachée au nom de Pérou a d'excessif, on peut dire que dans l'extension du sous-sol inexploité, dans les trésors que cachent les rivières pailletées d'or, il y a une force économique dont on ne saurait pas déterminer l'amplitude, tant elle est merveilleuse et générale. Quand les capilaux européens, confiants et audacieux, viseront à l'exploitation de CCS richesses, ou a le droit de prédire que le Pérou deviendra une des grandes puissances minières du monde. 11 y a encore beaucoup à faire, non pas seulement au point de vue des capitaux, mais aussi aux moyens d'exploitation. Cependant, c'est la minerie qui est de beaucoup la plus scientifique des industries nationales : dans les derniers temps, où le capital nord-américain est devenu maître de plusieurs régions minières, la grande production a acquis une vraie perfection.
Le progrès de la minerie au Pérou se révèle par des chiffres suggestifs : il y a, d'un côté, accroissement du nombre des mines dénoncées ou en exploitation; de l'autre, augmentation considérable dans l'exportation minière. En
1903, le nombre des pertenencias (nom de chaque unité superficielle ou cubique des mines) était de 5.779; en
1904, de 7.763; en 1905, de 8.840; en 1906, de 9.845; accroissement qui est de plus de 75 'yo. L'exportation minière fut, dans les premiers semestres des mêmes années, de 1903 à 1906, de Lp. 404.237; 395.333 ; 466.592; et 623.082, ce qui dénote 50 •/o d'augmentation en quatre ans. M. Malaga a relevé un autre fait dans ce progrès de la minerie péruvienne : c'est la hausse du prix du métal, de
(1) On connaît bien te faste oriental d^t la dynnstie des Incas ; on a établi que le prix du rnchat d'Atahualpa, le dernier des sonverains péruyiens, fat de 10 millions de francs, que le monarque hautain réunit sans effort ; on sait aussi la richesse des temples, la multitude des trésors ensevelis. (Voir, sur les trésors, l'intéressante brochure de M. Alejandro Garland, Lot Te*oras oailfot en et Peru, Lima, 1896, p. 14 et suiv.)
l'argent cl du cuivre. De janvier à décembre 1906, l'augmentation du prix pour chaque tonne de cuivre fu tde 30 "/o. On comprend l'importance de cette évolution minière pour l'avenir national : l'activité individuelle et l'effort des associations visent, en grande partie à la conquête du soul-sol; et une certaine aisance, une plus grande conflance dans les forces du pays, attirent l'atlenlion parfois timide du capital étranger et aussi de la fortune nationale. On forme souvent des combinaisons de capitaux pour l'exploitation minière, dans lesquelles le capital péruvien a une belle part, depuis quelques années.
L'or est une des grandes richesses péruviennes. Son abondance a permis de changer le régime monétaire et d'établir l'étalon d'or, sans subir une crise et sans craintes pour l'avenir. On trouve l'or parsemé dans toutes les régions du territoire. Sur la côte, il est mélangé au quartz, au granit; dans la Sierra et dans la Montafia, on l'obtient non-seulement par le travail des mines, où plusieurs métaux se mélangent avec lui, mais aussi, par un drainage, au fond des rivières merveilleusement riches. C'est à Carabaya et à Sandia (dans Santo-Domingo), que l'or est exploité par les Yankees, dans de vastes entreprises, VInca Mining C®, VInca Gold C®, etc. L'or est très abondant dans le département de Cuzco, dans la région si féconde du fleuve Ynambari, au sud-est péruvien, et au nord de la côte, dans la province de Pataz. On peut dire que l'exploitation de ces domaines de l'or n'a pas com< mencé, tant est grande la différence entre ce qu'on connaît et ce qui existe, entre ce qu'on découvre et ce qu'on exploite. Le résultat obtenu par les Nord-Américains à Carabaya a dépassé toutes les promesses : c'est un courant intarissable d'or qui en découle. Et le capital yankee s'est appliqué à transformer la région par des chemins, des ponts et de superbes travaux sur les fleuves. La production augmente annuellement. Quelques nouvelles compagnies se sont formées pour l'exploitation de l'or. Citons seulement Vlnambari Dredging C^ pour le drainage de
quelques régions aurifères de Tlnambari, au capital cie Lp. 300.00; et Vllumboldt Gold Placers C®, pour la montagne de Pucco, au capital de Lp. 20.000.
Le cuivre est devenu, dans les derniers temps, la grande production minière du Pérou. Des découvertes récentes ont montré que ce n'est pas seulement l'argent qui est ^a richesse de notre Sierra; que le cuivre y entre pour une grande partie, peut-être supérieure à celle de ce métal. A Cerro de Pasco et àYauli, le cuivre a un grand avenir; de môme, au nord, à Santiago de Chuco. Le succès du cuivre est donc pour notre pays une belle promesse : son territoire est très riche en ce métal. La production du cuivre fut en 190i, de 9.496.583 kgs; elle a beaucoup contribué au progrès que nous avons noté dans l'exploitation minière.
