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CHAPITRE X

La Costa {suite). I. Piura, climat, production. — II. Culture du coton, espèces, qualités, prix, rendement. — III. Travaux d'irrigation. — IV. Problème de la main-d'œuvre. — V. Cultures nouvelles. — VI. La paja toquilla et les chapeaux de Catacaos. — Vil. Élevage des ânes et mulets de Sechura. — VIII. Vabigateo. — IX. Lambayeque, Libertad.

— X. Culture de la canne à sucre, ses sous-produits. — XI. Vallée de Ghicama. — XII. Ancachs. — XIII. Ressources agricoles dans les régions de Lima et Chancay. — XIV. Condition des ouvriers agricoles.

— XV. Valeur du terrain. — XVI. Ica, sa canne à sucre. — XVII. Arequipa, ses vallées. — XVIII. Le Huacan. — XIX Gamana. — XX. Moquegua.

I. — PiURA est le département du Pérou où la chaleur est la plus forte et la sécheresse vraiment excessive. On y trouve un arenal (désert de sable) connu sous le nom de Sechura. Si nous ajoutons qu'il n'y pleut que tous les six ou sept ans (1), on s'expliquera difficilement la prospérité réelle de ce département.

Deux vallées sont d'une grande fertilité, favorables à la culture de tous les produits de la zone intertropicale, aussi bien que de ceux de la zone tempérée.

Tout d'abord, c'est la riche vallée de la Ghira, à 218 kilomètres au sud de Tumbes. Cette vallée qui se

(1) Les autres années, la pluie est remplacée parla garua.

trouve dans la province de Païta est arrosée par l'importante rivière de la Chira ; c'est le rio qui roule le plus grand volume d'eau de toute la Costa; durant la saison sèche, sa profondeur est encore de 2 mètres au milieu de son lit et 0 m. 50 sur les bords avec une largeur moyenne de 100 mètres. Pendant les crues de l'hiver, il roule à une vitesse prodigieuse, entraînant de grands arbres qu'il a arrachés sur son parcours.

Le climat est pai'faitement sain, car la température est d'une rare égalité ; les changements brusques sont inconnus ; la température n'est jamais basse, entre le jour et la nuit, il y a une différence de deux degrés. Et cependant la chaleur n'est pas excessive, puisque le thermomètre ne dépasse guère 33° (1). Le ciel est toujours bleu, même on pourrait dire que les jours sont presque trop clairs.

La rareté de l'oxygène donne, paraît-il, une nouvelle vigueur aux organismes, si bien que sous ce climat les rhumatismes sont inconnus, et on assure que ceux qui en sont atteints guérissent en peu de temps. Sur la côte de ce vaste département, il existe une trentaine de havres de facile accès, mais peu sûrs, le port de Tumbes, la baie de Sechura et le golfe de Tumbes. Les chemins de ce département ne sont pas trop mauvais et les communications avec les différents centres, relativement faciles ; en outre, une voie ferrée de 98 kilomètres relie le port de Païta à Piura, et une autre ligne, propriété particulière, relie Piura à Catacaos, distant de 12 kilomètres.

II. — La culture la plus répandue dans les vallées de Piura et de Chira est celle du coton, c'est celle qui occasionne le moins de frais ; il existe d'ailleurs peu de con-

(1) A Santiago et ;i Buenos-Ayres, le thermomètre atteint 38", à la Havane 45* et à New-York 48 et iiO°.

trées où les conditions climatologiques soient aussi favorables au développement du cotonuier.

Le coton est, après le sucre, la denrée d'exportation la plus importante pour le Pérou; mais les situations commerciale et culturale des deux produits sont tellement dissemblables, qu'avant peu l'ordre sera renversé. C'est pourquoi la superficie des terrains plantés de cotonniers augmente annuellement sur les points où la culture est favorisée par les irrigations, et surtout par Texistence de routes et de bras.

Le pays possède dans la région de Lima des manufactures qui traitent la matière première ; les résidus des graines sont réduits en une pâte pressée que le commerce exporte en Angleterre. Les districts cotonniers possèdent l'outillage nécessaire au traitement de la matière. A côté des machines qui séparent les graines de leur duvet, il y a les presses pour l'emballage. Le travail de l'usine est, la plupart du temps, exécuté contre payement en nature, c'est-à-dire par une quantité déterminée de graines. Les ateliers pour préparer et expédier les cotons sont au nombre d'une vingtaine, ils se trouvent principalement à Sullana, Catacaos, Piura, Huaca, Querecotillo, Tambo Grande et Nomala.

