‹ Le Pérou économique;Chapitre 18 sur 35 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Principales villes du Pérou. — I. Arequipa, ses habitants. — H. Trujillo. — m. Ica. — IV. Moquegua. — V. Chiclayo Costa). — VI. Chachapoyas. — VU. Cajamarca. — VllI. Huaraz. — IX. Huanuco. — X. La ville la plus élevée du monde, le Ceno de Pasco, sa population, son climat. — XI. Tarma. — XII. Jauja. — XIII. Huancavclica — XIV. Ayacucho. — XV. Abancay. — XVI. Puno. — XVII. Le Cuzco, comment on s'y rend. Les ruines incaïques. — XVIII. Moyobamba. — XIX. Iquitos.

La plupart des villes de l'intérieur du Pérou sont des bourgs plutôt que des cités telles que nous les comprenons ; on ne doit pas s'étonner de voir des localités peuplées de moins de 5.000 habitants ; certains chefs-lieux de province et même de département n'ont parfois pas une population supérieure. Au Pérou, comme dans nombre d'Etats de l'Amérique latine, tout est relatif, toutes les centralisations, toutes les divisions officielles sont plus ou moins théoriques, ce qui fait que la lecture d'une carte renseigne imparfaitement, car les difficultés des voies de communication éloignent beaucoup les centres les uns des autres.

Il n'est pas indifférent de connaître la valeur et la situation des centres de population, ainsi que la distance qui les sépare de Lima ; c'est pourquoi nous croyons

devoir donner certaines indications sur quelques-unes des principales villes du Pérou classées par zones et suivant leur importance.

I. — Sur la Costa, après Lima et le Callao, dont nous avons déjà parlé, la ville la plus importante est Are- QUiPA, ville très commerçante qui a toujours joué un grand rôle dans la vie politique du Pérou depuis son indépendance. Elle est située à 885 kilomètres de Lima.

C'est le centre de l'activité intellectuelle et commerciale du sud du Pérou et aussi, en partie, du nord de la Bolivie,' surtout depuis la construction des chemins de fer de MollendO) Puno et Sicuani-Cuzco qui y convergent. Le mouvement des affaires y devient de plus en plus important, car les exportateurs de Bolivie, par les vapeurs du Titicaca et le chemin de fer de Puno et Cuzco, y transportent toutes les marchandises qui doivent être exportées par le port de Mollendo, distant d'Arequipa de 172 kilomètres ; cette voie est plus favorable que celle de Tacna où le transport se faisant à dos de mulet, les frais sont plus élevés.

Les principaux articles d'exportation sont les laines de vigogne, d'alpaca, les fourrures de chinchilla, le quinquina, la coca, le café, les métaux précieux, etc.

Arequipa a une population de 30.000 âmes environ; cette ville est édifiée à 2.329 mètres d'altitude, dans une vallée dominée par trois volcans élevés, le Misti où a été construit par les Américains un observatoire astronomique, le Chachani et le Pichupichu qui forment un immense cercle de 30 milles de diamètre. Au centre se détache la ville toute blanche, ce qui forme un curieux contraste avec la campagne verte où émergent un peu partout de pittoreques villages ; plusieurs possèdent des bains de sources minérales.

Les maisons d'Arequipa sont élégantes et solides, construites pour supporter les fréquents tremblements de terre qui ont détruit cette ville plusieurs fois, retardant son développement commercial. Toutes sont en pierres calcaires poreuses, mais résistantes, que l'on extrait d'immenses carrières situées à la base du Mistice ; c'est à ces pierres que la ville doit de paraître à distance d'une extrême blancheur. La ville est partagée en deux par le rio Chili ; sur la rive gauche s'élève la plus belle partie, les rues en sont droites et larges, le climat est sec et froid mais très sain; c'est la température des tropiques fort tempérée par l'altitude de la ville au-dessus du niveau de la mer.

La situation géographique d'Arequipa en fait l'intermédiaire obligé du commerce d'importation et d'exportation du sud péruvien et du nord de la Bolivie. Au point de vue industriel la ville n'occupe pas encore une place très importante, cependant, outre diverses fabriques, elle possède une fonderie et une usine métallurgique très bien montée. Il existe à Arequipa une université, l'instruction y est très développée.

Mais ce qui domine tout à Arequipa, c'est la religion et la politique.

En effet, le sentiment religieux y est porté à sa plus haute expression, presque jusqu'au fanatisme ; alors que dans tout le Pérou, le peuple est croyant, dévot même, mais tolérant, à Arequipa le rôle du prêtre prime celui des hauts fonctionnaires, lui seul sera obéi quoiqu'il demande.

A ce défaut d'intolérance, les habitants d'Arequipa et de tout le département en joignent un autre : c'est d'être doués d'un chauvinisme étroit et quelque peu ridicule, sans doute parce qu'ils ont la réputation, dont ils sont fiers, d'être les plus turbulents de tout le Pérou. C'est à

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Arequipa que se sont organisées la majeure partie des révolutions qui ensanglantèrent autrefois le pays. Cette turbulence semble s'être calmée, car depuis une dizaine d'années la paix publique n'a pas été troublée.

Mais cela n'empêche pas les habitants d' Arequipa d'être actifs et industrieux ; les femmes sont comme à Lima jolies et fort coquettes. C'est le département où l'agriculture, l'industrie, le commerce, les arts et les sciences se sont le plus développés. Mais comme tout est relatif, dans ce pays, pendant qu'une partie de la population s'agite et travaille, l'autre partie mène une existence toute contemplative.

En résumé on peut dire de la population du département d'Arequipa qu'elle a mauvaise tête, mais bon cœur.

Trujillo, distante de 565 kilomètres de Lima, est la capitale du département de la Libertad et de la province du même nom, elle est située à 65 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer, et à 11 kilomètres de la côte, àlaquelle elle est reliée par un chemin de fer qui se prolonge jusqu'à AsGOPE au centre de magnifiques exploitations de coton, de canne à sucre et de rizières prospères.