L'argent se trouve aussi en très grande abondance au Pérou : c'est la principale richesse de la région de Cerro de Paco, célèbre dans le marché mondial. Une Compagnie péruvienne et une entreprise Yankee se disputent la possession de ces domaines appelés à un superbe épanouissement. L'effort national y a trouvé un succès éclatant dernièrement : l'œuvre de pénétration dans le sous-sol (le Socaion), dans une extension de 3.000 mètres, a découvert rimmensc richesse de ces mines profondes. Et sur le marché péruvien, cette œuvre a eu une grande influence: une certaine ivresse a suivi la connaissance de l'extension et de la nature des richesses longtemps convoitées. La production en 1904 fut de U5.165.606 kilogrammes; et tout porte à croire que, dans quelques années, cette exploitation dépassera en résultats toutes les espérances.
Le pétrole est aussi une des belles richesses péruviennes. Au nord de la côte péruvienne, se trouve une zone le 32.000 kil. carrés toute pleine de gîtes pélrolifères: et, ailleurs, dans plusieurs régions du territoire, notamment dans les départements de Cuzco et de Junin, le pétrole existe en abondance. Il est surtout remarquable par la qualité. D'après les études chimiques citées par M. Cisneros, le
lii u Ptiioc OMrmiPOBACf
p^Jrolf. p^pivien, ^urîoat celui de Puira, est supérieur au pétrole nord-américain; il est très brillant, sans fodenr troublante de celui-ci; et avec des huiles de la plus grande \HU:ur qui rappell^^nt le pélrole ru--àe. fjuaat à la comp«> .^î'ion, le pétrole péruvien est supérieur en quantité de carf>one et ditydrogène à celui des Etats-Unis, et lui est inférieur par la quantité d'oxygène; si on le compare à celui de la Ru.^nie, il lui est faiblement inférieur par la rpiaritité d'éléments composants. La production du pétrole fut ^n 1004 de 11(^X^ tonnes.
On n*^puide pas certes avec ces quatre productions d'or, d'arî(^ril, de cuivre et de pétrole ,rélonnante richesse minière du l'érou, qui tient de la légende. On décou^Te tous les jours des régions minières qu'on ignorait jusqu'à la veille. C'est une fois le borax, qui devient bientôt une des merlleures richesses du département d'Aréquipa; c'est une flfjlre foi», le vanadium, et le mica. On dirait que la terre dévoile seulement aujourd'hui ses trésors et ses mystères. Lo.n rnine» de fer, ric plomb; le mercure, le soufre, le charbon^ le zinc sont autant d'abondantes richesses qu'on trouve partout prodiguement parsemées dans le territoire. Le sous-sol infiniment fécond n'attend que l'action des capil;ifix HHHez puis5tnntf9 pour s'abandonner à Tambition tenace des hommes» Le Pérou a eu toujours une action remarquable dans le mouvement des finances européennes, des finances mondiales : ce fut hier par le guano et le salpAtrc; ce sera demain par l'or, le cuivre et le caoutchouc.
Si ragricullure et la mineric sont assez développées, les inrIiiMirie.i* nvnncrs difficilement, malgré les efforts d'un prolpctionnismc outré.
Aussi lo mouvement industriel est très récent; il se rattache h la dernière période de notre histoire politique, à répoqtio poHitive, dont nous avons parlé en étudiant les f<niiiïlo« divisions do notre vie républicaine. Avant la guerre, i^i rngriculture et la mincrie avaient une réelk
imporlance, l'industrie ne faisait que commencer. Le crédit, le mouvement des banques, le salpêtre, l'ivresse de la bourse et de l'emprunt fiscal dominaient toute l'activité des hommes. Aujourd'hui quelques industries ont une stabilité qui est un gage d'avenir : l'industrie des tissus, des chapeaux de paille nationaux (les Panama Hais du commerce européen), la céramique, l'industrie du bétail, ?a fabrication de la bière; et principalement, les industries électriques.
De toutes ces formes, l'industrie du bétail, des tissus et de l'électricité semblent les plus intéressantes, par leur progrès rapide et par leur avenir. L'utilisation du coton national pour les tissus est déjà très étendue. A Lima, on trouve cinq fabriques de cette industrie; il y en a aussi à Arequipa : elles emploient deux millions de kilogrammes de la production. Le bétail se développe par des méthodes nouvelles de croisement, par l'apport des animaux étrangers. C'est surtout au département de Puno qu'on trouve de splendides résultats dûs à l'initiative et à la persévérance de quelques possesseurs de grandes fermes. Il y a de ces fermes, dans la Sierra, qui ont plus de quatre cents kilomètres carrés, avec cinq mille têtes de l'espèce ovine ou vingt-cinq mille têtes de l'espèce bovine. Les pâturages sont abondants, et les terres de la côte et de la Sierra présentent plusieurs variétés d'a//a//a, espèce de luzerne, sur la côte et de graminées dans la Sierra. C'est surtout dans les hauteurs, que cette dernière se trouve, à défaut d'autres cultures que le froid ne permet pas; et le lama, le huanacoy la vigogne, l'alpaga, animaux producteurs de laine propres à l'Amérique andine, s'y développent malgré la pauvreté des plantes fourragères. Le lama est plutôt une bête de somme.