Le meilleur des cotons péruviens est celui qui provient des plantations de la province de Piura (1). La botanique connaît cette variété sous le nom de Gossypium peruvianum, et le commerce désigne son fruit sous deux classifications : fuU Rough et moderate Rough ou Rough peruvian. Les cotons du Pérou obtiennent de très hauts prix à cause de la nature de la fibre qui est longue, dure et uniforme; il est des récoltes qui la don-

(1) 11 existe aussi des cotons de diverses couleurs, gris brun, jaune, violet foncé et rouge, qui pourraient être manufacturés sans teinture .

nent quelque peu soyeuse. — Le prix actuel du full Rough à fibre dure franche est de 240 francs les 100 kilos, et le modereite Rough, 162 francs.

L'industrie recherche les cotons du Pérou pour leurs propres mérites d'abord, puis aussi parce qu'ils se prêtent à un mélange facile et intime avec la laine. Un mélange de 10 pour 100 de coton dans un filé de laine pure, ne peut être constaté que par l'analyse chimique.

Le gossypium se développe au Pérou sous la forme arborescente ; c'est le fruit des pluies qui tombent tous les sept ans, ce qui est aussi sa durée maximum de production. Placée dans des conditions favorables de sol et de milieu, la plante peut donner deux récoltes dans l'année, mais la période la plus productive est de quatre années. Peu avant l'époque des pluies prévues, on arrache les plantes qui ont produit, celles-ci sont remplacées par d'autres que l'on plante pendant les premiers jours de l'année pluvieuse.

La saison des pluies commence en février pour finir en avril; on obtient la première récolte en janvier de Tannée suivante, la deuxième en juillet ou août de la même année. La récolte de la deuxième année est généralement la plus importante en qualité et quantité, les récoltes des années suivantes vont en diminuant graduellement à mesure que disparaît l'humidité du sol.

Les terrains qui se dirigent vers la mer dans la solitude de Sechura sont ceux qui produisent les deux meilleures qualités. Dans les terres basses du littoral, le coton est cultivé sur les bords des rivières; sur les hauts plateaux l'arbuste vient également, mais les pluies, les nuages et de subites variations de température sont assez préjudiciables à son développement. Aussi la culture se reporte de préférence vers les terres basses. Déjà ou a fait des

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expériences d'irrigation artificielle afin d'adapter certaines terres à la culture du gossypium. Un bon terrain comporte 150 pieds par hectare, 66 mètres carrés pour chaque arbuste.

La grande aire laissée autour de la plante est utilisée pour la petite culture maraîchère, voire pour le maïs ; elle profite de l'irrigation sans porter aucun préjudice à la qualité du coton. Les expériences et les observations suivies ont démontré que la culture de la plante cotonnière herba.cée ne convient pas au Pérou, et que plus larbuste aura de l'air et de l'espace, plus seront abondantes les fleurs et les capsules.

Pour les jeunes plantes la floraison commence après six mois, et si le sol est suffisamment humide, elles donnent, comme nous l'avons déjà dit, une première petite récolte vers la fin de l'année. Dans les plantations de deux et trois ans, le fruit est cueilli de juillet à septembre ; le rendement est assez irrégulier, 2 à 3 kilos de coton par arbuste à partir de la troisième année. Pour qu'il soit tout au moins rémunérateur, il faut que chaque hectare donne la moyenne de 500 kilos de fruits, ce qui rapporte de 175 à 180 kilos de coton préparé pour le commerce. Mais il n'est pas rare que certaines années en donnent le double, lorsque le sol est de bonne qualité.

L'exploitation cotonnière du Pérou n'a commencé à prendre corps que vers 1891 ; en 1896 la quantité exportée était de près de 5 millions de kilogrammes ; depuis elle n'a pas cessé de progresser, atteignant cette année 12 millions de kilogrammes.

Malheureusement la culture du coton est, dans certaines régions, en butte à des ennemis divers. Grillons, sauterelles et lézards envahissent souvent les plantations et rongent les jeunes plants, germes prometteurs des pro-

chaines récoltes; leur apparition se produit généralement à la suite des pluies légères, et, en quelques heures, le dommage causé par ces bestioles qui vont par troupes est considérable. Mais de tels accidents se produisent sous toutes les latitudes.

La rapidité du développement agricole dans les provinces de Païta et de Piura soulèvera, dans un avenir plus ou moins prochain, divers problèmes que devront résoudre les agriculteurs. Le premier sera celui de la main-d'œuvre.