Trujillo, fondée par Pizarre en 1535, est une des plus anciennes villes du Pérou, on y jouit malgré sa latitude presque équatoriale d'un climat sain, sec et chaud. La ville ne couvre pas une très grande superficie ; de forme particulièrement régulière, ses rues sont Bordées de maisons nombreuses et confortables mais à l'aspect rébarbatif, aux murs énormes et sans fenêtres.

Trujillo est aujourd'hui quelque peu déchue de son ancienne splendeur, sa population est de 12.000 à 13.000 habitants ; c'était autrefois le centre d'attraction de toute l'aristocratie et de la richesse du nord du Pérou, elle n'est plus à l'heure actuelle que la résidence des riches hacen-

deros (planteurs) de la vallée de Chicama.. La population, très métissée, est en général indolente ; dans les rues on aperçoit nombre de nègres et de négresses, paressant au soleil le long des murs blancs. Depuis que la loi en les faisant électeurs les a faits les égaux des blancs, ils ont pour le travail un profond mépris.

Presque tous les villages des environs de Trujillo sont habités par des nègres ou des Indiens-, ces derniers y sont de belle stature, surtout à Moche.

C'est surtout autour de Trujillo, que l'on peut admirer les ouvrages destinés à l'irrigation des plaines environnantes ; ces canaux, construits par les Incas, très bien compris, faisaient circuler l'eau dans ces parages par un système presque analogue au système de la circulation du sang dans les veines. On peut y voir encore une sorte de digue et d'aqueduc de plusieurs kilomètres de longueur qui captait une partie des eaux du rio Moche pour approvisionner une immense citerne ou réservoir que les habitants de la région nomment manpuesteria.

III. — IcA est le chef-lieu du département de ce nom. Cette ville, reliée au port de Pisco par un chemin de fer de 74 kilomètres, est appelée à un certain développement lorsqu'on aura construit la ligne projetée de Lima à Pisco, qui vient d'être votée par le congrès péruvien. Ica n'est qu'à 275 kilomètres de Lima, par la voie de Ganete ; c'est le centre de magnifiques plantations de vignes, canne à sucre, coton, nopal, etc., on y fait une eau-de-vie très appréciée, le pisco^ qui est aussi connue sur la côte du Pacifique que le cognac en Europe. Le pisco est fait avec du raisin muscat et avec une autre espèce nommée raisin d'Italie. Ica avait autrefois une grande importance commerciale, à l'époque où l'on extrayait le guano des îles Chincha ; ce n'est plus aujourd'hui que la voie d'exporta-

tion des départements d'Ayacucho et de Huancavelica.

On trouve dans les environs plus de cent haciendas où se fabriquent du vin et des liqueurs d'exportation, et quelques verreries qui font de brillantes affaires. Plusieurs ruines d'aqueducs incas, remarquables parThabileté de la construction, se voient aussi à quelque distance, quelquesuns ont été restaurés. Lapopulation d'Ica est de 15.000 habitants environ.

IV. — MoQUEGUA, chef-lieu de la province littorale de ce nom, n'a qu'une population de 8.000 âmes à peine ; comme dans les environs d'Ica, il y a dans les riches vallées de Sama, Locumbâ et Moquegua de grands vignobles qui produisent des vins très estimés. Sur les versants de la Cordillère occidentale, toute proche, il existe des raines d'argent et de cuivre qui ne sont pas exploitées en raison de la grande difficulté des transports.

La ville de Moquegua était, avant la triste guerre du Pacifique (1880-1883), reliée au port d'iLo ou de Pacogha par un chemin de fer de 100 kilomètres ; les Chiliens détruisirent la ligne, et, considérant que les rails et le matériel roulant valaient mieux que des pendules, s'en emparèrent comme de butin de guerre.

Souvent bouleversée par des tremblements de terre, cette contrée jouit cependant d'un climat salubre, mais au point de vue végétal et animal, c'est un des plus pauvres départements du Pérou quoique tout y pousse à merveille lorsque la terre est arrosée. On parle de faire ou de refaire plutôt autour de Moquegua d'importants travaux d'irrigation semblables à ceux construits par les Incas . souhaitons, pour cette région si souvent éprouvée à divers titres, la réalisation de ces projets. Quant à la ligne ferrée, depuis vingt ans, on parle de la reconstruire et de la prolonger jusqu'aux districts miniers situés à l'est,

malheureusement tout cela est resté à l'état de projet.

Parmi les villes de la Costa méritant d'être signalées figurent encore Piura, Payta et Lambayeque sur la côte nord ; leur climat est sain mais d'une sécheresse terrible ; leur population varie de 6.000 à 8.000 habitants dont la plupart ont la réputation d'être de très bons marins. Ghi- CLAYO, chef-lieu du département de Lambayeque, est la ville qui a fait le plus de progrès, c'est le centre d'un commerce actif en raison de sa situation au milieu de grands domaines où l'on récolte le riz le coton et la canne à sucre. Ghiclayo a supplanté Lambayeque comme capitale, le climat de cette ville étant rendu humide et malsain par les inondations. Dans la zone de la sierranous trouvons quelques villes, toujours d'une importance relative ;ce sont, du nord au sud :

VL — Chachapoyas, chef-lieu du département de Ama- ZONAS, remarquable par son sol montueux coupé de riches et fertiles vallées, est une ville d'environ 10.000 âmes, perdue au milieu de montagnes désertes mais dans une délicieuse situation. Cette ville végète, car il n'existe dans cette région, peu peuplée, aucune bonne voie de communication.

Chachapoyas n'a de relations commerciales qu'avec Cajamarca et Moyobamba, villes qui se trouvent chacune à 250 kilomètres à droite et à gauche. Fondée par Pizarre à 500 kilomètres des rives du Pacifique et à peu près autant des ports de l'Amazone, elle possède une population très douce et industrieuse. A différentes reprises ces braves gens ont cherché à sortir de leur isolement en se frayant un passage vers l'Amazone, à travers les forêts où habitent des Indiens qui n'ont aucune relation avec les civilisés. Ces Indiens sauvages vivent par petites tribus souvent en guerre entre elles. Dans cette contrée si vaste où les règnes végétal et minéral n'ont rien d'extraordinaire

malgré le voisinage de Téquateur, ces entreprises demandent beaucoup de persévérance.

