CHAPITRE II
I. Etat politique et social du Pérou. Constitution. Mode d'élections. — II. Justice. — III. Religion. Décadence des monastères. Influence du clergé. — IV. Conditions légales des étrangers. - V. Expédition de documents. — VI. Division politique et administrative. — VII. Fonctionnaires. — VIII. Aspect et importance de quelques ports.
I. — L'organisation publique du Pérou est régie par la constitution de 1860.
Le Pérou a adopté la ferme démocratique représentative basée sur l'unité. 11 se compose du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire. Le pouvoir législatif est représenté par le congrès formé des Chambres de députés et de sénateurs.
Le pouvoir exécutif est représenté par le Président de la république assisté de six ministres. Le président et les ministres forment ce que l'on appelle le gouvernement suprême (supremo gobierno).
Pour être président de la république, il faut être péruvien de naissance, jouir de ses droits civils et politiques, avoir au moins 35 ans d'âge, et habiter la république depuis dix ans. La durée de la présidence est de quatre années, le président sortant ne peut être réélu qu'après une période égale écoulée.
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Conformément à la loi, l'élection des sénateurs et des députés s'opère de la manière suivante. Les départements de plus de huit provinces élisent quatre députés titulaires et quatre suppléants, un pour chaque 30.000 habitants, ou pour chaque fraction de 15.000, mais chaque province peut élire un député même lorsqu'elle n'a pas ce chiffre d'habitants.
Ceux qui possèdent moins de huit provinces et plus de quatre, élisent trois titulaires et trois suppléants. Deux titulaires et deux suppléants pour les départements ayant moins de cinq provinces et plus d'une ; et un titulaire et un suppléant pour chaque province littorale ou département ne possédant qu'une province.
Pour être député, il faut avoir 25 ans, être originaire du département auquel la province appartient, y avoir fait trois ans de résidence et posséder 500 soles de rentes (1.250 francs) ou bien être professeur d'une science quelconque.
Pour être sénateur, il faut être péruvien, posséder tous ses droits, avoir 35 ans d'âge et une rente de 1.000 soles (2.500 francs) ou être professeur d'une science quelconque. Aucun fonctionnaire en exercice ne peut être élu à aucun poste, quel qu'il soit, s'il n'a pas, deux mois avant les élections, démissionné de ses fonctions.
Les députés et sénateurs sont inviolables, sauf s'ils sont surpris en flagrant délit, ils ne peuvent être accusés ni arrêtés sans autorisation du congrès. Le congrès (les deux Chambres réunies) s'assemble tous les ans à partir du 28 juillet, sur décret de convocation. La durée de ce congrès est de 90 jours. Des assemblées extraordinaires peuvent être convoquées, elles prennent fin avec l'objet qui les a fait réunir. Les Chambres se renouvellent par tiers tous les deux ans. Les archevêques, évêques, gou-
verneurs ecclésiastiques, vicaires capitulaires ne peuvent pas être élus par leurs diocèses.
Depuis la proclamation de l'indépendance péruvienne, 40 présidents occupèrent successivement le pouvoir ; sur ce chiffre, 36 étaient des généraux qui s 'élevèrent à la présidence en profitant des troubles qui agitaient le pays. Le président actuel et ses trois prédécesseurs sont civils et furent régulièrement élus.
II, — Le pouvoir judiciaire est représenté par une cour suprême siégeant à Lima, et dix cours supérieures installées dans les capitales des principaux départements. En outre, dans chaque capitale de province, il y a au moins un juge de première instance.
Il est nommé un juge de paix par village de 2.000 âmes au moins. Dans les villes qui dépassent ce chiffre, il en est désigné un pour chaque 2.000 ou fraction. Dans les villes de 40.000 habitants ou plus, en plus des cinq juges qui correspondent aux dix premiers mille, il est nommé un juge par chaque 10.000 en excédent et un par fraction, etc.
Les membres secrétaires et rapporteurs des cours sont rétribués par TEtat. Les plaideurs paient aux procureurs (avoués) 25 soles (par anticipation) par semestre et par procès, quand il y a deux ou plusieurs causes, les procureurs font avec les intéressés l'arrangement qui leur paraît le plus convenable.
Devant les tribunaux de première instance il n'est pas nécessaire de se faire représenter par un procureur, comme dans les tribunaux supérieurs.