III. — Les travaux d'irrigation déjà exécutés et ceux en voie d'exécution vont donner plus de 60.000 hectares de terrain à exploiter et, pour qu'ils le soient convenablement, il faudrait une augmentation de plus de 20.000 hommes dans la population (1). Nous ne voyons pas bien comment on pourrait se procurer les bras qui vont faire défaut : au Pérou on est maintenant adversaire de l'immigration chinoise, nous ne savons trop pourquoi, car les prétextes invoqués ne nous paraissent pas suffisants; quant au paysan européen, il ne faut pa3 songer à le voir émigrer pour gagner la journée d'un peon indien ou métis.

IV — L'immigration européenne ne pourra venir dans cette région qu'au cas où les grands propriétaires seraient disposés à faire coloniser leurs terres en les offrant aux colons, pour être payées en une dizaine d'annuités.

Donc, le manque de bras ne tardera pas à faire abandonner le système actuel de culture, resté entièrement pri-

(1) Il est question d'entreprendre l'irrigation des vallées de tout le département. Les prix auxquels sont évalués ces travaux sont les suivants : vallée de Tumbes, 1.500.000 soles; vallée de Chira, 2 millions de soles ; vallée de Piura, 1 million ; au total 4.300.000 soles.

Avec cette somme, on pourra fertiliser dans ces trois vallées un million d'hectares, ce qui fera 4 soles par liectare.

mitif et qui n'a recours qu'à la force de l'homme. Il faudra se résoudre à employer toutes les ressources mécaniques de l'industrie moderne, imiter les grandes haciendas qui se servent, les unes de machines agricoles à traction animale, les autres de charrues à vapeur; mais bientôt la traction électrique devra suppléer au manque de bras, et c'est dans ce but que de puissantes sociétés viennent de se fonder à Lima et cherchent à capter toutes les forces hydrauliques disponibles ; par exemple la South Amei'ican construction Covipany qui va utiliser l'énorme force que doivent lui donner les rapides du rio Quiroz.

V. — Il serait peu raisonnable de la part des propriétaires de s'adonner exclusivement à la culture du coton, parce qu'il peut subir des baisses très sensibles dans les années d'extrême abondance, et aussi parce que, au Pérou, il ne se prête pas aux multiples applications industrielles des cotons à fibre souple d'Egypte ou de la Nouvelle- Orléans.

La vallée de Chira, comme la vallée de Piura, conviendrait à l'établissement de rizières. Dans ces deux vallées le lin donnerait sans doute de bons résultats. Des plantations d'ananas et de bananes trouveraient au Chili un important marché de consommation ; c'est toujours une culture avantageuse, elle exige peu de frais et de maind'œuvre.

La sériciculture aurait aussi sa place dans les districts de Gatacaos, Sechura, Amotape et Collan, mais cette industrie devra être entreprise avec précaution.

VI. — La paj'a toquilla.y qui est la matière première servant à la confection des chapeaux dits de Panama (1),

(1) On exporte annuellement, par le port de Païta, pour plus de 600.000 soles de ces chapeaux.

sans doute parce qu'ils se fabriquent dans l'Equateur et au Pérou, pourrait procurer de bons bénéfices ; des essais sur une petite échelle ont donné des résultats satisfaisants. Si l'on considère que le district de CatcLCctos, qui est avec Moyobamba le centre de l'industrie du chapeau de Panama au Pérou, utilise chaque année pourpres de 300.000 francs de toquilla, qu'il est tributaire de l'Equateur pour ce produit et qu'il arrive souvent que ce district, où près de 15.000 ouvriers sont employés au tissage des chapeaux, a éprouvé des difficultés pour obtenir la matière première indispensable à son industrie, on conviendra que cette culture serait avantageuse pour la région (1), car les chapeaux tissés de Gatacaos sont considérés aux États-Unis comme les meilleurs ; ils trouvent sur les marchés de ce pays des prix très rémunérateurs et sont toujours très demandés.

VII. — Le département de Piura est non seulement renommé pour ses cotonniers, mais on peut citer aussi ses troupeaux de bœufs, vaches, moutons et chèvres. Ces animaux se trouvent en très grand nombre dans les provinces de Ayabaca et de Kuancabamba où il est facile d'ajouter du sel à leur alimentation, lorsque les pâturages sont de médiocre qualité (2).