Les résultats de ces tentatives ne sont pas encore bien connus.

Toute cette région jouit d'un climat salubre et agréable ; des zones entières sont d'une grande richesse, alors que d'autres sont plutôt pauvres.

Il y existe des mines assez riches, autrefois exploitées par les Jésuites ; en outre plusieurs rivières roulent des paillettes d'or.

VII. — Gajamarga, chef-lieu du département de ce nom, est située sur le versant ouest de la Cordillère de la côte, à 2.730 mètres d'altitude ; le climat y est sain et relativement tempéré, car le thermomètre descend rarement audessous de zéro et ne dépasse guère 20" pendant les jours les plus chauds de l'été. Cajamarca est pour ainsi dire la nécropole des Incas. Les Indiens pourraient y retrouver nombre de souvenirs de leurs anciens souverains.

C'est dans cette ville que fut étranglé ITnca Atahualpa sur les ordres de Pizarre.

La ville possède une population qui peut varier entre 12.000 et 14.000 habitants ; elle est de forme régulière, elle a huit églises dont deux d'un style assez élégant. Cajamarca se trouve située entre Trujillo et Chaghapoyas, à environ 240 kilomètres de chacune de ces villes et à 150 kilomètres à l'est du port de Pacasmayo par la voie ferrée qui fonctionne déjà en grande partie. Le chemin de fer parvient actuellement jusqu'à la ville de Cajamarca. Lorsque cette voie ferrée sera achevée, Cajamarca prendra certainement un grand développement, car elle se trouve à moins de 80 kilomètres du riche district minier de Hual- GAYOG et à 40 des mines de Chilete qui sont des plus

ob LE PÉROU ÉCONOMIQUE

renommées. La population est très accueillante et hospitalière.

VIII. — HuARAZ, capitale du département de Ancachs, est située à 2.000 mètres d'altitude, le climat y est très sain et agréable. La population dépasse peut-être 20.000 habitants. Située au centre d'une région dont le sous-sol est particulièrement riche (mines d'argent, de houille), dans des terres favorables à l'agriculture et à l'élevage, — cette ville prend chaque jour une importance plus grande.

Huaraz est en relation avec la côte par les ports de Santa, Chimbote, Huarmey, Casma et avec Lima par une route terrestre plus courte que la voie de Huarmey ; par cette dernière, la distance qui sépare Lima de Huaraz est de 355 kilomètres.

Huaraz qui est déjà en communication constante avec les ports de la côte et les villes de Yungay, Caraz et Carhuaz deviendra d'ici peu un centre commercial et industriel des plus importants le jour où y parviendra le chemin de fer qui part de la magnifique baie de Chimbote. Cette ligne est actuellement totalement construite jusqu'à Suchiman, soit 55 kilomètres. La distance qui sépare Chimbote de Huaraz est de 180 kilomètres ; les travaux de prolongation de la ligne de Chimbote à Huaraz viennent d'être repris avec activité. Les célèbres mines de Ticapampa, dans l'important district minier de Recuay, ne sont pas à plus de 25 kilomètres de la ville. Toute cette région mérite de retenir l'attention, car outre l'importance des entreprises minières qui vont s'y développer, elle offre un sol fertile et l'élevage peut y être fait dans des conditions très avantageuses. Le département a une population de 430.000 habitants, c'est un des plus peuplés de la république.

IX. — HuANUCO, située entièrement sur les Andes, à 1.800 mètres d'altitude, à 120 kilomètres au nord de Cerro de Pasco et à 410 de Lima, est le chef-lieu du département du même nom. Le climat y est très sain; malgré sa température élevée, la végétation y est extrêmement luxuriante et l'on y récolte tous les fruits de la zone tropicale; on y fait un grand commerce de quinquinas ; la coca et les cafés de Huanuco sont très appréciés dans le pays même, où ils trouvent un écoulement facile à un prix rémunérateur. Huanuco fait un commerce actif entre Cerro de Pasco et Lima; c'est le principal centre de ravitaillement de la colonie allemande du Pozuzo dont nous parlerons dans le chapitre sur la Montana.

Cette ville, d'une population de 10 à 12.000 âmes, ne prendra quelque développement que lorsqu'une bonne route carrossable l'aura réunie à Cerro de Pasco en attendant la construction du chemin de fer projeté, et aussi quand la navigation fluviale sera devenue plus régulière sur le Pachitea, affluent de l'Ucayali, une des voies de l'Amazone.

X. — Cerro de Pasco. Cette ville est la capitale du département de Junin ; celui-ci est le département le plus froid du Pérou ; dans les maisons, il est indispensable d'avoir du feu, alors qu'à peu de distance, dans les vallées plus basses, il fait une grande chaleur. C'est dans le département de Junin, le plus central du Pérou, que se trouve la petite Lagune de Lauricocha, d'où sort, simple petite rivière, le fleuve géant du monde, l'Amazone.

Perchée comme un nid de condors sur une montagne argentifère, presque à la crête des Andes, à 4.352 mètres d'altitude (1), la ville de Cerro de Pasco, qui a détrôné comme chef-lieu du département de Junin la gentille

(1) 4.325 mètres suivant Babinski.

petite ville de Tarma est certainement une des villes les plus élevées du globe (1). La ville fut fondée il y a deux siècles, elle occupe le centre même des gisements d'argent de cet immense bloc de métal qu'est le Cerro de Pasco, à tel point que toutes ses rues, toutes ses maisons pourraient donner accès à autant de puits de mine.

La population de cette ville est très flottante, elle peut varier entre 16 et 20.000 habitants, surtout depuis que la locomotive a pénétré dans ses murs, il y a quelques mois. Il y a bien 16.000 mineurs, parmi lesquels un certain nombre sont continuellement à la recherche de nouveaux filous. Certains ont déjà fait plusieurs fois fortune, mais leurs passions les ayant vite mis à sec, ils se remettent, sans murmurer, à la poursuite de la déesse capricieuse, lestés d'un fort bagage d'espérance et de philosophie, en même temps que de persévérance et d'énergie.

