CHAPITRE VIII
Services publics. — Postes et télégraphes — I. Tarif posta; — IL Mandats-poste. — III. Colis postaux. — IV. Télégrammes et câblogrammes. — V. Télégraphie sans fil. — VI. Système monétaire. — VII. Poids et mesures. — VIII. Douanes, fixation des droits. — IX. Instruction publique. — X. Sociétés scientifiques. — XI. Presse. — XII. Travaux publics. — XIII. Police. — XIV. Armée. — XV. Ecoles militaires. — XVI. Mission militaire française.
Le Pérou fait partie de l'Union postale universelle. Le service postal qui est assez satisfaisant s'effectue par l'intermédiaire de 375 bureaux.
I. — D'après les paragraphes 1 et 3 de la Convention postale qui apporte aussi une restriction à l'usage abusif des timbres officiels, les équivalences suivantes ont été établies entre le prix marqué des timbres français et des timbres péruviens.
0 fr. 25 0 fr. 10 0 fr. 05
10 centavos 4 centavos 2 centavos
En outre, depuis 1905 le tarif postal péruvien a été modifié ainsi qu'il suit : lettres de 15 grammes, via Magelïan, 10 centavos; — via Panama, 12 centavos; cartes postales, via Panama, 4 centavos; — via Magellan, 3 centavos; — via des Andes, 3 centavos.
Journaux, via Magellan, par 50 grammes, 2 centavos ; via Panama, par 50 grammes, 3 centavos.
Imprimés, via Panama, par 50 grammes, 6 centavos ; via Magellan, 4 centavos.
Papiers d'affaires, via Magellan, par 50 grammes, 4 centavos (minimum 10 centavos) ; via Panama, par 50 grammes, 6 centavos.
Une lettre recommandée paie 10 centavos en plus, l'avis de réception également 10 centavos.
II. — Le plus grand nombre d'entre les bureaux postaux du Pérou sont autorisés à effectuer des virements postaux et télégraphiques dans l'intérieur du pays; dans les principaux centres, ces bureaux peuvent aussi délivrer des mandats-poste, pour la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et les Etats-Unis.
Aucun de ces mandats ne peut être inférieur à un franc ni supérieur à 500 francs. La taxe est de 0 fr. 25 par 25 francs ou fraction de 25 francs.
Si l'expéditeur désire recevoir un avis de paiement, il paiera 10 centavos etpour le service express (1) 12 centavos.
Pour les chèques et toutes classes de valeurs déclarées contenus dans une lettre recommandée, le tarif est de 1 pour 100 jusqu'à 4.000 soles (10.000 fr.), 1/2 pour 100 de 4.000 à 20.000.
III. — Tous les bureaux de poste de la république péruvienne peuvent expédier et recevoir des colis postaux sans déclaration de valeur (2). Depuis quelques années en effet, le Pérou a établi un service de colis postaux avec n'importe quel pays d'Europe et vice versa à raison de 6 fr. 25 pour chaque colis. Ce service s'accomplit à l'en-
(1) Le service « express » consiste dans le paiement du mandat, au domicile du destinataire., immédiatement après l'arrivée du courrier, (ii) Les colis postaux, valeur déclarée, paient 1 pour 100 en plus.
tière satisfaction des intéressés qui trouvent dans ce mode de transport, un peu long peut-être, puisqu'il doit se faire par le détroit de Magellan, non seulement une économie considérable de fret, mais encore la suppression presque complète des frais à l'arrivée. Pour tout colis postal, le destinataire n'a à payer à la poste que 10 centavos en sus des droits de douane. Le plus petit colis envoyé d'une autre façon, au contraire, occasionne de grands frais au destinataire.
Il semble que beaucoup de commerçants français ignorent le service des colis postaux avec le Pérou, et que quand on leur commande une marchandise à expédier de cette façon, non seulement ils ne se conforment pas aux instructions données, mais ils se laissent le plus souvent imposer par des agents, peu soucieux des intérêts du destinataire, des frets exagérés.