Dans les provinces de Païta et de Piura, ce sont les ânes et les mulets qui dominent, avec quelques troupeaux de chevaux. Les mulets de Piura sont très réputés et, comme ces animaux sont indispensables pour le transport des marchandises et des personnes, il s'en fait un grand commerce.

(1) Voir la brochure du D' Rivet : Vlnduslrie du chapeau de Panama en Érjuateur et au, Pérou. Librairie orientale et américaine, Guilmoto éditeur.

(2) Comme le sel est monopole d'Etat, ce produit destiné à l'élevage est déclaré d'usage industriel et vendu à un prix avantageux.

C'est dans le Sechura que l'on rencontre des bandes considérables d'ânes, de mulets et de chevaux. On comprend à peine comment ils peuvent vivre et se reproduire dans cette région. Livrés à eux-mêmes, ils mènent une existence errante et deviennent si sauvages qu'il faut de véritables chasses pour les capturer. Un soleil implacable les brûle toute l'année, à peine rencontrent-ils un peu d'eau de loin en loin, au printemps ils trouvent d'assez fins pâturages (pasfos); mais tout le reste de Tannée, leur principale alimentation consiste en une sorte de racine de manioc qu'ils trouvent facilement et déterrent avec adresse, et dans le fruit du caroubier; cependant malgré ces mauvaises conditions ils croissent et se reproduisent si bien que tous les ans on en exporte près de 12.000.

Un bon mulet vaut de 250 à 400 francs, c'est la monture favorite des Péruviens dans la Sierra; la mule crîollci (créole) péruvienne est d'apparence chétive et plus petite que celle de l'Argentine, elle est par contre plus résistante et moins ombrageuse, outre le mérite de son excessive sobriété.

C'est avec les provinces équatoriennes de Lojas et de Oro, que Piura fait le plus grand commerce de chevaux et de mulets ; en échange ces provinces fournissent du bétail à ce département, où celui qui existe commence à dégénérer. Les éleveurs de Piura ne cherchent pas à améliorer leurs animaux, spécialement de la race bovine, en raison des vols de troupeaux qui se produisent sur la frontière ; les propriétaires se soucient fort peu d'acheter très cher des reproducteurs qui peuvent tomber entre les mains des cuatreros (1).

Vin. — C'est dans les provinces équatoriennes citées

(1) Voleurs de bestiaux.

plus haut que sont conduits les chevaux et mulets volés en territoire péruvien ; d'un autre côté, on amène à Piura les bêtes à cornes volées à Lojas (Equateur). Ces vols de troupeaux augmentent toujours à l'approche des foires qui ont lieu annuellement à Lojas, Sabiando, Santa Rosa, Catacacha et autres localités de l'Equateur proches de la frontière péruvienne.

Cette plaie de Vahigateo, — ainsi nomme-t-on là-bas le vol du bétail, est une véritable maladie qui sévit sur toute cette partie de la frontière ; elle est favorisée par l'article 881 du code civil équatorien, qui ne reconnaît pas aux propriétaires de biens meubles volés le droit de les revendiquer, si leur possesseur les a acquis dans une foire. Contre le paiement d'une petite redevance, les municipalités des localités où les foires ont lieu, apposent une marque aux animaux vendus ; l'achat ainsi régularisé, il est impossible aux propriétaires du bétail de le récupérer, même lorsqu'ils fourniraient la preuve qu'il leur a été volé.

Les chevaux de Piura ne sont pas très beaux ni très rapides, mais en échange ils ont les qualités indispensables aux contrées où ils sont appelés à rendre des services ; on peut vanter avec raison leur sûreté de pied, leur résistance à la fatigue et leur sobriété.

Le département de Piura a été longtemps considéré comme un des plus pauvres du Pérou au point de vue minier ; on y rencontre cependant des gisements nombreux, fer, cuivre, or, argent, plomb, soufre et surtout du charbon et du pétrole ; comme on le verra dans le chapitre consacré aux mines, ce dernier produit est exploité sur une grande échelle par plusieurs compagnies importantes.

IX. — La région de Lambaykque n'a été élevée au rang de département que vers 1890; les productions de ce dé-

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parlement sont les mômes que celles de Piura, mais c'est le riz et la canne à sucre qui constituent les principales récoltes. Ce département, qui possède quelques amorces de voie ferrée, réunissant Eten, le principal port du département, avec le nouveau chef-lieu Chiclayo et Lambayeque, l'ancienne capitale, fait de très rapides progrès ; le riz qui y est recueilli est d'excellente qualité et d'un rendement très satisfaisant.

