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CHAPITRE IV

I. Du Callao à Lima. — II. Lima. Constructions. Promenades. Monuments. - III Climatethj-giène. — VI. Tembiores. — V. La vie matérielle. Prix de quelques denrées. — VI. Monts de piété. — VII. Domestiques Bains. Cochers. Hôtels. Loyers. — VIII. Tramways. — IX. Les environs de Lima. Miraflores. Barranco. Chorrillos. Ancon. — X. Les Huacas.

I. — Le Callao est relié à Lima par deux voies ferrées, l'une anglaise, l'autre américaine. La ligne anglaise ne dépasse pas Lima; la seconde est le chemin de fer central du Pérou, dit de la Oroya, qui aboutit aujourd'hui au Cerro de Pasco. En outre un tramway électrique dessert aussi les deux villes ; le trajet se fait en vingt minutes, le tarif des places est de 20 centavos.

La distance entre Lima et le Callao est couverte en moins de trente minutes, les arrêts sont fréquents. Le tarit est le même pour les deux voies : 40 centavos ou 1 franc en première et 20 centavos en seconde. Une vingtaine de trains font chaque jour le trajet des deux villes.

La ligne ferrée traverse les faubourgs du Callao qui se prolongent chaque jour davantage vers l'est, direction de la capitale, en une rue interminable. Après avoir dépassé l'agglomération de maisons en aclobes (briques cuites au soleil) et quelques villas confortables, qui composent ces

faubourgs, la voie traverse une sorte de marécage couvert d'ajoncs et de roseaux, entrecoupés de bosquets de bananiers et de tamaris aux tons rougeâtres, de pépinières d'eucalyptus et de pins araucarias. Le paysage est brûlé par un soleil implacable, par une sécheresse que ne vient jamais rafraîchir la moindre pluie, ce qui fait que lecampo qui environne Lima et le Gallao est médiocrement enchanteur. Un peu plus loin on aperçoit des cabanes en bambous ou en torchis.

Cette sécheresse générale dans cette partie du Pérou, donnerait à la région un aspect d'incroyable désolation, si de temps en temps, on n'apercevait une hacienda (1) qui donne l'impression d'une oasis verdoyante, avec ses plantations de canne à sucre, de maïs et ses rizières. D'un autre côté, dans les chemins encaissés et argileux qui longent la voie, on aperçoit des convois de bœufs, des charrettes, des troupeaux que des bergers à cheval ramènent à la ferme. Cette animation forme un contraste agréable avec l'aridité environnante.

Dans le lointain, on distingue, avec les contreforts de la Cordillère, les clochetons et les dômes qui font ressembler Lima à une cité musulmane. On ne tarde pas à voir le torrent le Rimac. Celui-ci se manifeste d'abord sous la forme de quelques filets d'eaux jaunâtres, perdus dans uu lit d'une lieue de large avec, au milieu, un grand nombre d'îlots de galets. C'est là que les entrepreneurs du pavage ,de Lima viennent se pourvoir des pavés qui leur sont nécessaires. Il y a de quoi paver tout un royaume.

H. — A son arrivée au Pérou, François Pizarre chercha longtemps un lieu propre à asseoir la capitale d'une colonie. Le 18 janvier 1535, le conquistador fonda la Czudad

(1) Ferme, exploitation rurale.

de los Reyes, la Cité des Rois, sur les rives du Rimac, car il importait aux Espagnols de ne pas s'éloigner de la mer. Dans cette partie du Pérou où il n'existe que des cours d'eau insignifiants, la découverte d'une rivière comme le Rimac fut de quelque poids dans la décision de Pizarre lorsqu'il fonda la Cité des Rois. Ce nom tomba bientôt en désuétude et la ville fut toujours nommée Lima, nom qui ne serait qu'une corruption du mot Rimac.

D'après un recensement récent, fait par la municipalité, LiMAauraitaujourd'huiunepopulationde 210.000 habitants.