Il faut donc que nos négociants sachent bien qu'on peut envoyer au Pérou, comme colis postal, tout colis d'un poids brut de cinq kilogrammes au maximum et ne dépassant pas en volume 25 décimètres cubes. Donc, une boîte en fer blanc ou en bois de 58 centimètres de longueur, 35 centimètres de largeur sur 12 de hauteur, peut être expédiée comme colis postal de France au Pérou. Une boite en fer blanc peut peser 1 kilogr. 50- Nous avons appris avec satisfaction que quelques grands magasins parisiens, entre autres le Louvre et le Bon Marché, ont adopté ce service ; au début de chaque saison, ces maisons expédient une grande quantité de catalogues au Pérou, si bien qu'un grand nombre de dames de Lima et non des moins élégantes, reçoivent ainsi leurs toilettes de Paris. Ce qui est fait par ces grands magasins peut l'être également par tous les commerçants faisant des affaires avec le Pérou.
IV. — Le Pérou possède un réseau de lignes télégraphiques très étendu, mais encore très incomplet en raison de Téloignement des centres et des altitudes ; cependant ce réseau se développe toujours de plus en plus, il se construit en moyenne chaque année 500 kilomètres de nouvelles lignes télégraphiques. La communication par ligne terrestre existe depuis quelque temps entre Lima, Bogota (Colombie), Quito (Equateur), La Paz (Bolivie), Santiago (Chili) et Buenos-Ayres (République Argentine) (1).
Deux câbles sous-marins font communiquer le Pérou avec le reste du monde. Ce sont, par le nord, la « Centrai and South Aynerican Telegraph Company, » et par le sud la « West coast of America Telegraph Company. » Ces deux compagnies possèdent un tarif uniforme, mais qui pour certains pays varie suivant les fluctuations du change. Ainsi il est de 2 fr. 80 par mot, pour la France ; 2fr. 90pourla Belgique, la Suisse, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie; pour la Russie 3 fr. 10.
Malgré les louables efforts du gouvernement péruvien l'important service des postes et télégraphes laisse beaucoup à désirer dans les provinces de l'intérieur, en raison de l'indolence des employés. Sauf dans les principales villes, où le service est généralement bien assuré, il faut compter, dans l'intérieur, avec l'incurie et l'ignorance des fonctionnaires et préposés, qui, se trouvant loin de la surveillance de l'administration centrale, laissent souvent se détériorer le matériel confié à leurs soins.
Les riches et magnifiques régions des Andes orientales restaient presque complètement isolées du reste du pays ; le gouvernement péruvien a décidé d'établir des coramuni-
(1) Par les lignes de l'État, un télégramme de un à dix mots vaut invariablement 40 centavos ; chaque mot en plus se paie à raison de 4 centavos.
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cations rapides au moyen d'un service de télégraphie sans lil entre Lima et Iquitos sur l'Amazone.
La télégraphie ordinaire ne convient pas à la région de la Montana ; différents essais restèrent infructueux : tout d'abord il était à peu près impossible de traverser les forêts vierges, ensuite, les Indiens, ne comprenant rien aux lîls qu'ils soupçonnaient d'être des agents malfaisants, détruisaient le réseau à mesure qu'il était établi. On avait ensuite songé à poser des câbles dans les rivières, mais le courant de la plupart de celles-ci étant trop rapide, il aurait fallu sans cesse renouveler la ligne par suite d'usure. C'est pourquoi le gouvernement a adopté la résolution de relier Lima à Iquitos par un service de télégraphie sans fil.
V. — Un contrat a été conclu entre le gouvernement péruvien et la compagnie allemande « Gesellschaft fur drahtlose Télégraphie» pour l'installation de la télégraphie sans fil entre Puerto-Bermudez et Iquitos.
Un ingénieur de la Compagnie de télégraphie sans fil de Berlin est parti pour l'intérieur avec quarante ouvriers et de nombreux Indiens porteurs, afin de rechercher l'emplacement de cinq stations radio-télégraphiques, pour mettre en communication la côte du Pérou avec la côte du Brésil sur l'océan Atlantique. L'expédition, qui a été rendue très pénible par la nécessité de traverser des forêts extrêmement denses, des régions inhabitées et même inexplorées, a cependant, fort bien réussi.
La compagnie allemande a obtenu le monopole de l'exploitation et procède à l'installation des stations : entre Puerto-Bermudez, point où s'arrête la télégraphie ordinaire, Masisea et Iquitos. Si ce service réussit, il sera prolongé jusqu'à Manaos et le Para. De cette façon la télégraphie sans fil reliera l'Atlantique et le Pacifique.
Lima, le Callao et ses environs sont réunis par de nombreuses lignes téléphoniques ; il en est de même pour les principales villes et leurs environs immédiats.
