CHAPITRE XV
I. Les mines du Pérou. — IL Arrêt dans la production, légère recrudescence d'activité. — III. Sociétés nouvelles. — IV. Mines enregistrées. — V. Gisements d'argent. — VI. Les mines du Cerro de Pasco. — VII. Amalgamation primitive. — VIII. Minerais de cuivre. La« Cerro de Pasco Mining Comp. » — IX. Production moj'enne du métal argent. — X. Région cuprifère, district^ producteurs. — XI. L'or au Pérou. — XII. Gisements quartzeux et alluvionnaires. — XIII. Pépites invraisemblables. ~ XIV. Les lavaderos. — XV. Lavage à la bâtée, au sluice. — XVI. Laveurs d'or. — XVII. Mines de mercure. — XVIII- Mines de bouille, production, prix, consommation. — XIX. Dépôts salins. — XX. Pétrole, borax, guano, etc. — XXI. Comment on obtient une concession minière.
I. — Le mot de Pérou a de tout temps évoqué dans l'esprit de la masse une idée de richesse fabuleuse, la vision d'un paysage splendide et de villes couvertes d'or ; de là le vieil adage : « Riche comme le Pérou. » Si la dernière est une illusion qu'on ne peut conserver à l'aspect des territoires desséchés de la Costa et des paysages sauvages empreints d'une morne désolation de la Sierra, le Pérou est bien quand même le pays du monde où le sol recèle les mines les plus nombreuses, les plus riches et les plus variées de métaux précieux, or, argent, mercure, cuivre, étain, fer, plomb, aluminium, antimoine, manganèse, magnésium, etc., toutes sortes de métaux et métalloïdes; le
platine y aurait été découvert récemment (1). Cependant, des milliers de ces mines restent inconnues, inexploitées ou abandonnées, faute de ressources suffisantes et de moyens de transport et de communication, si bien que toute cette richesse minière contribue pour bien peu à alimenter le budget de l'État et que le Pérou ne joue qu'un rôle insignifiant parmi les nations productrices de minéraux.
II. — Lorsqu'on sait que pendant l'époque de domination espagnole jusqu'à 1803, plus de dix milliards de francs de minerais d'or et d'argent furent extraits du sol péruvien et qu'à cette époque près de deux cents mines de ces métaux fonctionnaient encore, on a de la peine à s'expliquer la décadence ou plutôt l'état de stagnation actuel de l'industrie minière au Pérou.
Cet arrêt dans la production est surtout dû, en outre des motifs déjà énoncés, au défaut de connaissances géologiques du territoire, à l'empirisme qui préside aux exploitations et aux procédés routiniers employés dans la fonte et l'amalgamation des métaux. Sauf quelques mines appartenant à de fortes sociétés, toutes les autres ne sont exploitées qu'à la surface et suivant la richesse métallique des minerais. Le travail s'opère sans méthode, sans plan ni étude préparatoire des filons ou couches ; aussitôt que les galeries commencent à être inondées et que l'eau ne peut être épuisée à l'aide de seaux, l'usage de la pompe étant peu répandu, la mine est abandonnée. L'arrêt des travaux dans d'autres exploitations telles que celles de Gerro de
(1) Sans être aussi nombreuses qu'en Colombie, on rencontre aussi au Pérou des mines d'émeraudes, surtout dans le département J'Arequipa, où elles sont l'objet d'un commerce important. On trouve aussi, dans diverses provinces, une pierre assez curieuse nommée pieclra de gallinazo ou pierre de vautour (urubu). C'est une sorte de vitrification volcanique qui sert comme parure de deuil.
Pasco, de Huancavelica, etc., occasionna aussi l'envahissement des galeries par les eaux, et il faut aujourd'hui des capitaux considérables pour les dessécher.
Le nombre de mines abandonnées par suite d'inondation et manque de moyens de transport, est incalculable. Les habitants de certaines régions minières exploitent çà et là des affleurements dont le minerai est extrêmement riche, ils les dédaignent aussitôt qu'il faut creuser une galerie.
Les méthodes d'extraction sont des plus primitives, absolument identiques à celles usitées il y a des siècles; on travaille presque sans machines, et dans la généralité des cas on ignore ou on n'emploie pas les procédés d'amalgames plus ou moins nouveaux inventés par la chimie moderne. Pour faire fondre les minerais, les habitants emploient des creusets primitifs, et telle est la richesse de ces minerais qu'ils n'emploient comme combustible que la yareta^ plante résineuse croissant dans les lieux élevés, la ccapo, une sorte de ronce, un arbuste résineux, le iaZa, la taquia. dont nous avons déjà parlé, et le champa, mélange de terre, de taquia et de brindilles de bois.