Comme dans la plupart des villes sud-américaines, les rues, tracées au cordeau, se coupent à angles droits ; leur largeur est généralement de 10 à 12 mètres, elles forment une multitude de cubes réguliers appelés cuadras^ ou Tïicinzanas. La longueur d'un manzana est de 110 à 125 mètres de côté. Des acequias ou canaux d'eau vive presque tous recouverts, quelques-uns à l'air libre, sillonnent le milieu des rues. Sauf les rues centrales qui sont pavées en bois ou en pierres taillées, toutes les autres possèdent un pavage défectueux. L'orientation nord-est et nord-ouest donnée aux rues permet à toute heure du jour d'avoir un trottoir à l'ombre.

Les promenades de Lima sont remarquables, surtout à cause des promeneuses ; le paseo de Amancaes, du nom d'une fleur couleur d'or, est célèbre par le panorama magnifique que l'on y découvre, et la foule qui l'encombre. C'est le rendez- vous de l'aristocratie.

Une jolie promenade est encore VAlameda qui longe une des rives du Rimac et conduit à la Plaza de HachOy vaste cirque où se livrent les combats de taureaux. Un peu plus loin, si l'on gravit le Cerro san Cristobal, pic dénudé surmonté d'un calvaire, on jouit du panorama complet de la ville.

Lima présente un aspect singulier; de tous côtés, ce ne sont que toits plats, d'où émergent les clochers multicolores des églises et des couvents. La ville possède près de quatre-vingts églises ; aussi rencontre-t-on des prêtres et des moines de toutes couleurs : Padres de la. Merced (Pères de la Merci), des franciscains, des dominicains, des lazaristes, des capucins, des augustins, etc. La plupart de ces moines portent des vêtements indiquant la misère où sont tombés tous ces ordres qui, d'après la loi, doivent disparaître par extinction.

Sauf la cathédrale dont l'extérieur est réellement imposant, aucune des églises de Lima ne présente d'intérêt sérieux ; leurs façades sont surchargées à l'excès de sculptures coloriées, leurs clochers sont badigeonnés de bleu, blanc ou rose.

Les maisons de Lima sont en général commodes et spacieuses, mais pour résister aux terremotos (tremblements de terre) les Péruviens ont adopté des constructions d'une grande élasticité et légèreté. Si l'on se laisse aller de temps en temps à bâtir en pierres et en briques des maisons d'un et deux étages, rarement trois la grande majorité ne sont composées que d'un rez-de-chaussée, et la boue, le pisé, les roseaux forment l'élément principal de la construction. Tous les toits sont en terrasses.

La poussière, qui remplit l'atmosphère en toute saison, se dépose sur les murailles, elle s'accumule sur les saillies, de façon que toutes les constructions finissent par produire l'illusion de monuments solides et sérieux, offrant l'aspect de la pierre de taille et du marbre.

Il est à remarquer que dans certains milieux, il se fait une guerre acharnée contre la façon de construire en honneur à Lima; on voudrait tout particulièrement supprimer les mortiers et enduits plus ou moins odorants dans

lesquels le guano entre pour une certaine part, la solidité des constructions y gagnerait ainsi que la salubrité. Une campagne sans doute intéressée en faveur du ciment armé a été entreprise dans les journaux de Lima. Toutes les maisons ont leur paiio ou cour intérieure, à la mode andalouse ou hispano-mauresque ; les portes massives feraient songer à celles d'une forteresse si elles n'étaient toujours entr'ouvertes. Les maisons aux formes antiques, les balcons fermés, les fenêtres grillées, les coins de rues avec un autel ou une statue de vierge ou de saint dans une niche grillée, tout semble rappeler l'histoire d'un passé déjà lointain.

Rien de plus curieux aussi à observer que la foule hétérogène qui sillonne constamment les rues : blancs, indiens à la figure triste et mélancolique, métis, nègres, zambos, mulâtres, cholos, etc., une véritable macédoine de races, qui offrent un contraste curieux sous les jeux de lumière et d'ombre avec leurs costumes bigarrés, particuliers à chaque race.