VI. — Il n y a pas très longtemps encore, le Pérou possédait un système monétaire dont la stabilité laissait fort à désirer; car l'unité monétaire, le sol ou soleil, jadis oscillait et variait suivant les jductetions du change. — II n'en est plus de même depuis que l'étalon or a été adopté au Pérou. L'unité monétaire est la livre péruvienne, identique en poids, dimensions et titre à la livre sterling anglaise.
Les monnaies d'argent et de cuivre frappées dans le pays sont des fractions de la livre. La livre équivaut à dix soles d'argent qui reste quand même la monnaie unitaire. Le sol est égal en dimension, qualité et poids, à la pièce de cinq francs; sa valeur au change est de 2 fr. 50.
Le sol se subdivise en pièces de 20, 10, et 5 centavos; le centavo, monnaie de cuivre, est la centième partie du sol. — L'introduction de la monnaie d'argent et de cuivre est prohibée au Pérou; cette mesure a été prise dit-on afin de conserver l'étalon d'or. Les monnaies d'or anglaises, les livres et les demi-livres sterling ont cours légal au Pérou; on les considère comme livres péruviennes dans les transactions commerciales.
Le papier-monnaie, si déprécié partout, n'existe plus au Pérou, il n'y a même pas de billets de banque, et la loi en défend l'émission.
VII. — Théoriquement, d'après laloi de novembre 1862, les poids et mesures du système décimal français devraient être les seuls admis au Pérou ; mais en réalité les anciennes unités du système espagnol sont toujours en usage ; en outre, certaines mesures de superficie ne sont pas toujours les mêmes dans tous les départements. Gomme il
existe une notable différence entre ces mesures et les nôtres, nous croyons utile de donner ici leur équivalence.
Mesures de longueur.
La uara (ou mètre) 0 mètre 8359
Le pie (pied) 0 — 2786
La pulgada (pouce) 0 — 2321
La linea (ligne) 0 — 1934
Le punto (point) 0 — 1612
Mesures agraires.
Layngada 321.947 mètres carrés »
La fanega 6 . 438 — 94
Le celemin o36 — 57
Le estadal 11 — 17
Le fopo de 500 varas carrées . 3.493 — 95
Il existe encore lafane^ada, égale à 2 hectares 8 ares; cette mesure est employée sur la Costa. Dans les départements de Arequipa et de Puno, on emploie le topo qui mesure 4.608 varas carrées. Dans le département de Piura, c'est la cuadra qui est en usage, soit 10.000 mètres carrés ; dans celui de Junin, c'est le tongo, soit un carré de 13 varas de côté.
Mesures de capacité (matières sèches).
Le cahiz 666 litres 001
La fanega 55 — 500
Le Almud 27 — 780
La CuartUla 13 — 890
Le Celemin 4 — 623
Le Cuartillo 1 — 156
Mesures de capacité (liquide).
Le Mayo 258 litres 126
h'arroba ou cantara 16 — 132
La cuartilla 4 — 033
Vazumbre 2 — 016
Le cuartillo 0 — 504
La copa 0 — 126
Mesures de poids.
La tonelada (tonne). .,.„.... 920 kilogr. 186
Le quintal 46 — 009
La arrorba H — 500
La libra (livide) 0 — 460
La onza (once) 0 — 281
El adarne 0 — 129
Mesures de volume.
Tonelada (tonne) 1 mètre cube 516
Vara cubica (mètre) 0 — 584
Piécubico 0 — 0.2163
Pulgada cubica 0 — 0.000.125
Les mesures topographiques diffèrent également de celles qui sont employées, et comme les expressions sont à peu près les mêmes il s'en suit des erreurs de distance parfois considérables.
Ainsi, la légua ou lieue, c'est toujours de la lieue géographique qu'il s'agit, à raison de 20 au degré ; la lieue péruvienne est donc de 5 kil. 555 ; on emploie aussi la lieue commune, qui est de 5 kil. 572.
Le milla ou mille de 1000 pas équivaut à 1.393 mètres.
h'estadal représente 1 m. 672.
Le paso ou pas géométrique donne Im. 393.
Le pié géométrique 0 m. 278.
VIII. — Les principales ressources du budget péruvien reposent sur les entrées et sorties douanières, et sur l'affermage de divers monopoles, etc. Malheureusement l'administration des douanes laisse beaucoup à désirer. Malgré le trop grand nombre de ports (d'aucuns disent, nombre insuffisant), en raison de sa trop grande étendue, la côte se trouve peu ou pas surveillée, ce qui rend très facile l'introduction de marchandises en contrebande.