Dans l'opinion des hommes du métier l'élevage est au Pérou très arriéré, malgré les essais de date récente, pratiqués çà et là, avec une sympathique audace. Au département de Puno, d'une façon générale, les animaux sont rustiques et tardifs. D'origine espagnole, car ils ont été
importés par les Espagnols, pendant la conquête du Pérou, il y a quatre siècles, ils ont beaucoup dégénéré depuis, jusqu'à présenter les caractères propres particuliers aux animaux vivant h de grandes altitudes, avec un climat extrême et une nourriture peu substantielle (1). On critique dans Télevage de cette région la pauvreté des plantes fourragères, le manque de persévérance dans les fermes (Haciendas) pour affiner les produits de la sélection, les conditions de l'appareillement qui épuisent parfois les mâles, l'absence des lois efficaces pour la conservation des animaux indigènes du pays, de l'alpaga, de la vigogne. L'élude faite par M. Léon établit qu'il y a au département de Junin, les mêmes défauts dans l'élevage qu'à Pasco et ailleurs : les maladies et les conditions spéciales de la propriété rurale, sans les garanties nécessaires y empêchent aussi l'évolution désirée de l'élevage. Ce spécialiste recommande la variété Durham pour la transformation de l'espèce bovine, et la variété Kent, Devon ou Shrophshiredown; et il prône la sélection qui fasse disparaître les brebis noires, de race dégénérée. Un des aspects les plus intéressants de l'élevage national serait la préparation industrielle des cuirs. Or, cela est encore inconnu au Pérou. A peine quelques essais récents semblent destinés à développer cet aspect industriel. Aussi, ne sépare-l-on pas le carbonate de potassium ou potasse de suint par le lavage des toisons : il y aurait là, par les emplois industriels de cette substance chimique, la base d'une grande richesse. On sait que ce carbonate est plus pur que celui qu'on extrait des betteraves. C'est le mal de l'empirisme agricole et industriel au Pérou : la perte d'une grande partie de la richesse des produits obtenus.
Les industries de l'électricité ont fait de grands progrès, dans la dernière période de notre histoire économique. Dans l'éclairage, dans les industries de tissus, dans les
(1) Le Département de Puno et ses Industries de Bétail^ Lima, 190?, p. 184.
(2) Boletin M Ministerio de FomentOj Lima, 1906, p. 29 et suIt.
entreprises de tramways à Lima et entre cette ville et le port de Callao, d'un côté, et Chorrillos, la première de nos plages, de Tautre ; l'utilisation de l'électricité a pris un grand essor. Des entreprises d'électricité se sont formées dans plusieurs villes péruviennes. Et il faut espérer que l'emploi des chutes d'eau, si abondantes sur notre territoire, déterminera un grand progrès dans l'industrie nationale. Un fait récent, le trust de toutes les entreprises d'électricité à Lima, avec un capital de Lp. 899.500, est non seulement un signe de la force de l'association dans notre pays, mais aussi du succès des industries d'électricité. Dans l'agriculture, on note déjà l'emploi de l'électricité, quoique dans une faible mesure : la Société Agricole Paramonga a une usine électrique et son initiative se généralise rapidement. Le professeur Gavarini a même trouvé dans le lac Titicaca, situé à une hauteur de 3.800 mètres, sur les frontières de la Bolivie, une force électrique perdue. Elle serait, d'après ses calculs, de 2 millions de chevaux-vapeur (1).
L'industrie des chapeaux de paille est très répandue au nord du Pérou, dans les départements de Piura et de Lambayeque. Mais elle demande encore des progrès et un intérêt plus grand des habitants pour cette industrie qui peut devenir par le succès de cette paille en Europe, une des meilleures parmi les nôtres.
C'est surtout dans le commerce d'importation et d'exportation et dans le progrès des institutions bancaires, qu*on peut trouver le reflet de la vie nouvelle, ordonnée, féconde, sérieuse et très active.
Or,.le progrès du commerce, dans ses deux aspects, est remarquable. Dans une période de dix ans, qui est celle de la renaissance nationale, de 1894 à 1904, le commerce a presque triplé. Le produit des douanes était, dans ?a
(1) BoUtin del MinUterio de Fomenta^ jaoTier 1906, p. 100*
première de ces années, de Lp. 364.986 300/1.000; en 1004, il arrivait à Lp. 1.812.081 866/1.000. Si on étudie Taccroissement de rimportation et de l'exportation dans les années sucessives, on trouve le même phénomène de croissance rapide et sûre. Le montant de l'importation fut en 1002 de Lp. 3.428.888; en 1903, de Lp. 3.783.380; en 1904, de 4.357.338; elle fut de 4.329.151, en 1905 et de plus de 5 millions en 1906, car dans le premier semestre de cette année l'importation était de Lp. 2.654.831. Il y a donc 50 Vo d'augmentation en quatre ans. Le montant de l'exportation fut, en 1902, de Lp. 3.703.971; en 1903, de 3.857.753; en 1904, de 4.066.639; elle fut de Lp. 5.757.350, en 1005; et de môme en 1906, car dans les premiers six mois de cette dernière année, le chiffre de l'importation fut de Lp. 2.788.375. L'accroissement est de même que pour l'importation de 50 Vo en quatre ans. On note môme, par la comparaison des chiffres donnés, un réel équilibre, une balance commerciale de l'exportation et l'importation, malgré la forte quantité de matières premières qu'on importe chez nous pour l'industrie, la minerie et l'agriculture. Le corn* merce total du Pérou est de Lp. 10 millions : 4 millions 300.000 pour l'exportation, et 5 millions 700.000 pour l'importation (1).