Les juges de paix ne peuvent exiger aucun droit, mais les plaideurs doivent rémunérer les greffiers de ces fonctionnaires. Il n'est rien dû quand la valeur du procès ne le permet pas, ou quand le jugement n'a pas donné lieu à la rédaction d'un acte.
La compétence des juges de paix s'étend aux délits correctionnels de peu de gravité, et dans les jugements au civil dont la valeur ne dépasse pas 200 soles (500 fr.).
Il existe aussi un tribunal suprême des responsabilités {supremo tribunal de responsabilitades) qui a l'obligation d'informer sur les accusations portées par les intéressés contre les membres de la cour suprême (??) un tribunal disciplinaire qui doit connaître des accusations contre les fonctionnaires ou employés publics.
Lorsqu'on s'adresse au gouvernement pour n'importe quelle réclamation, proposition ou sollicitation, il faut le faire sur papier à 40 centavos (1 franc) la feuille, chaque fois que l'expéditeur n'est pas indigène ou indigent; dans ce cas le papier n'est que de 10 centavos ou 0 fr. 25 la feuille.
Pour la légalisation des signatures d'autorités nationales ou étrangères il est payé un droit de 2 soles (5 francs).
Malgré de fort nombreuses exceptions, il faut avouer que fonctionnaires et magistrats ne sont pas toujours d'une grande intégrité. Il arrive malheureusement, trop souvent, que, comme le clergé, surtout lorsqu'ils se trouvent loin de toute surveillance, les fonctionnaires et les magistrats exploitent trop bien leurs emplois.
III. — La religion catholique est, au Pérou, religion d'Etat, il règne cependant une large tolérance à l'égard des autres cultes. Il est vrai que sauf au Gallao et à Lima où ils sont représentés par quelques milliers d'étrangers ou fils d'étrangers, le catholicisme règne presque seul.
Quoique de nos jours les pouvoirs et les richesses du clergé aient considérablement diminué, l'Eglise, autrefois maîtresse absolue du Pérou, est encore très puissante, car les sentiments religieux des Péruviens sont encore très vifs, surtout dans l'intérieur. Le catholicisme des Gholos,
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(métis), ou celui des Indiens Quecliuas du haut-plateau péruvien et bolivien, touche au fétichisme, La religion est surtout remplacée par le culte des images, c'est le symbole qu'adore la population péruvienne et non le Dieu de leur religion; la statue reste Fidole.
Beaucoup de processions ont lieu la nuit, à la clarté des torches et des cierges ; ce sont toujours des cérémonies imposantes par le nombre des fidèles, mais empreintes d'une note de paganisme sauvage particulier aux Indiens. Pendant ces processions, qui durent parfois plusieurs heures, on rit, on fume, l'on boit surtout, enfin on y fait tout sauf prier.
Le clergé de l'intérieur est généralement peu instruit, il abuse de son influence, qui est grande, sur les Indiens pour tirer profit de leurs superstitions. Malgré ses tares et sa licence, il faut reconnaître que le curé de l'intérieur du Pérou est généralement bienveillant et hospitalier pour le voyageur, et parfois aussi bon et doux pour ses fidèles, bien qu'il les exploite le plus souvent.
Autrefois, les moines pullulaient au Pérou ; aujourd'hui, couvents et monastères ont presque totalement perdu leur influence et leur richesse. Cette décadence est due à une vie fort irrégulière, et à une mauvaise administration ; en outre, diverses lois ont réduit leurs rentes et privilèges. Quoique bien moins nombreux, les moines sont encore la plaie de ce pays ; sales et débauchés (il s'agit ici des moines d'origine péruvienne) ils imitent les curés de leur mieux, ils trafiquent de tout et font argent de tout.
De nombreux biens des couvents sont aujourd'hui tombés au pouvoir de l'Etat, ils ont été adjugés, les uns, à diverses institutions, les autres à différents services de bienfaisance. De la majeure partie de ces propriétés,
l'Etat n'a pas su tirer parti ; rien n'ayant été fait pour les conserver, ils se trouvent dans un état déplorable. Beaucoup sont en ruines, et quelques-uns ont fait l'objet de procès aujourd'hui couverts par la prescription.