Le climat de Cerro de Pasco donne lieu à de curieuses observations; entrés peu d'heures, le ciel, qui apparaît d'un bleu limpide, passe au noir, des orages de pluie, de neige, de grêle, alternent avec des éclaircies pendant lesquelles on est brûlé par les rayons du soleil ; il disparait après un coup de vent, pour faire place à une pluie torrentielle, qui à son tour cesse presque immédiatement, et le ciel redevient d'une sérénité incomparable. Les habitants de Cerro de Pasco, qui appartiennent aux races et aux peuples les plus divers, mènent une vie active, mais monotone, ils sont exposés au soroc/ie (mal des montagnes), au point de côté, et parfois aussi, surtout pendant les orages que nous venons de décrire et qui sont périodiques,

(1) Dans le département d'Arequipa se trouve le petit village de Apo, du district de Chihuata, situé à 4..S8o mètres d'altitude ; c'est l'endroit habité le plus élevé du monde avec le village de Chonla en Bolivie.

ils se mettent à trembler, sous l'influence du mercure, paraît-il; on dit alors qu'ils sont azogados.

Gomme on le voit, le séjour de Gerro de Pasco n'est rien moins que paradisiaque ; pendant huit ou neuf mois de Tannée, le froid, les vents, la foudre, la neige et la grêle sévissent de telle façon sur la malheureuse ville que sans l'appât des incalculables richesses métalliques que renferme le Gerro, les sombres maisons de briques qui s'alignent le long des rues boueuses seraient vite abandonnées.

Gette alternative ne se présentera plus maintenant ; l'arrivée du chemin de fer va donner à la ville une vie nouvelle ; elle lui permettra d'exploiter fructueusement ses gisements de charbon, de cuivre, de plomb, sans compter l'argent, dont il a été extrait depuis la colonisation jusqu'en 1890, malgré des procédés rudimentaires, pour une valeur de plus de sept milliards de francs. Depuis fort longtemps les mines sont inondées et, faute de machines d'épuisement, l'exploitation intensive est interrompue, on n'exploite guère que le cascajo, minerais autrefois aban donné comme rebut. Gette exploitation donne encore une moyenne de 30.000 kilos d'argent par an. Le jour où les compagnies auront amené de grandes machines pour l'épuisement des mines envahies par l'eau, et employé des procédés plus modernes pour le traitement des minerais, la ville de Gerro de Pasco offrira le tableau d'un important centre industriel et commercial à l'altitude stupéfiante de 4.352 mètres.

XI. — A 34 kilomètres de Gerro de Pasco, et à 249 de Lima se trouve, située à 3.050 mètres d'altitude et dans

(1) La distance qui sépare Lima de Gerro de Pasco est de 260 kilomètres. Cette ville se trouve à une égale distance au nord de la Oroya et de Tarma, au sud de Huanuco, à l'ouest du futur po4-t fluvial du Palcazu.

une belle vallée, la jolie ville de Tarma, où viennent se reposer les habitants de Cerro de Pasco et aussi ceux de la Costa atteints de maladies de poitrine. L'oppression douloureuse qui caractérise le soroche devient beaucoup moins gênante et disparaît presque à une altitude de 3.000 mètres. Dans toute la campagne de Tarma, aux jardins plantés de nombreux peupliers, on jouit d'une température douce et caressante.

XII. — Jauja, à 41 kilomètres de Cerro de Pasco, est une ville tout aussi agréable et pittoresque que Tarma. C'est, comme celle-ci, une station recommandée aux personnes atteintes de maladies de poitrine. On y obtient, parait-il, des cures merveilleuses sur des phtisiques au deuxième et au troisième degré. On estime, par expérience, que l'atmosphère des punas, pauvre en oxygène, est très favorable à la guérison de ces maladies.

XIII. — La ville de Huangaveliga, chef-lieu du département de ce nom, se trouve située sur la Cordillère occidentale, à 3.800 mètres d'altitude, à 365 kilomètres de Lima par la voie de Lu?îa/iwana.

Le département est célèbre par les mines de mercure qui s'y rencontrent fréquemment et en abondance ; on en a recueilli en grandes quantités dans des fossés creusés à fleur de terre. L'exploitation des principales mines de mercure, entre autres celle de Santa Barbara, située aux environs de la ville, est aujourd'hui paralysée par l'envahissement des eaux, le manque de voies de communication rend difficile et coûteux le transport des machines puissantes nécessaires à l'épuisement de celles-ci. Aussi la ville de Huancavelica a-t-elle vu diminuer sa population d'une façon notable, celle-ci n'est plus aujourd'hui que de 8 à 10.000 habitants à peine, quand au siècle dernier elle s'élevait au double.

Si Huancavelica est riche en mines de cuivre, argent et mercure dont le Gerro de Santa renferme des gîtes d'une richesse incalculable, non encore exploités, toujours en raison des communications difficiles, enrevanche, c'est le département le plus pauvre comme animaux et végétation. Situé à une grande altitude de la Cordillère, ce département ne produit guère qu'un maigre herbage, le stipaychu, des pommes de terre et de l'orge ; on trouve aussi dans cette région une sorte d'herbe aromatique nommée yerba Luisa (1), plante dont le goût est semblable à celui du thé et non moins agréable. La température de Huancavelica est froide et variable, le thermomètre oscille dans la journée entre 6 et 12 degrés au-dessus de zéro, du mois de juillet au mois d'octobre.

XIV. — Ayagucho, autrefois Huamanga, porte le nom de la fameuse bataille qui fut livrée dans ses environs en 1824 et qui décida de l'indépendance du Pérou; c'est la capitale du département de ce nom. Ayacucho, situé au centre même du Pérou, à 2.400 mètres d'altitude, en est le département le plus sain pour les Européens. La ville possède une population de 15 à 16.000 habitants ; comme celle du département voisin d'Arequipa, elle peut être considérée comme une des plus braves et des plus belliqueuses du sud Amérique, sans doute pour les mêmes causes climatériques. De même que Arequipa, elle fut l'instigatrice de révolutions nombreuses, dont l'ère, heureusement pour le Pérou, semble avoir pris fin.