Si on analyse nos relations commerciales avec l'étranger, on trouve que c'est la Grande-Bretagne, dont l'influence économique sur l'Amérique espagnole est bien connue, qui occupe le premier rang, avec Lp* 1.500.000 d'importations. Elle est aussi le principal marché de nos exportations qui représentent le double des importations, Lp. 3.000.000. L'Allemagne, qui étend rapidement son action commerciale vient après, avec Lp. 700.000 pour l'importation : ici l'exportation est de beaucoup inférieure : Lp. 400.000. Avec les Etals-Unis, la relation est analogue*: une
M. Felipe Barreda y Osma, gai a publié dans V Economiste Français des articles remarqués sur )a yie économique du Pérou.
importation de Lp. 700.000 pour une exportation de Lp. 550.000. Avec la France et le Chili, la relation est inverse : pour une importation française de Lp. 2.500.000, il y a une exportation de Lp. 4.000.000. Quant au Chili, la différence est extrême : notre exportation est de Lp. 800.000, et l'importation de Lp. 250.000. Cette différence s'explique par le fait que Tinduslrie de raffinage du sucre, à Vifla del Mar au Chili emploie le sucre brut péruvien. L'état de notre commerce nous rapproche des peuples à l'état dynamique, dont parle Téconomiste Patten : c'est une activité croissante où on donne plus qu'on reçoit. C'est surtout avec l'Angleterre que le progrès de notre commerce est remarquable : d'après les statistiques de notre consul Derteano, il y a de 1800 à 1904, une augmentation totale le 61.34 7o. C'est principalement pour le coton et le sucre que cette importation atteint de très hauts chiffres : en 1904, la valeur du coton importé fut de Lp. 301.649; celle du sucre fut de Lp. 329.576 (1).
Il y a au Pérou, un certain protectionnisme dans *es droits de douane. Ceux-ci sont généralement de 40 "/o; pour les meubles et les articles tout faits (confections, costumes, etc.), ils sont de 45 % Le droit protectionniste est pour quelques articles de 65 "/o. On a voulu aussi défendre l'industrie nationale dans certaines de ses formes : de là les droits élevés sur les chapeaux, les saindoux employés dans l'alimentation, et le riz. Ce protectionnisme n'a pas été fécond, d'après les études de M. Barreda, quant au riz et au saindoux. Les droits sur celui-ci seront bientôt supprimés par l'initiative du Gouvernement; et d'autres droits sur les articles alimentaires subiront une forte diminution. On veut ainsi éviter le phénomène de renchérissement de la vie, dû en partie à ce protectionnisme d'ailleurs inutile pour le progrès du riz et du samdoux. On ne saurait pas dire de môme pour une protection mesurée et prudente : le droit de 40 7o a été utile pour les industries des tissus, sans
(1) BcMin del Ministerio de Fomento, mai 1905, p. 102 etsuiy.
iSO LE PÉROU CONTEMPORAIN
augmentation spéciale. C'est par cette sélection, chère à une politique expérimentale, qu'on peut corriger tout excès inutile "Se protection, et noter la force relative des Tndus< tries vraiment enracinées et productrices. La conciliation du développement industriel et du commerce en dépend.
Le mouvement des Banques a pris un grand essor de puis 1877, date de l'union de la Banque de Callao avec une succursale de la London Bank of Mexico and South America : il en résulta une Banque nouvelle, de Pérou et Londres, qui a eu dans les affaires du pays une influence très féconde. Dans sa direction Ggurent les chefs des principales maisons de commerce, étrangères et nationales. Un de ses gérants, M. José Payan, financier très remarquable, contribua largement à l'établissement du régime de For au Pérou. Et l'action de celle Banque fut toujours efficace pour le développement de l'industrie nationale et pour l'équilibre des finances du pays. On peut dire que la Banque du Pérou et de Londres a été un des puissants facteurs de la renaissance péruvienne, après la guerre, et du grand développement moderne, après 1895, dans l'époque positive de notre histoire. La Banque Italienne a eu un grand succès, elle reflète dans sa force les richesses de la colonie italienne si répandue au Pérou. On doit encore citer des Banques où l'élément national est plus puissant : la Banque Populaire et la Banque Internationale du Pérou. Finalement, la fondation d'une « filiale » de la Deutche Uberseeische Bank^ à Lima, est un signe du progrès dans les relations commerciales avec l'Allemagne et de la puis sance économique de notre pays.
On a calculé (1) que l'augmentation du capital monétaire au Pérou a été du 282 ''/o en 9 ans; que dans une décade, l'existence en caisse s'est élevée de Lp. 355.000 à Lp. 568.517; et le compte des crédits, des dépôts et des acceptations de Lp. 190.527 à Lp. 3.221.174. Ce qui dénote un immense progrès dans le capital national et dans le mou^
(1) C. B. Cisneros.
vement des affaires. Aussi les dividendes correspondent à cet état des Banques : ils furent, pour la Banque du Pérou et de Londres et la Banque Italienne de IG 7o» pour la Banque Internationale de 14 % et pour la Populaire de 12 % Si on compare ces chiffres avec ceux des Banques établies à Buenos-Aires (2), on trouve que les dividendes cités ne sont dépassées que par ceux de la London and River Plate Bank qui atteignent 20 % Et cette Banque est la plus ancienne qu'il y ait à la République Argentine : elle fut fondée en 1862. Hors la London and Brazilian Bank, dont les dividendes sont de 12.50 %; toutes les autres banques argentines restent inférieures dans les intérêts et aussi dans les profits aux banques péruviennes. Il faut tenir compte pour l'explication de ce phénomène de la concurrence bancaire et de l'immobilité des capitaux déposés dans les Banques. Dans l'année 1006, la Banque du Pérou et de Londres éleva son capital de Lp. 200.000 à Lp. 500.000; une grande partie des actions furent placées sur le marché de Paris. La Banque populaire a élevé aussi son capital de Lp. 72.000 à Lp. 100.000.