Malgré cette décadence, les ecclésiastiques péruviens possèdent encore dans la république, nous l'avons dit, une influence considérable. Dans certaines régions éloignées, telles que la Montana, dans la Sierra, leur pouvoir est presque aussi grand que jadis, ce qui s'explique assez naturellement. Avant même les autorités laïques, les jpadres ou curés de ces contrées en sont les véritables gouvernants, presque seuls ils ont une influence morale sur leurs ouailles.
Malgré l'état social nouveau, les actes de l'état civil leur appartiennent comme autrefois. A différentes reprises le gouvernement voulut instituer un registre de l'état-civil, il échoua toujours dans ses tentatives, car on ne peut compter comme un progrès réel la loi votée en décembre 1897 par le Congrès établissant un registre de l'état civil où seraient enregistrés les mariages célébrés, dans la République, entre non catholiques. De cette façon, les sentiments religieux du pays n'étaient pas blessés.
IV. — La condition légale des étrangers au Pérou est la même que dans la République Argentine, au Brésil et au Chili. Tous les étrangers sont accueillis avec la plus grande sympathie, particulièrement dans les centres populeux. Leurs droits, comme de juste, sont respectés, ainsi que leurs relations civiles qui sont protégées par les lois.
Ils peuvent voyager sur tout le territoire avec la même facilité et la même liberté que les fils du pays ; comme ces derniers ils peuvent invoquer la garantie de VHabesLS corpus.
Ils peuvent exercer tous les commerces et toutes les industries qui ne sont pas contraires aux bonnes mœurs, à la salubrité et à la sécurité publiques, sous l'unique condition de se soumettre aux prescriptions légales.
Comme il est naturel, ils peuvent disposer librement de leurs biens, meubles et immeubles et jouissent de tous les droits de propriété accordés aux citoyens péruviens ; ils peuvent dénoncer des mines (faire la déclaration de découverte), acquérir des terrains, etc.
De même que les Péruviens, les étrangers peuvent recevoir gratuitement l'instruction élémentaire dans les écoles primaires, ils peuvent prendre leurs inscriptions dans les universités et lycées ainsi que dans tous autres établissements d'enseignement secondaire sans aucune restriction; ils peuvent également exercer le professorat dans l'enseignement privé, professionnel et ofTiciel.
Gomme nous l'avons dit plus haut, la plus large tolérance est appliquée en matière religieuse, la plus complète liberté de conscience est donc garantie aux étrangers, sans autre obligation que de respecter la religion d'Etat.
Les fils d'étrangers nés au Pérou jouissent à leur majorité des mêmes droits que les citoyens péruviens. Ainsi, si un étranger a un fils né au Pérou il n'est pas nécessaire de le naturaliser, il l'est de droit, chaque fois qu'il aura été inscrit sur le registre de l'état civil.
Tous les étrangers âgés de vingt et un ans peuvent se faire naturaliser péruviens ; il suiïit d'exercer un emploi, un commerce ou une industrie quelconque, et de se faire inscrire sur le registre de l'état civil. Dans ce cas les étrangers doivent se présenter à la municipalité, munis des pièces démontrant qu'ils ont deux années de résidence volontaire dans le pays, et qu'ils y exercent une profession
OU un commerce ou une occupation licite, pour lesquels la présentation de la patente suffit.
Les étrangers nationalisés jouissent des mêmes droits et ont les mêmes devoirs que les Péruviens de naissance, sauf le droit d'exercer la présidence de la république ouïes charges de ministre, sénateur, député ou magistrat; en revanche ils sont aptes à toutes les autres charges administratives ou municipales.
La Péruvienne qui contracte mariage avec un étranger prend la nationalité de son mari, il en est de même d'une étrangère épousant un Péruvien. La loi reconnaît la validité de tous les mariages contractés entre non catholiques, tant au Pérou qu'à l'étranger, chaque fois qu'ils ont été enregistrés.
Les successions des étrangers décédés au Pérou sont réglées par les mêmes autorités et procédures que celles usitées pour les Péruviens, à moins qu'il n'existe des conventions consulaires spéciales avec le pays natal du défunt. Dans ce cas, la convention consulaire est celle qui fait loi.