On voit aussi, toujours par bandes, des ga.Uinazos (1) au plumage sinistre sautiller lourdement dans les rues des faubourgs, aiguisant leur bec contre les pierres, ou alignés sur le bord d'un trottoir ou sur un mur, en attendant l'occasion de se jeter sur quelque détritus. C'est par milliers que l'on peut compter ces rapaces toujours affamés; ils sont tolérés et même respectés, car la municipalité leur sait gré de contribuera la propreté des rues.

Trente-quatre places sont autant de salons libres où se donne rendez-vous, certains jours, l'élite de la population liméenne ; elles égaient de leur verdure l'aspect presque uniforme des maisons, La Plaza, Mayor est la principale

1) Urujjus, sorte de vautours noirs connus sous le nom de gallinazos sur toute la côte du Pacifique.

place de Lima. On y trouve le Palais national ou Casa, de Gobierno, l'Hôtel de Ville, l'Archevêché, la Cathédrale, les Portales ou galeries des Botoneros et des Escribanos. Bien que cette place ait 100 mètres de côté, elle est écrasée et rapetissée par la massive cathédrale ; la fontaine centrale paraît un joujou. Sous les arcades ou jjorlales on voit des boutiques d'orfèvres et des magasins de modes et d'articles de luxe, qui sont les plus beaux avec ceux de la calle de los Mercaderes et de Plateros. Ces magasins sont en majorité tenus par des Français. Ceux-ci sont relativement nombreux à Lima ; ils y sont unis, chose rare, et jouissent d'une excellente situation.

Sur la Plaza de la Inquisicion, qui forme un véritable jardin tropical entouré d'une grille artistique, se trouve la statue de Simon Bolivar. Le Parc de l'Exposition est aussi très beau ; c'est en même temps un véritable jardin zoologique. On y remarque une magnifique avenue de palmiers, et la statue de Christophe Colomb qui servit de copie à celle érigée dans le port de Colon.

Quelques ponts d'un assez bel aspect, entre autres le pont Balta, et l'Arana qui fut incendié il y a quelques années et reconstruit depuis, unissent les deux rives du Rimac. Comme le Mapocho à Santiago du Chili, le Rimac, véritable torrent impétueux en hiver, est d'un assez faible débit en été. On a pensé à canaliser cette rivière dans la partie qui traverse la ville. Cette œuvre importante, longtemps différée, qui augmenterait la salubrité de Lima, est sur le point d'être exécutée ainsi qu'une grande avenue dite Avenida 28 de Julio.

Le cimetière de Lima mérite d'être visité ; il est situé à l'extrémité orientale de la ville le long de la rive gauche du Rimac. On peut y voir de somptueux monuments en marbre blanc venus à grands frais d'Italie. La plupart des cercueils

sont placés dans des sortes de colombarium encastrés sur plusieurs rangs dans une muraille épaisse, à la mode castillane. Très souvent les portraits des défunts sont placés sous verre à côté de leur inscription funéraire. De très beaux arbres, des agaves, des massifs de fleurs, ornent les avenues.

III. — Lima, construite dans la fertile vallée du Rimac où elle peut s'étendre à l'infini, avec au nord, les premiers contreforts des Andes, jouit d'un climat excellent rafraîchi par la brise marine, exempt des grandes pluies tropicales ; la sécheresse y est à peine atténuée par la rosée ou brouillard nommé garusi. Les nuits y sont remarquablement douces, et comme nous l'avons dit, pendant les mois les plus chauds le thermomètre ne dépasse pas 30 a 32°, l'hiver il ne descend jamais au-dessous de -|- 11°. On y jouit donc d'un printemps perpétuel.