Ce succès des Banques se produit aussi dans Torganisation de nouvelles sociétés commerciales, ipdustrielles, minières, agricoles. Aux maisons déjà formées et anciennes, qui ont des représentants en Europe, Grâce, Graham Rowe, Duncan, Fox, Ayulo, Harl, etc.*; il faut encore en ajouter des nouvelles, dont l'essor est rapide. C'est surtout dans l'agriculture et les mines, que cette poussée d'associations est à remarquer. Tout dernièrement, la formation d'un trust des industries d'électricité, dont nous avons déjà parlé, est comme la dernière étape dans cette voie de concentration des énergies productrices. Il y a seulement en 1903, trente compagnies qui s'organisèrent avec un capital total de Lp. 3.315.830. Et ce ne sont pas seulement de nouvelles sociétés qui naissent; mais les anciennes augmentent leur capital social. Cet accroisseemnt, d'après les calculs
(1) L'Argentine au XX* SiiçU^ p. S56.
i^t LE PÉROa CONTEMPORAIN
très précis de M. Malaga fut, en 1906, de Lp. 1.535.500. La minerie attire la plupart des capitaux étrangers. Les Nord-Américains, les Anglais, les Allemands et les Italiens figurent dans la plupart des entreprises ^'aujourd'hui, et dans cet ordre d'importance.
Les Compagnies d'assurances ont, dans cette marche progressive, une grande place. C'est là le signe d'une transformation dans les caractères. Il y avait jadis un manque de prévision remarquable dans les affaires et dans la vie : les. réserves et les méfiances étaient rares, grâce au succès brillant de la richesse publique et privée. Or, dernièrement plusieurs compagnies d'assurances dont le progrès est connu, permirent d'établir que des idées de prudence et de prévision dominent l'esprit des gens cultivés. Si on étudie d'ailleurs le progrès des caisses d'épargne on peut généraliser celte observation aux classes pauvres, et dire qu'il y a un aspect de la psychologie nationale qui s'efface lentement : c'est la nonchalance, la vie réduite au présent éphémère sans crainte du lendemain, c'est l'optimisme béat qui ignore le hasard, la chance et la soudaine débâcle des choses, c'est, enfin, l'ignorance de la complexité et de l'instabilité de la vie. Malgré la sévérité des conditions pour fonder une Compagnie d'assurances, il s'en forme continuellement (1). Le capital versé des compagnies est de Lp. 155.000; mais il reste encore Lp. 1 .095.000 à donner par les actionnaires, ce qui représente un capital définitif de Lp. 1.250.000. Les utilités des compagnies ont été en 1905, de Lp. 46.856; en 1906, de Lp. 51.862; soit 17.80 7o d'accroissement.
Si tel est le développement de la richesse individuelle et sociale, de l'action humaine sur le sol et le sous-sol, de l'activité commerciale et industrielle, on ne saurait pas donner un tableau des finances péruviennes, sans esquisser
(1^ Le capital de la Compagnie doit être de lp. fO.OOO, la moitié employée ea immeubles du pays et l'autre eu titres de crédit ou en or.
LBS FORCES ÊCÛII01IIQUE8 ACTUELLES 153
l'état de la vie fiscale. Pendant des décades, c'est l'Etat qui a dirigé le mouvement et devancé l'individu dans toutes les entreprises : c'est seulement dans une époque assez récente pour l'appeler contemporaine, qu'on voit non pas le divorce ou le déséquilibre entre l'influence individuelle ^t Faction d'Etat, mais un réel progrès dans la richesse fiscale, un accroissement encore plus remarquable dans la fortune individuelle. La richesse du pays fait la richesse de l'Etat, comme force politique; mais celle-ci, à son tour, favorise le libre élan des forces acquises et des énergies qui se forment encore. On peut noter récemment ce curriculum de la vie économique qui est un des plus beaux aspects du Pérou contemporain : l'entrecroisement des intérêts individuels et des intérêts de l'Etat est si puissant, que la vie nationale avance, d'un double mouvement coordonné, comme poussé par deux forces qui s'entr'aident et s'harmonisent.
Il y a plusieurs aspects à noter, dans la vie fiscale moderne au Pérou : l'étalon d'or, l'accroissement du budget par l'action des nouveaux impôts, par le progrès de la richesse collective, et l'état du crédit.