X. — LiBERTAD est le département voisin, les productions sont celles du reste de la Costa ; il est renommé pour son tabac et sa cochenille ; son climat est considéré comme un des meilleurs de la république. On trouve à peu de distance du littoral d'importantes plantations de coton et de canne à sucre et de nombreuses rizières, cette dernière culture tendant à se développer. C'est à quelque distance de Trujillo, capitale du département, que se trouve la célèbre vallée de Chicama dont plus haut nous avons raconté l'histoire. Cette vallée est une véritable oasis située au milieu d'une immense plaine désolée ; une trentaine d'haciendas y sont groupées, elles sont très florissantes : le coton, la vigne et le riz sont d'un bon rapport; c'est la canne à sucre qui fait l'objet de la culture la plus importante. On en tire le sucre, l'alcool et la c/iancaca qui sont consommés en quantités énormes dans le pays.

La chancaca est une mélasse qui est employée pour l'élaboration d'une espèce d'anisette et de la chicha ; elle s'emploie surtout comme article de première nécessité pour la population pauvre, car tous en mangent. Préparée pour cet usage, elle vaut 10 soles le quintal (46 kilogrammes). Le sucre ordinaire vaut de 6 à 8 soles le quintal ; la chancaca employée pour la distillation vaut de 5 à 7 soles ; l'alcool de 40 degrés vaut 12 soles environ

le bidon de 6 galons (1), le rhum de 30 degrés s'écoule très facilement à raison de 2 soles le galon.

XI. — Toute la vallée de Chicama est irriguée au moyen d'une multitude de petits canaux, alimentés par l'eau de la rivière qui traverse la vallée et qui est entièrement captée d'après les procédés employés de tout temps par les sujets des Incas. La région irriguée est une des plus prospères du Pérou et son importance s'accroît chaque jour davantage.

Ce sont quelques étrangers, propriétaires de plusieurs haciendas, qui ont très largement contribué aux progrès de l'agriculture dans cette vallée fertile ; car les propriétaires des autres grands domaines, péruviens fixés à Lima, ne s'en occupaient guère. L'exemple donné a été suivi ; presque tous ces domaines ont aujourd'hui renouvelé leur outillage et modifié des procédés de culture restés archaïques jusque-là.

Toutes les productions du sol de Chicama sont exportées par le port de Salaverry, le plus important du département, où l'on embarque pour les Etats-Unis des quantités considérables de sucre. Salaverry n'est qu'à trois heures de navigation du Callao, en passant par celui de Chimbote, un des plus beaux mouillages de toute la côte, et un bon refuge, qualité qui est très rare sur tout le littoral péruvien.

XII. — Le département d'ANCACHs appartient aussi bien à la zone de la Costa qu'à celle de la Sierra. Il sert de trait-d'union entre celui de Lima et celui de Libertad, c'est un des départements les plus peuplés du Pérou. En sus des productions de la Costa, ce département possède un climat permettant de semer et de récolter le blé en

(1) Le galon vaut 3 litres et demi environ.

toutes saisons indifféremment, les pâturages de cette région se prêtent admirablement à l'élevage du bétail dans des conditions très avantageuses, il y existe peu d'animaux. Il reste de nombreuses ruines de la période incaïque. Ce département est peut-être le plus riche du Pérou au point de vue minier, mines d'argent principalement et gisements de houille d'excellente qualité. Un chemin de fer, qui doit partir du port de Ghimbote, est en construction et se dirige sur Huaraz, capitale du département, et ensuite vers Recuay, très riche district minier éloigné de 25 kilomètres seulement de Huaraz. Le climat de ce département est très sain ; les productions agricoles sont secondaires.

XIII. — Le département de Lima peut se diviser en deux zones : la Costa et la Gordillera occidentale. La région de la Costa, dont la largeur à cette latitude est à peine de 70 kilomètres, offre de grands espaces désolés et sans végétation ; ces étendues sont coupées par des vallées qui descendent des Andes en courant de Test à l'ouest. La température moyenne de cette zone est de 19 à 20"; les changements de saison y sont à peine sensibles, mais on observe une importante transition thermométrique entre le jour et la nuit. Dans les vallées, la chaleur humide (le thermomètre atteint 30°) est cause de l'existence de la fièvre tierce {terciana).

Le département est arrosé par une dizaine de cours d'eau dont les principaux sont : Canete, Ana, Rimac, Mala, etc.