Pour remédier à tous ces inconvénients et aussi à ceux
l'iO LE PP:nOU ÉCONOMIQUE
qui résultent de pratiques vexatoires ou routinières, le gouvernement prépare certains règlements dont il attend les meilleurs résultats.
Considérant qu'il peut être utile pour le commerçant ou pour le voyageur de connaître les droits qui grèvent les marchandises à leur entrée au Pérou, nous donnons quelques indications à ce sujet.
Le régime douanier péruvien est basé sur le système ad valorem.
Les tissus paient 40 pour 100, les produits manufacturés 45 pour 100, vins et liqueurs 65 pour 100, matières premières de 5 à 20 pour 100.
Nous croyons savoir que ce tarif subit encore une aggravation de 3 pour 100.
L'impôt sur les importations est ad valorem et spécifique. Pour le paiement des droits ad valorem on doit tenir compte de l'unité de tarif qui sert pour la fixation des droits, suivant que l'évaluation se fait en poids, mesure ou quantité, et ensuite le pour-cent que désigne la partie correspondante du tarif. Le poids est net ou brut, il est toujours net lorsqu'on n'a pas spécifié le contraire.
Quand le droit est établi pour un poids brut, on fait le compte en multipliant l'évaluation par le poids et en déduisant le pour-cent. Quand il y a plusieurs ballots égaux, on multiplie leur nombre par le poids de chacun et le produit se multiplie à son tour par l'évaluation ; le résultat se nomme principal, le pour-cent de ce dernier sera le montant du droit à payer.
Par exemple, si l'on demande l'expédition de 10 pièces d'étoffe dont le poids serait de 50 kilos chacune, (et les droits sont fixés à 40 centavos le kilo avec le 30 p. 100), le calcul se fera de la façon suivante : 10 X 50 = 500 kil. ;
500x40 = 200 principal. Si nous prenons le 30 p. iOO
nous trouverons: 77-^ — = 60 soles qui sont les droits
d'importation que devront payer les pièces d'étoffe.
Quand la marchandise est tarifée par quantité, à tant par douzaine, le nombre de celles-ci se multiplie par l'évaluation et ensuite, on déduit le pour-cent.
Pour les marchandises tarifées par longueur, il est nécessaire de se rendre compte si c'est par mètre linéaire, carré, ou cubique. Quand il s'agit d'une marchandise tarifée par mètre de longueur, le tarif signale la largeur par centimètre ; de façon que cette fois il est nécessaire de multiplier l'évaluation par le nombre de centimètres de large et par le nombre de mètres de longueur en déduisant du total le pour cent.
Quand le tarif est par mètre carré, on multiplie la longueur par la largeur et le produit que l'on obtient est le nombre de mètres carrés correspondant à la marchandise, on multiplie ensuite par l'évaluation et en prenant le pourcent, on trouve la quantité que l'on doit payer.
Les marchandises étrangères ont à payer à leur entrée au Pérou un droit ad valorem, variant suivant les catégories entre 40 et 50 pour 100, sauf pour le Pérou amazonien, où les droits sont de 15 pour 100, sur les prix de facture pour les marchandises comprises dans la section 7 du tarif des douanes. Dans cette région, les articles suivants entrent libres de droits : bétail sur pied, navires ou chaloupes à vapeur, pièces de rechange, charbon de terre, outillage et machinerie de toute catégorie pour l'agriculture et l'industrie, rails et tout matériel roulant pour chemin de fer, or contrôlé, livres et ustensiles d'école, fours pour usage industriel, alambics de cuivre pour rectification, tachos (chaudions) de fer ou de cuivre pesant plus
de 36 kilos ; cuves, chaudières et autres ustensiles qui sont employés pour recueillir le caoutchouc.
Toutes les autres marchandises paieront 30 pour 100 sur la valeur fixée par le tarif, exception faite des bijoux d'or et d'argent montés avec pierres précieuses.
Le caoutchouc qui s'exporte par les douanes amazoniennes paie, quelle que soit sa catégorie, un droit de 20 centavos (0 fr. 50) par kilo (poids brut), ou 24 centavos (0 fr. 60) poids net, quand il n'est pas emballé en caisse.