L'étalon d'or, dans un pays comme le nôtre, aux grandes réserves aurifères, a eu la plus féconde influence sur le mouvement économique des derniers temps. Il a fait ce que n'aurait pu jamais atteindre notre crédit assez attaqué à l'extérieur, le développement des forces productives du pays, encore en relative stagnation : d'un bond, le Pérou se trouva parmi les pays à étalon d'or, et la confiance du capital étranger, qui ne pouvait guère se fonder sur le crédit ou sur la production, s'accroît par l'effet de ce changement soudain, révélateur d'une vraie puissamce économique. Dès lors, deux conséquences suivirent qui ont beaucoup favorisé le mouvement commercial et industriel: l'or arriva au pays, dans une importation progressive et le change acquit bientôt une stabilité très frappante. Le crédit en profita largement et on peut dire que ce fut l'étalon qui détermina tout le récent progrès des finances péru-
154 LE PÉROU GOWniPOSADI
viennes. De janvier à novembre 1906, l'or importé fat de Lp. 184.577 et l'or monnayé de Lp. '408.861 200/1.000; soit, une relation de 1 à 2.18 entre l'importation et la production nationale. On peut mesurer par cette proportion la confiance du capital élranger et la force de l'exportation nationale. .M Texode partiel de l'or, dans des moments passagers, ni le mouvement des finances, quelquefois instable n'ont empêché le succès du nouveau régime. Les réserves d'or et la loi prohibitive de la frappe d'argent permettent d'avoir la meilleure confiance dans l'avenir de no.tre étalon (1). Quand runion latine déchoit, et on s'attaque à l'excès d'argent, aux Etats-Unis, par la reprise du Sherman bill, dans l'Inde par le succès de la loi Herschell; quand l'argent semble à jamais détrôné, le régime monétaire de l'or est pour le Pérou, devant l'Europe industrielle et commerciale, un des meilleurs titres de progrès et de puissance. En face du fleuve de papier-monnaie où s'épuisent quelques nations américaines, le Pérou présente son étalon d'or, jeune et plein d'avenir. Et cela sans que les Banques puissent, par l'émission des billets, donner à la vie des finances quelque chose de fiévreux et d'anormal.
Le budget péruvien s'est beaucoup accru dans les derniers douze ans : la création de nouveaux impôts, le progrès commercial du pays, la meilleure organisation des services publics y ont contribué largement. Malgré le progrès de la bureaucratie, cette augmentation des revenus de l'Etat a permis d'éviter tout fatal déséquilibre et toute accumulation de déficits. Une espèce d'harmonie préalable entre les nécessités croissantes de la vie nouvelle et l'enrichissement progressif du budget est la meilleure manifestation du bien-être social et de la complexité plus grande de la vie; bref, de la civilisation nationale.
En 1896, le budget péruvien était de Lp. 840.592;
(1) Dans UD Tolame, Le MéiaUArgent à la fin du XIX* SiécU, par
L. Bamberger, Paris, 1894, on démontre trèt bien contre quelques pes*
simlttee, queTétalon n'est pour risn dans les crises agricoles récentes
d'Allemagne. C'est la réfutation d*an des ploi (orts argumeoti du
l)iQ)6t<^llisme actuel. (Yido p. 198 et buIt.)
de Lp. 1.072.152, en 1S97, au début de la nouvelle période économique, après la dernière révolution contre le militarisme, contre l'instabilité de la fortune pu blique et le gaspillage de TEtat. L'accroissement immédiat, dû au nouveau régime, était de 27.54 "1. Le progrès continue dans les années suivantes : La moyenne en est de Lp. 100.000 par an. De 1903 à 1904, l'augmentation est de Lp. 646.588; c'est-à-dire de 44,33 Vo* Et la progression revient après à la moyenne. Le budget de 1906 était de Lp«. 2.506.386. Le progrès est immense si on compare les chiffres correspondant à deux dates éloignées de vingt ans: en 1884, immédiatement après la guerre, le budget ne s'élevait qu'à Lp. 527.186; en 1904, àXp. 2.107.874; soit, 321.76 Vo d'augmentation dans cette période de renaissance nationale.
Il y a encore deux faits d'une grande importance dans ce progrès du budget : c'est premièrement le superavit dans les résultats déflnitifs de chaque exercice; et, comme signe du développement du pays, la différence entre les chiffres du budget et celle qu'on atteint en réalité. C'est là un€ donnée extrêmement favorable. Le rendement des recettes a surpassé les calculs de plus de 10 Vo environ, dans la période 1896 à 1906. Il n'a été inférieur au rendement probable établi dans le budget qu'en 1900 et en 1904. En 1906, la différence est arrivée au maximum, près de Lp. 250.000 sur un budget de Lp. 2.506.386, soit 10 % approximativement.
Malgré ces grands progrès, nos budgets, comme tous les aspects sociaux des peuples jeunes, sont susceptibles de grandes réformes dans leur formation et dans leur exercice. Ils sont trop spécialisés, contre l'universalité que les financiers modernes demandent; ils ne sont pas assez exacts dans la prévision des recettes, ce qui est dû sans nul doute à l'état progressif du pays, mais aussi à des défauts dans la technique; ils donnent une trop large place aux budgets extraordinaires. On les accepte encore dans plusieurs pays, pour les travaux publics ou pour les crédits de guerre;
mais on les limite de plus en plus. C'est le budget extraordinaire, ordinairement fondé sur Temprunt, qui cache le gaspillage, qui désorganise la vie financière, qui empiète sur le jeu normal des recettes et des dépenses. On le supprime partout ce budget qui existe et fleurit chez nous. Et il y a là un gros danger (1).