V. — Il n'est pas indifférent de connaître les formalités à remplir pour rendre valables les documents établis dans le pays qui doivent être expédiés à l'étranger. Celles-ci sont les suivantes : 1° Le témoignage de Vescribano (1) dans le cabinet duquel l'acte fut élaboré ; 2" que la signature de cet officier ministériel suit légalisée par celles de trois autres escribanos ; 3" que la signature de ceux-ci soit légalisée par le Préfet du département ; 4° que celle de ce dernier soit certifiée parle ministre des Affaires étrangères ; et 5° que celle-ci soit certifiée par le ministre plénipo-
(1) Le? fonctions de Escribano de estado, Escribano de diliqencias, Escribano de Regislro civico correspondent à celles de nos oUiciers ministériels.
tentiaire, chargé d'affaires, au Conseil de la nation où le document est adressé. On voit que notre pays n'a pas le privilège exclusif des chinoiseries administratives. Toutacte, pouvoir, etc. , soit pour affaire litigieuse ou pour réclamation, reste sans effet valable s'il n'a pas été expédié par la chancellerie correspondante.
VI. — Le Pérou est divisé comme la France en départements; ceux-ci en provinces, subdivisées à leur tour en un certain nombre de districts et de municipalités.
D'après la plus récente division politique du Pérou, datant du l®"" janvier 1906, le pays comprend vingt départements (nous écartons le département de Tacna, au pouvoir du Chili, qui figure sur ce tableau) dont deux provinces littorales ou préfectures maritimes et la province constitutionnelle du Gallao figurant avec raison comme départements ; 101 provinces, et 801 districts.
Certains de ces départements se trouvent situés en partie sur la côte du Pacifique avec quelques provinces dans l'intérieur ; malgré tout nous croyons utile d'en donner la nomenclature en classant tous les départements dans les trois « zones », divisions naturelles du Pérou, auxquelles ils appartiennent ou desquelles ils se rapprochent le plus.
Dans la zone de la Costa, ce sont, du nord au sud, la province littorale de Tumbés, capitale Tumbés (port), comprenant une province et 4 districts (1).
Le département de Piura, capitale Piura, avec pour port Paita, 4 provinces et 25 districts.
Lambâyeque, qui a Eten comme port, possède 2 provinces et 19 districts. La capitule de ce département est Chiglayo.
(1) Comme il serait trop long et sans intérêt de donner le nom de ces provinces et districts, nous nous bornons à en indiquer le nombre.
Le département de la Libertad, ayant pour capitale Trujillo et pour port Salaverry, possède 6 provinces et 40 districts.
Le département Lima, capitale du même nom, ayant pour port le Callao, a 6 provinces et 59 districts.
Le Callao, préfecture maritime, se compose d'une province et d'un district.
Le département de Iga, capitale Ica, se compose de 3 provinces et de 15 districts; le port est Pisco.
Le département d'AREQUiPA, qui a pour capitale la troisième ville du Pérou en même temps que la plus commerçante et la plus industrielle, possède 3 ports : Mollendo, IsLAY et Chala, et 7 provinces avec 77 districts.
MoQUEGUA, porté récemment au rang de province littorale, a pour capitale la ville du même nom, Ilo pour port, une province et 8 districts.
Départements situés dans la zone de la Sierra :
Gajamarca, capitale Cajamarca, possède 7 provinces, 63 districts; on y parvient par les ports de Pacasmayo, de Eten où il existe une amorce de ligne ferrée et aussi par le port de Salaverry.
Le département de Amazonas gt pour capitale la ville de Ghaghapoyas, et possède 3 provinces et 40 districts ; les communications avec la côte ne sont pas très commodes, les ports les plus rapprochés sont les mêmes que pour Gajamarca.
Le département de Ancaghs, dont la capitale est HuARAZ, a 9 provinces et 72 districts dont plusieurs sont situés dans la zone de la côte, avec laquelle il communique par deux ports, Chimbote et Gasma.
HuANUCO, département de l'est de la Sierra, a 3 provinces et 22 districts, pour capitale HuANUCo;il communique avec la côte par la voie ferrée de la Oroya, partant du Gallao.
JuNiN, cai)itale Cerro de Pasgo, communique aussi avec la côte par la môme ligne qui y est parvenue depuis peu; 4 provinces, 40 districts.
HuANCWELiCA, Capitale Huancavelica, 4 provinces et 22 districts, communique avec la côte par le port de Pisco vialca, ou par le Gallao via de la Oroya.
Ayacugho, capitale du même nom, 6 provinces, 51 districts, a les mêmes communications que le précédent.