Qu'elles soient abandonnées par l'envahissement des eaux, ou par suite du déplacement des populations, toutes ces mines sont des richesses qui dorment en attendant le jour où sera achevé le réseau des chemins de fer qui transformera l'industrie minière. Déjà, d'après les dernières statistiques, on note une certaine activité dans les centres miniers dont l'exploitation s'était ralentie ces dernières années parce que l'appauvrissement des couches supé-i rieures exigeait que l'on creusât des galeries plus profondes. L'achèvement du chemin de fer au Gerro de Pasco et la continuation des travaux d'autres embranchements
destinés à desservir des régions riches en gisements de toute nature, a occasionné, à l'heure où nous écrivons, une certaine fièvre minière qui se révèle par différentes combinaisons financières opérées par nombre de capitalistes américains et anglais, et la formation de diverses compagnies qui se sont constituées avec un capital total de 1.252.000 livres, dans le but d'exploiter des gisements miniers.
III. — On cite la The Peruvian mining, Smelting and refining Cy, fondée au capital de 1 million de livres. Le The exploration syndicale^ fondé au capital de 120.000 livres. La The Humbolds Golds placers Cy, avec 20.000 livres. La The American Vanadium Cy, avec 12.000 livres, et la société française dite Société des minesde TucoC/ieyna, formée au capital de 100. 000 livres. Nos capitalistes se montreraient-ils aussi entreprenants que les Américains, les Anglais et les Allemands ? (1)
IV. — D'après un tableau officiel, il y aurait au Pérou, enregistrées légalement : 1.300 mines d'or; 2.400 mines d'argent ; 1.022 mines de cuivre argentifère ; 355 mines de plomb cuprifère ; 360 mines de cuivre ; 85 mines de cinabre ; 45 mines de fer; 12 mines d'antimoine ; 200 mines de soufre ; 700 mines de houille ; 350 puits de pétrole ; 45 mines de sel, etc., etc. Enfin, au commencement de 1907, le total des gisements miniers dénoncés s'élevait à 9.500. Nous n'avons pas encore les chiffres pour 1907, mais il est certain que ce total a considérablement augmenté. Il ne faut pas perdre de vue que ce ne sont là que des chiffres et que, même exacts, ce qui n'a rien d'extraordinaire, il y a à peine le tiers de ces gisements qui soient exploités et qui paient à TÉtat l'impôt semestriel de 15 soles, faute
(1) D'autres compagnies, dont nous n'avons pas encore les noms, viennent do se conslituer tout rcccmment.
duquel on perd tout droit de propriété sur les mines qu'on a découvertes.
Il faut aussi ajouter un détail qui a sa valeur, c'est que nombre de mines sont connues, mais qu'on ne les fait pas enregistrer pour n'avoir pas à payer d'impôt quand on ne veut pas les exploiter faute de capitaux. En outre, un grand nombre d'habitants exploitent des gisements et tirent parti des minerais, sans faire de déclaration et sans prendre légalement possession des mines ; ils extraient des métaux où ils veulent et comme ils peuvent, sans que personne cherche à les empêcher. C'est ainsi que dans la riche région de Huaillay, district de la province de Cerro de Pasco, cette situation commence à se modifier, car devant l'importance prise par la région, nombre d'étrangers ont dénoncé des mines et commencent à les exploiter; les Péruviens de cette contrée devront les imiter s'ils ne veulent pas perdre le bénéfice de leurs découvertes.
V. — De tous les métaux, c'est l'argent qui semble distribué avec une véritable profusion au Pérou. On le trouve dans la Costa, associé au plomb, à l'antimoine, au cuivre ; dans la Sierra, où les gisements sont tellement riches qu'on le trouve presque à l'état natif, dans les importants centres miniers de Hualgayoc, Recuay, Cajatambo, Yaulij Castvomrreynay Huancavelica, Punp, Caylloma et l'étonnant autant que merveilleux Cerro de Pasco, qui présente une véritable masse métallique d'une richesse prodigieuse. En outre du Cerro de Pasco proprement dit, toute la région, jusqu'à 10 kilomètres à l'entour de sa base, recèle des mines de cuivre, d'argent, de charbon, d'or même, qui fait de ce centre la région la plus colossalement riche du globe.