Parmi les six provinces de Lima, les plus importantes au point de vue agricole sont celles de Chancay, Lima et Canete. La province de Lima est subdivisée en 12 districts parmi lesquels les plus riches sont ceux de Pacha- CAMAC, CnoRRiLLOs, SuRGO et Até qui renferment de très nombreuses haciendas. Ils produisent en quantité la canne

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à sucre, les fruits, le bourrage, car ils sont bien pourvus d'eau. Le district de Lurigancho est favorable à l'élevage, à la culture du blé et de la luzerne, il en est de même du district de Carabaylo à peu de distance de Lima. Aux environs d'Ancon, à 28 kilomètres de la capitale, il n'existe aucune végétation et l'eau des puits y est rare et saumâtre.

La province de Chancay a pour chef-lieu la ville de Huacho, qui ne tardera pas à être reliée à Lima par un chemin de fer en voie d'achèvement; elle possède aussi une douzaine de districts, avec une population totale de 50.000 à 55.000 habitants ; c'est cette province qui, avec le district de Carabaylo, approvisionne les marchés de Lima et du Gallao des produits de consommation de première nécessité, tels que le maïs, le riz, le sucre, les pommes de terre, la patate (camoie), le manioc (yucca), les oiseaux de basse-cour, les poissons, le bétail sur pied et les porcs qui, au nombre de 50.000 par an, sont conduits sur les marchés déjà nommés.

Cette province jouit d'un climat très salubre, absolument réfractaire aux fièvres tierces qui sévissent dans les vallées de la province de Lima; ce climat est très favorable aux convalescents et aux malades.

SuPE est un des principaux districts du département, mais, sur le trajet de Lima à cette ville, la nature n'a pas prodigué l'eau en la répartissant uniformément sur la région, elle l'a au contraire concentrée dans les vallées de Supe, Convento, Huaura, Huacho, Chancay, Piedras Gordas (1) ; dans ces endroits, la végétation est exubérante, les cahciverales succèdent aux canaverales (2), les eaux sont cristallines et fraîches, les cultures nombreuses

(1) Etroit défilé qui se prolonge de G ù 22 kilomètres de Lima.

(2) Champs de canne à sucre.

et productives, la température presque invariable est vraiment délicieuse.

La vallée de Garabaylo, qui est l'espace fertile compris entre le rio Chillon et le Rimac d'une part, et les collines d'Amancaes d'autve part, est extrêmement riche et renferme de nombreuses haciendas très prospères.

Huacho est une petite ville qui progresse très rapidement, elle est appelée à devenir une des plus florissantes du littoral péruvien. L'agriculture est l'industrie des habitants de la région qui est favorisée par un sol fertile et abondamment arrosé. Tous les produits de Huacho comme ceux de Chancay sont amenés à Lima et au Callao, la route carrossable est passable et le chemin de fer dessert une grande partie du trajet. Le climat y est excellent, aussi de nombreuses familles de Lima viennent-elles s'y reposer.

La grande vallée du Rimac se subdivise en une quinzaine de vallées secondaires très fertiles, dont une partie seulement est cultivée. Sur un total de 37.000 hectares de terrains utilisables, 25.000 hectares environ ont été mis en rapport, soit directement par les propriétaires, soit par le système de fermage dit yanaconas (1). Il reste donc près de 12.000 hectares à mettre en valeur.

Dans ces vallées des environs de Lima, les semis se font de septembre à décembre pour la canne à sucre ; de mai à août pour la luzerne; d'avril à septembre pour le maïs ; de mai au 15 juin pour les pommes de terre ; d'avril à mai pour l'orge, l'avoine, l'escourgeon, l'orge carrée (cebada) ; de août à décembre pour le manioc ; les légumes et plantes potagères en tout temps.

XIV. — Les ouvriers agricoles (peones) ou journaliers gagnent en général un salaire de 80 centavos (2 fr.) à un

(1) Locataire de terrains qui s'est engagé à remettre au propriétaire le tiers de la récolte.

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sole 20 (3 fr.) par jour, et nourris. La nourriture consiste dans la distribution quotidienne d'une certaine quantité de vivres. Le prix de cette ration ne dépasse guère 20 centavos.

On peut avoir une paire de bœufs de labour pour 150 à 200 soles ; un cheval de trait pour 40 soles ; un mouton vaut 2 soles ; un porc engraissé 30 soles.