Apurimac, capitale Abancay, possède 5 provinces, 31 districts et communique avec le littoral par les ports de IMollendo et de Chala.
Guzco, capitale Cuzco, possède 12 provinces et 59 districts; ses communications avec la côte se font parle port de Mollendo et la voie ferrée Mollendo-Arequipa-Sicuani- Guzco.
Le département de Puno, dont la capitale est la ville du même nom sur le lac Titicaca, a 8 provinces et 78 districts ; son trafic se fait également par la voie Mollendo- Arequipa-Puno.
Zone de la Montana :
Le département de Loreto forme l'unique département de cette zone. Il est vrai que sa superficie atteint près de 780.000kilomètres carrés. Sa capitale est l'important centre commercial d'iQUiTos, sur l'Amazone ; il est divisé en 6 provinces et 33 districts.
Les centres les plus importants de ce département sont : Iquitos, Yurimaguas, S\posoa, Moyobamba, Sarayacu, Masisea, Tarapoto, Contamana, etc.
YII, — Les départements et provinces péruviennes du littoral sont gouvernés par des fonctionnaires ayant le titre de préfet, les provinces par des sous-préfets, les districts par des gobernadores (gouverneurs) ; les districts et villages peu importants ont à leur tête des lieutenants
gouverneurs, et les villages indigènes des curacas.
Les gobernadores sont le plus souvent des métis ou des Indiens comme leurs administrés choisis parmi les plus riches ou les plus intelligents. Ces fonctionnaires ne sont ])as moins sévères pour leurs compatriotes que les fonctionnaires de race blanche ; ils sont d'autant plus tentés de se laisser aller à quelques actes arbitraires que le plus souvent ils sont hors de tout contrôle, n'étant pas, en raison du mauvais état des routes, en communication régulière avec le pouvoir central.
VIII. — Une cinquantaine de ports, criques ou mouillages, s'ouvrent sur l'immense littoral péruvien. D'après leur classification officielle, il en existe 12 de première classe, 12 de deuxième classe et 30 de troisième classe. Sauf quelques e-xceptions, on peut dire que si ces ports sont nombreux, trop nombreux même, ils sont en général mauvais et de difficile accès, car sur la côte du Pérou si le ciel est toujours sans nuage et les tempêtes rares, la mer n'en est pas moins souvent houleuse à proximité de la terre, ce qui rend toujours les atterrissages difficiles.
En venant du nord au sud on trouve les ports de Tumbès, Paita, Seghura, Pimentel, EteNj Pagasmayo, Salaverry,
HUANGHAGO, ChIMBOTE, etC.
Paita, Eten, Pacasmayo, Salaverry sont de petites villes d'une importance relative. Le port de Paita est assez actif, Eten est une escale insignifiante, Pacasmayo n'est remarquable que par une végétation assez abondante et par la formation bizarre de la baie ; ce port présente au voyageur une vue très curieuse.
Salaverry ne présente rien de notable, sinon que ce port, qui n'est qu'à 200 milles du Gallao. offre toujours aux voyageurs, le spectacle d'un débarquement laborieux et des plus couleur locale. Il est vrai qu'il n'est pas facile
de débarquer sur ce point, car, nous l'avons dit, sur toute la côte la houle déferle avec force.
Le débarquement s'opère sur un énorme radeau, qui obéissant aux flots, monte à mi-hauteur du pont du paquebot, puis redescend trois mètres au-dessous.
Un par un, les passagers prennent place dans un tonneau défoncé d'un bout, coupé parfois sur une des faces et suspendu au bout d'un palan; les marins choisissent avec adresse le moment ou le radeau descend avec la vague. ^Malgré cette précaution et tous les soins apportés par l'équipage, il arrive trop souvent que le tonneau se rencontre avec le radeau; le voyageur en jaillit alors comme d'une boite à ressort s'il ne s'est pas solidement cramponné.
Lorsque la primitive embarcation se trouve chargée, elle prend le chemin du rivage, secouée par les flots qui inondent les voyageurs et les ballots. L'arrivée à terre se manifeste par un choc formidable qui renverse tous ceux qui n'ont pas eu la précaution de se coucher. C'est trempé comme plusieurs barbets que l'infortuné voyageur fait son entrée dans la petite ville de Salaverry.