La ville a assez bon aspect ; elle possède une université, un séminaire, évêché, tribunal, etc., et, naturellement, plusieurs églises, car c'est ce qui manque le moins dans la

(1) Herbe Louise.

plus pauvre des villes péruviennes. La cathédrale, dorée à l'intérieur, est d'assez bel aspect.

Le climat est vraiment tempéré, le thermomètre signale une température minima de 12** et de 24** maximum. La principale richesse consiste en mines d'argent. Ses richesses végétales ne sont pas très importantes sur les plateaux ; on y peut cependant faire de l'élevage ; toutes les céréales y viennent très bien, car il ne gèle pas ; en outre, les vallées, toujours plus chaudes, produisent tous les fruits et plantes des tropiques. Le cactus ou figuier de Barbarie y est aussi très abondant, trop même. On observe, dans ce département, de nombreux cas de cécité.

Lorsque la ligne de Lima à la Oroya atteindra Ayacucho, cette ville pourra tirer meilleur parti de ses mines, et des riches forêts de la province de Huanta. Ce prolongement vient d'être voté par les Chambres, il reste à passer à l'exécution. La ville est séparée de Lima par une distance de moins de 1.000 kilomètres et se trouve exactement placée à distance égale de Cuzco et de la capitale.

XV. — Abangay est le plus petit chef-lieu des départements péruviens; c'est en effet un des moins peuplés. Sa population de 4 ou 5.000 habitants est composée de nombreux planteurs dont les exploitations s'étendent dans les riches vallées environnantes. La canne à sucre fait l'objet de la principale culture ; on en tire la mélasse et une certaine eau-de-vie appelée canazo qui trouvent d'excellents débouchés dans les départements voisins. Abançay, capitale du département d'Apurimac,estsituée à 170 kilomètres à l'ouest de Guzco sur le chemin qui conduit à Andahuailas et à Ayacucho. Pour permettre à ce département d'exploiter les forêts qui s'étendent sur les bords de l'Apurimac et de ses affluents, il faudrait de bonnes routes qui manquent malheureusement et manqueront longtemps encore. Ce

département, qui a été distrait de celui de Cuzco, est un des moins connus du Pérou.

XVI. — PuNO est la capitale du département de ce nom qui s'étend au nord-ouest du lac de Titicaca; celui-ci occupe le plateau qui lui a donné son nom ; il est situé à 4.268 mètres d'altitude d'après Forbes et Squiers, mais il semble que cette altitude ne soit pas la même suivant les saisons, et on a remarqué que le niveau des eaux du lac baisse notablement.

Le lac de Titicaca est le plus élevé du monde (parmi ceux qui sont navigables). A vol d'oiseau il est situé à 523 kilomètres de lacôte; sa longueur est de 190 kilomètres et sa largeur varie de 55 à 70 kilomètres. Sa profondeur atteint depuis 30 mètres jusqu'à 300 mètres, la pêche y est abondante.

Sur la rive péruvienne du lac Titicaca, on trouve un certain nombre de petites villes : Julé, Pamata, Huancané etc. Puno est le centre commercial le plus important, sa population est de 12.000 à 14.000 habitants, en majorité composés d'Indiens Quechuas et Aymaras ; ces derniers sont les plus nombreux. La ville est reliée au port de Mollendo par une ligne ferrée de 673 kilomètres ; c'est pourquoi nombre de produits boliviens passent en transit libre par la voie de Puno en vertu de traités passés avec le Pérou. On fait à Puno un grand commerce de laine d'alpaca qui passe pour être la plus fine laine du Pérou, avec celle de vigogne et de brebis ; il se fait aussi un grand trafic de quinquinas, cocas et divers autres produits des forêts de Yungas et de Garabaya.

Les mines de Puno, dans lesquelles figurent celles de Garabaya, passent pour avoir été les plus riches du monde. Aujourd'hui, malgré le chemin de fer, la plupart des mines de cette région sont à peu près abandonnées

parce qu'elles sont envahies par les eaux et bien qu'elles soient encore fort riches, mais la configuration du sol montueux environnant, sans système d'écoulement, occasionnerait de trop grandes dépenses pour les épuiser. Un grand nombre de cours d'eau du département charrient de l'or. Cette réputation, attire chaque année un certain nombre d'orpailleurs qui viennent y tenterla fortune. Mais comme toujours en pareil cas, il y a plus d'appelés que d'élus et beaucoup perdent leur temps et leur argent.

En raison de son climat et de son sol varié, Puno possède une grande diversité d'animaux et de végétaux; tout y peut vivre, tout y peut pousser. Le climat du plateau se prête admirablement à l'élevage. La population de ce département est de plus de 540.000 habitants; c'est la plus dense de la république.

XVII. — Le Guzco, chef-lieu du département qui porte son nom, est situé dans une vallée en amphithéâtre à 3.488 mètres d'altitude et à plus de 400 kilomètres de la côte. C'est l'ancienne métropole des Incas, aujourd'hui déchue de sa splendeur. Si elle n'est plus comme jadis étincelante d'or, cette cité, ainsi que toute la région qui l'entoure, mérite de retenir l'attention de tous, capitalistes, négociants, artisans, car l'arrivée il y a deux ans du chemin de fer à Cuzco provoqua la fondation de nombreuses industries et exploitations qui furent favorisées par une main-d'œuvre assez nombreuse et bon marché.

En quelque point que l'on se trouve sur la côte du Pérou, la voie la plus pratique pour se rendre dans l'ancienne capitale des Incas est celle de Mollendo-Aréquipa-Sicuani, ligne ferrée qui a été prolongée jusqu'à Cuzco même.

Après avoir quitté Mollendo, le chemin de fer se lance à travers une contrée aride et désolée; tout d'abord, la pente est assez raide, puis on découvre à travers une éclaircie

des puissantes montagnes qui s'étendent proches ou distantes, la charmante vallée de Tambo qui forme une agréable oasis avec ses plantations verdoyantes de riz et de cannes à sucre. Ensuite, après une ascension plus prolongée, on parvient à une plaine de sable aride où Ton ne distingue, comme végétation, que d'énormes cactus, et çà et là, des huttes et villages indiens ; et l'on roule sans relâche vers le volcan « Misti », au pied duquel s'élève Aréquipa, Depuis la côte, on aperçoit le sommet pyramidal et tronqué de ce volcan tout étincelant de neige, qui s'élève à 5.847 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Aréquipa, nous l'avons dit, est une ville des plus agréables ; climat excellent, à la fois doux et frais.