XV. — La valeur des terrains est difficile à fixer, car elle dépend de la qualité de ceux-ci et de l'état dans lequel ils se trouvent. Ainsi : la fctnegadci (1) vaut 500 soles dans les environs de Lima ; certains terrains de Piura valent de 100 à 500 soles la cuadra. (2) ; à Arequipa, le topo de 500 varas (3) carrées vaut un prix sensiblement égal.

Canete est encore une province intéressante du département de Lima; on y trouve de nombreuses haciendas, la région est riche en vignes, et produit du coton et des fourrages en abondance.

Sauf le district de Chilga, où Teau est rare et qui est envahi par les sables, toute la province de Canete est favorable aux établissements agricoles. La population est en majeure partie composée de nègres, de Chinois et d'Indiens, qui se livrent aux travaux des champs.

XYI. — IcA, situé sur la côte sud du Pérou, possède une étendue de 6.000 kilomètres carrés ; le climat de ce département le rend éminemment propre à la culture des plantes qui exigent beaucoup de chaleur. Il est traversé par les rios Palca, Ica et Pisco qui le divisent en trois régions de même nature et climat.

Comme tous ceux de la Costa, le département est formé

(1) 2 hectares 86.

(2) Carré de 123 mètres de côté.

(3) Vara: 0 raq. G93.

par des va lées fertiles, entre autres : Nasca, Molino, Saeta, Ollas, Clmnchanga, San Miguel, Condor et Chincha. La vigne et ia canne à sucre sont les produits les plus riches et les plus abondants de cette région. La production moyenne de canne à sucre par hectare est de 135 tonnes (1). Une partie de la récolte est convertie en aguardiente qui est d'excellente qualité et qui trouve un facile débouché dans le pays même, le reste fournit environ 60.000 tonnes de sucre (2).

Les vallées d'ica produisent aussi du coton et l'immense variété des fruits des régions tropicales et tempérées.

La province de Chincha est peut-être la plus prospère de ce département, grâce au chemin de fer qui relie le port de Pisco à la ville d'Ica ; par cette ligne pénètrent toutes les marchandises destinées au département et à diverses provinces des départements voisins de Huancavelica et de Ayacucho,

Sur les pentes de la grande Cordillère qui forme la limite du département à l'est, on trouve des mines d'argent, d'or, de cuivre et divers autres métaux. Au bord de la mer il existe des gisements de charbon de terre qui ne sont pas exploités à cause de leur peu de puissance, qui en rendrait l'exploitation coûteuse.

La population est la même que sur tout le littoral du Pérou. Les Européens se concentrent particulièrement dans les villes comme Ica, Pisco, Chincha. L'élément indigène mixte forme la majorité de la population ; ces métis sont de forte constitution physique et adonnés aux travaux agricoles. Dans les principales haciendas de

(1) La même récolte donne 13.200 kilos de sucre dans le département de Libertad

(2; La production moyenne de toute la Costa est de 150.000 tonnes, qui sont exportées aux Etats-Unis.

cette région, les procédés de l'agriculture moderne sont seuls en usage, comme dans le département voisin d'Arequipa, la charrue à vapeur a remplacé le bœuf pour le travail de la terre.

XVII. — Quoique moins riche en productions minérales et végétales que plusieurs autres de la République, comme par exemple Junin, x^ncachs, Guzco, Amazonas, le département d'Arequipa est sans conteste le plus important et le plus prospère du Pérou, en raison de l'activité et de l'initiative de ses habitants. C'est une véritable oasis située entre la mer et les Andes, c'est aussi, de tout le Pérou, le pays où les industries sont les plus nombreuses et où, pour les travaux agricoles, les procédés routiniers ont fait place à l'exploitation méthodique avec un outillage perfectionné.

Parmi les provinces du département d'Arequipa possédant les vallées les plus fertiles, nous citerons Islay qui occupe une bande de côte de 87 kilomètres ; c'est, en général, une sorte de désert de sable coupé par les splendides vallées de Titmbo et de Quilca.. Cette dernière est arrosée par le rio Chili, qui conserve de l'eau toute l'année. La capitale de cette province est le port d'IsLAY. Il est remarquable par sa configuration caractéristique, il ressemble à une fosse immense entourée par de sombres falaises, des ravins, des rochers coupés à pic qui ne laissent nulle part de place pour une plage. En dépit d'un môle en fer, le débarquement des marchandises y est toujours difficile à exécuter, la houle venant se briser avec violence sur les rochers environnants, surtout aux équinoxes.