Lima serait donc un séjour délicieux si l'hygiène publique y était moins défectueuse. Le passant attardé, après dix heures du soir, est exposé à marcher au milieu des nuages de poussière soulevés par les Chinois chargés du balayage des rues ; il est de tradition à Lima de donner comme origine à la tuberculose et aux bronchites les germes morbides voltigeant ainsi parmi la poucsière abondante et qui s'introduit dans les poumons. La presse liméenne livre une ouerre acharnée à ses édiles dans le

but de faire modifier cet état de choses, surtout en ce qui concerne les ordures déposées la nuit au milieu des rues, les écuries à mulets (muîada?'es) qui entourent la ville. La presse mène aussi campagne contre ce qu'elle appelle avec raison des foyers d'infection : les maisons dites de Otaïza. et del Fescante, habitées chacune par plus de 1.000 Chinois, empilés dans des locaux étroits et sans air, dans une promiscuité révoltante. Il Jst possible que cette critique

soit exagérée vu le mépris, pour ne pas dire la haine, que les Péruviens professent à l'égard des Chinois qui sont accusés de tous les vices et traités de race dégradée.

On pourrait remédier à une partie de ces inconvénients, car Lima est doté d'un important service des eaux qui met à là disposition de chaque abonné 240 litres d'eau par 24 heures ; le prix par mètre cube est de 0 fr. 50. Cette quantité paraissant encore insuffisante, on procède à l'établissement d'un immense réservoir dans le Riraao même.

IV. — Si Lima ne connaît ni les orages, ni la foudre, elle n'en est pas moins exposée aux tremblements de terre. Plusieurs fois par an, des secousses s'y font sentir avec plus ou moins d'intensité. Pendant notre séjour à Lima nous n'en ressentîmes qu'une seule. Quoique habitués à ces temblores, qui ne sont heureusement le plus souvent que des frémissements du sol, ces secousses n'en sont pas moins désagréables lorsqu'elles se produisent la nuit. Voici comment cela se passe généralement.

Au plus profond de son sommeil, on sent le lit sur lequel on repose s'agiter brusquement ; les verres ou bouteilles placés sur les meubles s'entrechoquent avec bruit et Ton entend comme un roulement souterrain qui s'éloigne en grondant sourdement. Le premier mouvement est de sauter hors du lit, et de courir vers la porte de sortie. Cette hâte est encore augmentée par les cris de « temblor, temblor, » qui s'élèvent de tous côtés. Toutes les personnes habitant l'hôtel ou la maison particulière, se pressent et se bousculent, cherchant à gagner la rue au plus vite. La plus grande confusion règne pendant quelques minutes ; puis chacun, voyant que la secousse ne se renouvelle pas, regagne son logis en riant de cette alerte. Les étrangers s'habituent très facilement

à ces secousses, et il arrive fréquemment que nombre d'entre eux ne se laissent pas entraîner hors de leurs lits par les cris qui partout sèment la panique.

Les régions du Pérou où ces phénomènes se manifestent le plus souvent sont la Costa et quelques parties de la Sierra ; la Montana est peu exposée à ces convulsions de l'écorce terrestre.

Les secousses se produisent le plus généralement à la fin ou au commencement du jour, aux changements de saison. Sur la Costa, on peut reconnaître l'imminence d'un mouvement sismique, lorsque depuis plusieurs jours ou plusieurs heures parfois, l'atmosphère est lourde et accablante; le ciel apparaît à l'horizon rouge vers le nord-ouest, comme chargé d'orage et d'électricité qui ne trouve pas où se répandre, puis, tout à coup, la terre éprouve une secousse soudaine, plus ou moins forte. Ces secousses sont parfois, mais pas toujours, accompagnées de bruits souterrains.

Dans la province Argentine de la Rioja, où les tremblements de terre sont très fréquents, ces symptômes nous trompaient rarement, et ils étaient en tout point identiques à ceux que nous avons observés sur la Costa péruvienne (1).