IX. — Suivant la loi du 18 mars 1876, Vinstimction publique est officielle, libre ou particulière. L'enseignement se divise en primaire, secondaire et universitaire. L'enseignement primaire est gratuit et obligatoire. On compte au Pérou six universités, celles de Lima, Arequipa, Trujillo, Cuzco, Puno, Ayacucho, où existent des facultés de droit, théologie, médecine, des sciences, des lettres et de philosophie.
Il y a des écoles normales de fondation récente, des écoles d'Arts et Métiers, d'Agriculture, de Commerce, de Mines, de Beaux-Arts, Ecole Navale, Ecole Militaire. Parmi les écoles spéciales, nous citerons encore : l'Ecole spéciale de constructions civiles et de mines qui possède une importante collection géologique, minéralogique et paléontologique, l'Ecole militaire d'application, l'Ecole de contremaîtres du Cerro de Pasco, l'Ecole Nautique de Païta et le Jardin Botanique.
Malgré tous ces établissements, dont plusieurs sont de fondation récente, il faut, pour être exact, reconnaître que l'instruction publique a été longtemps entièrement délaissée au Pérou, et qu'elle est loin d'être aussi avancée que dans la République Argentine et au Chili. Jusqu'à ces derniers temps, le Pérou pouvait figurer dans toutes les statisti-
ques scolaires comme un des pays dépensant le moins pour l'instruction publique, et bien souvent les fonds qui devaient être attribués à l'enseignement étaient mal répartis ou avaient un emploi différent.
En raison de l'état stationnaire du pays, la réalisation de ce problème de l'enseignement exigeait de si coûteuses dépenses et la stabilité gouvernementale était si précaire, que la plupart des gouvernements qui se succédèrent jusque vers 1900, laissèrent les choses telles qu'elles étaient ; c'est dire que, outre les Indiens Quechuas qui se montrent quelque peu réfractaires à l'enseignement, il existe encore un grand nombre de Péruviens qui ne savent ni lire ni écrire. Mais dans ces dernières années, le Pérou, profitant d'une période de paix qui semble définitive, a consacré à l'instruction publique des ressources et des soins dont les résultats se feront sentir.
C'est sous l'administration des deux derniers présidents, MM. Gandamo et Leguia, que les progrès dans l'enseignement furent les plus sensibles. Grâce à leur impulsion on commença par fonder des écoles normales pour la formation des maîtres. On enleva aux municipalités la gestion scolaire qui dès lors fut sous la surveillance de l'Etat ; les émoluments du personnel enseignant furent augmentés, des retraites créées, dont les ressources iront en augmentant rapidement, attendu que les fonds qui doivent les alimenter proviennent d'un impôt de 5 pour 100 sur les recettes fiscales et de 30 pour 100 sur les recettes départementales. On fit en outre venir d'Europe des professeurs compétents, et enfin^ on entreprit la construction d'écoles bâties en harmonie avec les règles les plus modernes de l'hygiène, écoles qui sont en voie d'achèvement.
C'est ainsi que pendant ces deux dernières années plus
de trois cents écoles ont été créées dans l'intérieur. Il y aurait actuellement 1.435 écoles officielles ; 2.000 écoles primaires ; 410 écoles libres, avec près de 100.000 élèves. En 1908, on dépensa 238.398 livres sterling pour les établissements primaires; en 1912, 245.810 livres.
Dans les facultés de médecine et de sciences les droits d'inscription sont de 30 soles, et autant de droits d'examen. Dans les autres facultés ces mêmes droits sont de 24 soles ; quand on suit les cours de deux facultés, exception faite des deux premières, ces droits sont réduits à 36 soles.
L'instruction universitaire, jadis réservée aux magistrats, devient de plus en plus à la mode dans la haute et moyenne société, d'où elle pénètre dans les classes secondaires.
A Lima, Arequipa et le Callao, un grand nombre de personnes de la société sont très lettrées et parlent couramment le français, l'anglais et même l'allemand ; car, contrairement à ce qui se passe chez nous, l'étude pratique, et non uniquement classique, des langues étrangères est très en honneur.