Après cette première étape, car le voyage n'est repris que le lendemain, la voie ferrée continue son ascension en suivant le chemin que lui trace le torrent d'Aréquipa. L'altitude est de près de 4.000 mètres, le froid devient âpre et cinglant et nombreux sont les voyageurs qui sont pris du mal des montagnes ; à partir de cet instant, le train s'emplit de l'odeur peu agréable des remèdes de bonne femme : ail, vinaigre, eau sédative, généralement préconisés pour la circonstance (1).

A Juliaca, gros village quechua de 3.000 âmes, les voyageurs pour le Guzco descendent et passent la nuit car à cet endroit la voie se bifurque en deux directions, l'une se dirige vers le port de Puno sur le lac Titicaca, l'autre sur Sicuani, autre gros village quechua; ce tronçon

(1) Le Soroche détermine chez ceux qui en sont atteints uns prostration complète. Mais il est surtout caractérisé par de la migraine, de l'oppression, et les cas graves par l'hémorrhagie. Les femmes le ressentent généralement plus que les hommes : en somme, toute personne qui n'est pas asthmatique et a le cœur en bon état ne ressent ijue peu ou pas les effets du soroche.

Pour en éviter les atteintes nous recommandons l'emploi de l'ammoniaque ou de l'ail dès les premiers symptômes.

98 LE PillROU ÉCONOMIQUE

est l'amorce faite sur Guzco. Circonstance assez rare dans ces altitudes, on trouve à Juliaca un hôtel très bien pour l'endroit, aussi le propriétaire y a-t-il fait fortune.

Le lendemain, dernière journée en chemin de fer, jusqu'à Sicuani, alors terminus de la ligne ferrée. Nous traversons, pendant cette dernière étape, divers centres miniers importants : or, étain, cuivre, etc. A toutes ces stations on voit beaucoup d'Indiens aux ponchos de couleurs variées où domine le rouge, et un non moins grand nombre d'Indiennes, accroupies pour la plupart, mais non pas inactives, les unes filant au fuseau la laine dont elles feront ensuite les ponchos, les autres criant leurs marchandises ; celle-ci allaitant son nourrisson, qu'elle porte ensuite sur son dos, à peine retenu par un poncho noué devant, car elles aussi portent ce vêtement national ; celle-là cherche les poux de son moutard (c'est là une occupation très commune et une friandise très recherchée). Ces stations sont des espèces de petits marchés ; on y débite toute sorte de marchandises, depuis les aliments les plus variés jusqu'aux produits des quelques industries indigènes voisines. Nous y avons vu quelques poteries, à personnages en relief, vraiment remarquables ; rudimentaires, certes, mais dont le cachet d'originalité est saillant.

Dans les hautes altitudes interandines, le bois est des plus rares, aussi les populations n'ont-elles pour tout combustible que la fiente des troupeaux de lamas, qui est précieusement recueillie et séchée. Ce curieux combustible, que l'on nomme taquia, se présente sous la forme de boules noires de la grosseur d'une olive ; la taquia fait l'objet d'importantes transactions sur tous les marchés de la région.

Eatre Sicuani et le Guzco, il existait un service alterné de diligence et d'automobile ; c'est une de celles-ci qui nous

conduit à travers la route périlleuse mais pittoresque, entretenue par la Compagnie américaine qui a construit le chemin de fer et qui possède également ce monopole. Les diligences et les automobiles sont très confortables; le trajet s'effectue en deux étapes. Enfin, après avoir traversé la charmante petite ville d'Urcos, au nord de laquelle se trouve le petit lac dans lequel aurait été jetée, suivant la légende, Ténorme chaîne d'or qui entourait la pîace de Cuzco, nous arrivons dans cette ville si bizarre et si curieuse.

L 'impression produite par cette cité, qui à un moment donné fut un des centres les plus actifs de l'univers entier, est celle de l'admiration; quoique la ville ne soit pas belle, plutôt sombre et quelque peu sale, son aspect est aussi original qu'imposant. La ville a conservé en grande partie les plans et la disposition des rues de la cité incaïque, ce qui fait que celles-ci sont généralement étroites et irrégulières. Cuzco est traversé par le rio Huatanay, canalisé par les Incas, dont les travaux merveilleux subsistent encore.

Le Cuzco, ou plus exactement Ccozcco, est construit sur des terrasses artificielles aux pieds desquelles s'étale une vallée arrosée par cinq cours d'eau ; c'est entre les divisions formées par ces rivières, que s'étendent les quartiers formant autant de cités, œuvres de plusieurs races.

Après le Cuzco cyclopéen, on peut voir les traces laissées par les AmELUtas et par les Pur^huas, mais les vestiges les plus imposants sont ceux qui datent des Incas. Qu'on s'imagine une ville entièrement construite avec des pierres énormes, des blocs de granit et de porphyre de couleur foncée, puis sur cette ville rasée à quelques mètres du sol, sur des constructions à peu près intactes, une autre s'est reconstruite avec un style différent; c'est la ville hispano-mauresque des Espagnols et des Péruviens.

Ces deux villes superposées ne sont pas d'un bel aspect, mais le contraste est tellement frappant qu'il impressionne. C'est ainsi que nous admirons l'église de la Merced, dont la cour intérieure a voulu ressembler à celle de l'Alcazar; celle de Santo-Domingo, construite, non pas sur l'emplacement, mais sur le temple môme du Soleil. Toutes les constructions, d'origine incaïque, sont rectilignes, elles s'étendent sur plus de trois kilomètres ; seul le temple du Soleil est bâti en fer à cheval.

Mais ce n'est pas dans la ville seulement que s'est affirmée la science etl'activité merveilleuse des travailleurs incas ; à une courte distance en dehors de Cuzco, le voyageur qui s'est fait accompagner d'un guide est saisi d'admiration à la vue des monuments gigantesques, des admirables vestiges qui s'élèvent de toutes parts ; on éprouve en même temps un sentiment de respect pour la race remarquable qui a fourni cet effort grandiose.