Dans l'accroissement de nos budgets il n'y a pas seulement l'effet du progrès général; il y a encore, dans une mesure quoique faible, le revenu des impôts sur les consommations, l'alcool, le tabac, le sucre, les allumettes et le sel. Le revenu des impôts s'accroît sur une vaste échelle peu après leur établissement: ainsi, en 1901, l'impôt sur l'alcool s'éleva à Lp. 210.925; en 1906, à Lp. 371.731; celui sur le tabac fut de Lp. 95.849, en 1901; et de Lp. 165.919, en 1905; l'impôt sur le sel produisit en 1901, Lp. 62.391; en 1905, Lp. 86.213. Pour le premier et le dernier, l'accroissement était de 50 Vo environ, pour l'impôt sur le tabac, de 73.20 Vo- Pour les impôts sur le sucre et les allumettes, créés en 1904, le progrès n'est pas le môme: l'accroissement est relativement faible pour celui-ci, tandis que pour celui sur le sucre la recette a plus que doublé: il monte de Lp. 37.518 en 1904, à Lp. 76.166 en 1905.
Pour servir des intérêts politiques ou faute d'une analyse qui épuise le sujet, on a attribué à la hausse des impôts le renchérissement de la vie, phénomène récent de l'économie péruvienne. Il faut observer à ce sujet que parmi les impôts de création récente, deux ne visent pas des objets de première nécessité, mais de consommation volontaire : ce sont l'alcool et le tabac. Et quant aux autres, sur le sucre et les allumettes, quand môme seraient-ils forts, ils ne suffiraient pas à expliquer à eux seuls l'apparition d'un phénomène qui dépend de si nombreux facteurs. Le manque de voies de communication, dans le ter ritoire, le prix élevé des transports, un protectionnisme parfois outré, les hauts salaires dans l'agriculture sont
(1) Vide, sur cette sappression, PouTrage capital de R. Stoarm, If Budget, Paris, 1906, p. 294 et suiv.
plutôt des causes de ce renchérissement de la vie. Lé sucre, à cause de la baisse de ce produit, se vend aujourd'hui à un prix inférieur à celui qu*il avait avant l'importation. On comprend donc qu'il n'existe guère de relation de cause à effet entre les deux aspects de l'économie nationale, l'impôt et la hausse dans les articles de première nécessité.
On sait d'ailleurs que ce sont les impôts indirects, qui méritent toute l'attention de la science des finances publiques, car ils présentent un progrès continuel dans leur rendement et ils sont plus faciles à obtenir. Tels sont leurs grands avantages, selon l'opinion du célèbre professeur Slourm. Ils ont l'avantage qui dérive de leur caractère : ils sont cachés, anonymes, peut-on dire; ils supposent la volonté d'acheter et de consommer, et quand il s'agit de dépenses volontaires, innécessaires à la vie, leur action est encore plus sourde, moins générale et moins tyrannique. Mais, ils ont un danger qui est la contre-partie de cette excellence môme : c'est qu'ils sont susceptibles d'une augmentation indiquée pour faire face à tous les déficits et qu'ils peuvent facilement devenir excessifs. Dans certains pays, comme la Grande-Bretagne, on note une progression diverse sur les impôts, sur la propriété et sur la consommation : les premiers croissent, les autres diminuent assez rapidement. Il faut donc appuyer le budget sur les impôts indirects, quand la propriété se forme et il faut avoir de grandes recettes fiscales; et changer la proportion économique, lentement, par un accroissement dans les impôts sur les propriétés et par de successives détaxes sur l€s consiommations. Tel est ie desideratum de la science des finances. Et quand on est arrivé à un certain degré d'imposition sans provoquer des crises comme il arrive maintenant au Pérou, il faut y rester sans s'abandonner à des augmentations toujours nouvelles et indéfinies.
Finalement, l'état du crédit est aussi un signe de la prospérité économique de notre pays. Les conditions assez
(1) R. Stourm : Systèmes généraux d'Impôts^ Paris, 1905, p. 310 et 368.
favorables de quelques emprunts récents en témoignent. Et il y a encore plus: le Gouvernement poursuit la consolidation de la dette intérieure, et la dette extérieure n'existe plus depuis 1890. C'est la Peruvian Corporation qui en répond pour l'Etat : elle a, en échange, l'exploitation dos chemins de fer pour une période de 66 ans, trois millions de tonnes de guano, etc. Les profits de cette Compagnie ont presque doublé de 1890 à 1904 : ils se sont élevés de Lp. 130.460 à Lp. 232.992 (1). Quant à la dette intérieure, les intérêts et l'amortissement s^ font conjointement, et le crédit du pays s'affermit toujours.
Dans ces aspects divers de la vie Gscale, on note an progrès évident non seulement sur la décade postérieure à la guerre, sur des époques qui se rapprochent de la nôtre, mais aussi sur des temps plus éloignés qu'on considéra toujours comme l'âge d'or de la richesse péruvienne. Un pessimisme tenace empêche de voir les diverses périodes de notre histoire dans leur originalité et dans leur force et nie au présent tout ce qu'il attribue au passé. Cela est vrai des aspects intellectuels et moraux; cela l'est encore des formes économiques de la vie contemporaine. Comme l'optimisme insouciant fut longtemps l'erreur de nos hommes d'Etat et le préjugé des foules, on oublie, par un mouvement contraire les moyens termes, et on vise à une méfiance excessive.