A Lima, les habitants ne s'inquiètent guère des trem-

(1) Les terremotos (tremblements de terre) dégénérant en catastrophe sont heureusement des plus rares. Nous étions à la Rioja (République- Argentine) lorsque la ville et la province de ce nom furent ravagées par une série de secousses formidables ; 72 furent enregistrées le même jour dans la région. 11 est difficile de dépeindre l'angoisse, le trouble et les impressions que l'on ressent alors : le sol tremble et oscille dans des convulsions épouvantables, comme le navire ballotté par les vagues d'une mer en furie ; on entend le bruit sourd de détonations souterraines; des crevasses s'ouvrent dans le sol et vomissent des vapeurs de soufre, des cendres, de la boue. Nous avons compté, près de Jaguël, plus de 30 de ces crevasses dans l'espace de deux kilomètres.

52 LE PÉUOU ÉCONOMIQUE

meuts de terre ou simples temblores, qui en temps normal laissent le public à peu près indilîérent,

La vie matérielle est très bon. marché à Lima, contre toute prévision.

V. — La ville est approvisionnée par quatre marchés : le Baratillo, la Recolela, la. Aurora et la Concepcion; tous édifices occupant une manzana, (115 mètres de côté) d'un très bel aspect, propres et bien aérés.

Ces marchés sont en tout temps bien pourvus de vivres comestibles d'une grande variété ; ils sont approvisionnés par les nombreux vergers des maisons et les jardins qui existent à l'intérieur de la ville. Voici un aperçu des prix de quelques vivres.

« Viande de bœuf, 0 fr. 40, 0 fr. 50 et 0 fr. 60 la livre : sucre non raffiné, 0 fr. 25 ; riz, 0 fr. 25 et 0 fr. 35 la livre ; le café (du pays), 0 fr. 75 et 1 franc la livre ; saindoux,

0 fr. 60 et 0 fr. 65 la livre ; beurre du pays, frais ou salé,

1 fr. 75 et 2 francs ; pomme de terre, 0 fr. 05 ; pain,

0 fr. 25 ; lait, 0 fr. 15 ; vin du pays, 0 fr. 50, 0 fr. 75 et

1 franc le litre ; le rhum ou tafia, 2 fr. 50 le litre, etc. » Le Liméen est ami de la bonne chère ; dans les classes

aisées, Turt culinaire est composé d'un amalgame de ce qu'il y a de meilleur dans toutes les cuisines. Cependant, dans les classes pauvres, peut-être plutôt par nécessité que par goût, et chez d'autres pour conserver intactes les coutumes créoles, on ne sert que les plats nationaux qui ont toujours de nombreux amateurs dans toutes les classes sociales. Les principaux plats qui composent la cuisine populaire sont : le soncochado, sorte de ragoût, le puchero, pot-au-feu créole, le locro, maïs cuit à l'eau au sucre, au lait ou avec de petits morceaux de viande, le tout très pimenté, le séviche préparé avec du poisson, des crabes ou des coquillages, etc. La chicha-, sorte de

piquette, est la boisson de rigueur pour tous ces mets.

YI. — De même qu'au Chili, une des calamités qui pèsent sur Lima, sont les casas de prestamos, sortes de montsde-piété libres, qui existent en grand nombre et qui, loin de soulager la misère, l'augmenteraient plutôt. L'absence d'un mont-de-piété officiel a fait naître cette sorte d'établissement qui ne fait qu'opprimer les nécessiteux en exigeant un intérêt de 4 pour JOO mensuel suivant l'objet enofagfé. La surveillance de ces établissements est exercée par la municipalité au moyen d'inspecteurs.

Les objets redevables de plus de 6 mois d'intérêts, sont vendus aux enchères publiques. Une fois le prêteur remboursé, le solde, s'il y en a, est versé à la Caisse municipale qui le fait servir à la diffusion de l'instruction s'il n'est pas réclamé dans les 6 mois.