La vallée de Tambo est située à 125 kilomètres d'Arequipa, elle s'étend sur une longueur de 80 kilomètres, depuis son origine au pied du mont San Antonio de

Esquilache. Arrosée par le rio Tambo, uni au Huancarani, cette oasis produit en abondance la canne à sucre, le riz qui y est d'une qualité vraiment supérieure et se recommande par sa grosseur, sa blancheur et son bon goût ; différentes sortes d'excellentes cucurbitacées, des olives, patates, pommes déterre, etc., etc.

XVIII. — On y remarque aussi un arbre sauvage, le Huacan (Marica ollycappo), dont les graines broyées et bouillies donnent une très bonne cire, quoique un peu jaune. Le rio Tambo, qui sillonne cette vallée, est assez important. On y trouve plusieurs sortes de poissons très savoureux. La vallée est très profonde, le climat y est assez doux et sain; c'est de cette région que Mollendo, Islay et Arequipa, tirent tous leurs produits alimentaires qui ne montent pas à Arequipa par le chemin de fer de Mollendo, et sont transportés à dos de mulet; les arrieros (1) partent à la nuit tombante et arrivent à Arequipa dans la matinée, soit 125 kilomètres.

XIX. — La vallée de Caaiana est une vallée élevée qui a son origine, de même que sa rivière, sur le haut plateau de Nincocoya, derrière le Misti, sur la seconde branche des Andes. Gamana, en quechua, signifie spacieux; cette vallée est en effet longue et large, elle est fermée par de hautes montagnes dont la hauteur décroît graduellement jusqu'à la mer où elle se termine par de belles prairies. Toute cette province ne serait qu'un désert de sable si ses vallées n'étaient fertilisées par les rivières Ocana et Majis, qui arrosent presque toute la province.

Gamana produit une grande quantité de fruits. L'olivier y est extrêmement abondant, cependant, par suite d'une

(1) Goaducteura.

singulière cueillette qui consiste à frapper l'arbre brutalement pour en faire tomber les fruits, la récolte est intermittente. L'huile extraite des olives de cette région est consommée dans le département et à Lima. La canne à sucre qui, elle aussi, y est cultivée avec soin et intelligence, est d'un excellent rendement. L'aji amarillo et Colorado (1) vient très bien et en abondance ; ce produit est échangé dans la Sierra contre de la viande sèche, du chuno (2), des pommes déterre, des ponchos, des couvertures et nombre d'autres produits alimentaires.

Le riz est aussi un des principaux produits de Gamana ; le blé est cultivé aussi avec succès, et il est expédié à Lima. Tous ces produits constituent la principale richesse de Gamana ; les autres suffisent à peine à la consommation intérieure.

Sauf dans le district de Atico, sur les collines duquel croît pendant plusieurs mois de l'année un excellent pâturage, l'élevage du bétail ne se pratique pas dans la province de Gamana ; c'est la province de Parinacocha qui la ravitaille en bêtes à cornes; en échange les porcs et les oiseaux de basse-cour y sont très nombreux. On pêche dans la rivière et dans la mer une grande quantité de poissons excellents, entre autres le camarone. La moitié de la population se nourrit de ce poisson qui, fumé et séché au soleil, est en outre un produit d'exportation pour Arequipa, Majis, Ghuquibamba et la Bolivie.

Dans la rivière, on trouve une loutre au poil très fin, de la taille d'un chien.

XX. — Le département ou province littorale de Mo- QUEGUA possède dans les vallées de Moquegua, de Lo-

(1) Piment jaune et rouge.

(2) Fécule de pomme de terre préalablement gelée et séchée, qui est très amère.

cumba et de Sama, de grands vignobles qui produisent les vins les plus estimés du Pérou ; Locumba produit des eaux-de-vie et Mtquegua des vins secs. Quoique la vigne ait été introduite dans cette région en 1557, et s'y soit trouvée dans des conditions très favorables à son développement, la viticulture ne s'est pas développée comme elle l'aurait pu, car les procédés de culture y sont restés trop archaïques. Le rendement actuel est de 90 à 100 hectolitres par hectare.

Sur toute l'étendue de la Costa, on ne trouverait pas un animal dangereux; sauf les oiseaux de mer et les poissons, sans oublier la multitude de parasites particuliers aux régions chaudes, cette zone ne possède pas de faune particulière, car les animaux sauvages dédaignent cette région sèche et sans végétation. Tous nos animaux domestiques, chevaux, bœufs, ânes, mulets, moutons, etc., ont été importés et ce sont les seuls quadrupèdes que l'on rencontre.

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