C'est ce qu'a démontré par des faits un professeur péruvien (2). Le Pérou du guano et du salpêtre, de 1862 à 1870, ne fut pas ce qu'une critique superficielle à voulu établir. Sa richesse, si éclatante soit-elle, est due à ces deux richesses acquises sans effort. Sur une exportation de 37.500.000 à 40 millions de francs, il y a seulement 12 millions et demi, qui représentent le travail national. Même en 1876, dans un moment de prudence et d'effort, l'exportation sans comprendre le guano, arriva à 30 millions de
(1) C. B. Citaerofl.
(2) M. M. 1. Prado y Ugartecbe.daoB un éloquent discounà la Chambre e» députés. (CI. bI Comercio de Lima, 8 sept. 1906.)
francs, dans son maximum. Et deux aspects des finances de l'Etat étaient spécialement périlleux : le déficit croissant et le déséquilibre entre les importations et les exportations, dont la proportion fut souvent de 2 à 1. En 1876, les importations et les exportations réunies, c'est-à-dire, la vie économique totale sous toutes ses formes, y compris celles d'un éclat si éphémère, le guano et le salpêtre, sont de cent millions de francs; en 1906, le chiffre de l'économie nationale est de deux cent cinquante millions de francs, dans lesquels il n'y a que le produit d'un effort viril, d'une belle persévérance après la défaite. Il faut donc avouer que l'aspect financier du Pérou contemporain est de beaucoup plus sûr et plus remarquable que celui de jadis, de l'époque où l'Europe respecta le crédit de cette nation, accueillit des emprunts successifs et forma sur la richesse de ce pays lointain une sorte de légende flatteuse et persistante. Il mérite assurément par le sérieux de sa vie financière, par ses budgets sans déficit, par l'équilibre des importations et des exportations, par l'ac croissement remarquable du stock coDunercial, l'attention des hommes d'affaires et de pensée : il reconquiert son vieux privilège et réalise sa légende.
D'autres aspects importants sont encore à signaler dans le mouvement économique contemporain. L'irrigation de la côte se fait très lentement : au nord, dans la vallée de Chira, elle est en voie de réalisation. Et un grand nombre d'études sur ce problème national, conduisent progressivement à l'émigration de toute la côte péruvienne. Des essais d'immigration, quoique restreints, sont aussi dignes d'attention. La fondation d'une Compagnie de vapeurs, avec capital national, est de môme un signe de l'activité commerciale du pays et de la tendance à chercher l'indépendance économique. Finalement, le réseau des chemins de fer s'accroît annuellement. On sait l'importance d'une des lignes péruviennes, de celle de Callao à Cerro de
160 LE PÉROU GONTBMPORAIN
Pasco, qui traverse la Cordillère à une hauteur de 5.356 m. et qui est un€ des grandes œuvres du génie civil de notre époque par la hardiesse, l'importance et la perfection technique. De nouveaux chemins de fer sont en projet, toujours dans cet effort de reliement de la côte et de la montagne, qui est un desideratum de la politique et de la vie nationales. Ils doivent aller de Paita au fleuve Maraflon et de Cerro de Pasco à un point sur TUcayali. Des télégrammes récents anoncent que le Gouvernement péruvien a signé des contrais pour la construction de ces deux lignes avec des syndicats, Tun anglais et l'autre nord-américain. L'avenir des voies de communication est donc des plus favorables pour la culture du pays, pour la réalisation du projet du chemin de fer pan-américain, pour l'union des nations du grand continent méridional. L'immigration, le relèvement de la race indienne, Tunité morale du pays en dériveront assurément.
De cette rapide esquisse, on peut déduire des conclu sions de sûr optimisme (1). Ce n'est pas la richesse, la source virginale, la terre féconde, ou le sous-sol inépui sable qui manquent au Pérou : c'est le capital en hommes et en argent, c'est la technique et la science. Lie moment est extrêmement favorable à une action financière européenne, coordonnée et méthodique. Ce beau pays méridional est à la fois une nation agricole et une nation minière et l'effort dans ces deux domaines dépasse toujours
(t) Le Président actuel du Pérou, M.José Pardo.a donné, de ce progrès national, une impression d'ensemble : « La réûabilitation du crédit national, écrit-il, jusqu'à pouvoir placer k l'étranger des emprunts pour satisfaire les demandes impératives des peuples qui ne veulent pas de retard dans leur développement ; notre commerce extérieur atteignant le chiffre de Ip. 10.000.000 et attendant des voies de communication
{»onr arriver au double dans quelques années ; nos budgets qui se iquident avec des excédents et se formulent avec des accroissements ; le capital national qui se développe devant nous dans des entreprises de la plus haute portée, ce sont là des faits qui démontrent que le Pérou se trouve dans un progrès évident. » [yintagt au Congrès ordinaire de 1906, Lima, p. LVI.)
les prévisions de succès et de richesse. Si la vie industrielle est faible, des capitaux étrangers, puis toutes les connaissances modernes, peuvent y fonder et développer une industrie multiple et riche. Dans tous les ordres de la production, il y a beaucoup à faire: l'expérience scientifique de l'Europe peut donner à la vie économique de là-bas un aspect plus intense, plus organique et plus savant. Comme dans la légende hellène, c'est au contact de ces terres nouvelles, de ces forêts vierges, de ses montagnes riches et hautaines, que l'homme vieilli de l'Europe, renouvellera ses forces et rajeunira sa vie, pour les prochains tçurnants de l'histoire humaine.