VIL — Les prix payés aux domestiques indigènes sont les suivants :

Une cuisinière est payée, suivant le nombre des personnes à servir et suivant ses connaissances culinaires, de 10 soles à 25 soles par mois. Les cuisiniers se paient plus cher. Une nourrice, de 25 à 40 soles mensuels. Une petite servante, de 8 à 16 soles. Un petit domestique, un prix sensiblement égal. Un bon valet de chambre ou mayordomo est toujours payé plus cher, suivant services et conventions.

Il n'existe à Lima qu'un petit nombre d'établissements de bains, car la plupart des maisons sont pourvues de salles de bains. Sur presque toutes les places, il existe des stations de voitures. Le cocher de Lima est docile, bon garçon, très complaisant et surtout très discret. Il est rare que l'on ait à se plaindre de son service. Le tarif des voitures n'est pas très élevé : 2 fr. 50 pour la première heure, 0 fr. 50 par quart d'heure en sus ; la course \ario de

0 fr. 75 à 1 fr. 25 suivant le nombre de personnes à conduire.

Bien que les liôtels et restaurants de Lima ne puissent rivaliser avec ceux d'Europe, quelques-uns sont assez confortables ; le principal par sa situation et son importance est l'hôtel Maury situé dans la calle 3® de Garabaya avec une succursale dans la même rue ; vient ensuite l'hôtel de France et d'Angleterre, dans la rue 2^ de Lima, avec succursale dans la f® Huallaga. En outre, il existe quantité d'autres hôtels et restaurants de premier et deuxième ordre qu'il serait trop long d'énumérer. Dans les principaux hôtels on peut avoir une pension confortable pour 5 à 6 soles par jour.

Comme nous l'avons dit, la vie matérielle n'est pas chère à Lima, surtout en ce qui concerne les objets de première nécessité, mais les prix s'élèvent lorsqu'il s'agit d'articles importés, tels que vêtements, ouïe service et le logement. Dans le centre de la ville, on ne peut avoir une maison de 6 à 8 pièces à moins de 50 soles, soit 125 francs par mois ; dans les quartiers éloignés, mais propres, on peut trouver à moitié prix ; dans les pensions de famille, il n'est pas possible d'avoir deux pièces plus ou moins bien meublées à moins de 60 à 75 francs par mois.

Ylll. — Lima est desservi par plusieurs lignes de tramways précédemment à traction animale, aujourd'hui remplacée par la traction électrique. Les compagnies sont au nombre de cinq désignées par les premières lettres de l'alphabet.

Le tarif des places est de 5 centavos par section de parcours en première ; un prix égal en seconde et impériale pour parcourir toute la ligne. La compagnie délivre des abonnements de 50 et de 100 tickets au prix de 3 soles 80 en première et 1 sole 80 en seconde.

Les tramways commencent leur service à 7 heures du matin pour terminer à 10 heures du soir, sauf les jours fériés.

IX. — Lorsqu'on sort de Lima pour se rendre à Miraflores, Chorillos et Ancon qui sont les stations balnéaires de la capitale les plus fréquentées, on se trouve au seuil d'une immense plaine formée par une série de potreros (i) séparés entre eux par des tapias (2).

Dans les environs de Lima, abondent les huacss ou cimetières indiens du temps des Incas ; ces sépultures sont constituées par des monticules de pierres, terre et briques. Toutes ont été ouvertes soit par les tremblements de terre, soit par la main des hommes ; on y a trouvé et l'on y trouve encore des momies, des idoles, des articles de céramique incaïque, et parfois des objets d'or et d'argent.

Les huacas qui se trouvent dans les environs de Lima, ainsi que les constructions datant de la même époque, disséminées dans la Costa et dans la Sierra, sont toutes parfaitement conservées grâce au climat. Les momies que contiennent ces sépultures sont presque toutes assises à la manière indienne, c'est-à-dire les genoux touchant le menton. Toutes sont vêtues de manières différentes, suivant le rang du mort, ses habitudes et sa richesse.