X. — Un certain nombre d'institutions, étroitement liées avec l'instruction publique et le progrès intellectuel du pays, se développent remarquablement sous l'impulsion donnée par quelques hommes éclairés et dévoués, qui trouvent encore chez le président Pardo des encouragements et un appui effectif. Parmi ces institutions, nous citerons la Bibliothèque nationale et le Musée National qui, quoique ayant été pillés par l'armée chilienne en 1881, se sont peu à peu reconstitués ; les Archives nationales, les Sociétés d'Agriculture, de Mines, d'Industrie, la Société des ingénieurs, des Amants de la science, et enfin lu Société de Géographie de Lima, grâce à laquelle
la géographie du Pérou, presque dans Tenfance il y a vingt ans, prend un développement considérable.
Cette société a été fondée en 1888, dans le but de propager les études géographiques et de faciliter la connaissance et l'exploitation des produits naturels du pays, de créer un centre de renseignements sur l'ensemble du pays généralement peu connu même du Péruvien ; on peut dire que ce but a été grandement atteint et que la Société de Géographie de Lima, qui est la principale institution scientifique du Pérou, peut être justement comparée aux sociétés du même genre existant en Europe. C'est sous son impulsion et avec l'aide et la protection du gouvernement que différents travaux scientifiques dont le monopole semblait appartenir aux étrangers, tant les Péruviens s'en occupent peu, ont été achevés ou continués, comme par exemple la carte générale du Pérou laissée inachevée par le savant naturaliste et géographe Antonio Raimondi qui, avec Paz Saldan, contribua le plus à faire connaître le Pérou. Outre la publication de son Bulletin, et d'importants travaux sur la géographie, l'archéologie, la statistique, riiydrographie et la climatologie du pays, cette société a été chargée de publier et de continuer l'œuvre de Raimondi, « El Peru », travail immense, dont tous ceux qui parlent du Pérou sont tributaires.
XI. — La liberté de la presse est aussi grande au Pérou que dans les principaux pays d'Europe, aussi les publications y sont-elles fort nombreuses. Déjà au temps de la colonisation et pendant trois siècles, Lima, qui comptait plusieurs établissements typographiques, fut seule à fournir de publications toute l'Amérique du Sud, malgré les entraves que l'on mettait à l'expression de la pensée à cette époque.
C'est surtout dans les grandes villes qu'il se publie
quelques livres et surtout beaucoup de brochures, et il va sans dire un grand nombre de journaux parmi lesquels il faut signaler : « El Comercio », le doyen de la presse, qui date de 1839; El Naciona,l; El Pals; La Opinion nacionale; El Tiempo; La Ley; El Peruano (qui vient d'être converti en journal officiel); etc., etc. Parmi ces journaux, quelques-uns, entre autres El Comercio, publient des articles de sciences et d'affaires des plus intéressants.
Dans l'intérieur, les journaux sont généralement encore dans l'enfance, et contiennent le plus souvent des discussions oiseuses entre particuliers, des dithyrambes ou des critiques passionnées, des annonces et des réclames à foison ; mais guère d'articles de fond, qui d'ailleurs laissent toujours à désirer. On écrit pour écrire et c'est tout.
La plupart des institutions scientifiques possèdent des organes ou revues très bien rédigés et toujours très intéressants, parmi lesquels : La Revista de Sciencias; El Boletin de la Sociedad geografica de Lima; Boletin de la Sociedad de Agricultura ; Boletin de la Escuela de Minas; Boletin de la Sociedad de Mineria. La lecture du Boletin del cuerpo de Ingenieros del Peru et du Boletin del Ministerio de Fom,ento, serait grandement utile, et nous la conseillons très vivement aux capitalistes et industriels qui y trouveraient des renseignements précieux sur les mines et gisements récemment découverts ou inexploités. Dans le Boletin del Ministerio de Fomenta on trouvera d'utiles indications sur les procédés agricoles employés, les produits cultivés, leur rendement, les régions libres où pourra se faire avec avantage l'exploitation de telles ou telles ressources naturelles.
Xll. — Le Pérou n'a pas encore à sa disposition un
corps d'ingénieurs des ponts et chaussées bien organisé. Pour tous les travaux publics importants, routes, chemins de fer, ports, il traite directement avec des entreprises particulières ; la Péruvian Corporation entreprend une grande partie de ces travaux qu'elle mène à bien avec plus ou moins d'empressement.
Les travaux maritimes ont de tout temps été fort négligés ; seul le Callao possède des docks artificiels fort bien conçus, œuvre d'une société française ; les autres ports sont à l'état de nature, avec quelques môles ou wharfs, mal conçus et dans un état tout à fait embryonnaire.