Ce qui tout d'abord attire l'attention, c'est une colline de 200 mètres dominant Cuzco au nord, l'un des côtés est abrupt et inaccessible ; de l'autre s'élève le fort cyclopéen de SsLCsay-Huaman ; sa longueur est de 350 mètres, et sur cette surface s'élèvent trois murs d'enceinte de 5 mètres de hauteur. Dans ces murs se trouvent creusées des niches dans lesquelles devaient s'abriter les sentinelles. Ces fortifications sont fort imposantes et, à l'époque, devaient être absolument imprenables. Mais ce qui est surtout admirable, ce sont les pierres qui servirent à édifier cette construction gigantesque. Quelquesunes pèsent 15 et 20 tonnes, et l'on se demande avec stupéfaction comment les artisans incas, qui ne connaissaient certainement pas les moyens dont nous disposons aujourd'hui pour soulever les poids lourds, ont pu mouvoir des blocs qui mesurent 4 et 5 mètres de hauteur. De quels ins-

truments les Incas se sont-ils servis pour transporter de semblables fardeaux ? Sur les moyens employés, on est obligé de se borner aux conjectures plus ou moins exactes^ mais ces procédés, comme le résultat obtenu, n'en sont pas moins dignes de notre admiration.

Sur une élévation de terrain voisine du Sacsay- Huaman, appelée Qquuisillo Hunqu-Ina (l'endroit où danse le singe) par les Quechuas, et le Rodadero (Glisseur ou Rouleur) par les Espagnols, on trouve des blocs granitiques sculptés et transformés par les travailleurs incas en terrasses, galeries, renfermant un grand nombre de niches, en sièges et marches de toutes formes.

A l'est, on aperçoit les constructions bizarres du Qquenco entourées de travaux semblables à ceux qui se trouvent sur le Rodadero. Toutes ces constructions sont situées à la même altitude que le Sacsay-Huaman, à un peu plus de 200 mètres au-dessus de la vallée de Guzco (1).

Mais ce qui pour l'observateur est le plus étonnant, c'est que les Incas dans leurs édifices n'employaient aucun ciment. Ils taillaient leurs pierres (ils ne connaissaient ni le fer et l'acier, mais avaient découvert, ce qu'aujourd'hui encore nous ignorons, la trempe du cuivre, et c'est avec des outils de cuivre qu'ils ont obtenu ces merveilleux résultats), et ils les taillaient avec tant de perfection qu'elles se juxtaposaient. Et ils ne les taillaient pas carrées ou rectangulaires, cela n'eût pas donné assez de solidité à leurs constructions, dans une contrée où les tremblements de terre sont plutôt fréquents ; non, leurs pierres sont hexagones, octogones, nous avons même vu une pierre qui avait douze angles inégaux, dont deux ou quatre rentrants, et, à ces mêmes pierres, les autres sont si bien

(1) Pour édifier le temple du Soleil, le Sacsay-Huaman et le Qquenco, 20.000 hommes furent employés pendant cinquante ans.

ajustées, qu'il est impossible aujourd'hui encore d'y passer une épingle.

Nous avons vu aussi d'autres blocs qui portaient des empreintes de mains, d'animaux; d'autres, au contraire, où ces mêmes dessins étaient en relief! Comment ont-ils pu faire cela ? Ce n'étaient pas leurs outils de cuivre, si bons fussent-ils, qui leur ont permis une telle œuvre. Non, là, la pierre a été rongée, dissoute, mais au moyen de quel acide ? Ces Indiens avaient la science si approfondie de la plante, de l'herbe de leur Cordillère que c'est là que nous devons en chercher l'explication. Et il est malheureux que, de même qu'ils ont su nous garder leur langue, ils ne nous aient pas transmis leur science.

Le nom de Rodadero, dont nous avons parlé plus haut, vient d'une pierre lisse qui se trouve sur l'une des faces de la colline. Cette pierre est si glissante, que l'on s'en sert pour en obtenir les effets d'une montagne russe. En effet, les habitants de Cuzco ont l'habitude de s'y rendre à certains jours de l'année et d'y prendre leurs ébats. Tous montent au sommet de la roche, puis chacun se laisse glisser jusqu'en bas de la pente rapide, au milieu des rires que provoquent les cabrioles et les chutes heureusement sans danger. Ce plateau de Rodadero devait servir sans doute de tribune, de lieu d'assemblée et de place pour les jeux, car sous le gouvernement des Incas, rien n'était libre, les divertissements et les travaux étaient également obligatoires. Les suppositions sur l'usage de cette sorte de cirque sont justifiées par le nombre et la disposition des marches et des sièges sculptés un peu partout.

C'étaient des gens pratiques que les Incas et qui, même pendant leurs jeux ou leurs assemblées, n'aimaient pas à être surpris par l'ennemi. Et de cette place même du Rodadero partait un souterrain qui avait plusieurs

issues : l'une aboutissait à la colline fortifiée ; l'autre allait jusqu'à l'entrée même de Cuzco; une autre, plus longue, débouchait à l'endroit où est actuellement l'église Santo- Domingo, édifiée sur le temple du Soleil, situé à l'autre bout de la ville. Mais ces souterrains si intéressants, qui pourraient être un si beau sujet d'études pour l'amateur, ont été obstrués, clausurés par ordre du gouvernement, sous prétexte que plusieurs personnes s'y étaient perdues !

La population de Cuzco^ de 30.000 âmes environ, n'altère en rien par sa tenue le caractère incaïque de cette ville, car les neuf dixièmes de cette population sont composés par les descendants des anciens maîtres du pays. La population, métissée ou d'origine européenne, est en général d'esprit cultivé et très hospitalière.

A Cuzco, la vie est agréable et peu coûteuse parce qu'il y a un marché abondamment pourvu des produits si variés des vallées tropicales de Paucartambo et Urubamba. De ces régions arrivent de l'excellent café, du cacao d'une qualité exquise, toutes sortes de fruits, le quinquina Calisaya, le caoutchouc et la coca qui forment d'excellents articles d'exportation. On trouve au Cuzco et dans ses environs une grande variété de matériaux de construction à des prix peu élevés, et un facteur des plus importants pour le progrès et le développement de rin-< dustrie, c'est-à-dire une main-d'œuvre abondante et bon marché.