Une des plus célèbres huacas des environs de Lima est celle de Pachacamac, près du village de Lurin, très remarquable par son importance archéologique et ethnographique.

MiRAFLORES, à 8 kilomètres à peine de Lima, est une ville d'eaux des plus agréables ; c'est une résidence charmante aux villas nombreuses et élégantes. On s'y rend à l'aide d'un tramway et par le chemin de fer de Lima à Chorillos et Ancon ; le prix des places est de 10 centavos.

(1) Prairies où l'on élève des chevaux.

(2) Petits murs en terre d'un mètre de hauteur environ.

La descente à la plage exige un quart d'heure ; cette plage, malgré la faveur dont elle jouit, n'est guère favorable aux baigneurs en raison de son fond de cailloux et de roches. C'est pourquoi Miraflorès commence à être délaissée pour Barranco, situé un peu plus loin, à 11 kilomètres de Lima ; le trajet se fait en 20 minutes.

La plage de Barranco possède le même fond que Miraflorès, sable et galets ; pour descendre à la plage on emploie un petit tramway funiculaire ou ascenseur hydraulique.

Chorrillos est aussi une station agréable et très appréciée. Comme les précédentes, la ville d'eaux est assise sur une falaise de près de trente mètres de hauteur audessus du niveau de la mer. La descente à la plage est là encore assez difficile ; le chemin qui y conduit est recouvert d'une toiture qui préserve les baigneurs des rayons du soleil.

Les villas sont nombreuses à Chorrillos ; il y existe aussi deux bons hôtels où pour 25 à 30 soles par mois on peut avoir une chambre pendant la saison, de décembre à avril, et pension complète pour 60 à 70 soles. Il y a aussi un casino.

Chorrillos est à 14 kilomètres de Lima, on s'y rend en trente minutes; le prix du voyage est de 40centavos. Quoique d'un bout de l'année à l'autre la température soit à peu près la même, tout Liméen qui se respecte vient s'établir à Chorrillos ou aux autres stations balnéaires de janvier à avril.

Ancon est absolument préférable comme plage; celle-ci est à fond de sable, les courants et la houle y sont peu sensibles, les eaux toujours d'un calme absolu, Ancon est situé à 28 kilomètres de Lima; on s'y rend en une heure. Le prix du voyage est de un sole.

Le chemin de fer de Lima à Ancon suit une vallée où l'on rencontre de nombreuses haciendas, car les Péruviens commencent à préférer à l'aléa des mines la sécurité de l'agriculture sous toutes ses formes. Après quatre siècles, ils suivent l'exemple du peuple sage anéanti par les Espagnols,

Ancon produit une impression désagréable ; la ville, qui est cependant attrayante, est située au milieu d'une plaine de sable incolore qui présente un aspect maussade, car il n'y existe pas de végétation.

X. — Les voyageurs se rendent à Ancon pour y voir les cimetières souterrains de période incaïque ensevelis sous les dunes de sable. Le spectacle, s'il est instructif, n'est guère attrayant et il faut avoir les nerfs peu sensibles pour considérer sans horreur ni dégoût le spectacle qu'offre l'espace immense où les Incas avaient établi leur nécropole.

De tous côtés, aux bords des dunes, à côté des huacas éventrées et béantes, on aperçoit des tronçons de momies, des crânes encore pourvus de leur chevelure, des bras, des jambes recouverts de lambeaux de peau jaunie et racornie, le tout mêlé à une multitude de débris de poterie et à des linges en guenilles.

Nous ne conseillons pas aux touristes de rechercher eux-mêmes et de procéder à la fouille d'une huaca, ils y perdraient leur temps et leur argent. Il faut pour cela une grande expérience que l'on ne peut acquérir en un jour. Il est donc préférable, si toutefois on le juge utile, de s'entendre avec des professionnels qui, moyennant une certaine somme, se chargeront de découvrir une huRca et d'en opérer la fouille. Malgré des précédents heureux, les résultats ne sont pas toujours brillants.

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