Le gouvernement péruvien ne s'occupe que fort peu de la construction des églises, préfectures, mairies, etc. Dans les villes de l'intérieur, les municipalités ont à cet égard la plus large autonomie, le gouvernement n'intervient que pour procurer les plans et les ingénieurs et faciliter les emprunts s'il y a lieu. Il est vrai que dans les départements péruviens, les préfets ne sont pas comme chez nous logés dans des palais ; fort loin de là, sous ce rapport, ces fonctionnaires ne sont pas très privilégiés. XIII. — Jusqu'en 1886, l'organisation de la police laissait grandement à désirer; elle ne se composait alors que de simples fractions, commandées par des officiers de l'armée, et placées sous le même régime que celle-ci, mal payées, et susceptibles d'être mobilisées comme troupes de ligne. Cet état de choses engendrait de nombreux abus et actes d'arbitraire de la part des agents de cette police vis-à-vis d'une certaine partie de la population. Il faut reconnaître que depuis, des réformes importantes ont été réalisées. Un des premiers essais employés avec succès à Lima fut, outre l'amélioration des conditions matérielles de la garde civile, le décret garantissant l'avancement hiérarchique depuis le poste modeste
de Inspector del Orden (inspecteur de l'ordre) jusqu'à celui d'inspector superior, faisant ainsi de la police une carrière professionnelle avec les différents avantages qui y correspondent. Les résultats furent si satisfaisants que cette organisation fut étendue aux principaux centres.
Telle qu'elle est, la police des principales villes du Pérou rend des services appréciables, nous ajouterons même que, sauf à Santiago du Chili et à Panama, nous n'avons trouvé nulle part ailleurs des agents aussi courtois, discrets et serviables. La gendarmerie ou police rurale est organisée sur les mêmes bases, elle assure dans la mesure du possible, vu l'immensité du territoire péruvien, la sécurité du trafic dans les vallées de l'intérieur ; cependant la douceur des mœurs et l'honnêteté relative des Indiens quechuas sont encore une garantie supérieure. Ce que l'on peut appeler la police préventive, de sûreté, n'existe que peu ou pas.
XIV. — Nous ne pouvons achever ce chapitre sans dire quelques mots de l'armée péruvienne. Cette armée, malgré l'étendue du territoire, est peu nombreuse. Sont inscrits au budget de la guerre : 6 bataillons d'infanterie donnant 2.000 hommes en tout ; 2 régiments de cavalerie de 250 hommes chacun ; 4 escadrons autonomes de 125 hommes chacun, lesquels servent d'escorte au chef de l'Etat ; un régiment d'artillerie de montagne de 510 hommes, ce qui peut former un total vrai de 4.000 hommes, limite fixée par la loi budgétaire.
Jusqu'à ces dernières années, le corps des officiers, sauf un certain nombre d'exceptions, laissait quelque peu à désirer; on constatait leur peu de goût pour l'étude et par conséquent leur manque d'instruction solide ; en échange, surtout chez les officiers supérieurs, beaucoup de penchant pour la politique.
XV. — Pour arriver à la réorganisation complète de son armée, le Pérou créa en 1896 une Ecole militaire navale préparatoire. Les jeunes gens y reçoivent une instruction théorique, puis ils doivent passer à l'Ecole d'application, avant de figurer dans les cadres de l'armée ou dans ceux de la marine.
Les élèves sont tous boursiers de l'Etat, ils reçoivent dans ces écoles nourriture et éducation, les vêtements, ustensiles, livres et fournitures diverses d'enseignement restant seuls à la charge des parents ou tuteurs. Avant de commencer la troisième année d'études, chaque élève doit signer un engagement par lequel il s'oblige à servir cinq ans dans l'armée ou la marine. Les études concernant l'infanterie et la cavalerie se font en trois ans, pour les armes spéciales, cinq ans.
Les élèves qui ont terminé leurs études d'une façon satisfaisante passent ensuite comme sous-lieutenants à l'Ecole d'application (1) qui est installée à Ghorrillos. Dans cette école qui est organisée en quatre sections permanentes : infanterie, cavalerie, génie et administration, les jeunes officiers reçoivent l'instruction technique pratique. En 1896, le gouvernement péruvien fit appel à un groupe d'officiers français pour diriger chacune des sections de cette école.