On croit le département de Cuzco très riche ; des mines d'or, d'argent, de cuivre, d'étain, de plomb, mercure, amiante, etc., y ont été trouvées en nombre d'endroits. Les Incas et aussi les Espagnols exploitèrent quelques-unes de ces mines, mais la fertilité du pays jointe aux difficultés des communications ont fait que jusqu'ici on y a

peu recherché les minéraux. En outre la terre y est trop couverte de végétation pour laisser voir ses richesses métalliques.

Nous n'hésiterons pas à signaler cette région aux émigrants capables, habiles dans quelque industrie qui avec un petit capital voudraient jeter les bases d'une solide fortune. La ville de Cuzco, située à peu de distance des forêts à caoutchouc, des centres miniers, reliée au Pacifique par la voie ferrée, très rapprochée des cours d'eau navigables, affluents de l'Amazone qui lui olfrent plusieurs routes directes vers l'Atlantique, centralisera toujours le commerce et l'industrie qui ne tardera pas à se développer dans cette région qui, nous le répétons, mérite d'attirer l'attention.

Il nous reste à parler maintenant des centres de population répandus dans la zone de la Montana. Cette zone ne comporte qu'un seul département, celui de Loreto, qui représente presque la moitié de la superficie de la Repu blique.

XVIII. — MoYOBAMBA, autrefois le chef-lieu du département de Loreto, se trouve située sur un chaînon de la Cordillère orientale des Andes, à 860 mètres d'altitude et sur le versant sud de ce chaînon. Moyobamba est située au bord de la rivière Mayo qui serait navigable en partie, mais cette ville reste très isolée à cause du mauvais état des communications ; la route qui conduit à BalsEipuerto, d'où l'on descend en canot jusqu'au port fluvial de Yurimaguas, où commence la navigation, n'est qu'un sentier mal entretenu et souvent impraticable, quoi qu'en disent les publications officielles. Le gouvernement s'emploie actuellement à améliorer cette route qui présente un certain intérêt.

Moyobamba a une population de 6 à 7.000 habitants;

ceux-ci s'occupent priacipalement de la fabricatiou des chapeaux de paille, dits de Panama (1), dont il se fait un grand commerce par la voie Iquitos-Para.

Plus près de Yurimaguas, se trouve Tarapoto dont les tabacs sont très appréciés.

Yurimaguas, Loreto, Nauta, Saposoa, Masisea Sarayacu, etc., etc., sont pour l'instant des centres de peu d'importance. Leur développement dans l'avenir dépendra de la régularité de la navigation fluviale.

XIX. — Iquitos est la capitale actuelle du département de Loreto. Il y a trente ans, quand on inaugura la navigation à vapeur sur l'Amazone, le nom d'Iquitos ne figurait même pas sur les cartes ; aujourd'hui encore, par son grand éloignement des centres du Pérou, cette ville est plus connue des populations du Brésil que partout ailleurs. La population d'Iquitos, d'un peu plus de 18.000 habitants, est des plus hétérogènes ; elle se trouve constituée par des Brésiliens, un certain nombre d'Européens de différentes nationalités qui y possèdent d'importants comptoirs, des habitants des provinces de Ghachapoyas et Moyobamba et surtout d'Indiens des tribus nommées Iquitos et Omaguas.

La ville est entourée de forêts épaisses, elle offre un joli aspect; l'activité commerciale qui la fait se développer de jour en jour continue à faire disparaître les huttes et maisons couvertes de paille remplacées aujourd'hui par des constructions confortables, en briques, avec toit de tuiles ou de tôle ondulée. Elle possède quelques édifices et une Chambre de commerce. C'est à Iquitos que se trouvent les grands exportateurs de caoutchouc, tabac,

(1) Consulter : L'Industrie du chapeau éii Equateur et au Pérou, par le IF Rivet. — Librairie Orientale et Américaine. E. Guilmoto, éditeur.

salsepareille, vanille, chapeaux de paille et quantité d'autres produits des forêts.

Parmi les exportations du port d'Iquitos pendant l'année 1911, on comptait 2.081.887 kilos de caoutchouc; 449.585 kilos d'ivoire végétal ou tagua; 19.515 kilos de peaux de bêtes diverses et 117 douzaines de chapeaux de Panama. — Rien que pour les trois premiers mois de 1912, la douane d'Iquitos produisit 60.070 livres sterling.

Nous sommes absolument convaincu que cette ville est destinée à jouer un rôle des plus importants dans l'œuvre de colonisation de Fimmense et riche territoire qui l'entoure. Aussi le Gouvernement péruvien cherche-t-il à peupler peu à peu ses territoires orientaux. De même qu'en mars 1912, il a formé sur le Madré de Dios une colonie nationale composée de 62 familles récemment arrivées au Pérou, il a passé à la fin de la même année des contrats pour la colonisation des terrains situés sur les bords des rios PisQUi et Aguaitia., affluents de l'Ucayali.

A notre avis, cette colonisation ne pourra donner de résultats pratiques, pour les colons comme pour le Pérou, qu'autant que ces régions seront réunies aux centres de consommation et au littoral par les voies ferrées projetées (1).

(1) D'après les dernières nouvelles, on a commencé les travaux du chemin de fer qui part de Goillarisquiza, dans les environs de Cerro de Ppsco, et ira aboutir au port fluvial de Pucalpa sur le rio Ucayali. Ce chemin de fer, qui fera communiquer le Callao avec la région de l'Ama ■ zone, est d'une importance qui sera toujours grandissante pour celle partie de l'Amérique du "-ud. 11 facilitera énormément l'exploitation des richesses immenses que renferme la montana.

En mars 1912 on a achevé l'installation à Iquitos d'une tour de 100 mètres do hauteur, destinée au service de télégraphie sans fil qui met aujourd'hui cette ville, autrefois isolée, en communication directe avec Lima d'une part, et Mansos de l'autre. Le tarif est fixé à 20 centavos par mot et à i> cerUavos pour le service de presse.

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