Santa et Ghimbote sont deux ports réunis au milieu d'un désert de sable ; c'est pourtant là le centre de fermes magnifiques. — Ghimbote est un port presque fermé par la nature, c'est une des baies les meilleures et les plus profondes de la côte péruvienne. Il a dix kilomètres de long et six de large. Il n'existe pas un seul rocher dans cette baie, merveilleusement protégée des vents de l'ouest et du sud qui régnent sur cette côte. Les plus grands navires y peuvent jeter l'ancre jusqu'à cinq cents mètres du rivage. Ce port, qu'il est regrettable de voir négligé parle gouvernement péruvien, est situé à 2.000 kilomètres environ au sud de Panama et à 2.500 au nord de Valparaiso.
La baie de Supe est assez bonne, bien abritée ; malgré quelque peu de ressac, on peut y. jeter l'ancre à une ou deux encablures de la côte, face aux cabanes de pêcheurs qui y sont installées. Comme il n'y a pas de wharfs, l'embarquement des produits de la région se fait au moyen de petites embarcations.
HuACHO est un port de second ordre ; il n'offre qu'un mouillage médiocre sur 8 ou 10 mètres de fond à trois encablures de la côte. Ce port possède cependant quelque importance, car on y trouve en abondance des fruits et provisions de toutes sortes. L'embarquement se fait au moyen d'un wharf; cette opération, des plus faciles par un temps calme, est pénible par mer houleuse. La ville se trouve située à un mille au nord du port.
Le port de Chancay, qui vient ensuite, est composé de deux rades, mais le mouillage y est très mauvais. La ville, qui est desservie par le chemin de fer de Lima, est située à 2 milles du port sur une élévation de terrain.
Angon, qui est à 18 kilomètres de Chancay, offre un excellent ancrage ; on débarque facilement sur une plage tranquille et sablonneuse ; il est aussi desservi par le chemin de fer de Lima, qui n'est éloigné que de 26 kilomètres.
Au sud du Callao, dont nous parlerons dans un chapitre spécial, se trouve le port de Quilga ; le débarquement y est assez facile ; la gorge, la rivière, la vallée et la baie portent le même nom. La vallée est des plus fertiles et bien cultivée.
IsLAY, qui vient ensuite, est un des ports d'Arequipa. Le fond du port est rocheux et il n'existe pas de plage. Le meilleur mouillage d'islay se trouve à Matarani, au nord-est de la baie. Les exportations de ce port consistent en laine de brebis, d'alpaca, de vigogne, de llama ; cuivre, argent, plomb, étain ; cacao, chocolat, café et cascarilla
(quinquina) ; peaux de bœufs et de moutons, venant de Bolivie.
MoLLENDO, qui est aussi le port d'Arequipa, n'est pas d'accès très sur ; mais c'est la tête de ligne du chemin de fer au Cuzco et à Puno ; c'est pourquoi MoUendo est un port d'une importance réelle. C'est par ce port que doivent inévitablement passer les marchandises destinées à la Bolivie et aux départements du sud du Pérou, particulièrement de la région d'Arequipa. C'est aussi par là que sont exportés tous les produits de l'intérieur et en particulier les minerais provenant de Bolivie.
Cerro Azul est une rade d'une certaine importance, à 8 milles de la vallée de Canete. Le débarquement y est assez bon, grâce au môle qui y existe. Une voie ferrée particulière réunit le port avec les établissements agricoles des environs. Le commerce principal consiste en sucre, mélasses, eau-de-vie, coton, etc.
Tambo de Mora est une rade médiocre et de difficile accès, mais la vallée avoisinante est riche en produits agricoles.
Pisco est un port peu abrité, mais contrairement à ce qui se passe dans la majeure partie des ports du Pérou, où les embarquements et débarquements sont toujours très difficultueux, Pisco fait exception à la règle, car on y trouve un superbe môle de 700 mètres, qui permet d'embarquer par tous les temps. Aussitôt à terre, le voyageur prend un tramway qui, en dix minutes, le conduira à la ville même. Il se fait par ce port de grandes exportations d'une eau-de-vie de vin très appréciée, de sucre de diverses qualités, de vins, cotons, laines et différents métaux. On y extrait aussi des raisins de Malaga, qui viennent très bien dans la région voisine ; deux liqueurs, Vitâlia, et le moscatel.