Le chef de cette mission militaire fut le capitaine d'artillerie Paul Clément, secondé par le capitaine Bailly- Maistre pour le génie et par le capitaine d'André pour l'infanterie. Ces officiers, qui avaient au Pérou le grade de colonel, accomplirent leur mission de la manière la plus heureuse.
Leur tâche n'était cependant rien moins que facile dans
(1) C'est en même temps une école d'instruction complémentaire dont l'organisation excellente est due aux officiers de la mission française.
i50 LE PÉROU ÉCONOMIQUE
un pays où jusqu'alors la carrière militaire avait été fort peu recherchée par l'élite de la population.
Les officiers de la mission militaire française eurent à lutter contre la mauvaise volonté d'une partie du corps des officiers qui, sauf d'honorables exceptions, se faisait remarquer par une ignorance et une paresse absolues. En outre l'armée péruvienne, composée d'éléments d'apparence plutôt médiocres, paraissait difficile à améliorer, en raison du caractère apathique des soldats, indolents au delà de toute expression : l'armée péruvienne est en grande partie composée d'Indiens. Les lois sur le recrutement militaire équitables en théorie présentent dans la pratique de graves inconvénients, les procédés employés pour boucher les vides sont fortement entachés d'arbitraire, et très impopulaires dans les régions centrales. La mission militaire a réussi à faire voter par les Chambres une loi qui a apporté plus d'équité dans l'avancement, autrefois dû au bon plaisir et à l'arbitraire ; mais les méthodes de recrutement n'ont pas été, quoi qu'on dise, améliorées. On opère toujours de la manière suivante :
Un détachement de troupes parcourt les villages de l'intérieur, et enrôle de force les malheureux Indiens qui ne se sont pas dissimulés à temps. Ces recrues sont désignées sous le nom d'engagés volontaires !
Ces indigènes, peu belliqueux en général, ont peu de goût pour le métier militaire, ils se montrent tout d'abord réfractaires atout exercice. Un certain nombre même, transportés loin de leur pays ou brutalement séparés de leurs familles, voire de leurs femmes, sont minés peu à peu par le désespoir et meurent de nostalgie. Mais le plus grand nombre au contraire, une fois passés les premiers jours d'éducation militaire, se trouvent tellement bien du régime qu'ils ne veulent plus retourner dans leurs familles, carie
sort qui leur est fait au régiment est souvent préférable à la vie précaire qu'ils menaient dans leurs montagnes : ils ont tout au moins à la caserne l'existence assurée. Ces mêmes Indiens, dans les époques « d'enrôlements volontaires », ne sont pas les recruteurs les moins impitoyables.
Les officiers de la mission française ont réussi à améliorer l'aspect de ces troupes, capables d'efforts héroïques à Toccasion, mais d'une tenue assez fâcheuse. On peut les voir aujourd'hui défiler dans les rues de Lima revêtues d'uniformes d'une propreté irréprochable ; elles conservent sous les armes une allure plus martiale (1).
(1) Des manœuvres faites par l'état-major, sous la direction de la mission, démontrèrent les progrès réalisés dans l'instruction technique et pratique des oiïiciers et des corps de troupes.
En 1904, le capitaine Clément revint en France, son engagement terminé. A son arrivée, il fut nommé commandant; le capitaine de caA-alerie Dogny le remplaça comme chef de la mission militaire. Cependant le gouvernement péruvien, ayant su apprécier les efforts et la valeur du commandant Clément et reconnaissant des résultats obtenus, proposa peu après à cet officier de revenir au Pérou comme chef d'état-major général de l'armée avec le grade de général. Le commandant accepta, et depuis quelques années il occupe ces fonctions à l'entière satisfaction de tous; cette situation lui permet de faire bénéficier l'industrie française de commandes importantes de matériel et d objets d'équipement.
Poursuivant ses améliorations, le gouvernement a fait voter en 1912 une loi rendant le service obligatoire pour tous les Péruviens de vingt et un à cinquante ans d'âge, capables de porter les armes. Nous avons vu qu'en novembre de la même année il s'assura le concours d'une nouvelle mission française composée de colonels.
Pour ce qui concerne la marine, une nouvelle école navale a été édifiée à la Punta, près de la station balnéaire qui domine la baie du Galloo ; le coût en est de 14.000 livres sterling. Le gouvernement péruvien a aussi acheté à la France un cuirassé et un submersible, qui sont arrivés récemment au Pérou. Ce pays est actuellement le seul de l'Amérique du Sud à posséder un sous-marin.